‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 34 sur 40 · RÉVÉRENDE ET BIEN-AIMÉE MÈRE · texte numérisé non relu

RÉVÉRENDE ET BIEN-AIMÉE MÈRE

« Mon cœur déborde de reconnaissance, comment "VOUS l'exprimerai-je jamais ? vous avez mille fois trop fait pour mes filles, et que dis-je ? Je ne sais pas ce que vous avez fait, et je ne puis probablement pas m'en former une idée. Que le divin Maître me donne l'occasion d'acquitter autant que possible ma dette envers vous !

« Je demandais ardemment au Seigneur la faveur <le vous voir un jour, ma bonne et digne Mère, et voilà que notre Père, M. Vicart, m'a fait espérer que mes désirs seraient exaucés. Que le divin Maître soit i)éni ! Il me semble vous connaître déjà, tant je me

sens d'amour pour votre Révérence dans le Cœur Sacré de Jésus. Votre photographie nous a causé un vif plaisir.

« J'ai reçu ce matin une dépêche m'annonçant que le voyage de Marseille a été heureux, et que la santé de toutes est bonne. C'est demain qu'elles s'embarquent, les chères et bien-aimées filles. Ah ! tout pour la plus grande gloire de Dieu !...

« A vous, Mère bien-aimée, toute l'efïusion de ma gratitude.

« Votre très humble petite servante,

Sœur Thérèse de Saint-Augustin. »

Monseigneur l'évêque de Laval chargea M. Vicart, supérieur des carmélites et vicaire-général de remercier la Révérende Mère Générale, et voulut bien l'assurer qu'il se ferait un devoir de lui dire lui-même, lors du voyage qu'elle avait promis de faire à Laval, combien il avait été touché de sa généreuse hospitalité.

Dans ce même mois de novembre, commencèrent rue de la Barouillère les réunions du lundi, où quelques jeunes filles se groupaient pour offrir, comme les Dames associées, en faveur des âmes du Purgatoire, leurs prières et leur travail. La mission de Chine venait de se fonder, ce fut surtout pour aider les œuvres des Auxiliatrices missionnaires, que l'on travailla d'abord. Bientôt, Nantes imita Paris, et maintenant, dans presque toutes leurs maisons, les Auxiliatrices du Purgatoire ont établi des réunions semblables.

Ce fut le lundi 21 décembre que, pour la première fois, on chanta le De profundis après le salut qui termine la réunion des Dames associées.

A cette même date, Madame Jurien, qui si long-

temps l'avait laissée sans nouvelles, écrivait de Rome à la R. Mère Marie de la Providence :

Ma bien chère fille,

« ... J'ai reçu ici peu de mois après mon arrivée^ une lettre que vous m'aviez adressée à Bourbon. Je voulais vous en remercier, vous écrire, je m'en sentais pressée. Je ne l'ai pas fait. J'ai manqué au mouvement que je ressentais, et je suis heureuse de me confesser à vous de ce regret, tout en m' humiliant d'avoir été infidèle à la grâce du moment. Depuis lors, j'ai vainement cherché à savoir quelque chose de vous... Il y a quelque temps, j'ai appris par hasard que vous étiez en Chine. J'en bénis Dieu. Quand je dis vous, j'entends vos chères filles. Mais vous, vousmême, ma chère fille, dites-le moi, je vous en prie. Donnez-moi quelques détails, qui me mettent un peu au courant des progrès de l'œuvre bénie du Purgatoire, avant que j'aie besoin de ses prières pour moi-même...

« 24 décembre. Ecrivez-moi poste restante, Rome ; bonne fête de demain. Un souvenir à toutes.

« Votre bien dévouée Mère en Jésus, JumEN. »

Un mois plus tard, elle écrivait :

Borne, 21 janvier, sainte Agnès, Ma bien chère fille,

« J'aurais voulu répondre tout de suite à votre bonne lettre du 12 de ce mois, et dont je commençais à avoir un peu soif ; mais je passe ma vie à vouloir sans pouvoir, ou plutôt sans savoir m'y prendre pour tout ce que j'ai à faire. C'est bien plus ma faute que celle des circonstances qui m'enveloppent. Je le sais bien, aussi je me recommande à vos prières à toutes

pour obtenir sur ce point, comme sur tous les autres, •ce qui me manque. La foi vient peu à peu, chère fille, non pas au point de transporter les montagnes, mais au moins au point de tenir sous la croix sans trop faiblir des genoux. Alléluia ! et merci à vous, chère fille, qui continuez, je l'espère, à le demander de plus en plus pour votre vieille mère, bien vieille à l'extérieur, il me semble...

« Je vous remercie, chère fille, de tous les détails que vous me donnez et que je désirais fort ; ils me l'ont mieux comprendre votre long silence dont à la lettre, je ne savais que penser, je me demandais si vous aussi n'étiez pas allée fonder en Chine ! Jugez de ma joie de voir que vous êtes tout près et qu'à présent je pourrai avoir plus souvent de vos nouvelles... Je n'ai plus un seul saint Joseph de votre main. Je viens vous en demander deux, un grand et un petit. Un grand pour moi, un petit pour un de mes zouaves, fils véritable de mon cœur, qui m'a sacrifié sa petite statuette. Je l'ai perdue. Envoyez-moi donc cette étrenne du bon Jésus de France, au bon Jésus de Rome. N'est-ce pas le bon Maître qui donne, et lui aussi qui reçoit, tous étant à lui et nous n'étant que les pauvres instruments de sa miséricorde. Malgré cela, je vous adresse à vous, chère fille, instrument de la sienne envers moi dans cette circonstance, l'action de grâces que son Cœur commande, et je vous dis du fond du mien : Merci ; que le Seigneur vous le rende au centuple,.,

« Ce don me fait bondir le cœur de consolation et 4'espérance, Je suis si triste d'être sans l'image de mon bon Père, que je porte depuis une petite statuette d'un sou, en porcelaine, ioute décapitée...

« Oh ! priez et faites prier pour moi, afin que la divine volonté s'accomplisse par Marie, quelle qu'elle

soit. Je vous embrasse de cœur, ma chère fille en Jésus. »

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