LE MÉDECIN, LE BEAU-PÈRE
LE BEAU-PÈRE après saiiitations et invitation à s'asseoir.
Je vous remercie, monsieur, d'avoir bien voulu me recevoir en dehors de vos heures habituelles. Ce qui m'amène auprès de vous est particulièrement douloureux. Je suis le beau-père de M. Georges Dupont. Après l'épouvantable révélation qui lui a été faite, ma fille est revenue avec son enfant, et je viens vous
prier de vouloir bien continuer à donner vos soins à cet enfant, mais chez moi.
LE MÉDECIN
Bien, monsieur.
LE BEAU-PÈRE
Merci... Maintenant, j'ai à vous parler du misérable qui est la cause de tous ces malheurs.
LE MÉDECIN, tvès doUX.
Veuillez m'excuser, monsieur, mais je ne puis vous suivre sur ce terrain. Cette question est extra-médicale et ne rentre pas dans mes attributions.
LE BEAU-PÈRE, VOix SOUvde .
Je vous demande pardon, docteur, et si vous voulez m'écouter un moment, vous partagerez
mon avis. Les projets de vengeance que j'ai formés depuis hier, depuis que ma pauvre fille est arrivée tenant son enfant sur ses bras, après les révélations que vous savez, je ne vous les dirai pas. Je vous prie de m'excuser si je vous parle dans cette fièvre, j'ai peine à contenir la colère et l'indignation qui m'étoufîent. Je m'étais promis de vous entretenir de cela avec calme, mais dés que ma pensée s'arrête sur cet homme dont l'ignominie rejaillit sur nous, et qui vient de me frapper, moi et les miens, si brutalement, si lâchement, je ne suis plus maître de moi... je suis pris d'un tremblement nerveux... je... C'est abominable !... Ma fille!... A vingt-deux ans! docteur!... à vingt-deux ans. {Silence.)
LE MÉDECIN
Je respecte et je comprends votre douleur, mais, croyez-moi, monsieur, vous n'êtes pas
dans un état d'esprit à prendre des résolutions...
LE BEAu-pÈREj SB reprenanl.
m. Je me dominerai et j'ai profondément réfléchi toute cette nuit. Après les projets auxquels je faisais allusion et que j'ai fini par rejeter, je me suis arrêté à celui-ci, d'accord avec / ma flUe : nous voulons obtenir le divorce le V plus tôt possible. Je viens donc vous prier de
1 nous donner le certificat qui servira de base à
' notre instance.
LE MÉDECIN
Quel certificat?
LE BEA.U-PÈRE
Une constatation de la nature du mal dont cet homme est atteint.
LES WARIÉS 175
LE MÉDECIN
Vous me voyez désolé, monsieur. Ce certificat, je ne puis vous le fournir.
LE BEAU-PÈRE
Comment cela ?
LE MÉDECIN
La règle du secret professionnel me l'interdit...
LE BEAU-PÈRE
Il n'est pas possible que votre devoir soit de prendre parti pour un criminel contre les victimes qui sont d'honnêtes gens.
LE MÉDECIN
J'ajouterai, pour éviter toute discussion, que même, si j'étais libre, je vous le refuserais encore.
LE BEAU-PÈRE
Parce que ?
LE MÉDECIN
Je me reprocherais de vous avoir aidé à obtenir ce divorce.
LE BEAU-PÈRE
Alors, parce que vous professez telles ou telles théories, parce que Texercice de votre profession, en vous faisant le témoin constant de semblables misères, vous a rendu insensible ou sceptique, il faut que ma fille continue à porter toute sa vie le nom de cet individu ! .
LE MÉDECIN
C'est par intérêt pour madame votre fille que je vous résiste.
LE BEAU-PÈRE
Un intérêt qui se manifeste de cette façon!...
LE MÉDECIN, tl'ès doUX.
Dans la surexcitation où vous êtes, monsieur, vous allez probablement m'injurier avant cinq minutes. Cela ne me troublerait pas, j'en ai vu bien d'autres. Mais vous devez comprendre pourquoi je refusais tout à Theure de vous suivre sur ce terrain. Puisque j'ai commis la faute de m'y laisser entraîner, je dois vous donner la raison de mon attitude. Vous me demandez un certificat afin de prouver au tribunal que votre gendre est atteint de syphilis ?
LE BEAU-PÈRE
Oui.
LE DOCTEUR
Vous ne réfléchissez pas à ceci : c'est qu'en même temps, vous attesterez publiquement que votre fille a été exposée à la contagion... Avec un tel aveu, aveu officiellement enregistré
dans les dossiers des avocats, croyez-vous qu'elle trouvera facilement à se remarier plus tard ?
LE BEAU-PÈRE
Elle ne se remariera jamais.
LE DOCTEUR
Elle dit cela aujourd'hui. Pouvez-vous affirmer qu'elle le dira encore dans cinq ans, dans dix ans... D'ailleurs, vous ne l'obtiendrez pas ce divorce, puisque je vous refuse le certificat qui serait la preuve nécessaire.
LE BEAU-PÈRE
J'aurai d'autres moyens de l'établir cette preuve. Je ferai examiner l'enfant par un autre médecin.
LE DOCTEUR
Vous trouvez donc que cette pauvre petite