‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 4 sur 40 · CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE H

le Saint Sacrement, Eugénie, surtout vers la fin de son séjour au Sacré-Cœur, n'y manquait jamais. Une des religieuses qui l'observait depuis longtemps, lui demanda un jour : « Vous faites beaucoup de prières, mon enfant, quelles sont-elles donc ?» — « Madame, je dis tous les jours les litanies du Saint-Esprit pour être éclairée sur les vanités du monde, et le Veni Creator pour connaître ma vocation. » Comment pareille prière n'eût-elle pas été exaucée ? La retraite du mois de janvier 1842 prêchée par le P. Sellier, de la Compagnie de Jésus, laissa dans son âme une trace profonde ; trois jours avant la clôture, le 25, elle promit de ne refuser aucun sacrifice à Notre-Seigneur.

Un sacrifice surtout lui paraissait affreux : quitter les siens. Et pourtant elle la voyait très nettement cette douleur, monter à l'horizon de sa vie. Oui ; elle devrait quitter et Lille, et la douce maison de campagne de Loos, et son père et sa mère et ses sœurs et tous ceux qu'elle aimait. Mais, en aurait-elle la force ? Le terrible sacrifice obscurcissait parfois l'idée si nette cependant de vocation religieuse ; une vocation que l'on redoute à ce point, est-elle une vraie vocation? Eugénie aborde un jour vivement l'une de ses maîtresses et sans préambule : « Madame, est-ce qu'il y a des vocations sans attrait, et des attraits sans vocation ? — Oui, mon enfant, et les vocations sans attrait ne sont pas les moins sûres ; l'attrait peut passer, mais une vocation où l'imagination n'a aucune part a des chances de solidité. » Cette réponse la tranquillisa.

Elle aimait à dater sa conversion de ce 25 janvier 1842 ; elle n'avait plus que dix-huit mois à vivre au Sacré-Cœur, mois de fécond labeur et de formation toujours plus intime, mois de piété candide et de fraîche ingénuité, mois où se resserrait entre elles et les

religieuses le lien très fort et très doux d'une affectueuse et profonde reconnaissance. Les sept années passées au Sacré-Cœur ne seront jamais oubliées, ni d'Eugénie ni de ses maîtresses ; aux heures difficiles elle trouvera près d'elles et force et conseil, et elles seront nombreuses les heures difficiles dans une vie offerte si souvent pour adoucir et abréger les souffrances des âmes du Purgatoire. D'ailleurs si elle part,, c'est pour revenir ; sa conviction intime est que Dieu l'appelle à être un jour religieuse du Sacré-Cœur.

Ce fut le 4 septembre 1843 que la jeune pensionnaire quitta Lille pour venir habiter la maison de campagne que ses parents possédaient près de Looslez-Lille. Elle avait dix-huit ans et demi. Sans doute le regret était vif de rompre avec une vie qui avait été si heureuse, mais la maison paternelle avait tant d'attraits ! C'était sa joie d'être au milieu des siens, de vivre leur vie, d'être, par sa douceur, l'ange de la paix, comme la nommait son père. De sa petite chambre de jeune fille, où un beau Christ occupait la place d'honneur, elle ne voyait que le ciel et des arbres ; tout près, dans l'église du petit village, habitait Notre-Seigneur. Ils étaient loin déjà les jours où, toute petite enfant, elle allait ouvrir la porte du jardin pour entrevoir la maison du bon Dieu, mais plus que jamais il lui était bien cher le divin voisinage.

Très précise, elle veut se faire un règlement, large sans doute — la vie de famille l'exige, — mais qui l'empêchera de perdre son temps et de gâcher sa vie. La prière et les âmes du Purgatoire y ont 1 nir place ; déjà elle ofïre à leur intention toutes ses indulgences, et dans ses lettres à ses anciennes amies du Sacré- Cœur, elle ne manque pas l'occasion de plaider leur cause : « Depuis le 2 octobre tu ne m'as pas écrit.

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