LA MINE D OR
Après quinze jours de salutaire repos, Yvonne de Serres, qui était restée couchée pendant tout ce temps, obtint la permission de se lever. Elle était bien faible.
Pour le premier jour, elle resta deux heures étendue dans une ciiaise
longue.
Ce fut bien à contre-cœur. Mais, son mari l'exigea.
Les deux hommes emportèrent vers la villa la pauvre femme presque évanouie.
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Le docteur l'avait ordonné...
Si ce n'avait été la faiblesse musculaire, elle aurait bien volontiers fait une petite promenade dans son jardin.
Ses joues n'avaient pas repris leur teinte rosée, mais son regard était moins fiévreux et le masque de son visage moins torturé.
Maurice, de la voir un peu mieux portante, ressentait une bien vive joie. Liv. 52. Les Avariés. Liv. 52.
Assis près d'elle, en lui serrant les mains, son regard dans le sien, il demandait en souriant :
— Alors, tu vas mieux?
• — Oui mon chéri.
— Ma pauvre Yvonne !
Il la fixa pendant quelques instants et, soudain, se mit à pleurer. Yvonne prit son visage à deux mains et l'embrassa tendrement...
— Oh ! Maurice aimé, pourquoi pleures-tu ?
— Mais, je ne sais pas, ce sont les nerfs... il ne faut pas faire attention... Yvonne prit un air grave et réfléchi.
— Un homme comme toi ne pleure pas à cause de ses nerfs... Maurice, tu me caches quelque chose.
— Mais non, Yvonne, je te jure que non.
— Si... tu me caches quelque chose... Depuis la première visite du docteur, tu n'es plus le même... tu es visiblement changé, ça je te l'affirme...
— Cela me fait beaucoup de peine de te voir souffrir.
— Ne dis pas cela. Depuis quinze jours, je souffre de moins en moins et cela devrait au contraire te réjouir... Dis plutôt que tu me sais gravement atteinte...
— Yvonne !
— Voilà la vérité... je suis très malade.
— Non, tu guéris... Si lu étais plus malade, aurais-lu pu le lever aujourd'hui?... Non, tu vas mieux, je te l'affirme, crois-moi, et je suis très heureux de te voir te reprendre...
— Alors pourquoi pleures-tu?
Maurice, pour toute réponse, enveloppa sa femme et lui donna un baiser.
Maurice avait été frappé en plein cœur par ce que lui avait dit le docteur.
Ame droite et loyale, il comprenait toute l'horreur de la situation qu'il s'était faite inconsciemment.
Il était le bourreau de sa femme.
Depuis quinze jours que le docteur lui avait révélé l'atroce vérité, il se sentait à chaque heure du jour ou de la nuit poursuivi par un remords terrible.
Les nuits, il les passait en cauchemars.
Le jour, lorsque sa femme reposait un peu, il venait s'asseoir à son chevet.
Là, accablé, effondré dans un fauteuil, il s'attardait en ses très douloureuses pensées.
Son reg-ard ne quittait pas le visage pâli de sa victime. Et ce malheureux murmurait à voix très basse :
— C'est moi qui l'ai jetée là, moi!... c'est ma faute!... Alors, une émotion le serrait à la gorge...
Il partait et allait, dans son cabinet de travail, éclater en sanglots. Cependant, un mieux sensible s'accusa.
Le docteur, après avoir fait la petite mais douloureuse opération de Y anté flexion, reprit le premier un peu d'espoir.
— Allons, mon pauvre monsieur, nous no pouvons éviter la métrite, mais je ne désespère pas d'enrayer la salpingite.
— Ail ! oui docteur, n'est-ce pas, tâchez de faire cela... Je vous en serait bien reconnaissant... J'ai tant de chagrin.
— Je le vois et je vous plains de tout mon cœur... Les événements parurent donner raison au docteur. Un mieux sensible s'accusa.
Et nous avons vu Yvonne se lever et reprendre quelques forces.
Quinze jours se passèrent.
Yvonne, maintenant, quittait la chambre.
Au bras de Maurice, elle fît sa première promenade dans le parc de leur splendide villa.
Mais, au bout d'une demi-heure à peine de marche, son visage soudain pâlit.
Elle dût s'arrêter chancelante.
Maurice la reçut dans ses bras.
— Mon aimée! qu'as-tu?
— Oh! rien, rien, fit Yvonne en passant sur son front une main soudainement humide de fièvre... C'est un peu de faiblesse...
Mais, à peine avait-elle dit cela qu'elle poussa un gémissement de douleur.
Il lui fallut s'asseoir...
Et, dans un spasme douloureux, elle avoua :
— Je ne vais pas pouvoir rentrer dans ma chambre. <■ De larges perles de sueur s'accusaient sur son front.
— Tu souffres, ma pauvre chérie?
— Oui, atrocement.
— Dans le ventre?
— Oui...
Maurice sentit un sanglot Tétouffer.
Mais, par un violent effort, il se contint et, de toutes les forces de sa voix appela les domestiques.
Ce fut le jardinier qui accourut le premier. En le voyant, Maurice, lui dit :
— Aidez-moi, Prosper, à transporter madame.
Le brave homme de jardinier, en apercevant le visage d'Yvonne, ne put retenir un cri de douleur.
— Oh! notre pauvre madame !...
Yvonne savait se faire aimer par tous et par toutes.
Les deux hommes emportèrent vers la villa la pauvre femme presque évanouie.
On la monta dans sa chambre et la femme de chambre la déshabilla.
Sitôt qu'elle fut dans son lit et qu'on lui eût fait respirer de l'éther, elle revint à elle.
Son premier regard fut pour son mari qui se prosterna devant elle.
— Tu te sens mieux^ Yvonne?
— Oui, ça passe... va vite chercher le docteur.
Maurice, en deux bonds, traversa la chambre. En courant, il se rendit aux écuries, attela lui-même.
Quelques minutes après, il volait vers la demeure du docteur.
Lorsqu'il sonna à sa porte, le brave homme était à table.
Tout de suite, il se leva, prit un chapeau, suivit Maurice et se rendit à Auzancé.
Lorsqu'il fut au chevet de la malade, et, après quelques nouvelles interrogations, il prescrivit un remède et entraîna Maurice à part.
Mon pauvre monsieur, mes craintes sont de nouveau très grandes...
— Ah ! fit Maurice en tremblant.
— Je vous conseille de partir demain pour Paris.
— Ma femme supportera le voyage?
— Oui... Sitôt votre arrivée, voyez un spécialisLe... un spécialiste seul peut sauver votre femme.
— Je partirai demain, docteur...
Le 258 de la rue de la Boëtie est un très vaste, très moderne et très joli immeuble, nouvellement construit.
Sur le pilier gauche de la monumentale porte d'entroo on peut voir, en lettres dorées sur un fond de marbre noir, s'étaler l'inscription suivante: