CHARLATAN
Lorsqu'il se retrouva dans la rue, Georges Dupont erra quelques minutes àTaventure.
Dans son cerveau, les idées se choquaient, se heurtaient. Les mains croisées derrière le dos, la tête baissée, l'oreille bourdonnante encoi-e des paroles sévères, des prières, des descriptions macabres du docteur, l'avarié, le regard vague, les sourcils froncés, la pupille dilatée, marchait à grands pas essayant de. démêler l'écheveau de ses pensées, cherchant un moyen de tout arranger, d'éviter une catastrophe quelconque, frissonnant tout à coup, espérant, désespérant, et, après quelques secondes d'affolante prostration, retombant dans le calme procuré par la force de sa jeunesse et sa confiance en la vie.
Mais, tout de même, il était atteint dans ses forces vives. Après avoir escompté les chances aléatoires d'une erreur de diagnostic commise par le savant, il s'était facilement convaincu qu'il faisait fausse route.
Il était syphilitique !
Une rage terrible s'empara de lui. Il songea à Margot, son empoisonneuse...
— Ah ! si je la tenais ! murmura-t-il, en crispant ses poings. Puis, il ajouta :
— Et eux, et Lormeuil et Picard, et Pierre et Maurice .. c'est à eux que je dois aussi d'avoir aujourd'hui ma vie brisée... Ah ! les gueux!...
Mais, sa colère tombant, sûr qu'il était de l'affection de ses amis, il en vint à reporter tout le poids de la faute sur lui-même. Il comprit que sa faiblesse, sa curiosité charnelle, son manque d'énergie étaient seuls fautifs.
no LES AVARIÉS
— Et dire que si je n'avais pas enterré ma vie de garçon tout cela ne serait pas arrivé.
Cola ne serait surtout pas arrivé si Georges avait profondément aimé sa fiancée.
Que déjeunes hommes, à l'aurore de la vie conjugale, à la minute première des chastes fiançailles, à l'instant oii leur cœur se sent captivé pour toujours, ne prononcent pas ces paroles :
— C'est fini... jusqu'à mon mariage, c'est fini... plus de femmes.
Et, dans une pensée naïve et touchante, ils font le projet d'essayer d'oublier leur passé de ripailles et de noces, de se refaire, pour ainsi dire, une virginité, afin de ne pas être trop inférieurs à celle qui les attend et qui se donnera intacte et chaste.
Ceux-là sont de braves gens^, ils seront peut-être — hélas ! il faut dire toujours peut-être, la vie se mêlant constamment de tout — de braves maris.
Les plus sincères ne pensent même pas cela. Leur cœur est trop plein de l'image de l'aimée pour que leur chair ait une seconde de faiblesse, pour qu'un désir malsain fasse tressaillir leur épidémie sevré de caresses frelatées.
Georges songeait à cela et pensait :
— Voilà ce que j'aurais dû faire, voilà ce que j'aurais dû penser! Mais ce retour en arrière était inutile.
Ce qu'il fallait, maintenant, c'était lutter, essayer d'éviter le désastre entrevu quelques quarts d'heure auparavant.
11 songea à Henriette, à l'innocente, à la confiante et bonne créature dont il était toute la vie, dont il avait su accaparer tout le cœur.
Refuser de l'épouser, c'était briser sa vie, ternir l'éclat de son tout premier printemps, c'était la faire souffrir...
C'était, par-dessus tout, se priver, lui, du plaisir goulu de posséder celle dont il avait depuis des mois fait palpiter la chair.
A tout prix il lui fallait trouver un truc.
Mais quel truc?... Seul, un docteur pouvait le lui fournir.
Et il murmura :
— Oh ! il y aura bien un docteur que je pourrai apitoyer sur mon sort... un bon garçon un peu moins 1830 que ce savant terrible qui, après tout, pourrait bien se mettre le doigt dans l'œil...
Il y aura bien un homme parmi cette bande de savants pour lesquels on est et ne peut être qu'un sujet d'amphithéâtre, qui vous mettent l'esprit à l'envers avec dos exceptions macabres, des cas horribles et rareà...
LES AVARIÉS m
Et voici que soudain son regard fut attiré, son attention sollicitée par une affiche, celle-ci :
SniBHaHIBB
GUÉRISON RADICALE en 2 MOIS
Sans traiteraent mercuriel