‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 33 sur 40 · LE BREF LAUDATIF — FONDATION DE BRUXELLES — CRUELLES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

LE BREF LAUDATIF — FONDATION DE BRUXELLES — CRUELLES SOUFFRANCES

Pendant que la vie des Auxiliatrices du Purgatoire s'organisait et se développait en Chine, fécondée par les sacrifices, illuminée par les premiers succès apostoliques, les deux maisons de France, Paris et Nantes, continuaient les travaux commencés et attiraient de plus en plus les cœurs généreux, dévoués aux Ames du Purgatoire. En décembre 1868, on crut qu'une nouvelle maison allait se fonder à Liège ; il fallut y renoncer ; des pourparlers qui n'aboutirent pas avaient été aussi engagés avec la marquise di Rende, elle voulait une maison à Naples ; Monseigneur Lavigerie en avait demandé une pour Alger, et le Père Douet, partant pour l'Amérique, avait donné rendezvous aux Auxiliatrices à New- York. La bénédiction de Notre-Seigneur était vraiment sur la nouvelle Société.

Le 30 mai, la Mère Fondatrice obtint pour la maison de Paris l'exposition du Saint Sacrement pendant l'octave de la fête du Sacré-Cœur, et, dans la suite, cette faveur fut étendue à toutes les maisons de l'Ins-

titut ; ainsi s'affirmait de plus en plus la dévotion à ce divin Cœur,

Au mois de novembre de cette même année, Mademoiselle Zénaïde Fleuriot pensa resserrer les liens d'affectueuse confiance qui l'unissaient aux Auxiliatrices ; elle vint rue de la Barouillère, et son désir, comme son intime conviction était qu'elle n'en sortirait plus. Elle avait pu apprécier leur genre de vie et leurs œuvres : elle croyait sa place marquée parmi elles. Arrivée le 29 octobre à Paris, elle écrivait le lendemain dans ses notes de retraite : « Je suis arrivée hier à mon cher couvent où j'ai été accueillie par la plus tendre charité... Seigneur ! Il fait bon ici !

« Ce matin, je me suis rendue au Gesu de la rue de Sèvres pour y parler au R. P. Olivaint, le prudent guide de ma retraite du mois d'août 1867. »

Dans cette retraite, Mademoiselle Zénaïde Fleuriot fut généreuse, et en se donnant pleinement à N.-S. et en acceptant pleinement la décision du P. Olivaint, qui lui fermait les portes de la vie religieuse. Elle se croyait pourtant bien appelée, et le jour où elle devait prendre une décision elle avait écrit dans un élan très beau : « Ne laisse pas, Seigneur, le monde me reprendre... Fais que je meure ici ! « Ce même jour, elle avait envoyé à la Mère Saint-Pierre, au moment de partir pour la rue de Sèvres, sa photographie ornée d'une pèlerine et d'un bonnet d'Auxiliatrice dessinés à l'encre. De retour elle écrivait : « Dimanche 7 novembre 11 heures.

« J'ai vu ce matin le R. P. Olivaint. Après avoir lu mes résolutions avec beaucoup de gravité et d'attention, le bon Père m'a rendu mon cahier en souriant, puis il m'a dit : « Non, ma chère fille, je ne vous crois pas appelée à la vie religieuse. Vivez dans le monde en vraie chrétienne, et servez Dieu par votre plume.

Votre nature, habituée à 1 indépendance, ne supporterait pas les bandelettes de l'eniance religieuse, elle aurait des soubresauts qui les briseraient, et vous en concevriez ensuite des remords. L'esprit est prompt, mais la chair est faible...

« Abordez franchement la voie des préceptes, sans vous engager néanmoins à ne pas faire de temps en temps quelques petits voyages dans celle des conseils. Demandez de ma part à votre chère Mère Saint-Pierre de mettre de l'eau bénite dans votre encrier, et de vous recevoir sans inquiétude au parloir, fût-ce même plus souvent et plus longtemps que d'autres. En élevant votre esprit, en éclairant votre foi, en élargissant votre cœur par une charité de plus en plus universelle, elle fera en même temps du bien à vos cinq cent mille lecteurs. Allons, mon enfant, terminez votre retraite dans la paix et la confiance, et regardez-moi toujours comme votre père. »

La voix du Père Olivaint fut pour la retraitante la voix de Dieu, et cette parole produisit dans son âme le plus grand calme. Elle partit, puisqu'il fallait partir, mais jamais elle n'aima mieux son couvent ; elle n'avait pu y entrer, toujours il lui fut doux d'y revenir. Avec Jésus tout proche :

« Parmi les lis de la chapelle, Il est présent la nuit, le jour ; »

file trouvait sa chère Mère Saint-Pierre :

« O charité, vertu céleste, Là, tu m'a prise par la main, Et là, j'ai senti, je l'atteste, Que ton pouvoir est souverain. »

Le 10 novembre, il y eut un troisième départ pour la Chine : deux mères : Saint- Vincent et Sainte-Lucie ; deux sœurs : Sainte-Thérèse et Saint-Bernard. On

avait espéré un moment rue de la Barouillère, que les quatre nouvelles chinoises pourraient voyager, en compagnie d'une petite colonie de filles de Sainte Thérèse, qui s'en allaient fonder un carmel en Chine, tout près de Zi-ka-wei. Le départ de ces dernières fut retardé jusqu'en décembre.

La Mère de la Providence voulut leur donner l'hospitalité, pendant les quelques jours qu'elles passèrent à Paris, elle les traita avec la plus maternelle bonté comme elle eût traité ses filles. Longtemps à l'avance, tout était prêt : la Mère Générale avait voulu tout examiner. Devant chaque lit d'une éclatante blancheur, se trouvait une sainte Thérèse, les trois chambres qui avaient été réservées communiquaient, et l'ensemble était charmant. Le samedi 12, à quatre heures, la porte cochère s'ouvrait toute grande, on traitait les carmélites comme des évêques ; et dans ses filles, c'était vraiment sainte Thérèse que l'on recevait. Deux Auxiliatrices étaient allées les attendre à la gare. Les religieuses se jetèrent dans les bras de la Mère de la Providence comme elles eussent fait pour leur prieure, et dès le premier moment régna la plus grande intimité. Elles arrivaient de Laval.

Après avoir salué le Maître de la maison, on se rendit dans les chambres, puis dans la salle où le repas avait été préparé : les bonnes carmélites ne savaient comment exprimer leur reconnaissance. Elles ne laissaient pas pourtant d'être embarrassées par bien des détails pratiques ; la prieure de la petite troupe n'avail pas touché de fourchette depuis quinze ans, il fallut lui rappeler comment s'en servir ; une autre ne savait pas comment prendre son verre ; gentiment, elles riaient de leur maladresse; le dîner se prolongeait, l'arrivée de Monsieur Vicart, vicaire général de Laval, leur supérieur, l'abrégea. Il venait s'enquérir de ses filles

qu'il trouva ravies. Après son départ, les carmélites se rendirent en récréation ; l'accueil fut fraternel. Après s'être embrassées avec tendresse, les religieuses se mirent à parler avec une telle expansion qu'on ne pouvait plus rétablir le silence : « Nous sommes vos filles, déclaraient les nouvelles venues à la Mère de la Providence, nous vous obéirons e^ ferons tout ce que vous voudrez. »

Le dimanche soir, les carmélites assistèrent au repas de la communauté ; bien entendu, la lecture se fit dans la vie de sainte Thérèse. La prieure était près de la Mère Générale, la sous-prieure près de la Mère Supérieure, les trois autres carmélites suivaient, séparées par une Auxiliatrice : il y avait cinquantesix religieuses à table. Ce fut le seul repas pris en commun ; la Mère de la Providence remarqua que ses filles carmélites avaient fort peu soupe, elle craignit qu'elles ne fussent point assez à l'aise, l'expérience ne fut pas renouvelée.

La veille du départ, les Auxiliatrices offrirent aux carmélites une petite fête de famille. Dans la grande salle des réunions, une statue de sainte Thérèse dominait un rocher superbe, couvert de chinois, de chinoises et de carmélites ; un peu plus bas, des Auxiliatrices, entourées de vierges, chantaient les louanges du Seigneur. Des prières et des chants traduisaient les pensées et les sentiments des chinois et des religieuses : c'était très touchant ; la Mère Prieure, placée dans un fauteuil à droite de la Révérende Mère Générale, lui prenait les mains avec émotion, charmée d'une si fraternelle et religieuse délicatesse.

Il fallut pourtant se séparer ; la Mère de la Providence ne quitta pour ainsi dire pas les carmélites pendant la journée du mercredi 15, la dernière qu'elles passèrent rue de la Barouillère ; elle porta même ce

jour-là dans l'intérieur de la maison, un de leurs sca,pulaires qui avait touché le manteau de sainte Thérèse. Les chères voyageuses firent leurs adieux à la communauté réunie, vers six heures du soir ; la Mère de la Providence voulut les accompagner à la gare. La curiosité était vivement excitée, on ne voit pas tous les jours des carmélites dans les rues de Paris et à la gare de Lyon ; la Mère Générale eut vite fait de les placer dans un compartiment réservé, où elles purent échapper aux regards ; elle ne les quitta qu'au dernier moment. Toutes pleuraient en l'embrassant une dernière fois, et ne cessaient de répéter : « Que Jésus soit votre récompense !» « Je remets à la Prieure, écrit dans ses notes la Mère de la Providence, cent francs pour sa mission. Son père ne lui a rien donné, je serai sa mère. » La voilà bien avec son grand cœur et si spontané ! Quelques jours après, elle recevait une lettre.

« Carmel de Laval, 18 déc. 1868.

« Jésus soit avec votre Révérence !

Page 1