‹ Les aventures de ma vieChapitre 7 sur 16 · V. SCHOELCHER · texte numérisé non relu

V. SCHOELCHER

Mon ami Destrem s'empressa de communiquer aux journaux antiversaillais ce démenti humiliant, que Trochu accepta sans broncher. Il l'offrit probablement à son Dieu, qui lui inspirait de si gros mensonges.

La lettre sur l'effet de laquelle il avait probablement compté pour attirer sur moi la dernière peine, souleva d'ailleurs jusqu'à la conscience du président du 3e conseil, qui, ayant eu, au cours de mon procès, à prononcer deux ou trois fois le nom du général

Trochu, le souligna d'un geste de dédain qui n'échappa à personne.

Ce président était un colonel nommé Merlin, irrémédiablement clérical et bonapartiste, mais, comparativement aux officiers qu'il présidait, d'une intelligence au-dessus de la moyenne. Il était, m'a-t-on assuré plus tard, parent d'un autre Merlin, sénateur, qui, lors du procès qu'on m'intenta décompte à demi avec le général Boulanger, fut également président de la commission d'instruction de la Haute-Cour et expectora contre moi toutes sortes d'accusations folichonnes. J'étais destiné à collectionner les Merlin.

Je comparus devant lui en compagnie d'Henry Maret, rédacteur du Mot d'ordre, et de notre secrétaire de rédaction. Je dois reconnaître que son interrogatoire n'eut rien de particulièrement agressif. Il consista plutôt en une sorte de dialogue établi sur un ton assez courtois.

J'ai su depuis qu'il avait été prié de ne pas entreprendre contre moi de charge à fond qui eût pu pousser ses autres collègues du tribunal militaire à un arrêt inexorable. Je reproduis ici, d'après le Droit, la physionomie des débats, d'où jaillit plus clairement que d'aucune réflexion l'esprit incurablcment réactionnaire qui animait nos ennemis.

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