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— Oui, monsieur; ce matin, je portais votre cravate dans mon cabas : Mariette l’a vue, est sautée dessus, et n’a plus voulu me la rendre.
— Elle l’a donc reconnue ? dit Gérard.
— Je crois bien!
— Elle m'aime encore, pensa Gérard, qui n’écoutait plus un mot de ce que lui disait madame Pierre. Moi aussi je sentais que je l’aimais, et que nous devions nous rencontrer. Qu’a dit Mariette ?
— Elle m'a recommandé de ne pas vous en parler.
— Elle lutte, pensa Gérard.
— Censément, je devais dire qu’elle avait été changée chez le teinturier, et elle m’en a donné une autre à la place.
— Ah! vous ne le dites pas tout de suite! Vite ! donnezla-moi |
— Mais, monsieur, j'ai laissé la cravate à la maison.
— Vieille folle, dit Gérard, vous n’en ferez jamais d’autres!
— Puisque j'étais censée avoir porté hier votre cravate chez le teinturier, je ne devais pas avoir l’air d’en rapporter une autre aujourd’hui! Je vous dis la tromperie, je ne devais pas vous la dire, et vous me maltraitez encore !
— Courez chez vous tout de suite, dit Gérard, et appormoi cette cravate.
La vieille sortit, et Gérard fit les plus doux rêves pendant son absence. Il n’était donc pas indifférent à Mariette : elle avait gardé son souvenir. Elle n'était pas revenue par amour-propre, mais elle l’aimait toujours, ce jque Gérard trouvait bien naturel en se comparant à l’avocat poli, propre et rangé, au langage insipide. Le peintre Feugères, qui jouait le poitrinaire, n’était pas de nature à
égayer la rieuse Marictte, et la société du marchand de couleurs, dont l'esprit pouvait tout au plus comprendre les farces des commis voyageurs, ne pouvait entrer en comparaison avec les douces causeries de Gérard dans Pintimité.
Du moins il raisonnait ainsi et retrouvait la Mariette des premiers jours, lorsque madame Pierre entra. Elle tenait à la main un foulard blanc.
« Écoutez-moi, mère Pierre, et surtoutn’en dites rien, car vous êtes une fameuse bavarde, vous emporterez ce foulard aujourd’hui. Puisque vous faites le lit de Mariette, rien ne vous sera plus facile : vous cacherez le foulard sous son oreiller, et vous le laisserez aïnsi huit jours.
— Mais que dira mademoiselle Mariette ?
— Dieu! que vous êtesnaive pour votre âge ! Est-ce qu’elle le saura? Elle ne peut pas s’en douter, à moins que vous n’alliez lui en demander la permission.
— Laissez faire, monsieur; je sais ce que c’est que les amours, jy ai passé. »
Quand la femme de ménage entrait dans le récit de ses amours, il n’y avait plus de fin. Gérardla laissait aller, prenant plaisir à ce bourdonnement de paroles; car il avait la faculté de ne pas entendre les ennuyeux. Seulement, madame Pierre était devenue une habitude, et il ne se serait pas levé à moins d’entendre, pour la millième fois, comment l’amoureux de madame Pierre avait sauté par dessus les arbres dans un transport de passion campagnarde.
Depuis que Gérard eut connaissance de l’histoire de son foulard, il était tout à la fois plus triste et plus joyeux, parce qu’il voyait revenir les premiers beaux jours de sa liaison avec Mariette. À son retour d'Auteuil, il avait oublié,