SCENE III
Les Mêmes, UNE OUVRIÈRE
LE DOCTEUR, colère.
Et il y a combien de temps que vous êtes venue ?
l'ouvrière Trois mois.
LE DOCTEUR
Trois mois! Alors, vous croyez que je puis vous soigner dans ces conditions-là! J'y renonce, vous entendez, vous me découragez !... Vous me découragez !... Enfin, pourquoi n'êtes-vous pas venue?... Vous ne savez donc
pas que vous avez une maladie grave, très grave "?...
l'ouvrière
Oh! si, monsieur, je le sais bien, puisque mon mari en est mort.
LE DOCTEUR, s'acloucisssint .
\^otre mari en est mort ?
l'ouvrière Oui, monsieur.
le docteur
Il ne s'était pas soigné ?
l'ouvrière ' .
Non, monsieur.
Ça ne vous a pas servi d'exemple ?
L OUVRIÈRE
Je ne demanderais pas mieux que de venir aussi souvent que vous le diriez, mais ça coûte trop clier.
LE DOCTEUR
Comment, ça coûte trop clier ?
LE BEAU-PÈRE
Les consultations sont gratuites ?
L OUVRIERE
Oui, monsieur. Mais elles sont aux mêmes heures que le travail. Et puis, c'est loin de chez nous, ici. On est beaucoup de malades, il faut attendre son tour... C'est une matinée... quelquefois une journée de perdue... Et le patron mécontent vous menace de vous mettre à la porte... Alors, on reste sans venir
jusqu'à ce qu'on ne puisse plus faire autrement... Et puis...
LE DOCTEUR
Quoi?
l'ouvrière Oh! rien, monsieur, vous êtes déjà trop bon.
LE DOCTEUR
Si, parlez...
l'ouvrière
* Eh bien... Je sais bien que je ne devrais pas faire la dégoûtée... Mais je n'ai pas toujours été aussi pauvre... Avant le malheur de mon mari nous étions établis... Alors, n'est-ce pas, on est un peu fier... J'ai toujours vécu de mon travail... Je ne suis pas une fille des rues... Alors, d'attendre comme ça, avec tout le monde...
d'être forcé de dire tout haut, devant tout le monde, toutes ses misères... J'ai tort, je sais bien... je me raisonne... mais, tout de même, c'est dur, monsieur, je vous assure que c'est bien dur...
LE DOCTEUR
Pauvre femme... [Un temps. Très doux.) C'est votre mari qui vous a contagionnée ?
l'ouvrière
Oui monsieur... Tout ce qui nous est arrivé vient de lui... Nous étions établis en province... il a pris le mal... il est devenue moitié fou... il ne savait plus gouverner sa maison... il faisait des commandes à tort et à travers, pour des sommes considérables... On ne pouvait pas payer à l'échance.
le docteur Pourquoi ne s'est-il pas soigné ?
L OUVRIERE
il ne savait pas... Alors, on a tout vendu, et nous sommes venus à Paris... Mais nous n'avions plus un sou. Il s'est décidé à aller à la consultation à un hôpital.
LE DOCTEUR
Eh bien?..:
l'ouvrière
On lui a bien donné la consultation, mais on lui a refusé les médicaments.
LE docteur Comment cela ?
l'ouvrière
Parce que nous n'étions à Paris que depuis trois mois. Quand on n'a pas six mois de do-
micile, on n'a pas le droit aux remèdes pour se soigner.
LE BEAU-PÈRE
Est-ce vrai, cela?
LE DOCTEUR
Oui, monsieur, c'est le règlement.
l'ouvrière Vous voyez que ça n'est pas notre faute.
Vous n'avez pas d'enfants?
l'ouvrière
Je n'ai jamais pu mener une grossesse j asqu' à la fin... Mon mari a été pris tout au début de notre mariage... pendant qu'il faisait ses vingthuit jours... Il y a des femmes autour des casernes... [Silence.)
LE DOCTEUR
Allons, c'est bon... voilà mon adresse... vous viendrez chez moi le dimanche matin... {Arrivé à Importe il lui glisse une pièce dcins la. main. Bourru.) Allons, allons, prenez ça!... Vous n'allez pas faire la flère avec moi, par exemple!... Allez!... allez!... Je n'ai pas le temps de vous écouter... Chut! chut!... {Il la pousse dehors. A quelqu'un qu'on ne voit pas :) Monsieur...
UN PÈRE, au dehors.
Je suiSj le père d'un jeune homme que vous avez vu ce |matin... Je vous ai] demandé de venir vous parler après la consultation..,»
LE DOCTEUR
Oui, parfaitement, je vous reconnais monsieur... Votre fils, c'est ce collégien?
UN PÈRE, SUT U porte. Oui, monsieur.
LE DOCTEUR
veuillez entre, vous pouve. parie, devant monsieur