SCÈNE III
Les MÊMES, DE MorvaL, LIONEL.
BEAUVOISIN (à de Morval). — Comment allezvous ? :
DE MorvaL.-—Le temps est superbe... une vraie journée de printemps
LiONEL.—Quel dérangement nous vous occasionnons, mon cousin.
BEauvoisin.—Sabre de bois, c'est bien le moins qu'on se gêne un peu pour héberger de bons parents, qui entreprennent un long voyage tout exprès pour nous faire honneur.
LioNEL.—Il est certain, mon cousin, qu'il y a quelque mérite à se faire cahoter de Grenoble à la Côte Saint-André par des chemins horribles et infestés, à ce qu’on assure, par la bande de Mandrin ; mon oncle ne se souciait pas de se mettre en route.
BEAUVOISIN.—Vous êtes donc poltron ?
DE MorvaL (/ui serrant la main).—Pas mal, et vous ?
BEAUVOISIN. — Comment ! que me répondezvous ?
DE Morvar.—Ne me demandez-vous pas comment va la santé ?
BEAUVOISIN.—Ah !... c’est juste... Oui ! oui !
LioneL.—Ce n'est pas pour lui qu'il a peur, mais pour ses écus.
BEAUVOISIN.—Je comprends, ce cher oncle est toujours... économe.
LiONEL.—II tondrait sur un œuf ! Croiriez-vous qu'il a toujours refusé de s'associer à mes aumônes ? |
BeauvoIsiN. — Vous vous occupez donc encore de bonnes œuvres, mon cousin ?
LIONEL.—J'ai ma spécialité, je fais un peu de bien dans les prisons.
BEAUvoIsIN.—Dans les prisons !
LionEL.—Sans doute. Les honnêtes gens ne manquent jamais de protecteurs ; mais un coquin, un voleur, un brigand, trouve difficilement quelqu’un qui s'intéresse à son sort!
BEAUVOISIN.—Je ne vois pas trop l'utilité.
LIONEL.—Est-ce que les malfaiteurs ne sont pas aussi nos frères ?
BEAUvOISIN.—Possible ! mais si j'ava's un frère à la façon de Caïn.
LiONEL.— Hé! mon Dieu! qui suiti il y avait
de
peut-être dans Caïn l’étoffe d’un honnête homme. on n’a pas su le prendre...
BEAUVOISIN.—Voilà le malheur! si on l'avait pris... à temps, il n'aurait pas joué un si vilain tour à son frère.
LIONEL,—A tout péché miséricorde, c’est ma devise. Si vous saviez, cousin, les miracles que j'ai opérés à la prison de Grenoble! que de fois j'ai souhaité que Mandrin, l’illustre Mandrin tombât enfin dans le mains de la maréchaussée |
Beauvoisin-—Moi aussi, par exemple |
LioNEL.—Pour avoir occasion de faire entrer le repentir dans cette âme... noble peur-être !
BEauvoisin.—Noble ou non, je ne serais pas fâché de le voir pendre.
LioNEL.—Ah! mon cousin !... Mais laissons là Mandrin et parlons de ce mariage... Comment appelez-vous déjà votre futur gendre ?
BEauvoisin.—Le comte Léoni.
Lionez.—Un bon parti ? ,
BEAUvVOISIN. — Un million de fortune, sans compter les espérances. Entre nous, je crc; qu'’Isaure aurait préféré le rival du comte.
Lionez.—Abh | il y avait un rival?
BEauvoisin.— Oui... un M. de Simiane... un petit officier de fortune, une espèce de capitaine de dragons, qui n’avait que la cape et l'épée ; je me trompe, il possédait encore une affreuse bicoque ‘qu'il avait l’audace d'appeler un château. un coupe-gorge infernal, tout peuplé de revenants, où nous avons tous failli être rôtis par le diable en personne,
LionEL.—Quel conte me faites-vous là ?.…
Beauvoisin.—Un conte ! c’est parbleu bien une histoire, une histoire véritable quoique fantastique ét que je vous conterai quand je serai tout-à-fait