‹ Les aventures de Huon de Bordeaux [microform]Chapitre 13 sur 27 · CHAPITRE VIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIIl

Au château de l'Orgueitieux.

B lendemain les chevaliers français arrivèrent au bord de la mer et virent se dresser sur le rivage les tours du château de Dunostre. Huon s'approcha seul et à pied de la porte, devant laquelle les guerriers de cuivre menaient grand bruit en frappant le sol de leurs fléaux. Il ne savait que faire, mais soudain, avisant un bassin d'or attaché à un pilier, il tira son épée, en frappa trois coups sur le bassin et réveilla tous les échos du palais. Aussitôt une fenêtre s'ouvrit et une jeune fîUe d'une grande beauté y parut; aux trois croix d'or qui brillaient sur l'écu de Huon, elle reconnut un chevalier de son pays, car elle-même était une captive venue de douce France. Cr«-

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L« géant M met bot son sfant [p. 78).

gnant que la colère du géant ne tombât sur l'audacieux Français, elle courut à la chambre de son maître, pour chercher à l'apaiser, mais elle le trouva profondément endormi. Alors elle descendit arrêter les batteurs de fléaux. Huon entra dans le ch&teau ; il voulut interroger la jeune fiile, mai»

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elle s'enfuit et le laissa errer seul à travers de vastes pièces inhabitées.

Il arrive enfin à la chambre où s'est réfugiée la jeune fille, et la trouve pleurant à chaudes larmes. « Damoiselle, lui dit-il, Dieu vous garde ! Savezvous parler ma langue? Qu'avez-vous à mener tel deuil, douce amie ? — Sire, je pleure parce que j'ai grand'pitié de vous : si le maître de céans s'éveille, vous êtes mort. — Vous parlez donc le français, s'écrie Huon. — Certes oui, sire, je suis Sibylle, du bourg de Saint-Omer ; mon père était le duc Guinemer. Il vint en pèlerinage au Saint- Sépulcre et m'emmena avec lui. Une tempête jeta notre navire sur cette côte où il se brisa ; le géant Orgueilleux tua mon père et tous ses hommes, puis il m'enferma dans ce château où je suis captive depuis sept ans. Fuyez, sire, pendant qu'il en est temps encore. — Non, damoiselle ; avant de partir d'ici, je tuerai ce géant. — Allez donc lui couper la tête tandis qu'il dort. — Jamais je ne serai assez lâche, belle amie, pour tuer un homme dans son sommeil. »

Huon se glisse dans la chambre où l'Orgueilleux repose sur un lit d'or et d'ivoire. Le géant est long de dix-sept pieds ; il a les bras énormes, les poings carrés, la tête monstrueuse et les yeux enfoncés : c'est un spectacle horrible. Quand Huon l'a longuement contemplé, il l'éveille : « Fils de sorcière, s'écrie-t-il à très haute voix, dormez- vous ?» Le

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géant se met sur son séant : « Vassal, dit-il, qui t'a fait entrer ici ? — Par ma foi ! répond Huon, puisque vous comprenez le français, je vous le dirai : ce sont mon audace et ma folie. — C'est la vérité, reprend le géant, car si j'étais armé je te trancherais la tête d'un seul coup, mais je suis nu, tandis que toi, tu es bien équipé. — Crois-tu, nigaud, que je sois assez lâche pour profiter de cet avantage ? Va t'armer au plus vite, et reviens te mesurer avec moi. — Bien parlé I » s'écrie l'Orgueilleux, et il se retire. Il ne tarde pas à reparaître, prêt pour la lutte. « Qui es-tu et où vas-tu 7 demande-t-il. — J'ai nom Huon et je suis de Bordeaux. L'empereur Charlemagne m'envoie porter un message à l'émir Gaudisse. Et toi, quelle est ta parenté ? — Je suis l'Orgueilleux, le puissant géant qui désole cette région. Naguère je fis prisonnier ce Gaudisse chez qui tu dois te rendre. Pour racheter sa vie, il me donna le bon anneau d'or clair que tu vois à mon petit doigt, et il demeure mon vassal. Une autre fois, je vainquis Obéron, le petit roi de féerie, malgré ses enchantements. Je lui pris ce château et un précieux haubert que nul ne peut endosser s'il n'est pur de tout péché mortel. Je n'ai jamais cherché à le mettre, mais par Mahomet I puisque tu m'as permis de m'armer, je t'octroierai de l'éprouver. » Ce disant, il court le chercher.

Ayant prié Dieu avec ferveur^ Huon endosse le

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blanc haubert qui s'cguste à sa taillei puis il saisit son épée et se dispose à la lutte. « Je pensais que tu ne pourrais point entrer dans ce haubert, s'écrie rOrgueilleux. Rends-le-moi et je te donnerai en échange l'anneau d'or que j'ai reçu de l'émir Gaudisse. Il ne te sera pas inutile pour t'acquitter de ton message, car il n'est point aisé pour un Français d'entrer dans la cité de Babylone. Elle a quatre enceintes, dont chacune est garnie d'un pont-levis défendu par deux portiers en armes. Au premier pont on te coupera un bras, tu perdras l'autre au deuxième, au troisième tu laisseras un de tes pieds et l'autre au quatrième. Grâce à mon anneau tu échapperas à tous ces dangers et tu pénétreras sans peine dans le palais de l'émir. Gaudisse n'osera te toucher s'il te prend pour mon messager. »

Mais Huon ne veut point rendre le haubert enchanté, il se promet de conquérir Tanneau. Le combat est long et dur; toutefois, au quinzième coup d'épée, Huon [tranche la tète au géant* Il lui plairait de l'exposer sur les murailles du château, mais elle est si lourde, qu'il peut à peine la soulever. Il annonce donc sa victoire d'une des fenêtres du palais; ses chevaliers accourent et, lorsqu'ils voient le géant, ils sont émerveillés qu'un bachelier en ait pu venir à bout.

Le lendemain, Huon se lève de grand matin :

« Barons, dit-il à ses chevaliers, il faut maintenant que je vous quitte. Si au bout d'une quinzaine

Il annonce sa victoire d'une des fenêtres du palais (p. 74).

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QnoD Toit atu^ d'âne vago* une béte étnmgt.

VOUS ne me voyez pas revenir, retournez en France et allez dire à Charlemagne comment je me suis comporté. — Huon, nous vous attendrons un an tout entier. — Dieu vous en sache gré, seigneurs, » dit Huon. Il cache en son cein le hanap d'Obéron, revêt son haubert fée, suspend le cor d'ivoire à son cou et passe l'anneau de l'Orgueilleux à son bras en guise de bracelet. Ainsi équipé, il prend congé de ses compagnons et s'éloigne d'eux à grands pas, Il s'arrête touttriste au bord de l'eau, car iln'ose se fier à son haubert miraculeux et se jeter à la nage. Soudain il voit surgir d'une vague une bote étrange, plus growe qu'un saumon- C'est un lutia,

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qui sort de l'eau, se jette sur le sable, se secoue, se dépouille de sa peau et apparaît sous la forme d'un hpmnie : « Es-tu de Dieu ou du diable? lui demande Huon. Fils de Séguin, répond le lutin, sois sans crainte. Je te suis envoyé par mon seigneur Obéron. — Quel est ton nom, ami? — On m'appelle Malabron. Obéron a voulu que je fusse trente ans lutin de mer. Je te ferai traverser la mer Rouge sans que tu te mouilles chausses, ni souliers. Je vais rentrer dans ma peau, monte sur ma croupe, tiens-toi bien, et surtout n'oublie point de te signer pour que Dieu nous conduise à bon port. » Malabron reprend la forme de lutin et se jette à la nage, Huon l'enfourche et ils partent. En peu d'instants le lutin dépose le bachelier sur l'autre rive. « Ami, dit-il, voici la ville où tu dois entrer ; souviens-toi qu'un mensonge te fercdt perdre l'amitié d'Obéron. » Sur ces mots, il plonge dans la mer et disparaît.

Seigneurs qui écoutes mon histoire, vous voyez que déjà le soir tombe. Je suis las; voulez-vous que nous allions boire? Revenez demain après dîner, je vous conterai la fin des aventures de Huon et comment Obéron, le petit roi de féerie, vint à son secours. Mais n'oubliez point, je vous prie, d'apporter chacun une pièce d'argent. Il est peu considéré dans son pays, celui qui est avare et ne sait pas récompenser largement les courtois ménestrels,

Deuxième journée.

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