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sions de son arrivée. Il donna l'unique pièce de monnaie qui représentait toute sa fortnne de fin de mois, et chercha Mariette pour lui parler; mais elle était occupée par une conversation avec l’ami Thomas.
Valentin riait avec des amies de Mariette qui mangeaient des marrons; les deux fumeurs étrangers se contentaient d'envoyer de muettes bouffées de fumée. Gérard s'ennuya de rester isolé : ne trouvant pas de chaise libre, il s’était étendu sur le tapis, les pieds au fen; et, comme il avait passé la nuit à travailler, il s’endormit facilement, sans songer si sa conduite était conforme aux lois de la galan= terie.
Ce ne fut que beaucoup plus tard qu'il se sentit réveiller
par une douce voix qui chantait : « Monsieur Gérard! » Il ouvrit les yeux et crut rêver en se trouvant par terre, près de Mariette en peignoir, qui le secouaït amicalement :
« Est-ce ainsi que vous vous conduisez en société, monsieur ? »
Gérard dit pour sa défense qu'il avait veillé la nuit précédente.
« N'importe, ce n’est pas aimable, et je ne connais pas beaucoup de femmes qui vous pardonneraient cette vilaine conduite. Tenez, dit-elle en montrant ses mains gonflées et un peu rouges, voyez ce que J'ai fait pour vous; je me suis gâté les mains pour vous empêcher d’être brûlé. Vous aviez approché vos pieds trop près du feu, vous alliez brüler Vos bottes, ce qui n’aurait pas été un grand malheur, mais vous vous seriez brûlé, Je n’ai pas voulu vons éveiller ; j’ai préféré brüler mes mains pour vous garantir du feu en les mettant devant, »
Un autre que Gérard eût profité d’une telle prévenance pour remercier chaudement Mariette: mais son éternelle
Léa
PS en orne aus DATES
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timidité prit le dessus: il ne répondit rien et se leva, écoutant avec indifférence mademoiselle Jenny qui demandait à rester couchée chez Mariette, à cause de l'éloignement de son quartier. Tout le monde partait, mademoiselle Mariette était déjà dans son lit, car son habillé de soirée était plutôt un déshabillé élégant. Thomas alla embrasser son amie couchée; les deux fumeurs qui n’avaient pas dit un mot de la soirée lui donnerent la main ; seul, Gérard salua Mariette et sortit en lui souhaitant le bonsoir.
« Tu ne l'as pas embrassée, dit Valentin dans le corridor.
— Mais elle ne l’a pas dit.
— Au contraire, elle y compte, et tu vas y retourner.
__ Mademoiselle Mariette, dit Gérard en ouvrant la porte, j'avais oublié de vous embrasser. »
Valentin, Thomas et Gérard se promenèrent longtemps ensemble dans la rue du Bac; ils parlaient de Mariette, et Gérard ne se lassait pas d'entendre son éloge. D'une nature rustique qu’il s’efforçait d’affecter, Thomas était plein de secrètes délicatesses; il parlait de Mariette comme d’un enfant. Il craignait de la voir malheureuse un jour, et s’efforcait autant qu’il était en lui de veiller sur sa conduite, Thomas, quoique un peu chagrin, avait l'esprit sain; donneur de bons conseils pour les autres, vis-à-vis de lui-même il ne trouvait que doute et qu'indécisions.
Le chapitre peinture succéda au chapitre Mariette, et Thomas indiqua à ses nouveaux amis de la soirée ses idées artistiques et ses plans pour l'avenir.
« Je ne suis rien, disait-il, qu’un peintre de pots, de sou-
ières.et d’assiettes, qu’on traite dédaigneusement de Na 2 i
ture morte. Oh! que non, ce n’est pas de la nature morte, quand on vit, comme moi, au milieu des grès et de la
DE MADENOISELLE MARIETTE. 33
faience. Il se passe des drames entre les marmites, les chenets, les pelles à feu et les pincettes : ce sont quelquefois
des comédies bien gaies, quand le soleil joue sur les bou
tailles, les fioles, et les quitte pour aller courir sur d’autres poteries. Je ne le dis pas à tout le monde; mais, sitôt que je trouve quelqu'un disposé à me comprendre, je parle de mes pots comme d'amis absents. »
Si l'horloge de Saint-Thomas-d’Aquin n’eût sonné une heure du matin, la conversation se serait étendue plus lon-
guement; mais il était temps de rentrer, le portier de la
maison où demeurait Gérard n'étant pas d'humeur à se réveiller tard. Gérard avoua ingénument à Valentin qu’il ne savait quand il reverrait Mariette, attendu qu'il avait commis la maladresse de ne pas s’en inquiéter auprès d’elle. Valentin se moqua de son ami et Ini fit entendre qu'il aurait beaucoup de mal àsefaire aimeravec de semblables procédés.
Heureusement, dès le matin, la messagère Jenny arriva, eb surprit les amis au lit, en leur transmettant de la part de mademoiselle Mariette un désir de divertissement. Elle voulait une soirée donnée par Gérard, chez lui; ainsi pressé, Gérard ne put refuser une rencontre directe. Seuls, les deux amis réfléchirent à cette demande, qui les génait singulièremènt : dans un coin, était mis en réserve l'argent du terme, dont Gérard sacrifia brutalement une partie, en disant que le propriétaire serait un bien malhonnète homme s’il ne se contentait pas d’un acompte. La discussion fut ouverte sur le chapitre des divertissements ; on convint de se mettre en quête d’un ami pianiste qui égaicrait les esprits par de vives chansons. La nourriture du corps demanda une plus longue controverse : les moindres observations en faisdient un gouffre dans lequel se précipitait, pour ne jamais reparaïtre, le terme du propriétaire.
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« Bah! nous ne paierons pas pour le moment, dit Gérard ; ce sera un terme sec. »
Ce jeu de mots compromit l'avenir du propriétaire, qui fut victime d’un calembour.
Vers le soir arrivèrent mademoiselle Mariette et ses deux amies, Pauline et Jenny. Mariette, mise très simplement, ressemblait à une femme comme il faut. Sa voilette de dentelle brodée, qui lui couvrait la moitié de la figure comme un loup, ne dissimulait pas ses beaux ÿeux et aiguisait l’envie de les regarder.
Les rubans cerise de son chapeau servaient à faire ressortir l'éclat de son teint, déjà mis en relief par des bandeaux de cheveux très noirs. Elle était enveloppée d’un cachemire jaune à palmes rouges dans lequel elle se drapait aussi coquettement qu’une femme du meilleur monde. Sur un trottoir, elle eût déconcerté ces ardents admirateurs de femmes qui poursuivent des conquêtes faciles.
Autant, la veille, Mariette ressemblait dans son peignoir à une courtisane grecque, autant elle s’était faite Parisienne distinguée par excellence. Elle jeta son chapeau négligemment sur le lit, et montra tout d’abord sa bonne humeur. Quand le musicien eut chanté ses chansons, on passa à la danse, qui fut mal interprétée par les voisins du dessous. Les rafraîchissements avaient troublé toutes les têtes ; Gérard, altéré par ses fonctions de maître de maison, préoccupé par l’idée d’y mêler un peu de galanteries, allait préparer un nouveau saladier de vin cuit, lorsque mademoiselle Mariette, d’un coup de main subtil, renversa le vase et la boisson.
— Je ne veux plus qu’on boive, Gérard.
— Pourquoi? dit-il
— Regardez vos amis. »
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Îl ÿ en avait qui se roulaient par terre et qui essayaient de dormir, d’autres qui dormaient, un autre qui offrait à mademoiselle Jenny de se jeter avec elle par la fenêtre.
« Comment allons-nous les renvoyer? dit Mariette en appuyant sur le mot nous.
— Plait-il? » demanda Gérard.
En ce moment Gérard était assis dans un de ces vieux fauteuils à tapisserie qui ont été construits pour le repos des ventres importants de nos aïeux.
« Je reste, dit Mariette en se laissant couler dans le fau teuil près de Gérard.
— Vrai! s’écria-t-il eh lui prenant les mains: alors je m'en vais mettre mes amis dehors, » dit Gen qui en une minute secoua les dormeurs, prit les buveurs par les épaules, les mit en bas de l'escalier et fit ouvrir la porte de la rue. « Que je taime, Mariette! dit-il en l’attirant à lui; que je aimerai longtemps ! »
De l’amitié dans ses rapports avec l'amour.
Valentin arriva sur les onze heures du matin avec Jenny. Ce fut pour Gérard le plus beau repas de sa vie. Le pain est meilleur que du gâteau, les côtelettes ont un goût d'agneau, le beurre et les radis sont remplis d’odeurs fraiches-et suaves; surtout la salade que mademoiselle Mariette avait accommodée donnait envie de rire à Gérard, tant il voyait de gaité dans les herbes vertes et les tranches rouges de betterave.
C'était une jolie journée d’hiver ; il faisait un petit froid
sec; les pavés étaient blancs comme si toutes les ménagères de la Flandre avaient été appelées pour les nettoyer; le soleil se montrait clair sur un ciel bleu. Gérard proposa d’aller au Jardin des Plantes : on est si heureux de ne pas se quitter ! Il est si doux de regarder les arbres et la verdure quand on aime!
On ne se quitte pas le bras, c’est une pression continuelle, des échanges de regards, des lèvres qui sourient, de petites gènes momentanées causées par le monde; on voudrait être seuls à se regarder, sans se rien dire, les mains dans les mains; on pense au bonheur qui vous attend le soir au coin du feu, sans autre lumière que les flammes d’un grand charbon de terre qui envoie sa lueur rouge sur les murs.
Dans une rue du quartier Mouffetard, on réparait les tuyaux de gaz; les ouvriers avaient ouvert une tranchée et posé une planche assez large qui servait de pont aux passants.
Mariette dit qu’elle n’osait passer sur ce pont; Gérard la prit à bras-le-corps et ne demandait pas mieux que de rapprocher sa figure de celle de son amie, mais il n’osait en pleine rue. Il était presque aussi heureux d’avoir passé Mariette sur cette planche, que s’il l’avait sauvée d’un précipice.
« Est-ce que tu as cru que j'avais peur ? dit Mariette. Je l'ai fait exprès pour me serrer contre toi. »
Les mille choses de la rue amenaient ainsi mille choses amoureuses qui ne laissaient pas le temps de réfléchir ; aussi Mariette remarqua-t-elle un nuage tout à coup sur les traits de Gérard.
« Qu’as-tu, mon ami?
— Rien, dit-il.
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— Si... je veux le savoir, tout de suite. »
Gérard ne répondait pas.
« Dis-le-moi, je suis inquiète ; tu ne dois rien me cacher.
— de Vaime, dit Gérard, et j'ai peur de ne plus pouvoir vivre sans toi.
— Et moi aussi, dit Mariette. Nous ne nous quitterons plus si tu veux.
— Le veux-tu ?
— J'irai demeurer avec toi, dit Mariette, nous serons heureux, nous ne nous disputerons pas : je ferai tout ce que tu voudras d’ailleurs.
— Et Valentin, s’écria Gérard, qu’en ferons-nous ?
— Îl n’a pas de meubles? demanda Mariette,
— Aucuns meubles.
— Il doit le terme comme toi?
— Il est aussi gèné que moi pour le payer.
— Alors, dit Mariette, préviens-le de ce qui nous arrive : il ira à l’hôtel garni suivant son habitude, et tu te chargeras de payer le terme tout entier.
— Mais il ne sera pas content, dit Gérard.
— Est-il convenu que vous deviez rester toute la vie ensemble ?
— Non, dit Gérard. Valentin est loin d’avoir à se plaindre de moi; au contraire...
— Ne crains donc pas de lui annoncer ta séparation d'avec lui, dit Mariette; vous ne pouvez plus vivre ensemble après ce qui s’est passé. Au fond, il est dépité que je sois ta maitresse : ce n’est qu’un commencement aujourd’hui ; mais, quand il verra que je t'aime pour tont de bon, c’est à toi qu'il en voudra. On ne pardonne pas souvent à une femme qui se moque de vous, comme je l'ai fait la
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semaine dernière; tu verras qu’il t dira du mal de moi,
s’il ne l'en a déjà pas dit.
— Non, dit Gérard.
__ Fu me caches quelque chose; car, enfin, il Pa parlé de moi ?
— Il avoue que tu es une femme charmante. Ah! j'oubliais, dit Gérard en souriant, qu'il t'accuse de ne pas savoir lire.
— Vois comme Valentin est mauvais! Il n’a rien à dire contre moi, il faut qu’il invente. Montre-moi de l'écriture, une lettre. As-tu quelque chose sur toi ?
Gérard chercha son portefeuille.
« Je Vavertis, dit Mariette, que je n’aime pas beaucoup les écritures embrouillées.… ça me gène... il faudrait que jem’y habitue.. Ainsi, j'ai vu surta table de ton écriture que j'ai parfaitement reconnue, puisque tu m'as déjà envoyé une lettre : c’est un peu fin; cependant j'ai compris tout ce qu'il y avait dedans. »
Gérard ne pensa pas à chercher plus loin les preuves de la science de Mariette ; il l’assura qu’il ne croyait pas un mot de la délation de Valentin, et qu’une pareille conduite de celui qu'il avait jusqu'alors regardé comme son ami lui donnait plus de courage pour l'explication future. Elle ne tarda pas à arriver; car, au dardin des Plantes, Gérard se montra d’une grande froideur vis-à-vis de Valentin, et ne répondit pas à plusieurs de ses questions. Il était d’ailleurs ému dela révolution si brusque qui venait de changer sa vie.
Jusqu’alors il avait vécu en communauté avec des camarades, et il allait vivre avec une femme. Plus d’une fois déjà Gérard avait été blessé dans ses rapports trop intimes avec un ami; habitué à vivre à deux, chaque séparation amenait un vide dans son existence. 1] trouvait le logement morne
en rentrant seul dans sa mansarde, qui d'ordinaire entendait des conversations et des discussions poussées fort tard dans la nuit; en se réveillant, il ne trouvait à qui parler, l’ennui le prenait; un mois à peine suffisait pour ramener le calme dans son existence. Que serait-ce done, pensait Gérard, avec une femme, dont chaque jour, chaque heure, chaque minute serviraient à l’attacher de plus en plus? Mais, comme Gérard avait une nature aussi mobile que sa figure, es réflexions passèrent bien vite, etil se trouva en veine d'esprit contre tous les animaux du Jardin des Plantes. Jusque-là son amour pour mademoiselle Mariette avait paralysé son esprit, mais, étant certain d’être aimé, il n’était pas fâché de montrer les trésors de finesses dont il cachait soigneusement la clef, quand il se trouvait en présence de gens qui le gènaient ou qui ne lui étaient pas sympathiques.
Mariette, élevée dans le monde des artistes, saisissait les plaisanteries les plus compliquées, ces à-peu-près d'esprit qui font de tout artiste un sphinx vis-à-vis de tout provincial. Elle avait surtout une façon de rire caractéristique qui aurait pu enlaidir beaucoup d’autres femmes, qui était ravissante chez elle. Quand elle était contente, sa bouche se relevait un peu vers la gauche d’une façon irrégulière. « Si J'aime un jour une autre femme, disait plus tard Gérard au peintre Thomas, je ne m’habituerai jamais à elle que si sa bouche n’est pas droite quand elle sourira. »
Le soir même il y eut entre Gérard et Valentin une explication qui jeta du froid pour l'avenir : ils se séparèrent mécontents l'un de l’autre, Valentin un peu jaloux, prévoyant l'influence de Mariette sur Gérard ; Gérard honteux d’avoir pu croire que son amie ne savait pas lire. Le lendemain, dans l’après-midi, Mariette sortit pour faire quelques courses ; elle ne rentra pas au diner, et Gérard se crouva
ÀÙ LES AVENTURES
pris par la mélancolie. Il attendit jusqu’à minuit, au co
de son feu, avec l’idée de briser son coucou, dont le tic tac ‘monotone faisait sentir trop vivement la longueur du temps ;
en même temps qu’il se proposait de broyer linnocente machine, Gérard se levait à chaque instant de son fauteuil et allait regarder les aiguilles.
I voulait sortir et courir chez Jenny, afin de savoir ce qui était arrivé à Mariette; mais il craignait qu’elle ne rentrât pendant son absence. Etait-il déjà abandonné ? Il repassait dans sa tête tout ce qui était arrivé depuis deux jours; il se répétait les moindres réponses de Mariette, cherchant dans ses paroles s’il y avait des germes de séparation. Il pensa que Mariette n’avait vu en lui qu’un objet de curiosité, et que sa curiosité était déjà envolée ; il se repentit d’avoir rompu avec Valentin. À qui irait-il confier ses chagrins ? les indifférents se moqueraient de lui. |
Il écoutait avec la plus grande attention chaque coup de marteau de la grande porte qui lui répondait au cœur. Son oreille lui semblait entendre dix fois plus qu'auparavant, ear le moindre bruit dans l'escalier le faisait tressaillir. Si quelqu'un montait les escaliers, Gérard tressaillait ; mais il retombait dans l'abattement quand on ne s’arrêtait pas à son étage. Il se rappela que Mariette lui avait dit qu’elle n’aimait pas à marcher à pied, alors il écouta les voie tures qui passaient dans la rue, espérant toujours que l'heure avancée avait forcé Mariette de prendre un cabrio= let pour revenir dans le quartier désert de la rue du Regard; mais les voitures ne s’arrêtaient pas : une fois qu’elles avaient dépassé le coin de la rue, Gérard n’entendait plus leur roulement, pas plus qu’il n’entendait la marche de ses : voisins dans l'escalier quand ils dépassaient son étage.
Brisé par les émotions, Gérard se coucha, et laissa sa ,
LA
lampe allumée afin qu’en rentrant Marietie trouvât de la lumière. Il ne put dormir, essaya vainement de lire, mais il lui arrivait de parcourir six pages sans avoir lu un seul mot, tant son esprit était préoccupé. Aussi se leva-til pile et fatigué, ennuyé de la vie, et il se promenait dans sa chambre plus triste qu’un lion en cage, quand la pa‘e s’ouvrit brusquement.
« Ah! s'écria Gérard, qui ne put parler, car Mariette était sautée à son cou, que j'ai eu de chagrin en taitendant !
— Ne me garde pas rancune, dit Mariette, j'aurais dû te,
prévenir. j'ai été partout chercher mon linge, qui était dispersé depuis que je suis en hôtel garni; maintenant que je t'aime, je veux me faire belle. Vois-tu ma pette robe et mon châle? tout ça était dans le quartier des Invalides, où je l'avais déposé chez un ancien ami; il était assez tard, c’est loin, lui m’a retenue, il m'a donné son lit eta couché sur un matelas dans l’autre chambre. Mon ami, dit-elle en remarquant que Gérard fronçait le sourcil, ne sois jamais jaloux de mes anciens amants; quand c’est fini, c’est bien fini. Nous nous revoyons, nous sommes bons amis, et c’esttout; je ne suis pas une femme, moi, je suis un garçon, ettout le monde sait que je ne me conduis pas avec eux comme toutes les femmes. Si j'aime quelqu'un, je le lui dis; est-ce que je ne te l’aipas dit, mon Gérard ? Ainsi, si on te parle de moi pour me nuire, si on dit qu'on m’a rencontrée donnant le bras à un homme, n’en sois pas jaloux, c’est un camarade à qui je donnerai le bras. Tu as vu l'ami Thomas, n'est-ce pas? Il y a huit ans que nous nous connaissons, il m'aime bien, je l’aime bien, et cependant jamais nous n’avons songé à nous aimer, c'est de l'amitié tout simplement,
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— Alors, dit Gérard, il faudra écrire à Thomas de venir ; te voir ici, puisque tu es déménagée de ton hôtel et qu’il ne te retrouverait plus ?
— Oh! j'irai le chercher à son atelier; cependant invite-le à venir prendre du thé pour demain, nous donne- | rons une petite soirée. »
| De la sincérité chez la fernme.
Dans la nuit, Mariette demanda des conseils à Gérard sur la conduite à tenir à l'Hippodrome. Le comte Marie ne manquait pas à une seule répétition; elle serait obligée de le revoir, ce qui lui déplaisait : elle était entourée de tous les membres du Jockey-Club.
4 « Ecoute-moi bien, Mariette, dit Gérard d’une voix émue:; tu connais ma position, je ne suis pas riche, mon mobilier le chante assez haut; nous aurons beaucoup de peine à | vivre à deux, puisque j'ai de la difficulté à vivre seul. Réfléchis bien avant de me répondre : je te demande ou de rester avec moi, ou de me quitter demain, de taime plus que je ne saurais le dire : ce que j'ai souffert cette nuit me l’a assez montré, et je serais heureux de vivre toujours près de toi; maïs, si tu avais l’amour des belles robes et des chapeaux, je ne te conseillerais pas de rester, attendu que tu ne les trouveras pas chez moi. À l’Hippodrome, il y a de l'argent sous chaque pas de ton cheval; retourne avec ce comte, si tu crois ne m’aimer qu'un
peu. Je vais te donner ma vie toutentière, et je te demanderai que tu m’aimes comme je t'aime; si tu n’avais qu’un caprice en tête, il doit être passé. En me quittant dès demain, je souffrirai encore, mais je m'habituerai à l’idée d’un beau rêve; au lieu que, si tu restes longtemps et que tu ten ailles un jour, je ne pourrai plus vivre.
— J'aime mieux te dire tout, mon ami. Je suis partie hier avec l'intention de ne plus revenir, mais la nuit j'ai vu que je Vaimais véritablement : j'étais prise pour tout à fait, et je suis revenue... Plus de comte, plus de toilettes : les comtes sont ennuyeux; les toilettes, je sais bien m'habiller avec un chiffon. Tu verras cet été les jolis peignoirs d’indienne que je me fais avec un rien : on me croirait en peignoir de satin. Je n’ai pas peur de la pauvreté; d’ailleurs j'ai toujours vécu de ce que je gagne, et honnêtement. Connais-tu Frédéric Guermann ?
— Oui, de réputation.
— Frédéric est mon ami : il me trouvait si belle, qu'il me mettait dans tous ses tableaux ; il me demande toujours, car il a d'immenses peintures à faire au conseil d'Etat, et il a besoin de moi. Quand j'aurai envie de quelque petite toilette, j'irai travailler chez Frédéric. Ainsi, vois, Gérard, que nous pourrons vivre sans trop dépenser... Quand il n’y aura pas beaucoup d'argent, je ferai la cuisine; si ça gûte mes mains, tant pis; tu ne m'en aimeras pas moins, n'est-ce pas ? »
La confiance était revenue dans le ménage, et Gérard pensa à se remettre tout à fait à ses études, qne l’amour avait un peu bouleversées. On reçut une lettre, que Mariette reconnut être de l’ami Thomas, et Gérard lut avec surprise quelques lignes froides par lesquelles le peintre annonçait ne pas pouvoir accepter l'invitation de prendre le thé; il
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