L AME INQUIETE
Tandis que Pierre de Vaudray, comme nous venons de le voir, venait au secours de sa sœur éplorée, Georges Dupont lui, loin de Paris, ne son ■ geait qu'à son mariage dont la date, aussitôt son retour à Paris, allait être fixée officiellement par les deux familles.
Chaque jour, il ne manquait pas d'écrire à Henriette de longues lettres où s'accusait joliment, simplement, la naïve passion, le violent et sincère amour qu'il avait pour elle.
Là-bas, en Vendée, chez cet oncle qui venait d'accepter d'être son premier témoin, Georges, au milieu de cette pittoresque contrée, éprouvait un plaisir infini à s'isoler.
Il se surprenait parfois, au cours de longues rêveries dont sa fiancée faisait tous les frais, il se surprenait, disons-nous, la proie de touchantes et mélancoliques rêveries.
Il bâtissait l'avenir et, en fermant un peu les yeux, voyait se dresser, devant lui, tout un programme de délicieux projets.
Il se voyait déjà papa, berçant la frêle créature, faisant des régiments de cocottes pour l'amuser, jouant au dada,... et cela l'attendrissait jusqu'aux larmes.
Au bout d'une dizaine de jours passés au milieu de parents qu'il n'avait pas vus depuis sa plus tendre enfance et dont l'affection l'avait aidé à vivre le rêve de sa vie dans une atmosphère simplette et saine, soudain, la fièvre du retour vers l'aimée s'empara de lui.
Il éprouva l'irrésistible besoin de fuir cette campagne paisible , ces coins de paysages charmants, de retourner vers celle qu'il aimait du plus profond de son cœur, vers le bon génie au bras duquel il avait la prétention de savourer l'existence et de descendre doucement l'autre pente de la vie avec, au cœur, le souvenir des heures exquises des tout premiers printemps.
Quinze jours après son arrivée en Vendée, Georges Dupont boucla ses malles.
Son oncle et sa tante, après avoir promis de venir quatre ou cinq jours
avant le mariage, le conduisirent à la gare. Nerveux, pressé, il grimpa dans le wagon, s'installa confortablement dans un coin du compartiment et, bientôt, brusquant la minute des adieux touchants, le train siffla, l'emportant vers Paris.
Georges, pelotoné dans son coin, le regard perdu sur les plaines verdoyantes où des troupeaux entiers paissaient l'opulent gazon, l'esprit occupé, le cœur elle cerveau bourrés de souvenirs, croyait voir flotter autour de lui comme un brouillard d'exquise félicité.
Il se sentait transfiguré depuis sa fameuse nuit. Cet adultère avant la lettre, dont il sentait tout le poids moral et dont il se repentait, avait donné à l'amour de sa fiancée un caractère plus noble, une valeur plus grande.
Il aimait autrement Henriette.
Il éprouvait à l'aimer plus de volupté secrète... Le trouble qui l'envahissait lorsqu'il évoquait son image chérie était plus capiteux.
Avec une gourmandise d'amoureux délicat, il se complaisait à récapituler, à cataloguer pour ainsi dire ses actes de futur mari, ses procédés d'amant attentionné.
Comme au travers d'une brume de rcve, il se voyait déjà franchissant le seuil de la chambre nuptiale, enveloppant délicatement sa femme de caresses discrètes, la préparant à l'amour, précieusement, afin de ne blesser aucune de ses illusions et de mériter sa reconnaissance, cette reconnaissance sacrée qu'éprouvent les vierges à l'égard de ceux qui savent, onctueusement, les conduire vers le but un peu charnel du mariage, sans blesser leur dignité, sans môme effleurer maladroitement leur pudeur.
Et, tandis que Georges, tout à son rêve, échafaudait ainsi l'avenir, le train le berçait; si bien qu'il s'endormit, le cœur trop plein de joies qu'à son avis rien ne pouvait atteindre.
Douze longues heures de chemin de fer, et le train pénétra en gare de Paris.
Il était dix heures du matin.
Fiévreusement, il sauta sur le quai, courut aux bagages, fit porter ses malles sur une voiture et donna l'adresse de la rue du Rocher.
Une demi-heure après, il embrassait sa mère, contait brièvement son voyage, déjeunait et, vers une heure, n'y tenant plus, s'habillait et filait en toute hâte vers la rue du Ranelagh...
A moitié chemin, il s'aperçut qu'il portait une barbe de deux jours...
Il fit arrêter le cocher devant un coiff'eur, sauta à terre et pénétra dans la boutique du moderne Figaro.
Jamais Georges Dupont n'avait pu apprendre à se raser... Et puis, ça l'énérvait.
— Vite, garçon, je suis pressé... la barbe...
Il se jeta dans le fauteuil à manivelle et, après avoir lui-même arrangé sa serviette, tendit son menton à l'opérateur.
Mais, comme celui-ci s'apprêtait à passer le blaireau, il se pencha, soulevant la moustache, et dit :
— Heureusement que je m'en suis aperçu à temps, j'aurais pu écorcher monsieur.
— Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? demanda Georges.
— Monsieur a un petit bouton...
— Où çà, faites voir ?
Le garçon coiffeur tendit une glace à main, Georges se mira.
— Mais, oui, fît-il, je n'avais pas vu ça... c'est juste au coin de la lèvre...
Et, sans attacher pour l'instant plus d'importance à cette érosion, il posa la glace sur le marbre de la toilette et tendit à nouveau son visage au coifieur.
L'œuvre infâme de Margot s'était révélée.
Cachée par la moustache, s'accusant sur la partie droite externe de la lèvre inférieure, la preuve du mauvais mal s'affirmait. L'érosion, à peine large comme une lentille, était de couleur grisâtre... ses bords étaient sinueux et durcis...
Une fois rasé, Georges, presque malgré lui, porta la main au bobo. Après avoir payé, poussé par quelque instinctive curiosité, il retourna à la toilette, s'empara de la glace à main et, longuement, examina la blessure, sans arrière-pensée.
Puis, il salua et sortit...
Une fois dans la rue, il remonta dans sa voiture.
Le fiacre continua sa route vers la rue du Ranelagh.
Là-bas, on l'attendait. Dans le jardin, en arrière de la maison. Loches et sa femme, assis dans de larges fauteuils d'osier, finissaient de prendre le café... Henriette, elle, prévenue par une lettre de Georges du retour de celui-ci ne tenait pas en place... A chaque roulement de voiture, elle courait vers la grille qu'elle ouvrait inutilement ; la voiture passait.
Vingt fois déjà elle avait fait ce petit trajet lorsque soudain, un fiacre s'arrêta devant elle.
— Henriette !
— Georges!
Oh! la bonne et cordiale étreinte!... Comme il faisait bon après quinze longs jours d'absence se retrouver, se serrer les mains, échanger de ces longs regards chargés d'amour et de tendresse infinie...
Les deux jeunes gens^ émus, restaient là, immobiles, la gorge serrée, la poitrine oppressée, sans pouvoir échanger une parole et ne trouvant, après quelques secondes de touchante contemplation, qu'un geste gracieux et câlin d'enlacement pour traduire leur plaisir de se revoir et leur douleur d'avoir été séparés.
La grille une fois fermée derrière eux, quelques pas faits dans la direction des parents, ils s'arrêtèrent à nouveau. Et, presque sous le regard des leurs, échangèrent un baiser.
— Eh bien, le voilà, le revenant ! s'écria Loches.
Le charme était brisé. Pendant plus d'une demi-heure, il fallut subir mille questions, donner des nouvelles des parents, parler du séjour en Vendée, raconter sa vie quotidienne... Puis, peu à peu, on tomba dans les banalités d'une conversation quelconque.
— Tu dînes avec nous ?
— Je veux bien.
— Alors, allez faire un tour de jardin, mes enfants. Toi, Georges, à cinq heures, tu iras chercher ta mère ! nous avons à parler de choses sérieuses avec elle... A tout à l'heure.
Les deux jeunes gens, heureux de cette liberté concédée avec bonhomie, s'enfoncèrent dans une allée étroite, familière, peuplée de souvenirs faisant autour d'eux comme une musiquette très douce en l'air des déjà presque lointaines années.
Serrés l'un contre l'autre, cet attouchement faisant palpiter leur chair, Georges et Henriette marchèrent vers le banc oij, la veille de son départ, le jeune homme avait dû consoler sa fiancée troublée...
Un instant, il eut peur qu'elle se souvînt. Mais non, son joli visage ne dénota nulle peine, même légère... Elle bavarda, câline, confiante, s'abandonnant et, pour la première fois, se laissa caresser dévotement par celui qui, dans quelques jours, allait être son époux.
Ils échangèrent des baisers chastes, des regards, enlacés dans le silence et goûtant les délices de l'étreinte vierge...
Soudain, un appel les fit tressaillir.
— Où êtes-vous donc?
Ils se levèrent, coururent à la voix. Georges baisa une dernière fois sa fiancée sur le front et courut chercher sa mère.
Lorsqu'il arriva rue du Rocher, il aperçut, à cent pas, comme la silhouette de Maurice de Serres... Il courut vers son ami et le rejoignit juste au moment où celui-ci allait franchir le seuil de sa maison.
— Maurice !
Maurice de Serres se retourna.
— Tiens, Georges! j'allais chez toi.
— Non !
— Si, si, à tout hasard... j'ai une grosse communication à te faire.
— Un ennui?
— Non. Je me marie.
— Toi !
— Oui, moi... mais grimpons jusqu'à ton reposoir, je vais te conter! Les deux jeunes gens montèrent les deux étages qui conduisaient chez
Georges Dupont. Après s'être informé si sa mère était là, — madame Dupont était sortie et ne tarderait pas à rentrer, — le fiancé d'Henriette conduisit son ami dans sa chambre et lui offrit un siège.
— Mon cher Maurice, je t'écoute.
— Voilà, fit de Serres en allumant un cigare, comme je te l'ai dit, je me marie, et je viens te demander de bien vouloir être mon témoin.
— Mais certainement. Et tu fais un beau mariage ?
— Non. J'épouse la fille, sans dot, d'un chef de bureau à l'Intérieur. Georges Dupont en tomba des nues.
— Oui, continua de Serres, ça t'épate. Tu n'es pas le seul.
— Comment, toi, un noble, riche...
— Oui, moi, un noble, j'épouse une roturière, comme n'eût pas manqué de dire mon aïeul. Mais, j'ai une excuse, je l'adore. Sérieusement, je l'aime infiniment. Ce n'est pas toi, je suppose, qui vas me reprocher de faire un mariage d'amour.
— Non, certes.
— Nous serons mariés dans un mois. J'ai loué une villa à Ausancé,nous y logerons en famille... Ce sera très amusant... Je suis las de la vie bête de Paris et j'éprouve une joie féroce à me cloîtrer dans un décor de vie paisible, à m'abandonner aux soins d'une femme sincère qui m'aime pour moi, car elle ne sait pas que je suis si riche, si noble. J'ai fait sa con-r naissance et celle de ses parents à un concert Colonne. J'ai bavardé avec le père, excellent musicien, et puis, crac! un beau jour, j'ai aimé et tout de suite j'ai conçu le projet de faire trois heureux. Je leur ai avoué douze mille de rentes, j'en ai cent. J'ai loué ma villa, je l'ai fait meubler dans le plus grand secret et, le soir du mariage, je fais ma petite surprise, voilà... Et je suis très sincère et très content de ma petite bonne action. Ce n'est pas banal et c'est un peu mille et une nuits... Pourvu qu'on soit heureux...
Maurice de Serres s'arrêta de parler.
Georges ne l'écoutait qu'à moitié, occupé qu'il était à regarder sa bouche.
— Qu'est-ce que tu as? demanda son ami.
— Mais je ne sais pas... Je me suis aperçu de ça tout à Theure... chez le coiffeur, ça m'embête... ce n'est rien du tout...
— Fais voir... Ça te fait mal?
— Non.
Maurice de Serres s'approcha de Georges et, consciencieusement, regarda le bobo.
Georges ne le quittait pas des yeux.
Soudain, Maurice prit une contenance embarrassée... Son regard inquiet rencontra celui de Georges, interrogateur... Et celui-ci, pris soudain d'une peur puérile d'enfant douillet, lui demanda d'une voix coupée par un hoquet :
— Pourquoi parais-tu ému?
— Mais... Je ne suis pas ému.
— Si... Est-ce que ce serait grave ce bobo-là ?...
Et Georges s'empara des mains de son ami qu'il serra à les briser, ne quittant pas Maurice du regard...
— Lâche-moi donc, fit de Serres, tu me fais mal... qu'est-ce que tu as tout d'un coup .. qu'est-ce qui te prend?
Georges baissa la tête, abandonnant les mains de son ami pour poser les siennes sur son front mouillé de sueur. Soudainement, d'une voix brisée, il balbutia :
— Tu m'as fait peur...
— Mais je ne t'ai rien dit.
— Non, c'est vrai, mais tu as eu un regard douloureux, de pitié presque, tu as hoché la tôle Alors, n'est-ce pas, j'ai tout de suite cru...
— Cru quoi ?
— Écoute, Maurice, fit Georges en se rapprochant de son ami, c'est peut-être stupide, enfantin, ridicule, mais j'ai peur, très peur... Depuis cette aventure, depuis Margot, ma vie est bouleversée... Tout à coup, je pense à cette femme, je la revois et je frissonne... et puis, l'image d'Henriette s'offre à moi et tout ce qui me trouble s'efface... Je me sens revivre pour redevenir ensuite la proie de je ne sais quelle secrète et douloureuse obsession .. Ah! mon cher Maurice, toi qui es le meilleur ami et le plus sérieux delà bande, dis- moi donc pourquoi je suis ainsi...
— Voyons, voyons, mon vieux Georges, tout ça n'est pas sérieux... Tu n'es pas un enfant... Comment, c'est à la veille de te marier, à la veille de prendre vis-à-vis de la société des engagements graves, à la veille d'être vraiment un homme que tu te laisses abattre, sans raison, sans motif apparent... Tout ça, parce qu'une fille t'a fait une méchante plaisanterie... et que tu as un babouin à la lèvre...
^ — Si c'était une mauvaise maladie,..
— Allons, allons, il faut être vaillant; ne vous alarmez pas... (Page 87.)
Liv. 11.
Liv. M.
— Mais encore une fois, avant de te mettre martel en tcte^ va voir un docteur...
— Oui, n'est-ce pas... je ferais bien... je serais plus tranquille... Ah I vois-tu, Maurice, si par maliieur c'était une sale maladie, ce serait épouvantable... J'ai déjà eu bien souvent des bobos à la lèvre, mais jamais ils n'ont eu l'aspect de celui-là. . . Ah ! mon Dieu I . . . mon Dieu ! . . .
— Allons, ne gémis pas ainsi... après tout, rien ne t'encourage à avoir d'aussi lugubres pensées... Margot a été la maîtresse de pas mal d'entre nous et aucun n'a eu à s'en repentir...
— Oui... tu es sûr...
— Mais absolument... Je sais bien qu'une femme peut être saine aujourd'hui et contaminée demain... Mais s'il fallait toujours songer à cela, on ne vivrait plus... les meilleures parties de plaisir n'auraient aucune raison d'être... Tout ça n'est qu'une affaire de chance... et je crois que le mieux est de prendre son plaisir sans arrière-pensée... au petit bonheur... Allons, vieux Georges, ne te laisse pas aller à tes idées noires et, au revoir... Mais tu sais, tu as eu raison de penser à voir un docteur... Dans ta situation, il faut savoir à quoi s'en tenir...
— Oui, j'irai demain voir un médecin...
— C'est ça... et maintenant jeté quitte... A bientôt et merci...
— Au revoir, Maurice.
— Ne le dérange pas, je connais le chemin...
Et Maurice de Serres, après avoir serré les mains de son ami, se retira...
Une fois seul, Georges retourna devant la glace. Au bout d'un instant, il murmura :
— Mais qu'est-ce que j'ai donc à avoir si peur?...
Ah ! combien à cette heure mquiète de sa vie présente, il regrettait sa faiblesse.
Hélas! tous ses regrets étaient superflus. Il était trop tard. Et soudain, très sincère, il murmura :
— Si jamais j'ai quelque chose, je me flanque une balle dans la tête.
A peine avait-il terminé cette phrase que la porte de sa chambre s'ouvrit. Sa mère parut.
Le jeune homme, par un violent effort de volonté, trouva la force de sourire. '^
— Tu m'as demandée, Georges ? questionna madame Dupont.
— Oui... oui... on nous attend chez Henriette pour dîner... ils ont à to parler... Je vais m'habiller.
Et il passa dans son cabinet de toilette.
Malgré tous les efforts qu'il fît, son trouble n'échappa pas à sa mère qui pensa tout en regagnant sa chambre :
— Qu'est-ce qu'il a encore?
Une demi-heure après ceci, Georg-es et sa mère montaient dans un fiacre et se faisaient conduire rue du Ranelag-h.
Pendant le trajet, assez court, le fiancé d'Henriette ne prononça pas une parole... Sa mère, sentant fort bien qu'elle n'obtiendrait rien de lui, ne lui posa pas la moindre question.
Mais l'attitude énigmatique de son fils l'inquiétait...
Lorsque le fiacre s'arrêta, le jeune homme sauta à terre, aida sa mère à descendre, paya le cocher et sonna à la grille...
Quelques instants après, ils étaient introduits dans le salon où les Loches les attendaient.
— Oh ! ma chère Joséphine, fit le député en serrant les mains de madame Dupont, comment ça va?
On se complimenta.
Georges tendit la main à sa fiancée.
Son futur beau-père, qui aperçut le geste, s'exclama :
— Comment, une poignée de main maintenant ! Ah ça ! mon gaillard, qu'est-ce qui te prend? C'est parce que vous êtes devant nous, que vous faites des cérémonies?... Allons, ombrasse Henriette, embrasse ta fiancée.
Georges, ému, déposa un baiser dans les cheveux de la jeune fille.
— A la bonne heure ! fit Loches que le spectacle de cet amour réjouissait... Et maintenant, laissez-nous... Allez faire un tour de jardin avant dîner, vous devez avoir un tas de choses à vous dire... A votre âge et dans votre situation, on a toujours un tas de jolies choses à se dire... Allez.
Henriette quitta la première le salon, Georges la suivit. Lorsqu'ils eurent fait quelques pas dans le jardin, la jeune fille, s'arrêtant soudain, plongeant son regard dans celui de Georges, questionna :
— Qu'as-tu, mon aimé ?
— Mais rien, balbutia Dupont.
— Si, tu as quelque chose... tu es contrarié...
— Mais non, je n'ai absolument rien, je te jure... Marchons un peu, veux- tu ?
Le couple disparut au tournant d'une allée... Ils marchaient l'un à côté de l'autre, sans rien se dire, et, instinctivement, vinrent s'asseoir sur leur banc favori, là oij, quelques jours avant, ils s'étaient dit de si douces choses.
Georges prit la main de sa fiancée qu'il attira sur sa poitrine...
Et, assis, dans le silence de ce coin exquis de verdure odorante, ils restèrent ainsi sans échanger une parole, durant près d'une heure... Le drame commençait...
Vers dix heures, Georges et sa mère se retirèrent.
Le jeune homme, avec les mêmes précautions qu'à l'arrivée, embrassa sa fiancée.
De retour chez lui, il souhaita une bonne nuit à sa mère et courut s'enfermer dans sa chambre... dont il verrouilla la porte...
Mais, il ne se coucha pas.
Il passa sa nuit à ruminer, à pleurer, à craindre, à espérer, à se gourniander...
Parfois ses lugubres pensées s'évanouissaient... puis l'accaparaient de nouveau... Son malaise s'augmentait...
Et le jour le surprit écroulé dans un fauteuil... anéanti... le livre du Tout-Paris grand ouvert devant lui...
Sur une de ses cartes il avait noté ?
Monsieur le Docteur Fraisier \illa Médicis
Passy.