‹ Les avariésChapitre 26 sur 44 · L ECHEANCE · texte numérisé non relu

L ECHEANCE

Yvonne de Serres était restée tout ce jour-là étendue sur sa chaise longue, exposant son visage pâle, qu'abritait une exquise capote de dentelle, au premier et radieux soleil d'un délicieux printemps.

Depuis de trop longs jours déjà, il en était ainsi.

Son mari, fidèle esclave, était demeuré près d'elle.

Et leurs regards, souvent, se rencontraient.

Celui dTvonne essayait de se parer de l'éclat d'un sourire, triste malgré tout ; celui de Maurice reflétait la douleur de l'angoisse loyalement sincère.

Seuls, dans ce désert qu'était devenue la grande villa quelques semaines auparavant toute peuplée des éclats de rire de la jeune femme, les deux époux, atteints dans les sources les plus profondes de leur être, ne vivaient pas : ils languissaient.

Maurice avait tenté tout et faisait tout encore pour distraire son aimée.

Yvonne ne prenait goût à rien, ni plaisir à quoi que ce soit.

Elle soufTrait.

Aujourd'hui, elle n'avait même presque plus la force de cacher sa souffrance.

Et des cris sourds, parfois, des plaintes, effleuraient ses lèvres pâlies.

Son mari assistait à cette lente agonie, confiné dans son impuissance.

Enfin ! Yvonne avait bien voulu d'un docteur.

Dire la joie de Maurice nous est impossible.

Immédiatement il fit atteler et se rendit au chef-lieu d'arrondissement.

Le docteur promit de venir à la première heure le lendemain.

Lorsque Maurice de Serres revint à Auzancé, il trouva sa femme couchée, à sept heures du soir,

La domestique lui ayant annoncé cela, il bondit jusqu'à leur chambre à coucher.

Ah ! l'atroce vision qu'il eufau moment où il pénétra dans la pièce, de sa femme dont le visage blême et l'œil fiévreux émergeaient de la couverture, dans un fouillis de dentelles qui semblaient comme une auréole de martyre faite à ce front de marbre pâle.

11 se précipita à son chevet.

La jeune femme en souriant lui tendit la main.

— Ma chérie!... Te voilà couchée...

— Oui, je suis un peu lasse...

— Je vais dire à la femme de chambre de dresser la table ici...

— Je ne dînerai pas...

— Mais c'est de la folie !... hier déjà tu t'es à peine alimentée...

— Je n'ai pas faim... Mais toi, dîne à côté de moi...

— Je n'ai guère faim non plus... Ma pauvre chérie!...

Et Maurice, laissant tomber sa tête sur le drap, se mit à pleurer. Cette fois, il n'avait pu retenir ses larmes. Yvonne le consola :

— Tu pleures, mon aimé?...

— Mais si, voyons, regarde-moi... ne pleure pas... Tu te fais de mauvaises idées.

— Ah! j'ai beaucoup de chagrin... Nous étions si iioiircux...

— Mais nous le serons encore...

— Ah ! le bon Dieu n'est pas juste... Tavoir si cruellement frappée...

— Une simple indisposition.

— Non, non^ tu es malade, je le sais, je le vois... Cela se lit sur ton visage. Nous qui avions tout pour être heureux, nous qui nous aimons tant.

— Vas-tu désespérer?

— Ah! ma foi, presque...

— C'est gentil ce que tu dis là... Alors, que dirai-jc, moi qui suis malade?... Tiens, tu es un grand enfant... Demain, le docteur viendra, et dans quelques jours je serai guérie...

— Ah! je le souhaite de tout mon cœur...

— Embrasse-moi, mon aimé.

Maurice saisit sa petite femme entre ses bras, et l'étreignit dévotement.

Et maintenant, fit Yvonne, tu vas être très raisonnable... La fenuno

de chambre va dresser une table près de moi, et tu vas dîner.

— Tu dîneras aussi.

— Je prendrai un peu de potage.

— Et une aile de poulet.

— Oui... là!...

— Ah ! ma chérie ! . . .

Et Maurice, très ému mais un peu consolé, courut donner des ordres.

Yvonne, dans son lit, mordait son drap pour ne pas crier.

Malgré toute sa vaillance et sa volonté, elle ne put même pas hnir de boire son consommé.

Elle se roulait littéralement dans son ht.

Sa femme de chambre lui ht un cataplasme avec quelques gouttes de laudanum, et lui mit ce cataplasme sur l'abdomen.

La pauvre jeune femme éprouva de cela un soulagement véritable.

Elle s'endormit, après avoir bu une infusion de pavot.

Maurice, lui, ne la quitta pas.

Assis dans un large fauteuil au chevet du lit, il ne pouvait détacher sou regard de la chère malade...

Et la nuit, lentement, enveloppa les choses de son manteau d'ombre.

Une obscurité de minute en minute plus complète envalussait la chambre.

Par la fenêtre, grande ouverte sur la campagne si belle, embaumant, en son printemps lleuri, des ondes parfumées entraient et frôlaient le visage du jeune homme.

Un instant, il tourna ses regards vers le ciel zébré de rayons de soleil, coulée d'or fauve dans un miroir d'azur, ouatée à l'approche de la nuit. Un calme infini l'enveloppait.

La vie lui apparut alors telle qu'elle lui était actuellement faite, et ce fut de la douleur qui naquit en son cœur.

Après avoir mené une vie d'inutile, il avait commis une bonne action. De cela, il ne recevait nulle récompense, au contraire. Celle qu'il avait fêtée, assise sur un semblant de trône, devenait une malade, et l'heure lui apparaissait où l'axiome ne mentirait malheureusement pas : l'argent ne fait pas le bonheur.

Maurice, lorsque la nuit fut complète, quitta la chambre où reposait l'aimée et vint dans son cabinet; là, il se jeta sur un sofa et rêva, pendant de longues heures.

L'aurore vint le surprendre en pleine méditation.

Les mille bruits de la nature peu à peu se révélèrent, et le jour se leva dans une coulée d'opale.

Une voix se lit entendre à quelques pas de lui.

Yvonne, après une assez bonne nuit de sommeil réparateur, vouait do s'éveiller.

Elle appela :

— Maurice!...

Celui-ci bondit et courut au chevet de la jeune femme... 11 la trouva un peu mieux portante que la veille... Ses mains étaient moins hévreuses.

— Ma chérie!... comment vas-tu?

— Je ne me sens pas trop mal ce matin, presque tout à fait hion...

— Tu as bien dormi ?

— Je crois même ne m'étre pas éveillée.

— Alors, dis, tu vas te lever après la visite du docteur?

— Avant si tu veux.

— Non, après; c'est préférable.

— Nous déjeunerons et nous irons faire un tour... la journée soi-a belle...

— Oui, nipn aimée.

Maurice serra sa femme dans ses bras.

Vers huit heures, la femme de chambre frappa à la porte.

— Monsieur, c'est le docteur...

350 US AVAHIÉS

Maurice se leva précipitamment.

— Bien, bien, faites entrer.

La domestique s'effaça.

Un homme d'une soixantaine d'années apparut. De Serres se porta à sa rencontre.

— Soyez le bienvenu dans cette maison, monsieur... Et présentant :

— La comtesse Yvonne de Serres.

Le vieillard s'inclina et prit place près de la malade.

Sans même attendre qu'on le questionnât, Maurice commença :

— Je vous ai fait appeler, docteur, car je suis très inquiet... Ma femme est extrêmement souffrante... nous nous aimons beaucoup et je suis au désespoir, après six mois de mariage, de voir la comtesse affaiblie et atteinte... Je demande à votre science de faire, non pas un miracle, mais deux heureux.

— Croyez bien, monsieur, que si cela ne dépend que de moi, vous serez bientôt satisfait... Voulez-vous me laisser seul quelques instants avec madame, je vous prie?

Maurice s'inclina, déposa un baiser sur le front de sa femme et sortit.

Lorsqu'il fut seul avec la malade, le docteur lui tendit la main.

— Veuillez, je vous prie, madame, m'abandonner votre poignet quelques secondes.

Yvonne s'exécuta de bonne grâce.

Le vieillard tâta ce pouls.

Au bout de quelques secondes, il déclara :

— Vous avez un peu de fièvre, très peu... Oià souffrez-vous?

— Mon Dieu, monsieur, je souffre un peu de partout et surtout dans le bas-ventre.

— Ah! ah!... vous éprouvez comme une pesanteur.

— Oui... c'est cela, c'est bien cela...

. — Lorsque vous marchez, il vous paraît qu'une partie de vos organes s'affaissent.

— Cela me procure une douleur très vive.

— Lorsque vous êtes étendue ?

— Ja souffre moins.

— N'avez- vous pas de nausées?

— Parfois.

•'^ Des idées rtoifes ?

— Oh! très souvent... des vertiges même.

— Pas d'appétit?

— Pas du tout.

— La marche est un supplice?

— Atroce...

— Oui...

Le docteur, joignant les mains, ferma les yeux et parut réfléchir... Soudain, il se leva.

— Voulez- vous me permettre de vous examiner!..

Yvonne rougit, fit oui de la tête et se prêta de très bonne grâce... Ce que fit le docteur lui arracha un cri atroce.

— C'est fini, ne criez pas... c'est fini. Elle se mit à pleurer,

— Voyons, voyons, il faut être vaillante, je ne vous ai pas fait grand mal...

Alors, elle questionna eïi se tamponnant les yeux :

— C'est grave ?

— Non, pas très grave... Je vais vous demander de rester couchée quelque temps... cinq ou six jours, au bout desquels je serai forcé de vous faire une petite opération.

— Jamais !

— Ne criez pas ainsi avant de savoir... Cette opération ne comportera ni bistouri, ni pince, et vous ne saignerez pas... je vous le jure... Et si cela peut vous donner du courage, je pourrai, après cette opération légère, vous guérir plus facilement...

— Et, dans combien de temps sei'ai-jé guérie Y

— Tout dépendra de votre sagesse et de votre docilité... Pour l'instant, remettez-vous de vos alarmes et iaisséz-moi faire mon ordonnance...

Le docteur se dirigea vers la porte par laquelle était sorti de Serres.

— Je vais vous faire apporter tout ce qu'il faut pour écrire.

— Inutile... votre mari me procurera ce dont j'ai besoin. ' Et le vieillard sortit...

Dans la pièce voisine, Maurice de Serres attendait avec l'impalience qu'on devine que le docteur en ait fini avec sa femme. Aussi lorsqu'il vit entrer le vieillard, tondit-il vers lui.

— Eh bien, monsieur?

Le docteur désigna un siège.

— Vous permettez?

— Je crois bien, je vous en prie.

3K2 I.FS AVARIÉS

Maurice prit place sur une chaise en face du vieillard qui commença à voix pr^que basse :

— J'ai besoin d'avoir avec vous une conversation assez longue et grave.

— Je vous écoute, docteur.

— Vous me paraissez avoir une grande affection pour votre femme...

— Je l'adore !

— Et de plus vous m'inspirez de la sympathie... vous êtes jeunes tous deux, vous avez le droit au bonheur ; vous avez le pouvoir, étant riche, de vous le procurer et j'ai compris que vous étiez un honnête homme. Votre femme est très gravement atteinte.

— Ah! mon Dieu! docteur!

— Je vous dois la vérité...

— Oh! oui, la vérité aussi atroce qu'elle puisse être.

— Votre femme est très gravement atteinte.

— Mortellement?

— Rien ne me permet de dire cela... Cependant il faut la traiter immédiatement. Il n'y a pas une minute à perdre, votre femme est atteinte de métrite et d'une antéflexion de l'utérus...

— Ma pauvre Yvonne ! . . .

— Une salpingite peut se déclarer d'un moment à l'autre. Ses organes génitaux sont très malades... une courte palpation m'a permis de m'en assurer...

— Qu'allons-nous faire?

— La soigner, monsieur, et tâcher d'éviter une opération toujours oxtrômement dangereuse.

Le malheureux de Serre's était anéanti.

Courbant le front, il avait des larmes plein les yeux.

Il trouva la force de demander :

— Et comment cela lui est-il venu ?

— Ah! fit le docteur, voici le point délicat et (ju'il me faut aborder afin d'éviter dans l'avenir une catastrophe...

Un silence se fit.

Puis, le docteur reprit :

— Monsieur, je suis très catégorique et un peu brutal parfois... Je suis un très méchant confesseur... mais puisque je m'intéresse à vous, vous me devez la vérité ; vous me questionnez, je vous réponds et je vous interroge... Tout ce que souffre votre femme, c'est peut-être à vous qu'elle le doit.

Maurice sursauta.

Et se frappant la poitrine :

Il était anéanti et terrassé... (Page 356.)

— A moi ?

— Il y a quatre-vingt-dix chances sur oent.

— Mais ce serait affreux !... je serais le bourreau de ma femme?... moi, moi qui l'adore ?

— Ne vous emportez pas... Hélas! il m'est déjà arrivé nombre de fois, au cours de ma longue carrière, d'entendre des maris prononcer les pa-

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rôles que vous avez dites tout à l'heure, d'aucuns même se sont révoltés, m'ont tenu pour un lâche accusateur, la plupart ont été obligés d'avouer leur culpabilité... Votre femme fait de la bicyclette?

— Oui, docteur.

— Elle y a gagné une antéflexion de l'utérus. Mais cela ne serait rien, quoique cette déformation de la matrice entraîne souvent l'infécondité... Ce qui est plus grave, c'est qu'elle est atteinte de métrite et qu'un commencement de salpingite simple est à redouter.

— Mais en quoi suis-je coupable?

— J'aborde ce point extrêmement délicat de mon interrogatoire... Vous n'êtes pas arrivé au mariage sans profiter de ce que la vie renferme, pour un jeune homme riche, de plaisirs et de débauches faciles...

■ — Dame, docteur, j'ai fait comme les autres.

— Vous avez fait la fête; et n'avez-vous jamais eu quelque regret de ne pas avoir pris quelques précautions avant de faire d'une femme de rencontre une passagère maîtresse?... N'avez-vous jamais eu à vous repentir d'une heure de plaisir et n'en avez-vous jamais éprouvé do petites douleurs?

— Ma foi si, docteur, pourquoi m'en cacherais-jo? Si, une fois, une unique fois, j'ai été pincé...

— Et vous vous êtes soigné?

— Comme tout le monde.

— C'est-à-dire très mal... Avez vous vu un docteur?

— Au commencement, non. Je me suis confessé à un ami qui m'a conseillé certaines pilules dont je me suis tout de suite très bien trouvé... En quelques jours les douleurs ont cessé.

— Et vous avez cessé ce traitement de fantaisie?

— Les symptômes disparaissant, je n'ai pas cru utile de persévérer en pure perte.

— Et vous ne vous êtes jamais ressenti de cette petite maladie qu'on dédaigne et qu'on traite par le mépris quand on a vingt ans ?

— Oh! si, un mois après ma première attaque.

— Et vous avez repris des pilules ?

— Oui, docteur...

— Et après une nouvelle bamboche, le mal réapparaissant, vous avez repris des pilules et comme ça jusqu'au jour oij le mal parut avoir guéri... Et aujourd'imi encore, le matin, vous éprouvez une démangeaison...

— Oui.

— Vous auriez dû vous soigner.

— Je me suis soigné. Une fois je suis allé chez un docteur dont j'avais

VU une annonce sur les murs... J'avais fait, un samedi, la connaissance d'une charmante petite femme, elle m'avait donné rendez-vous pour le dimanche suivant. Or j'étais gêné, vous rae comprenez ; c'est alors que j'ai été voir ce docteur qui en trois jours m'a soulagé,

— Et moyennant un louis et cinq francs de médicaments achetés chez lui, vous a dit : vous êtes guéri.

— Oui, docteur.

— Ces gens-là sont des monstres, entendez-vous, des monstres qu'on devrait châtier comme ils le méritent. C'est une infamie de dire à des hommes : «En trois jours vous serez guéris» ; aux vieillards : « En trois jours vous retrouverez vos forces delà vingtième année... » C'est une infamie!... une infamie !... Et c'est en prenant conseil de ces charlatans-là qu'on devient ce que vous êtes : un coupable... C'est en suivant les prescriptions de ces forbans de la médecine que toute une génération se désagrège, que des hommes abîment leurs femmes et les jettent sur un lit d'agonie I

Le vieillard était tout vibrant.

Sa voix tremblait, une rougeur de colère colorait ses joues...

Mais soudain, il reprit son sang-froid.

— Pardonnez-moi, monsieur, je me suis laissé emporter,... mais voyezvous, quand j'entends un brave homme me parler comme vous l'avez fait, je me révolte... ça me navre... Ah! mon Dieu !... Ah ! vous n'êtes pas le seul qui soit venu me dire ce que vous m'avez dit tout à l'heure... Combien en ai-je vu qui pleuraient en me racontant leurs accidents de jeunesse ; que de drames n'ai-je pas vu éclater devant mes yeux, que de misères n'ai-je pas côtoyées, que d'infortunes n'ai-je pas soulagées!... C'est notre devoir à nous, docteurs sérieux...

Ah! si les jeunes gens savaient à quoi ils s'exposent en traitant par le mépris cette « petite maladie... » Mais non seulement ils risquent de contaminer leurs femmes et de causer dans leur organisme les troubles les plus dangereux, mais eux-mêmes sont appelés, vers la cinquantaine, à être atteints de blennorrhée, de cystite, de maladies des voies urinaires les plus douloureuses et les plus graves, d'épididymite, de rhumatismes blennorrhagiques, d'arthrite blennorrhagique des genoux... Et pour leurs femmes, donc! C'est la salpingite, l'ovarite, la métrite blennorrhagique, la vulvite qui les guettent!...

Maurice de Serres dévisageait le docteur avec une sorte de terreur dans le regard.

— C'est effroyable ce que vous me dites là...

— Et je ne vous ai pas tout dit... Je ne vous ai pas parlé des pelits enfants. Combien de bébés, immédiatement après leur entrée dans la vie.

ne sont-ils pas atteints d'ophtalmie qui, malheureusement, engendre la fonte purulente de l'œil?... Et ces pauvres petits deviennent aveugles, sont voués aux pires misères... Et c'est à leur père qu'ils le doivent. Le mari s'est marié atteint d'une blennhorrée chronique, il a contaminé sa femme et, pendant le travail de l'accouchement, si celui-ci n'est pas rapide, ce qui n'est pas rare, les petits yeux du nouveau-né se trouvent en contact avec les muqueuses de la mère et prennent le germe de la maladie qui les privera de la vue... Voilà, monsieur, ce que peut occasionner cette « petite maladie » dont nos pères ne nous ont pas appris la gravité, qu'à vingt ans nous affichons parfois avec un orgueil stupide et qui nous réserve, lorsque nous avons du cœur, les pires souffrances et les pires remords...

Eh bien ! vous n'étiez pas guéri lorsque vous vous êtes marié et vous avez contaminé votre femme.

Maurice de Serres regardait le docteur en tremblant.

Il ne trouvait pas la force de balbutier un mot.

Le docteur continua :

— Si je vous dis si crûment la vérité, c'est que je vous la dois. Vous avez été trop longtemps un ignorant. Je vais soigner votre femme. J'espère la sauver... Je dis j'espère et je le pense... J'ai confiance. A moins de complications que je ne puis prévoir, elle n'est pas atteinte irrémédiablement...

En tout cas, elle va souffrir longtemps. Et vous, vous allez vous soigner.

— Oui, docteur...

— Et vous allez me jurer de n'être plus tard le mari de votre femme que lorsque je vous en donnerai l'autorisation.

— Je vous le jure sur la tombe de ma mère.

— Alors, donnez-moi la main. Et du courage !... Je suis un brutal, mais je suis un bon type, j'ai du cœur et j'aime les hommes qui sont braves, énergiques et sincères... J'adore les braves gens... Donnez-moi du papier, de l'encre; je vais écrire mon ordonnance...

Maurice, titubant, alla à son bureau préparer du papier.

Le docteur se mit à la table et écrivit.

Pendant ce temps, de Serres s'affaissa sur une chaise...

Il était anéanti et terrassé...

Et des larmes inondèrent son visage.

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