‹ Les auxiliatrices des ames du Purgatoire 1856-1909Chapitre 9 sur 40 · CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER : LOOS-LEZ-LILLE

de petites créatures que vous aimez, la vie qu'elle leur donne est si précieuse ! Continuez, ô divine Providence, de donner la persuasion à sa parole, décuplez la charité dans son cœur, centuplez l'argent dans son sac, et dites-lui au cœur de façon à ce qu'elle ne l'oublie jamais : « Celui qui recueille un seul de ces petits me recueille moi-même, »

La recette est décuplée et au delà ; en 1851, Eugénie récolte deux cent soixante francs. Ce n'est qu'un début. Mgr Forcade, vicaire apostolique du Japon, apprend à Rome l'enthousiasme de Loos pour la Sainte-Enfance ; le 9 avril 185'2, il félicite Eugénie. Elle conçoit alors l'idée d'une grande loterie ; elle veut sauver autant d'âmes qu'elle a commis d'infidélités dans sa vie déjà longue. Elle commence avec deux lots : une boîte de peu de prix, et une confiance absolue dans la Providence ; ce lot en valut huit cent quarante neuf ; les billets sont à dix centimes. Tout le monde veut en avoir, deux prêtres de Calais en placent cinq mille cinq cents, un gamin qui avait tenu le cheval d'un pèlerin de Notre-Dame de Grâces, ne recevant qu'un sou s'écrie résolument : «Encore un sou, Monsieur, et j'aurai de quoi prendre un billet. »

On tire la loterie le 2'2 novembre : Mgr Forcade est là, il a dit la messe la veille pour les associés ; son arrivée à Loos a été un petit triomphe. Les Sœurs de l'éducation chrétienne ont offert leurs salles d'étude et leur réfectoire, Eugénie a promis qu'en retour la Providence augmenterait le nombre des élèves (ce qui arriva, dit-on) ; sur un autel improvisé on place une belle statue de Jésus Enfant, un négociant de Lille a prêté une assez considérable quantité d'étoffe pour faire des tentures. La fête est magnifique ; quarante quatre mille billets ont été placés, Eugénie peut remettre à Mgr For-

22 i.ES AUXILIATRICES DU PURGATOIRE

cade trois mille trois cent soixante-quinze frs, tous frais payés; au bénéfice de la loterie elle ajoute une boîte de bonbons pour le baptême des petits Chinois, la boîte contient cinq cents frs qu'elle a ramassés en quelques heures. Monseigneur ne sait comment remercier ; il écrit de Douai : «Je vous en bénis de tout mon cœur, mais c'est Dieu surtout, qui vous en bénit et vous en bénira. »

Mais tous les succès s'achètent : on menace de faire un procès à Eugénie qui n'a pas songé à demander l'autorisation pour la loterie ; en outre, au moment où elle part pour sa retraite annuelle au Sacré-Cœur, elle apprend que le négociant de Lille ne veut pas reprendre l'étofîe qu'il a prêtée et que le décorateur a endommagée : « Mon Dieu, s'écrie la zélatrice, éloignez de moi le calice du calicot et faites-le tourner au profit de la Sainte-Enfance. « Et la voilà qui met en vente la fameuse étoffe : tout le monde veut en avoir son morceau ; elle doit acheter neuf cents mètres de nouvelle étoffe : ce sont mille deux cents francs de plus pour les petits chinois de Mgr Forcade.

Chacun se faisait fête d'aider Eugénie ; elle était proverbiale et ses petits chinois avec elle : elle dîne chez une amie, arrive un superbe nougat. Joyeusement l'un des invités propose de le donner à Mlle Smet pour ses protégés. Un peu surprise d'abord, la maîtresse de maison cède, à l'approbation générale : le nougat est mis en loterie, cinq francs le billet ; la personne qui gagne, le donne à la zélatrice, qui le porte à la supérieure d'une école pauvre; il est remis en loterie à dix centimes le billet, et rapporte encore quatrevingt francs. Mgr Forcade la félicite et pour la loterie et pour le calicot. L'ardeur d'Eugénie lui sert à exciter l'élan des zélatrices de Laval qui applaudissent gaîment les exploits de leur sœur de Loos. Celle-ci estime que les petits enfants de France doivent

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