‹ Les avariés, pièce en trois actesChapitre 13 sur 24 · SCENE V L'AVARIÉ, LA MÈRE, LA ?s'OURRICE · texte numérisé non relu

SCENE V L'AVARIÉ, LA MÈRE, LA ?s'OURRICE

LA MÈRE, bas à son fils.

J'ai trouvé le moven de tout arranger. Si

nous la mettons au courant et si elle accepte, le docteur n'aura plus rien à dire, n'est-ce pas ?

l'avarié Évidemment.

LA MÈRE

Je vais lui promettre que nous lui donnerons deux mille francs, lorsqu'elle partira, si elle consent à continuer l'allaitement.

l'avarié

Deux mille francs, est-ce assez ?

la mère

Je verrai. Si elle hésite, j'irai plus loin, Laisse-moi faire.

l'avarié C'est cela.

LA MÈRE, à la nourrice.

Nounou, vous savez que la petite est un peu malade.

Mais non, madame.

LA MÈRE

Si.

LA NOURRICE

Mais madame, je l'ai bien soignée, je l'ai toujours tenue bien propre.

LA MÈRE

Je ne vous dis pas le contraire. Mais elle est malade : les médecins l'ont dit.

LA NOURRICE

Tiens ! la belle malice !... Les médecins, s'ils ne vous trouvaient pas toujours quelque

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chose, on dirait qu'ils ne savent point leur métier.

LA MÈRE

Notre médecin est un grand médecin. Vous avez bien vu vous-même que l'enfant avait des petits boutons.

LA NOURRICE

Mais ça, madame, c'est des feux, c'est l'àcreté du sang qui ressort... faut pas vous tourmenter... Je vous dis moi que c'est la force du sang... c'est pas ma faute... je vous jure qu'elle n'a manqué de rien, et que je l'ai toujours tenue bien propre...

On ne vous reproche rien...

LA NOURR'GE

Mais qu'est-ce qu'on peut me reprocher...

qu'est-ce qu'on peut me reprocher !... ah ! quel malheur ! Elle est mignonne, la petite, elle est un peu maigrillotte... dame... c'est un enfant de Paris... mais elle se porte bien, j'en réponds.

LA MÈRE

Non, je vous dis... Elle est enrhumée du cerveau... elle a des bobos dans le fond de la gorge. ç^-:

LA NOURRICE

Mais c'est le médecin qui l'aura égratignée avec cette cuiller qu'il lui mettait dans la bouche par le mauvais bout... Enrhumée du cerveau, ça, c'est vrai... mais si c'est qu'elle a eu froid, je ne peux pas dire quand... j'y com-. prends rien, rien, rien de rien. Je la tiens toujours bien couverte : elle a jusqu'à trois couvertures... Ou alors, c'est quand vous êtes

venue l'avant-dernière fois, que vous êtes tout le temps à ouvrir les fenêtres, à la maison.

LA MÈRE

Mais encore une fois, nous ne vous faisons pas de reproches.

Oui... Je sais ce que parler veut dire... On a beau être du village...

LA MÈRE

Quoi ? Qu'est-ce que vous vous imaginez ?

LA NOURRICE

C'est bon... On a beau être du villao;e...

LA MÈRE

Je VOUS répète encore une fois qu'on ne vous reproche rien.

LA NOURRICE, suivciiit soii idée.

Si je m'attendais à ça, par exemple!... [Elle s'essuie les yeux.)

LA MÈRE

On ne vous reproche rien. Seulement nous voulons vous prévenir, vous pouvez gagner la maladie de l'enfant...

LA NOURRICE, boucleuse.

Le rhume de cerveau !... Ben, si j' le gagne, ça ne sera pas le premier. Je m' moucherai !

LA MÈRE

Peut-être même des boutons.

LA NOURRICE, ricanant.

Oh ! oh! oh!... ah! ma pauvre dame, nous ne sommes pas des gens de la ville, nous, on n'a pas la peau sensible... Ben quoi I... des

boutons, qu'est-ce que ça peut nous faire, des pauvres gens comme nous ? On n'a pas le teint blanc comme les dames de Paris, bé sûr! vu qu'on est le plus souvent dans les champs, au soleil et à la pluie, qu'à se fourrer des pommades sur le museau... C'est pas pour offenser madame que je dis ça... Si madame cherche un prétexte, c'est pas encore celui-là qui est le bon.

LA MÈRE

Mais quel prétexte ? Qu'est-ce que vous voulez dire ?

C'est bon.

Parlez.

LA NOURRICE

LA MERE

LA NOURRICE

On a beau être du village...

Je ne comprends pas..- Je vous jure que je ne comprends pas.

LA NOURRICE

Je comprends, moi...

LA MÈRE

Alors, expliquez-vous.

LA NOURRICE

Je ne veux point le dire.

LA MÈRE

- Si. Il le faut, je le veux.

LA NOURRICE

Eh bien...

LA MÈRE

Allons...

LA NOURRICE

Eh ben voilà : on a beau être de son village, on n'est pas plus bête que les autres pour ça... J'ai bien deviné pourquoi qu'on me cherche chicane. C'est monsieur qui aura grondé parce que vous m'avez promis trente francs de plus par mois si je venais à Paris... {Elle va vers Georges.) Mais monsieur, est-ce que ce n'est pas naturel ? Est-ce qu'il ne faut pas mettre mon petit quelque part, et puis que mon pauvre homme mange à sa faim ? Nous ne sommes que des pauvres gens de la campagne.

Vous vous trompez, nourrice... Il n'y a rien de tout cela. Maman a eu raison. Et je suis tellement loin de rien lui reprocher que, tout au contraire, je trouve qu'elle n'a pas assez promis. Et je vais vous faire, moi, une autre pro-

messe. Lorsque vous partirez, lorsque Bébé sera en âge d'être sevré, pour vous remercier, nous vous donnerons...

LA MÈRE, faisant tourner la nourrice vers elle.

Nous vous donnerons en plus de vos gages, — vous entendez — en plus de vos gages. Nous vous donnerons cinq cents francs... et peut-être mille... si la petite est tout à fait en bonne santé, bien entendu.

LA NOURRICE, Stupéfaite.

Vous me donnerez cinq cents francs... à moi... pour moi... {Cherchant à comprendre.) mais... ça... ça n'était pas convenu... vous n'y êtes point forcés...

LA MÈRE

Non.

LA NOURRICE, à elle-7nê77ie.

C'est point naturel, alors...

Si. C'est parce que Bébé aura besoin de plus de soins... Vous aurez un peu plus de peine... Il faudra lui faire prendre des médicaments... votre tâche sera un peu plus délicate, un peu plus difficile...

LA NOURRICE

Oui... Alors... c'est pour être sûre que je la soignerai bien... Vous vous dites : « Comme ça, la nourrice a son intérêt... » Je comprends...

LA MÈRE

Alors, c'est entendu?

LA NOURRICE

Oui, madame...

LA MÈRE

Vous ne viendrez pas plus tard nous faire des reproches... nous sommes bien d'accord... nous vous avons prévenue que Tenfant était malade et que vous pouviez gagner son mal. A cause de cela, à cause des soins plus nombreux dont elle a besoin, nous vous promettons cinq cents francs à la fin deTallaitement. C'est bien cela...

LA NOURRICE

Ma bonne dame, vous aviez parlé de mille francs...

Va pour mille francs...

l'avarié, passant par derrière les deux femmes, tout à fait à droite, tirant un peu sa mère à part.

C'est malheureux qu'on ne puisse pas le lui faire signer, tout cela...

LA MÈRE, à la. nourrice.

Pour qu'il n'y ait pas de malentendu sur la somme... — vous voyez... précisément... j'oubliais déjà que j'avais parlé de mille francs — nous vous ferons un petit papier... et vous aussi, de votre côté, vous nous en ferez un...

LA NOURRICE

C'est ça, comme pour quand on prend à bail. {Entre le docteur.)

LA MERE

Voilà le docteur... allez, nounou... c'est convenu...

LA NOURRICE, en s'en allant, passant à cjnuche, cleuant le bureau, et remontant entre le bureau et la fenêtre, pour sortir par le fond gauche.

Oui, madame... (A elle-même.) C'est pas

clair, tout ça... Mille francs... mais alors, c'est donc du mal malin qu'elle a?... c'est donc du mal malin ? {Elle sort.)

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