‹ Les aventures de Huon de Bordeaux [microform]Chapitre 6 sur 27 · L-EMSUSCADE · texte numérisé non relu

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Amanrj lei Toit T«Dir de loin (p. 30).

Gérard s'avance au-devant de Chariot. « Franc chevalier, dit-il, puissiez-vous nous vouloir du bien I Gardez- vous ce pays ? Faites-vous le guet ? Si nous vous devons un droit de passage, nous le payerons volontiers. — D'où êtes-vous? demande Chariot en guise de réponse. — Je suis de Bordeaux,

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répond Gérard, fils du vaillant duc Séguin, et voilà mon frère aîné, qui est un chevalier preux et hardi. Nous allons à Paris, à la cour, visiter et servir le roi Charles. — C'est vous que je cherchais, s'écrie Chariot ; Dieu soit béni ! je vous ai trouvé, j'en suis fort aise. Certes, vous me devez quelque chose, car votre père m'a ravi autrefois trois châteaux et je n'ai pu tirer vengeance de lui, mais je crois aujourd'hui que je n'ai rien perdu pour attendre. Mettez-vous en garde, je vais frapper.

— Noble sire, pitié 1 s'écrie Gérard, son sang se glaçant dans ses veines. Vous êtes tout armé, tandis que moi, je ne suis vêtu que d'un bliaut; je n'ai ni épée ni lance pour me défendre» Quand vous m'aurez tué, quelle gloire en retirerez-vous ? En toute loyauté, je vous promets que si nous avons mal agi envers vous, nous vous ferons droit dès que nous serons arrivés à Pétris; les barons jugeront votre cause. — Par saint Denis I toutes ces paroles sont vaines, répond Chariot; je ne mangerai point avant de t'avoir tué de maie mort. » Gérard tourne bride pour aller rejoindre son frère, mais Chariot se précipite sur lui, lance baissée, et le transperce de part en part, puis il tue son cheval et s'éloigne satisfait. Il ne sait pas que la blessure de l'enfant n'est point mortelle.

Voyant tomber Gérard, l'abbé de Cluny s'écrie en pleurant : « Beau neveu, ton frère est mort ! -^ Hélas, dit Huon, quelle cruelle rencontre 1 Ah !

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bonne mère, vous Taviez si doucement élevé.

Sainte Marie! que vais-je devenir?... Sire abbé de Cluny , m'aiderez-vous à maintenir mon droit ? Je veux savoir qui a commis ce meurtre ; je tuerai ce traître, ou je périrai de sa main. — Beau neveu, répond Tabbé, nous sommes prêtres sacrés et bénis, il ne nous est point permis de chercher à tuer un homme. — Quelle parenté j'ai là! s'écrie Huon. Et vous, mes chevaliers de Bordeaux, m'aiderez-vous ? — Jusqu'à la mort, » répondentils comme un seul homme.

Tandis que l'abbé pleure et fait sa prière pour Huon, le jeune homme s'élance, suivi de ses chevaliers, dans la direction du petit bois vers lequel Chariot, son forfait accompli, chevauche lentement. Huon s'arrête près de son frère, qui gît sur la bruyère au bord de la route. « Frère, es-tu blessé à mort? — Je ne sais, répond l'enfant faiblement, mais je crois que je suis près de mourir. Ne pense pas à moi, frère; fuyez tous, car j'ai vu luire des heaumes dans ce bois. — Frère, à Dieu ne plaise, si tu demeures ici, que moi, j'aie la vie sauve. Je veux savoir comment est fait le lâche qui t'a assailli ; j'aurai son sang ou il aura le mien. »

Sans attendre ses hommes, Huon éperonne son cheval et s'élance ^à la poursuite de Chariot. « Vassal, lui crie-t-il à haute voix, de quel pays es-tu ? — Je suis d'Allemagne ; mon père était le duc Thierry. » Huon le croit ; Chariot ne porte pas

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son écu aux armes [1] royales; comment l'enfant le pourrait-il reconnaître? Il défie donc son ennemi. Bien qu'il ne soit pas revêtu de son haubert et qu'il n'ait pour toute arme que l'épée dont naguère l'adouba (2) son père, il se jette sur son adversaire avec une telle fureur qu'il l'abat mort. Amaury voit tomber Chariot et pousse un cri de triomphe : « Chariot est mort, dit-il à ses compagnons ; la France n'a plus d'héritier, c'est moi qui en deviendrai maître. Avant un an, j'aurai tué Charlemagne et je serai roi de France I »

a père pour l'armer chevalier.

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