CHAPITRE PREMIEn : LOOS-LEZ-LILLE
ses iilles et elle écrit toujours pour rhoiincur de l'Église et la gloire de la charité chrétienne.
Ce qui rendait Eugénie aussi entreprenante, c'était la confiance absolue qu'elle avait dans la Providence divine ; c'est là le caractère de sa piété personnelle, la dévotion aux âmes du Purgatoire est plutôt le caractère de son apostolat. Fidèle à ce qui fut l'attrait de ses premières années et celui de toute sa vie, elle ne manquait guère, entrant dans sa chambre ou sortant, de faire un acte d'abandon à cette chère Providence. Elle avait placé sur la porte une image représentant Notre-Seigneur, au milieu des oiseaux du ciel et des lis des champs, auxquels le Père céleste donne la nourriture et le vêtement, une banderolle portait ces mots : « Notre Père céleste connaît vos besoins, ne soyez pas en peine du lendemain. » Un jour, au pied de son crucifix, elle conçut l'idée de donner une forme extérieure à son union avec la Providence, de contracter avec elle une alliance et comme un mariage mystique. Un anneau en serait le signe et cet anneau devait être donné par la Providence. L'attente ne fut pas très longue, on lui offrit un anneau ; elle choisit pour la douce solennité, le 28 avril 1851, jour de la clôture du Jubilé. Le matin, elle communia avec ferveur ; puis une de ses petites cousines, Elise Mourcou, âgée de deux ans, lui passa l'anneau bénit au doigt, en bégayant de ses lèvres enfantines : « Petit Jésus, bénissez ma cousine Eugénie. » L'heureuse fiancée de la Providence ne douta jamais que, ce jour-là, elle n'eût reçu les plus larges bénédictions, et toute sa vie est vraiment tissée de délicatesses et de gâteries divines. Ni Dieu, ni Eugénie n'oublièrent le 28 avril 1851, et, peut-être, vingt-deux ans plus tard, Elise Mourcou, entrant dans la Société des Auxiliatrices
du Purgatoire, cueillait-elle une grâce de vocation dont les premiers germes avaient été déposés ce jourlà même, dans sa petite âme innocente.
Appuyée sur la Providence, Eugénie continue ses merveilles de charité : une amie, zélatrice à Loos de l'Œuvre de la Sainte-Enfance, vient d'entrer au couvent, elle la prie de la remplacer. L'œuvre a mal commencé, le curé de la paroisse n'en veut pas, les Sœurs de Charité ne consentent pas à prêter leur concours ; la nouvelle zélatrice recueille seize francs la première année. Elle se met au travail et, avec elle, la Providence. Chaque dimanche elle se rend dans la maison d'une pauvre femme qu'elle visite comme membre de la Conférence Saint- Vincent de Paul ; c'est là qu'elle reçoit les petits souscripteurs qui viennent gentiment lui remettre le liard reçu de leurs parents pour acheter des friandises. On accourt en foule près de la grande demoiselle que l'on aime tant, la petite maison est littéralement encombrée, Eugénie peut à grand'peine entrer et s'asseoir au milieu de ce petit peuple qui chante et bat des mains : on lui apporte des bambins de dix-huit mois et de deux ans qui donnent leur liard et disent, aidés des plus grands : « Pour les petits Chinois ! » Un jour la zélatrice porte au curé quinze cents liards et demande une fête pour ses charitables associés. Il est impossible de résister : une fête est annoncée pour le dimanche suivant, une messe solennelle sera célébrée pour les enfants membres de l'œuvre ; une association sera organisée chez les Sœurs de saint Vincent de Paul et chez les Religieuses de l'éducation chrétienne. L'œuvre est lancée ; on en parle dans le diocèse, le Père Gonthier envoie ses félicitations : a Ah ! bonne Providence, dilatez encore le cœur de cette enfant que vous avez élue. Elle est la mère adoptive de tant