MEFIE-TOI DES ANG
Cependant le succès le plus fabuleux devait couronner cette campagne, qui, suivantl'expression de M. de Montauban, n'a pas eu
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de sœur aînée et n'aura probablement jamais de sœur cadette.
A chaque halte, il en adressait le récit à son vieux professeur.
« Sin-Koo, 23 août 1860.
« I,es forts du Pe-ho sont pris et en notre pouvoir.
« Le 14 de ce mois, après bien des obstacles suscités par la nature du terrain et les difficultés d'un débarquement sur une terre inabordable, nous avons eu une première affaire et nous avons pris un premier fort, du nom de Tang-Kou, sur la rive gauche du Pe-ho. Le drapeau français a été planté le premier sur ce fort, et nous avons pris pour notre part quinze canons de bronze très beaux, de fabrique russe ou américaine, et plusieurs autres petits engins de moindre calibre.
(( Après un repos de quelques jours donné à nos troupes, nous avons marché le 21, avant-hier, contre le second fort de la rive gauche, du nom de Yu-kia-pou. Ici, les
Chinois avaient réuni toute espèce de moyens de résistance : nous avions devant nous un fort hérissé d'obstacles et défendu par les trois forts de la rive droite, dont nous n'étions séparés que par une distance de 6 à 700 mètres, plus un fort armé de nombreuses bouches à feu à environ 100 mètres en avant; à droite et à gauche de la seule chaussée qui conduisait au fort à attaquer, des lagunes d'eau dans lesquelles notre artillerie ne pouvait passer que sous la condition de jeter des ponts à chaque instant. Dès le 20 au soir, nous avions envo3'é des travailleurs pour aplanir ces difficultés; mais les défenseurs des forts lançaient à chaque instant des pots à feu qui éclairaient le terrain et leur permettaient de tirer sur les travailleurs, dont quelques-uns furent tués. Enfin, le lendemain, à 5 heures, nous marchions contre le fort, et, après une rude canonnade, nous pûmes approcher assez près pour donner l'assaut.
« Les Chinois se défendaient avec une telle énergie, qu'ils enlevaient les échelles ou les rejetaient sur les défenseurs-, bon nombre
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de mes hommes ont été blessés par des coups de pique au moment où ils gravissaient les remparts. Enfin, mon cher ami, le drapeau national a flotté le premier sur les remparts, avant celui de nos alliés, qui n'en ont pas été plus contents.
« Le général en chef chinois ayant été tué dans cette affaire, tous les autres forts sont tombés comme par enchantement en notre pouvoir, sans coup férir. Le vice-roi de la province les a remis entre nos mains, avec toutes les armes et bagages et munitions qu'ils renferment. Les Chinois demandent à grands cris la paix; mais nous voulons qu'elle soit signée à Pékin... Je vous enverrai à Paris environ trois cents canons: ils étaient dans les forts que nous avons pris. »
Six semaines après, le 7 octobre 1860, le général écrivait du palais impérial, à quatre lieues au nord de Pékin. C'était à la suite du guet-apens dont plusieurs officiers français et anglais avaient été victimes.
« Irrités d'une telle perfidie, le général en chef anglais et moi , nous résolûmes d'en tirer une vengeance éclatante; et dans deux
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batailles successives, où nous avons eu à lutter contre Tarmée chinoise tout entière, nous les avons battus complètement, et tué un nombre d"hommes qui ne s'élève pas à moins de 3,ooo hommes. Pour consommer Tœuvre, nous sommes venus nous placer devant Pékin; et moi, avec Tarmée française, je me suis transporté ici, où se trouve le palais d'été, résidence habituelle de l'empereur. »
Les lettres de M. de Montauban faisaient de ce palais une description vraiment féerique :
« Je t'écris du lieu le plus merveilleux que j'ai vu au monde. Nous parcourons tant de paj's divers et nous marchons tellement de surprise en surprise, que j"en suis tout abasourdi. Je renonce à décrire toutes les merveilles dont je suis le témoin, Versailles, Saint- Cloud et toute autre habitation royale de France ne sont que de la camelotte à côté de ce que je viens de voir. Il me serait impossible de te raconter de sang-froid toutes mes impressions : car je suis encore sous le
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coup de réblouissement des magnificences réunies depuis plusieurs milliers d^années dans ce palais féerique.
« Les jardins et les palais de ce parc enchanté ont une étendue de plusieurs lieues, couvertes de bois, de jardins merveilleux, et surtout de pagodes et de palais de luxe, remplis de statues colossales, couvertes d'or, de diamants. L'encens brûle dans des cassolettes et des vases de grandeur pyramidale en bronze et en cuivre doré du plus grand prix.
« Le palais principal est d'une richesse fabuleuse, surtout la salle du trône et celle à coucher de l'empereur... Une commission a été réunie pour dresser un procès-verbal de notre occupation; et les Anglais, ainsi que les Français, ont pris par droit de conquête les plus rares curiosités. J'en mets une de côté pour toi...
« Attends à déjeuner, un jour ou l'autre,, Fernand Cortez. Seulement je ne serai pas chargé des. richesses du Pérou : car, selon ma louable habitude^ je n'ai rien voulu de toutes ces richesses que quelques objets de
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peu de valeur qui m^ont été offerts par mon armée...
« Tu as bien fait de faire comprendre au baron que je ne pouvais me mêler en rien d'achats d'objets de curiosité. J'ai fait quelques légères acquisitions pour rapporter comme souvenir à mes amis', et, à l'exception de trois ou quatre objets venant du palais et qui m'ont été offerts par la commission représentant l'armée, je me suis abstenu de toucher à quoi que ce fiit. Ainsi, quelque disposée que puisse être l'envie à rechercher mes actes, elle les trouvera purs et désintéressés en toute circonstance. Personne ici ne le met en doute.
« Je regrette donc de ne pouvoir être agréable au baron \ mais tu as bien fait, dans mon intérêt. »
Ces merveilles ont été détruites. Le général ne voulut pas que la France eût la responsabilité de cette exécution.
« Il est bien vrai, » écrivait-il, « que ce sont les Anglais qui ont brûlé les palais de Yungmin-yuen, et leurs journaux ne s'en cachent
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pas. J'ai refusé au nom de la France de prendre part à un tel acte de vandalisme : ce n'est pas sur des monuments de plusieurs siècles et sur des livres très précieux pour la science qu'on aurait dû venger la mémoire de nos pauvres camarades, victimes de la perfidie des Chinois. »
Quel contraste entre ces souvenirs et notre situation actuelle ! L'expansion victorieuse de l'influence française jusqu'aux extrémités du monde, notre hautaine suprématie favorisée par le succès de toutes nos entreprises, ce n'était pas un rêve, c'était l'histoire d'hier. Ces lettres , datées de Shang-Haï, de Sin-Koo, du palais d'été de Tien-Tsin, en étaient le témoignage irrécusable.
Tandis que je les avais sous les yeux, j'entendais le canon des forts de Paris assiégé. Autour de moi, tout était mutilé et en ruine dans cette coquette banlieue de Paris. La neige tombait à gros flocons et couvrait la campagne pendant que, feuilletant les lettres du vainqueur de la Chine,
j'avais sous les j^ux la description la plus séduisante d'une navigation au mois de décembre dans la mer du Japon :
(( Je suis devenu tellement marin, quoique j'aie cessé d être amiral, que maintenant cent lieues en mer sont pour moi comme une course de Paris à Saint-Cloud par la Seine.
« Te dire la magnificence de ce parcours, dans une mer qui n'est en définitive qu'une succession de cinq ou six lacs de Genève, est chose impossible. Il faudrait la plume d'un poète pour rendre toutes les beautés de cette nature, si riche et si variée. Je suis trop prosaïque par état pour entreprendre de te décrire ces rivages couverts de villes et de villages, qui sont autant de ports contenant des milliers de jonques élégantes, et ces montagnes couvertes d'arbres toujours verts et de plantes qui deviennent elles-mêmes des arbres gros comme mon corps. Me croiras-tu si je te dis que, parmi ces derniers, il y a des forêts de dahlias qui étaient en fleur le i5 décembre? Un de
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mes officiers m'a cueilli un bouquet magnifique dans un de ces bois. »
Le Japon était encore sévèrement fermé
aux étrangers : le vainqueur de la Chine n'y put pénétrer.
« Le gouvernement japonais, qui trouve que ses populations sont très heureuses comme elles se trouvent, refuse de laisser pénétrer les étrangers dans l'intérieur du pays, et, à l'exception de Nangasaki et d'un grand village à trois lieues dans l'intérieur, il nous a été impossible d'aller plus au loin dans le pays. »
La campagne terminée, le général s'acheminait avec joie vers la France :
« Je ne pense plus aujourd'hui qu'à une seule chose : retourner dans ma famille et près de mes amis. Quand donc irai-je te demander une douzaine d'huîtres et un verre d'excellent Grave ?
a Demain je compte partir pour Bombay, afin de ne pas quitter ces parages sans avoir
vu rinde, et de Bombay je tirerai tout droit vers tout ce qui m'est cher, famille et amis. Il est donc probable que, quinze jours à peu près après ma lettre, tu recevras la visite de l'un de tes meilleurs amis et reconnaissants élèves.
« A bientôt donc, cher professeur et plus cher ami encore.
• « Tout à toi de cœur.
« Général G. de Montauban. )>
Quelques alertes, des escarmouches d'avant-poste, et les préparatifs d'une grande opération occupèrent tout notre mois de novembre.
Le 7, nous avons fait une expédition qui aurait pu être fort intéressante, si Tennemi que nous cherchions s'était présenté.
Entre nos avant-postes et les avant-postes allemands de Champign}'-, se trouvait le parc de Poulangis, abandonné pendant le
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jour. Il était entouré de murs; les portes qui y donnaient accès restaient ouvertes.
La nuit, disait-on, une ronde de cavalerie prussienne, commandée par un officier d'un grade élevé, s'arrêtait à Poulangis. Il fut convenu qu'un détachement de francs-tireurs, auquel j'obtins l'autorisation de me joindre, occuperait le parc sans bruit dès que l'obscurité permettrait d'y pénétrer sans être vu. Quelques hommes embusqués près des portes devaient les fermer derrière les cavaliers allemands. Pris dans cette souricière, attaqués par nous de toutes parts, ils seraient obligés de se rendre.
Le plan fut exécuté de point en point; il n'y manqua que l'ennemi. Couché sur la neige au milieu du parc, je passai une fort mauvaise nuit, et je revins dans la presqu'île d'assez méchante humeur.
Le 9, nous fiâmes tenus en éveil par un avis du fort de Vincennes. Du donjon l'on apercevait des masses profondes en avant de nos positions. On crut à un projet d'attaque. L'ordre de ne laisser pénétrer dans la presqu'île aucun visiteur, m.ême muni
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d'une permission, fut envoyé par la division. L'artillerie des forts, les canons et mitrailleuses placés dans la redoute de Saint- Maur criblaient de projectiles les positions prussiennes, A gauche, du côté de Charenton, la fusillade s'engageait. Que se passait-il ? Vers le soir, le colonel fut mandé en toute hâte par le général Daudel. Peu à peu le calme se rétablit. Le mouvement aperçu dans les lignes ennemies était sans doute celui d'une partie de l'armée de Metz prenant position devant Paris.
Le 1 1 novembre, le général d'Exéa a réuni les généraux et les colonels de son corps d'armée. Il leur a dit qu'il fallait se tenir prêts à partir dans cinq ou six jours, en laissant à Paris tous les bagages, qui seraient perdus dans notre marche en avant. Le plan est de traverser les lignes prussiennes avec la deuxième armée, forte de cent mille hommes. Si elle réussit à forcer la ligne d'investissement, elle prendra position sur les derrières de l'ennemi, s'emparant de ses convois, coupant ses communications et l'obligeant à lever le siège.
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On fait appel à la garde nationale pour former des bataillons de guerre qui nous remplaceront aux avant-postes. Mais cet appel n'est guère entendu. Treize mille volontaires seulement se sont fait inscrire.
Les plus ardents pour s^emparer de l'hôtel de ville ne veulent pas se faire massacrer, disent-ils. Ils se réservent pour combattre la réaction. Combien il eût été plus simple d'appliquer à tous la loi militaire, et de faire, d'autorité, des soldats de tous les hommes valides, au-dessous de trente-cinq ans!
12 novembre. — • A midi, visite, avec le colonel, aux avant-postes du pont de Chenevières. Deux hommes y ont été blessés ce matin. Pendant que nous examinons, du haut d'une terrasse, les positions ennemies, quelques coups de fusil sont échangés. Un des nôtres est tué, au jugé, derrière une fenêtre, à l'abri de laquelle il avait tiré.
Nous revenons en hâte à Saint-Maur. Le canon de la redoute tire sans relâche sur le village de Champigny. D'épaisses colonnes de fumée indiquent une opération sérieuse.
Plusieurs maisons, une usine, sont en flammes. C'est notre artillerie qui y a mis le feu •, et des francs-tireurs, à qui la mitraille a ouvert la route, alimentent et propagent rincendie.
« On prépare notre chemin pour la grande sortie, » me dit le colonel. Triste et saisissant spectacle, que celui de ce village français qui brûle encore fort avant dans la nuit! Le soir, par une pluie battante^ je passe avec le colonel sur Tautre rive, où nous avons un poste. Hélas! nous constatons bien peu de vigilance. Les soldats, accablés de fatigue, s'abritent comme ils peuvent par ce temps affreux : ils ne signaleraient pas Tennemi à dix pas. Après avoir gourmande, puni, encouragé, le colonel rentre vers minuit. Sous cette pluie glacée, nous sommes trempés jusqu'aux os.
i3 novembre. — Visite d'un capitaine de francs-tireurs qui a été sergent-major au 2° zouaves, où il a connu M. Coiffé. L'aprèsmidi, en nous quittant, il conduit ses hommes en tirailleurs à la Fourche de Champigny, et, appu3'é par le canon de la
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redoute, il incendie les maisons servant d'abri aux postes wurtembergeois.
Pendant ce temps nous visitons de nouveau les avant-postes de Chenevières. Ce matin, nous avons eu encore deux blessés à la villa Bourbaki.
14 novembre. — Les ordres de départ deviennent très précis. Chaque homme emportera du lard pour deux jours, et six Jours de biscuit, de riz et de café. Il n'y aura de voitures pour personne : le colonel seul aura une cantine, o\x Ton mettra, comme on pourra, quelques provisions.
Je garnis ma musette de biscuits et de chocolat, et, à côté de mes cartouches, d'un flacon d'élixir de chartreuse. Ce sera un cordial réconfortant pour attendre que je sois relevé, si une balle me couche sur la neige.
i5 novembre. — Envoi à Paris de nos bagages, tentes, lits de camp, papiers, vêtements inutiles. Nous ne gardons plus que le strict nécessaire : ce qui est bien peu de chose. A la fin d'une journée de marche, c'est encore trop lourd.
De dix heures du soir à onze heures du matin, grand'garde au pont de Chenevières. Au jour, fusillade avec un poste prussien en face de nous, de l'autre côté de la Marne.
ij novembre. — Nouvelle nuit de grand'garde au pont de Chenevières. Un brouillard épais se lève en même temps que le jour. Impossible de tirailler. On n'aperçoit rien à quatre pas. Notre consigne est de surveiller le cours de la rivière, pour signaler un passage de la Marne. Au jour, des bruits de troupes en marche m'inquiètent sérieusement. Ne pouvant rien voir avec le brouillard, je bats la rive avec mes cinq compagnons : le poste avait été laissé sous notre responsabilité. Les mouvements que nous entendons ne préparent pas un passage, bien facile à effectuer, si Tennemi avait cette intention. Le jour levé et le brouillard dissipé, Chenevières réapparaît avec sa physionomie habituelle.
2 0 novembre. — Journée passée à faire le coup de feu aux avant-postes. Embusqués au bord de la Marne, nous guettons
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les Prussiens qui, de plus en plus prudents, se découvrent bien rarement.
23 novembre. — Je me relève d'une angine gagnée au bord de la rivière. Notre excellent docteur m'a soigné vigoureusement : il fallait me guérir, à tout prix, avant le départ. J'ai encore un peu de faiblesse, mais la fièvre a cessé, et je tiendrai sur mes jambes.
Nous allons donc partir et percer le blocus. J'entends déjà les petites voix saluant joyeusement mon arrivée... Mais pas de mollesse! nous n'en sommes pas là. Pour la dernière fois, sans doute, nous allons tirailler à la Varenne Saint-Hilaire et donner au colonel bavarois de Chenevières une aubade d'adieu.
25 novembre. — Ordre de soutenir demain au point du jour les compagnies franches du 107% qui iront occuper de l'autre côté de la Marne la ferme du Tremblay.
26 novembre. — Nous partons à cinq heures du matin par une pluie battante : nous enfonçons dans une mer de boue.
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L'artillerie prend position dans la redoute de Saint-Maur. Nous passons la Marne et nous occupons le parc de Poulangis, d'où doivent partir les compagnies envoyées en avant.
Les compagnies franches du 107®, appuyées par une compagnie du loS"" et par les francs-tireurs Lavigne, se déploient en tirailleurs. Dès les premiers pas, un coup de fusil éclate. Cest l'ennemi- le combat va commencer... Ce n'est qu'une de nos sentinelles qui, trompée sur le demi-jour, a tiré sur le gros de la colonne, à quatre-vingt pas, sans toucher personne.
Le Tremblay, évacué par les grand'gardes prussiennes, est occupé sans coup férir. Le général Daudel, qui est venu surveiller notre opération, dit au colonel Coiffé : « Je voulais étudier les obstacles que l'infanterie rencontrera, au-delà du Tremblay, lors de la sortie. »
En route, un propriétaire au désespoir m'aborde. Il est venu faire sa récolte de légumes, plus précieuse que jamais aujourd'hui dans Paris. Les francs- tireurs la lui ont enlevée : « Vous avez voté oui au plébiscite.
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Vous êtes cause de tous nos malheurs », lui ont-ils dit sous forme d'excuse.
Tout se prépare pour la sortie. On jette des ponts sur la Marne, on répare ceux qui avaient été détruits. Nous recevons les vivres, la solde, les cartouches. A partir de demain, personne ne pourra franchir les portes de Paris, sauf les corps de troupe. Paris se ferme derrière nous; il faut nous ouvrir un chemin en avant
Des officiers d'artillerie viennent occuper la redoute. La rive Est de la presqu'île se couvre de canons, pour appuyer notre passage et notre marche vers les hauteurs où Tennemi est retranché.
Nous n'attendons plus, pour nous mettre en marche, qu'un dernier signal.