‹ Les Aventures d'un chien de chasseChapitre 3 sur 8 · CO LES AVENTURES · texte numérisé non relu

CO LES AVENTURES

sif, j'espère que te voilà satisfait, gars Thibault? Les jeunes filles ne t'envoient pas dire qu'elles te trouvent à leur gré. En voici une que la présence et le mécontentement de son père n'embarrassent guère. Allons, puisqu'il paraît que le consentement des parents de l'épousée est une vaine formalité dont on se passe, à quand la noce, mes enfants? Seulement, les tourtereaux, vous aurez soin d'aller construire votre nid loin d'ici ; car, après le mépris que tu as montré pour ma volonté, jamais je ne te reverrai, Jackobine.

En finissant, la voix, jusqu'alors stridente de Most rie ht, fut altérée par une émotion trop violente pour qu'il lui fût possible de la dissimuler. Jackobine jeta ses bras autour du cou de son père, qui s'efforçait de la repousser et de se dérober à ses ca-' resses.

— Père, dit Thibault, qui seul de ces trois personnes paraissait maître de lui-même ; quoi que vous ayez pensé je n'ai qu'involontairement apporporté le trouble dans votre demeure ; mais je ne séparerai pas un père de sa fille, je n'enlèverai pas à mes pauvres petits frères d'adoption celle qui pour eux remplace leur mère. Quoi qu'il m'en coûte, il m'appartient de ramener le calme dans le cœur de

Jackobine en lui confessant ce qui se passe dans le mien. J'aime Jackobin eau tant que je puis aimer; mais n'ayant jamais dû voir en elle que la fille de la femme qui m'a servi de mère, je l'aime en frère, comme un bon frère aime sa sœur; et je dois lui avouer aujourd'hui que ce n'est pas d'elle que j'espère recevoir l'anneau des fiançailles.

A ces derniers mots, que Thibault avait prononcés dune voix tremblante, le vieux chasseur partit d'un éclat de rire dédaigneux :

— Je gage qu'il va nous dire qu'il en aime une autre ! s'écria-t-il.

Thibault baissa les yeux et ne répondit pas. Jackobine fit entendre un gémissement étouffé, et cacha son visage dans la poitrine de son père.

— Te voilà bien cruellement punie, dit Mostricht en embrassant la pauvre enfant, comme si sa tendresse pour elle eût attendu pour se réveiller le moment où elle succombait à sa douleur: être dédaignée par M. Thibault ! — Mais ne pleure pas ainsi ! Au lieu d'épouser ce songe-creux, tu épouseras un hardi chasseur, comme je l'ai toujours souhaité ; tu me donneras un gendre dont je pourrai être fier, et Dieu récompensera la soumission par un bonheur sans remords.

Après avoir dit ces mots, Mostricht entraîna sa fille sans jeter un regard sur Thibault, qui, le front incliné, les bras pendants, demeurait immobile comme s'il eût été changé en pierre.

Pendant quelque temps, on put entendre encore les sanglots de Jackobine et les douces remontrances que le vieux chasseur adressait à sa fille ; puis, le bruit des voix se perdit dans l'éloignement.

Le pauvre Thibault les suivit du regard, auss longtemps qu'il lui fut possible de les apercevoir : son œil avait la fixité morne que l'on remarque dans les yeux du blessé que la vie abandonne ; on eût dit que son âme faisait un puissant effort pour s'arracher à son enveloppe et pour suivre ceux qu'elle aimait.

Lorsque le père et la fille eurent disparu à un détour du sentier, le visage du pauvre garçon se contracta douloureusement, sa poitrine se gonfla comme si son cœur eût voulu briser les parois de sa prison, les larmes se firent jour et les sanglots éclatèrent. Il se laissa tomber sur l'herbe tiède encore où Jackobine s'était assise, et il s'abandonna à un désespoir qui contrastait étrangement avec l'impassibilité qu'il avait conservée pendant la scène précédente.

Il y avait un bon quart-d'heure que Thibault se

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roulait sur le gazon, pleurant, gémissant, invoquant tous les saints du Paradis, lorsqu'un nouveau venu, qui, grâce à la conscience que l'apprenti carrier apportait à se désoler, avait pu s'approcher sans être entendu de lui, s'arrêta dans le sentier, et envoya délicatement un coup de pied au corps qui lui barrait le chemin.

Ce nouveau venu n'était autre que Lafourchette, le second chasseur du baron de Hertogenwalden, • depuis le matin au premier rang.

Lafourchette s'avançait plus satisfait et plus allègre que jamais ; il portait dans un tablier d'écurie, noué par ses quatres extrémités, une masse grouillante dont on distinguait les mouvements à travers la toile, et qui poussait des vagissements assourdissants.

— Que fais-tu là, fainéant? dit brutalement le chasseur au désespéré Thibault. Papa Mostricht aurait-il passé sur toi sa mauvaise humeur, et pris sur ton dos sa revanche de sa mésaventure avec le baron?

Thibault s'était relevé brusquement, honteux d'avoir été surpris en proie à cette désolation.

— Je m'en vais à mon ouvrage, monsieur Lafourchette, répondit-il avec sa mansuétude ordinaire.

— Tu t'en vas à ton ouvrage, étendu corn ne un veau dans le sentier, et braillant à fendre l'air ! Que les nouveaux nés braillent dans le sac que voici, je le comprends ;mais convient-il qu'un grand gaillard glapisse comme une nichée de petits chiens qu'on conduit au supplice? — Et se reprenant: Est-ce que déjà, dit-il avec un méchant sourire, on aurait appris la nouvelle? et geins-tu à la façon des innocents, parce que tu as entendu geindre les autres?

— Les autres, de quels autres voulez-vous parler, monsieur Lafourchette?

— Ah ! dame, continua le chasseur, c'est que la faim va s'abattre sur la cambuse comme les sauterelles sur les blés verts. — J'^n suis fâché pour Jackobine, qui est une jolie fille quoique un peu fière ; mais le vieux n'a que ce qu'il mérite. Ah ! si la fillette n'avait pas tant fait la renchérie avec Lafourchette, à cette heure et malgré le malheur de son radoteur de père, elle serait aussi tranquille sur ses œufs que la tourterelle à laquelle son mâle apporte la becquetée. — Elle doit se mordre les pouces de m'avoir refusé, n'est-ce pas?

En entendant parler ainsi de Jackobine," les épais sourcils de Thibault s'étaient froncés ; mais le mou-

veinent de colère qu'il ressentit fut bien vite étouffé par l'inquiétude dans laquelle le plongeaient les propos énigmatiques de Lafourchette.

— La faim? le malheur? je ne vous comprends pas, monsieur Lafourchette.

— Ne rondille donc pas tes prunelles comme un blaireau pris au piège ; tu ne sais peut-être pas que Mostricht a perdu sa place ?

— Perdu sa place 1 répéta Thibault.

— Impression honnête pour dire qu'il a été chassé.

— Oh ! c'est impossible.

— Tellement possible que c'est moi qui le remplace.

— Vous? dit Thibault en toisant le chasseur des pif!- à la tête, comme pour se rendre un compte plus exact de la valeur de ce grèle personnage.

— Sans doute, répliqua Lafourchette avec un rire bruyant, tu t'étonnes peut-être que M. le baron ne t'ait pas choisi ?

— Ah bien ! dit Thibault, qui cependant n'y entendait pas malice, si ce que vous dites est vrai, les braconniers vont se donner de l'agrément.

— Pourquoi dis-tu ça? s'écria le chasseur, dont le visage de fouine prit une expression de rage sinistre ; quoique je ne crache pas de grands mots de

grimoire, comme ton vieux fêlé de Mostricht, j'ai bon pied, bon œil ; et, pour un chasseur, ça vau mieux que toutes les sciences qui infusent dans vo bouquins, je crois ! Si dans tes carrières tu connai des voleurs de gibier, dis-leur de s'y frotter, et voici ajouta-t-il en frappant sur son fusil, voici Jean-tuede-loin qui leur dira deux mots auxquels ils ne trouveront pas de réplique.

Thibault paraissait fort indifférent à la jactance avec laquelle Lafourchette faisait son propre éloge ; depuis quelques instants, il semblait absorbé dans ses réflexions.

— Ah ! dit-il, comme s'il se fût parlé à lui-même comment un homme aussi riche que le baron Ubertus se décide-t-il à se séparer d'un vieux serviteur qui n'a pour vivre que son travail ?

— Imbécile, est-ce qu'il faut compter sur la reconnaissance des maîtres en ce monde? Que font-ils du chien qui a usé ses ongles et ses dents à leur service, lorsque le nez racorni de la pauvre bête se refuse à démêler la trace que le chevreuil laisse deirière lui sur la terre?

— Je l'ignore, monsieur Lafourchette.

— On lui donne un certificat de bonne conduite au bout de la branche à laquelle on le pend. — C'est

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pourquoi le vieux Mostricht a été bien sot de faire attention aux giries de la Jackobine, et de rejeter la proposition que je lui faisais d'épouser sa fille. — A deux, nous eussions été assez forts pour conduire le vieux gentilhomme par le bout du nez, et il n'aurait pas à pleurer aujourd'hui sur sa place perdue et sur ses enfants sans pain.

A ces paroles, les yeux de Thibault avaient lancé un éclair menaçant ; un frémissement avait couru sur sa physionomie ; mais il était rentré presque aussitôt dans son attitude passive.

— C'est égal, répondit-il gravement, il ne me paraît pas possible qu'un chrétien se montre aussi injuste, aussi cruel envers son semblable. On doit avoir calomnié le père, monsieur Lafourchette. Ah! je voudrais bien connaître l'auteur de sa disgrâce.

— Et que lui ferais-tu, grand propre à rien? dit le chasseur avec impudence.

— Je ne sais trop, monsieur Lafourchette, maisje suis sûr que Dieu m'inspirerait, et que je vengerais le vieux Mostricht.

Lafourchette éclata d'un rire moqueur, et déposant son tablier sur le gazon, il le dénoua, et lespe tits chiens commencèrent à se traîner sur la toile en tendantleurs mufles rosés, pour chercher les ma-

melles de la mère à laquelle on les avait si prématurément enlevés.

— Venge-le donc, s'écria-t-il, voici ceux qui ont été la cause que ton semblant de père a perdu sa place.

— Que voulez-vous dire?

— C'est aisé à comprendre, même pour toi. Je veux dire que Mostricht, malgré la recommandation de M. le baron, a laissé flâner son chien auprès de la chienne de monseigneur, qui, de même qu'il s'est débarrassé du chasseur peu soigneux, m'a ordonné de noyer toute cette sale engeance.

— - Ce n'est pas vrai ! fit Thibault avec une certaine animation, et en regardant fixement son interlocuteur, comme s'il eût voulu fouiller l'àme de celui-ci : ce n'est pas vrai î car, il y a six semaines, Snab est resté tout un mois attaché au logis.

— Qu'en sais-tu? répliqua Lafourchette, sur la physionomie duquel se traduisit un léger embarras; qu'en sais-tu, toi qui n'habites plus la maison du vieux fou, toi qu'il a chassé, la seule action raisonnable qu'il ait faite de sa vie ?

— Ce ne sont pas vos affaires, monsieur Lafourchette.

— Eh bien 1 après tout, si Snab, tout attaché

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[u'il était, a pu courir les champs, c'est que la orde était mauvaise, ou que la bête a les dents tonnes.

— Du tout, monsieur Lafourchette. Maintenant, 3 me rappelle fort bien avoir rencontré Snab qui evenait du cùté du château, et l'avoir reconduit à ackobine. je me souviens d'avoir remarqué que le hien traînait à son collier un bout de corde. Cette orde n'était pas mauvaise, car elle était neuve ; nab ne l'avait point déchirée avec ses dents, car lie portait la trace d'une belle et bonne coupure \ cette coupure avait été pratiquée avec un couteau atchement aiguisé pour l'usage auquel on le destilit, car il avait laissé des marques bleuâtres sur le îanvre.

— Va-t'en au diable, avec tes histoires! s'écria le lasseur, qui semblait tout déconcerté d'avoir renhlré un observateur aussi perspicace dans celui l'il considérait comme un idiot. Ne vas-tu pas toutl'heure me rendre responsable des distractions du vaut M. Mostricht! Étais-je chargé de veiller sur chienne ?Devais-je être attentif à ce que nonulement la porte de la remise où elle est renferée mois encore la grande grille de la porte d'hon- !ur fussent constamment closes?

— Monsieur Lafourchette, dit Thibault en considérant le chasseur avec une expression de plus en plus soupçonneuse, si on m accusait, moi qui piochais le granit à deux cents pieds sous terre, tandis que tout cela se passait, je ne me défendrais pas avec autant de vivacité que vous le faites.

Lafourchette ne parut pas avoir compris la réflexion de son interlocuteur : il s'était baissé pourramasser les petits chiens, dont quelques-uns avaient pris du champ et s'étaient éloignés du tablier qui les avait contenus.

— Soyez donc bon ami, soyez donc dévoué camarade ! reprit-il, en donnant à sa physionomie une expression de dignité offensée. — Je suis sûr que c'est ainsi que l'on parle de moi dans la cabane de Mostricht, de moi qui ai failli encourir la disgrâce du seigneur par la vivacité avec laquelle je défendais mon compagnon tout-à-l'heure ; de moi qui serais assez sot pour m'embarrasser d'une fille qui n'a pas un sou, lorsque dans ma position nouvelle il est évident qu'on ne me refuserait pas la plus riche héritière de Dolhain ! Allons, continua-t-il brutalement et en repoussant Thibault, range-toi, et laisse-moi accomplir mon office.

En disant ces mots, il secoua le tablier au-dessus

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du ruisseau dans lequel tombèrent tous les petits chiens.

La brusque transition de l'air dans le froid élément suspendit pour un instant les gémissements des malheureux animaux ; mais bientôt leurs cris prirent des accents désespérés ; ces petites masses de chair peu compactes se soutenaient naturellement a la surface; les pauvres bètes faisaient, pour s'arracher ila mort, des efforts qui amusaient considérablement le chasseur. 11 riait aux éclats en les voyant .ournoyer comme des toupies dans le mous. — Peu i peu leurs faibles forces s'épuisaient, l'eau montait le leur dos à leur tête : on n'apercevait plus que leur nuffle qui essayait en vain de repousser le terrible iquide ; bientôt les mouvements devinrent plus dificiles et plus roides, l'instinct était déjà engourdi, it la matière seule protestait faiblement contre la lestruction ; enfin le courant emporta, en les rouant, les cadavres inertes de ces infortunés.

Un seul survivait.

Celui-là, plus heureux et plus vigoureux que ses rères, était aussi tombé plus près du bord.

Soit par un miracle d'intelligence, soit par l'effet lu hasard, malgré sa cécité, il avait constamment lagé dans le sens de la rive. Lafourchette l'aperçut

au moment où il avait gagné les roseaux au pied desquels il essayait de prendre terre ; il le repoussa d'un coup pied; mais le vaillant petit animal ne parut pas découragé par cet échec ; n'épuisant pas, comme les autres, ses forces en vagissements inutiles il 3e dirigea de nouveau vers le rivage, où l'instinct de la conservation lui faisait clairement pressentir le salut.

Lafourchette ramassa une énorme pierre et la lui lança.

Il manqua le but ; le petit chien disparut pendant un instant dans les flocons d'eau et d'écume que souleva la chute du projectile, mais la seconde d'après le montra toujours aussi décidé à mourir courageusement, ou à essayer de sauver sa vie.

Alors Thibault, qui avait assisté muet et morne à cette lamentable scène, s'approcha du ruisseau sur le bord duquel il sagenouilla.

— Que vas-tu faire, mauvais garnement? dit Lafourchette.

Thibault ne répondit pas ; mais, penchant son grand corps sur le lit de la rivière, il étendit le bras vers le petit chien.

— Si tu tiens à la peau, tu ne toucheras pas à cette vermine, reprit le chasseur, assez bien rensei-

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mé parle geste de l'apprenti carrier pour pouvoir ë passer de l'explication demandée.

La main de Thibault n'avait point été arrêtée lans sa tâche par la menace de Lafourchette, elle v;iit doucement saisi le naufragé par la peau du ou et l'avait déposé sur le gazon.

riifièUx de ce mépris cavalier pour une injonci<m aussi précise, Lafourchette prit son élan et se ua traîtreusement sur son adversaire avec l'intenion évidente de l'envoyer dans le ruisseau, au lieu t place du petit chien.

MaisThibault était solide ; il ne bougea pas plus ue n'eût bougé le rocher contre lequel l'onde se risait en cascatelles étincelantes; se détournant à emi, il fit de son bras un levier et enleva de terre, omme il eût fait d'un sac de copeaux, l'infortuné hasscur, dont le corps décrivit une large parabole ans les airs, et retomba au milieu du torrent, à endroit précis où l'eau était assez profonde pour ue le bain fût complet.

Il en fut exactement de Lafourchette comme il en vait été de ses victimes. Pendant un instant, la surrise lui enleva l'usage de la parole ; puis lorsqu'il ut craché l'eau qu'il avait avalée, secoué ses cheeux qui pendaient en mèches humides sur ses tem-

pes, essuyé la vase qu'il était allé chercher au fond du ruisseau, il adressa à Thibault une véritable litanie d'injures et de menaces.

Enfin, s'apercevant que l'apprenti carrier, absorbé par le soin d'essuyer le petit chien, ne prêtait aucune espèce d'attention à ses fureurs, Lafourchette se décida à sortir de sa baignoire, et il regagna le château, après avoir une dernière fois montré le poing à son ennemi.

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Une année s'était écoulée depuis les événements que nous venons de raconter.

Les pressentiments de Jackobine s'étaient réalisés : la misère et son cortège de douleurs s'étaient abattus sur la chaumière du vieux Mostricht.

Cependant, durant \et premiers mois de cette année, le ménage du vieux chasseur n'avait pas trop souffert de l'oisiveté de son chef, car un ami était venu à son aide, avec un empressement par trop extraordinaire pour être désintéressé.

Cet ami n'était autre que Lafourchette.

Lafourchette avait été cruellement offensé par le refus que Jackobine avait fait de sa main. Le ressentiment qu'il en avait conservé n'avait point été étranger à la perfidie qui avait amené le renvoi de son collègue ; mais, s'étant vengé du père qu'il haïs-

sait, parce qu'il occupait un poste supérieur au sien il n'en persistait que davantage dans ses projets sur la jeune fille, dont les beaux yeux paraissaient chaque jour prendre sur lui plus d'empire.

Ce dévouement, qui survivait à sa disgrâce et qui le suivaitdans son malheur, toucha singulièrement Mostricht.

11 était si loin de suspecter la sincérité des manifestations affectueuses de son ancien camarade, qu'il se reprochait chaque jour l'antipathie que jadis lui avait inspirée celui-ci. Le vieux chasseur accepta même avec reconnaissance l'offre généreuse que lui fit Lafburchette de quelque argent, certain qu'il était d'obtenir bientôt une place qui le mettrait à même de rembourser des emprunts, qui, à la longue, se multiplièrent.

Mostricht était arrivé de la sorte à devoir près de deux cents florins à celui qui l'avait si sournoisement supplanté.

Cependant la place ne venait pas.

Les riches gentilshommes, les grands propriétaires les seuls auxquels le bonhomme pensait que le soin de sa dignité lui permît de s'adresser, voulaient des gardes ou des piqueurs jeunes et alertes.

Mostricht avait beau vanter ses exploits passés,

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avec le peu de modestie que nous lui connaissons : tous ces chevrons, dont il taisait parade, plaidaient contre lui, autant que sa taille voûtée, que son visage sillonné de rides, que la couronne de cheveux grisonnants qui cerclait son front chauve. Aucun des puissants personnages des deux provinces ne consentit à utiliser à son profit le fusil vainqueur de l'ancien professeur, du docteur de l'Université de Gœttingue.

Jackobine insinua timidement à son père que peutêtre serait-il bon de rabattre de ses prétentions ; elle mit en avant les noms de quelques fabricants de draps de Verviers ou deStambert, qui ayant, en tissant de la laine, amassé des fortunes de princes, se croyaient dans l'obligation d'épouser les goûts cynéuUques de ces derniers. Mostricht rejeta cette proposition avec l'indignation d'un hobereau auquel on propose d'épouser la fille d'un traitant ; il déclara qu'il briserait son fusil, plutôt que de le mettre au service de maroutles qu'il prisait beaucoup moins que des bêtes puantes, dont la peau est au moins bonne à quelque cliose.

Si Mostricht n'était pas heureux dans les tentatives qu'il faisait pour recouvrer une position qui remplaçât celle qu'il avait perdue ; Lafourchette ne l'était pas davantage dans sa recherche matrimoniale.

Il avait beau imprimer une tendre expression à sa face de chafouin, dissimuler les anglesaigus de son caractère envieux et sournois, se montrer empressé auprès de Jackobine, s'aider, pour paraître aimable, de ces grivoiseries qui ont remplacé dans le sentiment champêtre le vocabulaire précieux de Némorin et d'Estelle, la jeune fille demeurait froide et triste, inattentive, comme si sa pensée, courant sur les nuages, se fût dérobée à ce quise passait autour d'elle.

Un chagrin secret avait affermi les lignes douces de son beau visage, qui demeurait impassible à toute les prévenances commeà toutes les plaisanteries de son amoureux ; et bien souvent une larme, perlant tout à coup entre les cils de la pauvre enfant, vint protester contre la résignation avec laquelle elle écoutait ce langage si nouveau pour elle.

Ces larmes, Lafourchette ignorait quel souvenir les faisait couler ; mais le vieux chasseur le devinait sans peine.

Lorsqu'il se trouvait seul avec sa fille, il lui reprochait amèrement son amour pour le misérable enfant trouvé qui devait tout à la charité ; il exagérait la honte qu'il y avait pour elle à demeurer fidèle à celui qui l'avait dédaignée ; il tournait et retour-

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nait le poignard dans la blessure faite au cœur de la pauvre petite, et avec une intention tout opposée, il entretenait cette blessure vive et saignante.

Lafourchette n'était pas homme à vivre de langueurs ; il crut avancer ses affaires en plaçant de nouveau l'autorité paternelle entre celle qu'il voulait pour femme et lui. 11 exigea de Mostricht que celui-ci renouvelât cette proposition matrimoniale qui jadis avait eu si peu de succès.

Le vieux chasseur y consentit avec peine ; il redoutait l'inutilité de sa démarche, il craignait d'affliger sa fille. L'altération croissante des traits de Jackobine l'épouvantait bien souvent ; mais il n'était pas le maître de se soustraire au vasselage auquel tout homme qui emprunte est réduit vis à vis de celui qui lui prête. Il ne put donc se refuser aux instances de son ancien subordonné.

Aux premiers mots qu'il prononça, Jackobine se laissa tomber éperdue entre les bras de son père ; elle s'écriait :

— Tout ce que vous voudrez, père ; tout ce que vous voudrez, je vous obéirai.

Mais, en parlant ainsi, elle était devenue plus pâle que le petit béguin blanc qui emprisonnait ses cheveux ; mais sa voix avait peine à se faire jour

au travers de ses sanglots ; mais elle se tordait les bras avec désespoir.

C'en était trop pour le cœur du vieux Mostricht ; les résolutions stolques dont il s'était fortifié avan d'entamer l'entretien s'évanouirent ; il était luimême si ému qu'il ne trouva pas de paroles pour gronder son enfant.

Lorsque Lafourehette vint chercher la réponse, le père de Jackobine, qui avait eu le temps de ruminer son discours, lui expliqua, avec force sentencieux corollaires, que si un père avait le droit d'empêcher ses enfants de contracter des unions indignes, ce droit n'allait pas jusqu'à leur imposer un époux.— Il fit entendre au jeune chasseur que c'était à lui de triompher de l'éloignement que la jeune fille paraissait avoir pour lui : il développa, au profit de son ancien camarade, un système assez pittoresque sur les moyens de dompter les cœurs rebelles. 11 termina en cherchant à faire envisager au piqueur du baron U bertus, comme une compensation suffisante à l'amour qu'il n'avait pas su inspirer à Jackobine, l'amitié inaltérable qu'il avait conquis chez le père de cettj dernière.

Lafourehette écouta cette homélie avec beaucoup plu? de sang-froid qu'on n'en devait attendre d'un

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homme aussi épris. Ses dents fines et pointues tracèrent bien un sillon sanguinolent sur ses lèvres qu'elles mordaient convulsivement ; ses sourcils eurent bien quelque peine à déguiser les éclairs que lançaient ses yeux verdâtres ; mais il ne manifesta ni colère, ni sentiment d'aigreur et serra avec émotion la main que lui tendait Mostricht à la péroraison de sa réponse.

Evidemment, il y avait, sous la toque de drap vert qui coiffait le jeune chasseur, un de ces amoureux positifs qui savent que rien n'appartient à l'imprévu, même dans la plus frivole de toutes les affaires humaines, qu'en amour la patience est la plus certaine de toutes les stratégies, et qu'auprès des femmes la palme appartient à celui-là surtout dont la passion est assez maîtresse d'elle-même pour attendre. Aussi, avec tant de raison pour être brouillés, les deux chasseurs se quittèrent-ils les meilleurs imis du monde.

Ce ne fut que quatre ou cinq jours après cet eniretien, que Lafourchette, prenant à part son vieux ïamarade, lui réolama, avec des larmes dans le feux, avec des protestations de regrets qui dons laient la plus haute idée de la noblesse de ses sentiments, les deux cents florins qu'il lui avait avancés.

Il eût désiré les lui laisser plus longtemps, mais i exhibait, sans la lire, une lettre de sa mère, qui pressée d'un besoin urgent, demandait à son fils l'envoi immédiat de toutes ses économies.

Mostricht, attéré, n'avait su que répondre.

Heureusement pour lui, il entrait dans le plan de conduite de son ancien collègue de se montrer pour le moment généreux. Lafourchette fut le premier à proposer au père de Jackobine de remplacer les écus par un billet, sur lequel le notaire de Dolhain consentirait, disait-il, à lui avancer les fonds qui lui étaient nécessaires.

Cette nouvelle preuve de désintéressement toucha si singulièrement le bonhomme, qu'il ne put retenir une imprécation contre l'aveuglement de Jackobine ; il sauta au coup de son jeune ami, l'embrassa, le suivit chez le tabellion, et signa aveuglément laj reconnaissance que celui-ci avait libellée sans; s'apercevoir que cette reconnaissance donnait sa maisonnette pour gage à son créancier.

Depuis cette époque, le piqueur n'avait plus que rarement paru à la chaumière.

Délivrée de la présence de son prétendant officiel J Jackobine sembla respirer plus à l'aise. Lorsque)! vingt-quatre heures se furent passées, sans que la]

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désagréable figure du chasseur se montrât daos l'entrebâillement de la porte, la jeune fille avait si bien retrouvé son enjouement d'autrefois, que Mostricht put croire que l'image du frère de lait était effacée du cœur où elle avait régné si longtemps. Il se persuada que l'aversion que lui inspirait Lafourchette était la seule cause de la mélancolique tristesse de jaekobine.

Trop heureux de la voir renaître à la vie par le sourire, il refoula en lui-même les réflexions qu'il comptait lui adresser sur le danger de baser les actes les plus importants de l'existence sur de vaines et puériles impressions.

Hélas! il n'étai! pas besoin de la mercuriale paternelle pour ramener à son expression morne et désolée la physionomie de .Jaekobine.

Privé des ressources qu'il avait trouvées dans la passion calculatrice de Lafourchelle, le pauvre ménage, qui ne comptait pas moins de sept bouches à nourrir, vit en quelqe.es jours la gêne croître avec une rapidité etfrayante.

Ils passèrent par toutes les angoisses, par toutes les appréhensions, par tous les déchirements de la période des expédients.

Puis, le jour vint où le pain manqua dansla huche,

où Jackobine chercha vainement dans la grande armoire de chêne, non pas seulement une pièce de monnaie, mais un lambeau de linge, mais un haillon dont le fripier de Dolhain pût donner quelques deniers.

Jackobine, tremblante d'émotion, vint annoncer cette nouvelle à son père.

Le vieillard courba la tête ; mais, depuis quelque temps, il s'était si bien habitué à chevaucher dans le pays des illusions, que sa foi dans la place introuvable après laquelle il courait avait pris le caractère de la monomanie.

Il s'emporta ; il énuméra^complaisanment les innombrables espérances qui devaient prochainement amener un changement favorable dans leur situation ; il reprocha à sa fille de ne pas savoir inspirer aux fournisseurs une confiance que le vieux chasseur se croyait légitimement en droit d'attendre d'eux.

Il y avait huit jours déjà que le boulanger avait déclaré à la jeune fille qu'il ne fournirait plus un seul pain à crédit.

Cependant les enfants se réveillaient tour à tour, et, en s'éveillant, ils s'étonnaient de ne pas voir, comme d'ordinaire, le déjeuner sur la table.

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Jackobine détacha silencieusement la croix et le cœur d'or de sa mère, que celle-ci, avant de mourir, avait elle-même attachés au col de sa fille ; elle s'en alla les vendre.

Il y eut du pain dans la huche pour une semaine.

Tandis que Jackobine soupirait, tristement assise au coin du foyer éteint de la chaumière, de son côté, Thibault se désespérait au fond de ses carrières.

Nous avons vu comment il s'était tacitement engagé envers son père adoptif à quitter le pays ; mais lorsque Lafourchette lui eut appris le malheur qui avait frappé le vieux chasseur, en face de ces désespérantes prévisions, Thibault ne put se décider à s'éloigner du village. Il pressentait que le jour allait venir où il lui serait possible de s'acquitter de la dette de la reconnaissance plus efficacement qu'il ne l'avait fait jusqu'alors.

Mais, soit que les projets de mariage qu'il avait laissé entrevoir devant sa sœur de lait fussent purement imaginaires, soit qu'il considérât comme un devoir de montrer une soumission absolue aux volontés de celui qui l'avait élevé, non-seulement il ne chercha plus à revoir Jackobine, mais il fuyait les environs delà chaumière.

11 ne sortait du souterrain dans lequel il travaillait

que lorsque la nuit était venue ; il y rentrait avant que le soleil apparut sur l'horizon.

Quelquefois, le dimanche, il apercevait de loin la famille qui avait été la sienne, et c'était une grande joie pour lui.

Agenouillé dans l'angle le plus obscur du porche de l'église, ou caché derrière une des croix du cimetière où les pauvres et les humbles se placent pour assister à l'office divin, il voyait passer Jackobine, la tète tristement inclinée sur la poitrine ; et, chaque fois qu'il la voyait, elle lui semblait plus pâle, plus désolée que la semaine précédente.

Thibault était trop modeste pour s'attribuer, môme en partie, l'altération qu'il remarquait sur le visage de la jeune fille ; d'ailleurs, le délabrement toujours croissant des ajustements de la pauvre fille accusait assez clairement la misère II ne douta pas que le vieux chasseur et les siens ne fussent réduits à la dernière des détresses, le jour où il ne vit plus au col de Jackobine le précieux bijou dont elle se séparait jamais.

Depuis un an, c'était à peine si Thibault avait adressé la parole à ses compagnons ; il n'avait en ce monde d'autre ami que le petit chien si miraculeusement échappé à la noyade ordonnée par le baron,

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et qu'il avait nourri se prélevant une part sur la maigre pitance que le maître carrier lui accordait pour salaire.

A la stupéfaction générale, Thibault devint tout à coup bavard et questionneur ; il s'adressait de préférence aux commères et mettait, le plus adroitement qu'il lui était possible, la conversation sur le chapitre qui l'intéressait si vivement.

La pauvreté est bien plus difficile à dissimuler que a richesse ; il fallait ne pas vivre, comme Thibault, ians le monde des vivants, pour ignorer tous les détails de la misère du vieux Mostricht ; mais aussitôt qu'il chercha à approfondir ce qu'il ne pouvait que soupçonner, il se trouva initié à toutes les péri- 3éties de la détresse de l'ancien chasseur.

On lui raconta les infructueuses démarches du bonhomme pour trouver du service, la vente successive de tout ce qui pouvait être vendu, les refus du marchand de farine et du boulanger à toutes les sollicitations de Jackobine.

Ces récits étaient accompagnés de nombreux commentaires sur l'indifférence avec laquelle le père idoptif de Thibault paraissait supporter cette déplorable situation, indifférence que les uns attribuaient i une monstrueuse paresse, et d'autres, plus avisés,

LKS AVENTURES

à l'orgueil dont le vieillard avait déjà fourni tant de preuves.

Thibault ne les écoutait déjà plus: il venait de souffrir en un instant tout ce que sa sœur de lait avait souffert pendant les derniers mois ; il faliait toute la puissance qu'il avait sur lui-même pour qu'il put contenir ses larmes.

Quand il fit nuit, il descendit dans le lit du ruisseau, il remonta le courant jusqu'à ce qu'il se trouvât à la hauteur de la maison deMostricht, se glissa à plat-ventre entre les buissons, jusqu'à ce qu'il arrivât au pied des murailles.

Les volets de la porte et de la fenêtre étaient clos, mais le temps et la pluie les avaient largement disjoints, Thibault, appliqua son œil. sur la plus large de ces fentes.

Tout était sombre et triste à l'intérieur.

Le grand lit était dépouillé de ses rideaux et de sa courte-pointe de serge verte ; des assiettes de faïence la plus commune avaient remplacé les plats d'étaim sur le dressoir ; la haute armoire de chêne, veuve de son horloge en cuivre ciselé, ne faisait plus entendre ce tic-tac joyeux au bruit duquel l'orphelin s'était tant de fois endormi. Le peu de meubles qui se voyaient encore paraissaient couverts de pous-

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sière ; ce désordre, cet abandon étaient bien différents de la coquette propreté qui était demeurée dans les souvenirs de l'orphelin.

Une lampe de fer, à mèche de jonc, accrochée dans lïitre, remplaçait, avec sa froide lueur, le feu des fagots qui jadis pétillait si bruyamment dans la large cheminée, et dont les rouges spirales, en se tordant, éclairaient si gaiement la vaste chambre.

Le chantre joyeux des longues veillées, le grillon, semblait avoir lui-même abandonné ce foyer maudit; on n'entendait plus son gai refrain.

Le vieux chasseur était assis devant la table nue, sa tète chauve reposait sur ses mains ; sa figure tannée avait pris la couleur et les tons luisants de la cire, un large cercle rougeàtro entourait ses yeux caves qui restaient fermés comme s'il eût cherché à se dérober par le sommeil à la tristesse de ce qui l'entourait ; mais d'involontaires et douloureux tressaillements prouvaient qu'il ne dormait pas.

Assise sous le manteau do la cheminée, Jackobine berçait dans ses bras le plus jeune de ses frères, s'efforcant d'apaiser ses cris ; aussitôt que la pauvre petite créature lui laissait quelque répit, elle prenait quelques brins de lin à la quenouille fichée dans sa ceinture, et ses doigts faisaient tourner le fuseau

avec une agilité fiévreuse qui indiquait toute l'importance que cette tâche avait pour elle.

Çà et là, dans tous les coins de la chambre, les autres enfants, muets, consternés, se partageaient quelques pommes sauvages dans lesquelles ils mordaient avec avidité.

Thibault ne put soutenir plus longtemps ce cruel spectacle : les larmes qu'il avait jusqu'alors contenues avec tant de peine firent explosion ; il se coucha en travers de ce seuil que Mostricht lui avait défendu de franchir, et s'efforça d'étouffer le bruit de ses sanglots.

Quand le jour vint, l'orphelin se trouvait à la même place, et la pierre sur laquelle avait reposé sa tète était tout humide.

Il s'enfuit, car il craignait d'être surpris ; le mouvement de la marche rendit à sa cervelle la faculté de réfléchir, et il se dit en marchant que sa famille d'adoption avait mieux à attendre de lui que des larmes stériles.

d'un chien de chasse 91

Thibault avait la lenteur et la placidité des paysans ; mais, dans les grands moments, il ne man- ]uait pas d'initiative.

11 n'était pas arrivé aux premières maisons du xmrg, qu'il avait déjà pris un parti.

Il passa au galetas dans lequel il logeait pour y ^rendre son chien, que cette nuit de séparation, la première qu'il eût supportée depuis qu'il était devenu l'inséparable compagnon de son sauveur, pa- 'aissait avoir désagréablement affecté, et il se dirigea, en compagnie de son élève, vers le théâtre de »es travaux quotidiens.

Mais au lieu de s'enfoncer sous les sombres voûtes, :omme il le faisait chaque jour, l'apprenti carrier s'arrêta à la porte d'une baraque en planches, dans aquelle maître Gernay, son patron, demeurait en-

fermé tout le jour, sous prétexte de mettre au net ses épures et de régler ses toisages, laissant les ouvriers s'exposer pour son compte aux fatigues et aux dangers de la profession.

Devant cette porte, la timidité natwe de Thibault prit le dessus sur ses résolutions ; il fut longtemps sans oser heurter.

Sansonnet, c'était le nom que Thibault avait donné à son chien, se mit à gratter bravementles planches que son maître fixait d'un regard anxieux et indécis.

Lorsque la voix enrouée de maître Gernay eut crié : Entrez ! lorsque Thibault eut, le plus délicatement qu'il lui fut possible, fait tourner la clef dans la serrure, ce fut encore Sansonnet qui se lança en éclaireur dans l'intérieur du bureau, furetant dans tous les coins avec la curiosité inquiète d'un huissier qui procède à une saisie.

Thibault était demeuré sur le seuil, rouge d'embarras, tournant et retournant son gros bonnet de laine entre ses doigts.

Il fallut que le maître carrier, qui était assis devant une table chargée de paperasses, auxquelles une bouteille de genièvre à moitié vide et un verre à moitié plein servaient de serre-papier, lui demandât

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plusieurs fois ce qu'il lui voulait, pour qu'il retrouvât l'usage de la parole.

— Maître Gernay, dit-il enfin avec un gros soupir, j'étais venu voir comme cela si vous vouliez augmenter mon salaire.

Le carrier fronça ses épais sourcils, et huma lentement ce qui restait dans son verre.

— Combien gagnes-tu ?demanda-t-il brusquement à son apprenti.

— Rien, répondit Thibault.

— Eh bien ! fit maître Gernay, à compter de la semaine prochaine, tu auras, en outre de ta nourriture, six bons patards par semaine.

Thibault se grattait l'oreille et paraissait méditer un calcul.

— Avec six patards par semaine, murmura- t-il, il est impossible d'acheter du pain qui passe par sept bouches.

— Morbleu ! s'écria le carrier en colère, est-ce toi et ton horreur de chien qui comptez pour sept bouches? N'es-tu pas seul au mondedepuisquele vieux Mostricht t'a mis à la porte de chez lui?

Thibault fit un hochemnnt de tète, qui indiquait qu'il n'était pas nécessaire qu'il expliquât ses secrets à tout le monde ; l'animation de la discussion lui

avait évidemment communiqué quelque assurance.

— Bourgeois, reprit-il, les compagnons ont un florin par journée ; l'autre jour, en les go ur mandant vou- ieur avez dit que je faisais à moi seul plus de besogne que trois d'entre eux: c'est bien le moins que je gagne le tiers de ce que vous m'estimez, c'est-à-dire le salaire d'un compagnon.

Maître Gernay fut frappé de la logique de ce raisonnement ; il réfléchit pendant quelques instants, et cligant un œil pour donner une expression d'appréciation malicieuse à sa physionomie :

— Allons, fît-il, je suis content de voir que tu n'es pas aussi innocent que tu le parais ; écoute donc c( que je vais te dire : Tu es un brave garçon, fort comme un boeuf et doux comme un agnelet ; ti brasses le moellon que c'est un plaisir de te regarder travailler; tu te gardes bien, comme ces propres 2 rien qui sont là-bas, de t'emplir le corps de cette saloperie de genièvre qui brouille la vue, dérange la main, et fait gâter la marchandise. — Tu me plais. — Je me fais vieux ; dans quelque temps i faudra penser à quitter le métier. 11 m'a semblé qu< ma grosse Denise, ma fille, te regardait d'un bon oeil; je lui donnerai la carrière pour dot, et je te promets de ne pas soupeser le boursicot de celui qu'elle aun

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choisi. — Simple ouvrier j'étais lorsque j'ai épousé sa mère, simple ouvrier sera son gendre. — Des bras comme les tiens, c'est de l'or en harres;et quand celui qui possède des bras pareils est un bon sujet, cet orlà est placé a cent pour cent sans escompte et sans commission. — Fais donc ton profit de ce que tu entends, contente-toi de ce que je t'offre, et va ton petit bonhomme de chemin.

Pendant que maître Gernay parlait, le mouvement rotaloire du bonnet de Thibault avait pris une telle rapidité, que l'œil avait peine à suivre.

— Bourgeois, dit-il en balbutiant, certainement, vous êtes bien bon, c'est avantageux ce que vous me proposez, mais...

— Mais? hurla le carrier, exaspéré par cette réticence à laquelle il était loin de s'attendre.

— Mais, murmura l'apprenti, il me faut un florin par jour.

— Va-t'en au diable ! s'écria maître Gernay, en saisissant sa bouteille par le goulot comme s'il eût voulu la lancer à la tête de son ouvrier.

Thibault, épouvanté, referma si vivemeut la porte du bureau, que maître Gernay, perdant subitement le but auquel il voulait adresser son projectile, jugea a propos d'en faire un plus convenable usage en se

versant une nouvelle rasade, qui devait calmer la mauvaise humeur dans laquelle l'avaient plongé les exigences d'un garçon jusque-là aussi soumis, aussi humble qu'il était laborieux.

Quant à Thibault, il demeura pendant quelques instants à l'entrée de la carrière, tout décontenancé de l'insuccès de sa tentative; mais les circonstances étaient trop impérieuses pour qu'il hésitât longtemps. Il se rendit sur-le-champ dans un établissement voisin de celui où il avait appris son état ; là, lorsqu'il eut une seconde fois exposé ses prétentions, il se vitéconduit comme il l'avait été chez son premier patron.

11 visita d'autres ateliers, et partout il reçut les mêmes réponses.

L'hiver approchait ; le mauvais état des routes ralentissait les travaux ; loin de songer à se charger de nouveaux ouvriers, on allait être forcé de diminuer le personnel de la carrière.

Jamais on n'eût pu croire que la physionomie ordinairement si sérieuse de Thibault pût offrir une expression aussi poignante de désespoir que celle qui crispait les traits du pauvre diable après ces déceptions successives.

En vain Sansonnet, secouant la poussière de la

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arrière qui poudrait à frimas son épaisse et brune oison, multipliait-il ses caresses les plus tendres, >es gambades les plus intéressantes pour distraire ion maître de l'accablement dans lequel l'intelligent inimal le voyait plongé ; en vain tournait-il en rond >ur la route, en prenant sa propre queue pour obectif ; en vain sautait-il en jappant à droite, à gauche, devant, derrière le pauvre Thibault, celui-ci iemeurait insensible à ces expansives démonstrations; il restait morne, il semblait, dans son découragement, n'éprouver qu'un besoin, celui du silence ît de la solitude.

11 s'éloigna du village, s'enfonça dans la forêt de Hertogenwalden ; et, lorsqu'il se trouva dans un endroit désert, il s'assit sur le bord d'un des fossés de la route, et, la tête plongée dans ses mains, il s'abandonna à ses tristes réflexions.

11 y avait plus d'une heure qu'il était là, creusant sa cervelle pour trouver le moyen de secourir sa famille adoptive, se demandant si malgré sa répugnance pour les travaux de fabrique, il ne devrait pas aller à Stambert ou à Verviers, où il lui semblait impossible qu'on ne trouvât pas à l'occuper, lorsqu'en jetant machinalement les yeux autour de lui, il s'aperçut que Sansonnet avait disparu.

Il le siffla, et ne le vit point reparaître; il l'appela en vain à plusieurs reprises. Inquiet, il se leva, regarda de tous les côtés, et finit par découvrir l'animal, arrêté devant un buisson, sur la crête même du talus au pied duquel Thibault s'était reposé.

Sansonnet regardait dans ce buisson, avec une attention étrange.

Ses yeux jaunes dardaient des lueurs phosphorescentes, ses oreilles retroussées frémissaient ; sur son corps, si fortement allongé que son ventre touchait la terre, passaient des frissons convulsifs, et sa queue tendue paraissait taillée dans une branche de bouleau.

Thibault appela de nouveau son compagnon ; celui-ci, avec des précautions infinies, tourna son mu seau du côté de son maître, sans cesser de humer à plein nez les émanations qui lui venaient du côté où s'était dirigé son regard ; il passa vivement sa langue sur ses lèvres pour savourer deux fois ces odeurs délectables, et il reprit aussitôt sa position première, immobile comme s'il eût été de pierre.

Fortement intrigué par eus façons inusitées de Sansonnet, Thibault escalada le talus, s'approcha du buisson et en écarta les branches.

Au même instant, le chien bondit dans la cépée ;

un objet fauve jaillit, rapide comme l'éclair, et vint donner dans les jambes du jeune ouvrier, quiferma instinctivement les genoux; un cri aigre, perçant, assez semblable au gémissement d'un enfant, retentit, et Thibault, courbant son grand corps, dégagea de ce piège d'un nouveaux genre un animal roux, aux grandes oreilles, qu'il reconnut immédiatement pour un lièvre.

Tous les secours que le braconnier sans le vouloir eût voulu probablement donner à la victime d'un accident si étrange se trouvaient inutiles ; la vigoureuse pression des tibias de Thibault avait étouffé le lièvre en lui brisant les côtes ; il expirait.

Thibault descendit le talus en tenant son lièvre à la main, tandis que Sansonnet, qui avait, sans aucun doute, des instincts beaucoup moins charitables que son maître, sautait autour de lui en jappant de joie.

Thibault était si interdit parce dénouement, qu'il n'avait pas entendu le bruit des grelots du voiturin qui faisait le service de la poste entre Dolhain et Aix-la-Chapelle.

Le voiturin s'arrêta en face du jeune ouvrier, le conducteur en descendit, et prit sans mot dire le lièvre des mains de son proprié^ïffÇ^vers.-jg5

BIBUOTHECA

Rav;ens»*.

Il le soupesa, passa attentivement l'index et le pouce le long du râble, fit un signe approbateur, souffla sur le poil, sembla une seconde fois évaluer mentalement le poids de l'animal ; puis, lui pressant légèrement sur le ventre pour en faire sortir la liqueur que Molière appelle le surplus de la boisson :

— C'est un joli coup, dit-il, et je vous en fais mon compliment ; seulement voici une précaution qu'il me faut jamais négliger, cela déprécie la marchandise.

Thibault entamait une explication sur l'excellence de ses intentions vis-à-vis du lièvre ; mais le voiturier ne lui laissa pas le temps de la commencer ; il prit deux florins dans une large et retentissante bourse de cuir, et les tendit à son interlocuteur, qui fut si étonné, qu'il hésitait à les prendre.

Le voiturier se trompa sur les causes d'une telle surprise.

— Il vaut ça, mais il ne vaut que ça, dit-il ; lorsque vous aurez fait quelques affaires avec moi, vous saurez que je suis un homme juste. N'oubliez point que je passe sur cette route tous les jours, entre trois et quatre heures, et je m'arrange des perdrix, des faisans, des coqs de bruyère et des chevreuils

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aussi bien que des lièvres ; ne vous gênez donc pas, mon garçon, vous auriez tort.

Alors, d'une main, le voiturier lança le lièvre dans sa voiture, tandis que l'autre main laissait glisser les deux pièces d'argent entre les doigts de Thibault ; puis il remonta sur son siège, fouetta son cheval et partit au galop pour rattraper le temps perdu.

Thibault était resté immobile sur la route, contemplant ses deux florins, ne sachant s'il dormait ou s'il était éveillé , les caresses de Sansonnet le rappelèrent à la réalité ; il mit l'argent dans sa poche, caressa la pauvre bête, en se dirigeant du côté du bourg.

— Enfin, dit-il, grâce à toi, mon pauvre chien, je suis sûr qu'ils mangeront demain.

Cette réflexion adoucit quelque peu l'amertume des remords que le trépas du lièvre avait laissés dans le cœur de Thibault.

Il marchait d'un pas allègre vers la maison paternelle, lorsqu'une réflexion soudaine vint paralyser le contentement de son âme.

11 songeait que si posséder deux florins, c'était déjà quelque chose, il n'en était pas moins qu'à la moitié de sa tâche.

Il s'agissait maintenant de les faire passer de sa poche dans la poche du vieux Mostricht, et cette opération lui paraissait autrement délicate que n'avait été la première.

Il connaissait suffisamment son père adoptif pour ne point douter que, s'il se présentait naïvement à lui pour opérer la restitution de ses mois de nourrice, celui-ci ne le jetât à la porte, et il croyait déjà sentir sur ses épaules la volée de bois vert dont l'orgueilleux chasseur accentuait son indignation.

Il pensa à guetter, caché dans le taillis, le passage d'un des enfants, et à lui remettre le petit pécule ; mais l'enfant jaserait et Mostricht jetterait l'argent dans la rivière ; il n'y avait pas à y songer.

Cette idée, cependant, lui en suggéra une autre, par laquelle il se flattait d'avoir sous la main un complice d'une discrétion à toute épreuve.

Il se posta, dans les environs de la chaumière, sur une éminence boisée, d'où, sans être vu, il pouvait apercevoir tout ce qui se passait devant la maisonnette.

Les enfants jouaient sur le chemin avec l'insouciance de leur âge ; de temps en temps, Jackobine paraissait sur le seuil de la maison et regardait avec i nquiétude du côté de Dolhain ; il était évident qu'elle

attendait son père, qui était allé une fois de plus tenter la fortune.

Thibault choisit le moment où le plus petit des garçons, celui qui avait été son favori, s'approchait du ruisseau, et y jetait des feuilles dont il s'amusait à suivre la navigation capricieuse ; il plaça dans la gueule de Sansonnet les deux florins soigneusement empaquetés dans un morceau de son mouchoir, et, lui désignant le petit garçon : Va porter, lui dit-il.

L'intelligente bête comprit à merveille ce que son maître attendait de lui ; il descendit la colline au galop et se jeta à la nage sans lâcher le précieux dépôt.

En voyant venir ce chien inconnu, le petit garçon jeta des hauts cris ; mais Sansonnet, comme s'il eut voulu rassurer celui vers lequel son maître l'avait envoyé, frétilla de la queue avec des contorsions si calmes, et ressemblait d'ailleurs tellement au vieux Snab, mort quelques mois auparavant, que l'enfant se rassura et que l'animal put déposer le paquet aux pieds du petit bonhomme.

Thibault vit l'enfant courir vers sa sœur Jackobine, en poussant des cris de surprise ; la jeune fille dénoua le chiffon, aperçut les deux florins et demeura muette de stupeur.

Elle se précipita vers le ruisseau et regarda de tous les côtés ; mais le messager mystérieux avait disparu : il avait rejoint son maître, et tous deux étaient si bien blottis dans une anfractuosité de rocher, qu'elle ne put les apercevoir.

Jackobine leva les mains au ciel comme pour remercier Dieu ; puis elle prit le petit garçon dans ses bras et lui donna un baiser qui retentit dans le cœur de Thibault.

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Thibault passa une nuit fort agitée.

Bien que le pieux emploi qu'il avait fait de ses deux florins eût sanctifié le meurtre qu'il avait commis, le spectre du lièvre assassiné n'en tourmenta pas moins son sommeil.

A ce premier remords s'en ajoutait un second.

Pendant son enfance, Thibault avait toujours entendu son père adoptif parler du braconnage comme du plus monstrueux de tous les crimes, et il ne pouvait se dissimuler qu'il avait chargé sa conscience du forfait que le vieux chasseur plaçait immédiatement après le parricide.

Ainsi, malgré les souvenirs tentateurs d'un premier succès, en dépit de l'axiome qui prétend qu'en toute chose il n'y a que le premier pas qui coûte, avait-il senti redoubler la sainte horreur qu'il éprou-

vait pour la chasse, et derneura-t-il résolu à ne point pécher une deuxième fois.

Cette fermeté était d'autant plus louable, que les incitations ne lui manquaient pas.

Il avait auprès de lui, dans la personne de Sansonnet, un Méphistophélès contre lequel il dut soutenir une lutte incessante, pour ne pas glisser sur la pente où il était décidé à s'arrêter après le premier pas.

On s'étonnera de cet ascendant d'un animal sur un homme ; elle s'explique par la position spéciale que la pauvreté et l'isolement font au chien auprès de son maître.

N'en déplaise aux amoureux, le chien est le seul de toutes les bêles de la création qui ait conservé intacte la logique du sentiment, dont le bon Dieu devrait nous avoir fourni à tous des doses égales.

Nous avons voulu mettre de l'esprit dans tout, l'esprit a tout gâté, et il a gâté par-dessus tout cette précieuse attribution de l'âme que l'on nomme l'amour, et qui n'a, parait-il, aucune espèce d'affinité avec lui.

Quoi de plus fantasque, de plus burlesque et quelquefois de plus odieux que les mystères s}mipathiques qui déterminent et fixent nos affections à nous

autres, qui avons mis la sagesse en gros livres ? Deux augures ne pouvaient se regarder sans rire. Est-il beaucoup d'amants qui sauraient s'avouer sans pleurer les raisons qui les ont charmés dans l'objet aimé, les causes qui ont exalté leur tendresse jusqu'à la passion.

Plus heureux que nous, l'animal a gardé le mot d'ordre du paradis terrestre : il aime, quand on i'aime, parce qu'on l'aime, et surtout plus on ['aime ! C'est là le secret de sa supériorité affectueuse sur l'espèce humaine.

Thibault devait à Sansonnet de ne pas être seul 3n ce monde; il avait reporté sur le compagnon de ses misères le besoin d'aimer qui débordait de son jœur depuis qu'il était séparé des siens.

L'affection de Thibault pour son chien avait été 'éconde ; dans la communion incessante de leurs censées, les instincts affectueux et l'intelligence de ïelui-ci s'étaient à la fois miraculeusement déveoppés, et l'humble bêle était devenue un amidontla »ociété était pleine de charmes.

Ils n'avaient point appris à parler la langue l'un le l'autre ; ils avaient mieux fait, ils se comprenaient .ans rien dire. Rien de ce qui se passait dans l'âme le son maître n'échappait à l'animal. Le souvenir de

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