‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 111 sur 169 · XIX. — INSOMNIK · texte numérisé non relu

XIX. — INSOMNIK

Valvins étail demeuré sous L'impression de cette Idée qu'elle pou* vait pardonner, et cependant il n'osa changer encore sa résignation en espérance. Bien lui en prit, car la dut liesse était véritablement

très-irritée, non point de ce qu'il avail lait, mais de ce qu'elle lui avait dit, et il est de renie coininiine d'en vouloir beaucoup plus aux autres de ses propres fautes que de celles qu'ils ont commises. Elle se figurait que Valv ins avail dû saisir aux cl le veux le mol de pardon qu'elle venait de prononcer) et qu'il s'en armerait contre elle j il lui sembla avoir l'ail un aveu de sa faiblesse, et pan la première fois elle mesura l'immense chemin que cet homme avait l'ait. Lt si

nos lecteurs veulent bien se rappeler l'horreur que son seul aspetl inspirait autrefois à celle qui avait été sa victime ils penseront comme Léonie qu'il y avait de quoi s'épouvanter pmir elle de le voir admis dans son intimité.

Par quel concours fâcheux de circonstances cela était-il arrivé? Léonie trouva d'abord que c'était par la faute de son frère el de son père; puis, lorsqu'elle s'interrogea froidement, elle trouva que c'était aussi de sa volonté; mais elle essaya de se persuader que c'était dans un but de, vengeance, pour rendre à Valvins quelques-unes des douleurs qu'il lui avait fait soiill'rir: et pour se faire une excuse à ellemême de la faiblesse qu'elle avait montrée, elle se résolu! de pousser cette vengeance à bout. Celle résolution lui rendit un peu phtS de calme et de force, et lorsqu'elle redescendit au salon , à l'heure où les huit ou dix personnes que. le marquis y avait conviées s'y trouvaient, elle élail rayonnante et parée de toute sa grâce et de toute sa beauté. D'ordinaire, elle les laissait aller à leur guise, sans aider à *ce qu'elles avaient d'attrait. Ce jour-là , elle fut d'une coquetterie cruelle : paroles, gestes, démarche, attention, silence, tout fut empreint de cet abandon tendre et caressant qui charme ceux à qui il s'adresse et dont le spectacle devait déchirer le seul qui en lût exclu. Elle eut un tel succès, qu'elle inspira au vieux notaire un mot qui nous semble peindre admirablement le pouvoir de cette coquetterie :

— A mon cage, on n'aime plus d'amour, disait-il, mais on éprouve pour une femme comme celle-là un sentiment qui n'est pas non plus de l'amitié; c'est là une femme qui vous plaît au cœur.

Comment ce qui se traduisait ainsi dans lame du vieux notaire devait-il arriver à celle de Valvins? Pour lui ce fut en douleur et en désespoir, car mieux que personne il devina la coquetterie, et s'imagina, le pauvre homme qu'il était, qu'une femme doit avoir la liberté de son esprit pour être si aisément présente à tous les mouvements d'une conversation futile. Léonie n'eut pas un instant de rêverie ou de distraction qu'il put attribuer à l'embarras ou à la colère que lui causait sa présence; il'n'agissait donc plus sur elle ni en l'épouvantant ni en la gênant ; jamais il ne se sentit si malheureux et si humilié ; Valvins en était arrivé à ce point de ne plus avoir la force d'en vouloir à Léonie ; tous les ressorts de cette âme ardente s'étaient relâchés dans une perpétuelle souffrance, et si quelquefois il pensait à se révolter, ce n'étaient que d'incertains retours de violence qui le laissaient bientôt plus faible et plus livré à la main qui le tenait.

Cependant, ne pouvant ni ne voulant lutter, il voulut fuir du moins, et il se ménagea un moyen de le faire convenablement. Rentré chez lui, il s'écrivit une lettre à lui-même, la donna à son domestique, lui ordonna d'aller le lendemain malin de bonne heure à Fontainebleau, d'en revenir vers midi à l'heure du déjeuner et de lui remettre cette lettre devant ceux avec qui il se trouverait. Cette ruse n'était pas bien coupable. Il voulait supposer qu'une nouvelle importante le rappelait à Paris, et de cette façon il quittait convenablement le château vis-à-vis du marquis, et satisfaisait sans doute aux désirs de la duchesse.

Cela fait, il s'enferma dans la chambre qui lui avait été donnée, et

qui, placée à l'extrémité de l'aile droite du château, faisait face à

l'appartement de la duchesse, situé dans l'aile gauche. Il ne faut pas

oublier que, si grave que lût l'esprit de Valvins, si sérieux que fût

l son caractère, il n'avait encore que vingt-quatre ans, l'âge où le

I n\FESSION GÉNÉRALE

bh

cœurgnbUles passions de la vie dans leurs plue impéi i enoes-

l' m la plupart des hortimes, cet âge est celui de l'inexpérien la foi, des rêves Faciles, el quand il- cèdent aux volontés de l'amour qui les <! 'tiiinc. c'est du moins en aveugles el sans prévoii les douleurs <îi ils courent, l< s sacrifices inutiles qu'ils tentent, la folie ou lise du rôle qu'ils jouent. Mais Valvins n'élail poinl l'ait ainsi, il avail le don fui este de juger rroidement ce qu'il seul;. il avec délire. Personne n'eût mieux apprécié que lui-même la maladresse de sa conduite \ is-à-vis de la duchesse, mais il n'était pas en son pouvoir de fait o ce qui eût pu le sauver. Sa raison lui (lisait que, malgré tout, il avait uw avantage immense sur celle femme qui lui avait appartenu, et que. le jour où il le voudrait bien, ce sciait elle qui tremblerait. [)\w pouvait-elle donc contre lui ? l'accuser f Mais c'était : rtamnér à un aveu qui la déshonorait. Armer son frère contre lui ? Mais depuis quand donc Vahins avait-il peur d'un homme, quel qu'il fût?

Voilà tout ce qu'il se dit durant celle longue nuit qu'il passa à la fenêtre, les yeux attachés sur les croisées de l'appartement de ladu-

i*li ! c'est un supplice bien difficile à dire que celui qu'il éprouva, un supplice bien épouvantable. Voir le salut, le comprendre, le calculer, se sentir la force de faire ce pas el ne pas pouvoir s'en donner la volonté! c'est le malheureux qui se couche sur la neige pouf Dormir d'un sommeil qui sera la mort. On le lui crie, il le sait, il n'a qu'un effort à faire pour échapper; il le peut, mais il ne \eut \ as : quand le corps est encoi e debout, la volonté est déjà par terre; quand les yeux veillent encore, l'esprit est déjà engourdi.

fen bien ' ce fut là le long et horrible supplice de Valvins. se soulevant en lui-même à tous moments et retombant aussitôt dans l'atonie où il sentait qu'il se mourait, se disant qu'il valait mieux en finir par la peite de cctle femme ou par la sienne, el n'ayant plus le courage ni de l'une ni de l'autre. Pour lui, ce n'était plus la peine de i ir on de s'achever : il regardait son mal et le laissait faire. 1 - le lépreux qui suit d'un œil hébété la plaie qui le ronge j qui juge, au chi min qu'elle a fait, de l'heure où elle l'aura dévoré, et qui n'a pins la force ni de la combattre par des remèdes ni d'échapper aux morsures qu'il subit, par un suicide.

C( pendant l'insomnie n'avait pas été pour Valvins seul : I.éonie n'avau pas dormi non plus; mais quelle différence dans leur veille! Vahins. désolé, perdu, avait ouvert sa croisée pour voir et regarder les fenêtres de l'appartement de Léonie. 11 n'avait pensé à rien, tant il souffrait, et dans l'obscurité de là nuit, sa chambre, vivement éclairée, lais^ail voir tout ce qui se passait dans son enceinte. Pour quelqu'un qui eût eu intérêt à y regarder, c'était une scène ouverte où l'on pouvait juger, par la pantomime de l'acleur, du drame qui s'y passait, surtout quand on avait le secret de ce drame.

Or, ce quelqu un existait, et ce quelqu'un c'élait Léonie; cachée derrière le carreau obscur d'un petit cabinet, elle assista à ce long monologue du cœur, qui se traduisait par des gestes désordonnés. Elle le vil d abord écrire sa lettre et la remettre à son domestique. Tant qu'il é< rivil, elle es; éra que c'était à elle, mais quand elle vit si lettre passer dans les mains d'un valet, elle vit bien que cela ne pouvait la regard» r. Elle en fut émue de pitié, car, si elle comprenait que Valvins i i'< sâl lui dire de vive voix tout ce qu'il souffrait, elle hë devinait pas pourquoi il ne se hasardait pas à écrire. Elle avait refusé dix de ses lettres, c'est Mai. niais elle était disposée à recevoir la onzième; et quoiqu'elle ne lui en eût rien dit, il devait s'en AjjereevuJr.

A ce moment, elle fut sur le point de quitter son poste d'observation, mais elle y demeura quand elle le vit retomber attablé sïjfr une chaise. Si à ce moment Valvins eût fermé sa fenêtre, lire se3 ri ! aux, ugie, peut-être était-ce un homme perdu à tout jamais : h s femmes a. ment peu les cœurs qui peuvent doi niir. et l'insomnie est un des triomphes les plus flatteurs de leur vanité. A ce compte, Lé mie dut être satisfaite, et la veille de Vahins dut lui prouver combien elle occupait cette pensée. Bien des fois elle le vit se prendre la poitrine à deux mains à l'endroit du cœur, et s'étreindre à l'étouller, comme pour y tuer une douleur trop vive; bien des fois elle le vit tomber dans de longues rêveries, jusqu'au moment où sa main venait r ses lai mes qui l'empêchaient de voir celte chambre où lui ginail que régnail le doux sommeil: bien des Ibis encore elle le vil se rele\er soudainement en secouant la tète, en passant rapidement ses mains sur son front comme pour chasseï ces idées envahissantes qui vous donnent la peur de devenir fou.

oie vit tout cela, et tout cela ne lui dit qu'une chose, c'est que cet amour sur lequel elle avait compté, elle l'avait enfin obtenu dans toute sa fureur el loute sa faiblesse. Mais ce qu'elle ne se demanda pas, c'est s'il n'était pasaussi étrange qu'elle passât cette nuil à être heureuse de cetle douleur, comme Valvins la passait à souffrir. Cette curiosité la tenait si vivement, que, prise de fatigue et de froid, et s'étant jetée sur son lit. clic se releva presque aussitôt pour voir s'il veillait encore : il était toujours debout, le visage tourné vers cette fenêtre où il ne voyait rien, tandis que Léonie avait tant de joie à ie voir ainsi. Elle sourit et retourna heure ise sur >a couche;

Alors commença pour Léonie un de ces rêves éveillés qui troublent si profondément le cœur des femmes. Dans cette vague som-

nolence où la plongeaient la fatigue et l'heure du sommeil, elle emporta l'image de cet homme qui veillait eu face d'elle. Quelquefois il lui semblait le voir descendre de cette fenêtre ouverte, tra> furtivement la vaste pelouse qui les séparait, gravir lé mur de son

appartement et ouvrir mystérieusement sa croisée, tout cela comme un être aérien, sans toucher à la terre .. Il entra il: à ce moment Léonie s'éveillait tout à fait et avec terreur; elle était seule, la nuit était sombre, le silence hrofond : le souvenir lui revenait, elle quittait son lit, et allait jusqu'à cet endroit où elle avait passé une partie delà nuit, et regardait encore le malheureux, immobile, anéanti, mais qui veillait toujours. Alors elle regagnait lentement son lit en se disant : Oh ! oui, il m'aime ! Et son cœur s 'endormant dans celle joie, elle y retrouvait Vahins, mais non plus Vahins désc-péré, mais Valvins heureux comme autrefi is, Valvins qu'elle avait aimé, qu'elle aimait encore, qu'elle avait pardonné. Et s'éveillani encore en sursaut, elle fut si épouvantée de ce rêve, qu'elle alla, par un mouvement rapide, fermer les volets intérieurs de son cabinet. Il lui sembla qu'elle avait besoin d'un obstacle entre elle et lui, et cette fois elle vit bien cette chambre toujours éclairée, mais elle n'y regarda plus.

Voilà l'une de ces nuits qui mûrissent l'amour plus vite que les plus ardents soleils, et souvent on appelle caprice un changement apporté par quelques heures, sans savoir qu'il en est du cœur qu'on a contenu à grand' peine comme des fleurs dont le froid a longtemps étreint le bouton. Au moment où l'atmosphère s'attiédit, elles s'ouvrent tout d'un coup et vous saisissent de leur parfum.

Ainsi, le lendemain de cette nuit, Valvins descendit au salon, pâle, abattu, d'autant plus défait qu'il avait mis plus de soin à cacher la dévastation de ses traits, soin qui suffisait pour tromper les indifférent Sj mais qui ne faisait que montrer davantage celte désolation à ceux qui en avaient le secret. Quant à Léonie, elle semblait souffrante : mais elle n'essaya pas de le cacher, el tout le monde s'en étant aperçu. Vahins se dit :

— Oh ! c'est l'horreur que lui cause ma présence qui la fait souffrir ainsi : et ce mol qu'elle m'a dit hier, ce mot de pardon, ce n'était pas, comme je l'ai cru un moment, une imprudence de son cœur qu'elle me révélait, mais un espoir qu'elle me reprochait.

Il se décida donc tout à fait à partir. A l'heure du déjeuner, une lettre très-pressée arriva pour Vahins, au moment où l'on sortait de table. Cette lettre avait été trouvée par son domestique à son logement de Fontainebleau. Vah ins était près de la duchesse quand cette lettre lui fut remise; avant qu'il eût demandé la permission de se retirer pour la lire, Léonie avait reconnu l'écriture de Vahins; elle avait vu que cette lettre n'avait point de timbre, et, dans l'espace d'une seconde, elle avait pu se dire : — C'est quelque tentative désespérée, quelque seène peut-être dont je suis menacée ; — et elle se tint sur ses gardes. Valvins reparut, et s'adressant au marquis, il lui dit d'un ton naturel :

— Mon Dieu, monsieur, il me semble que je ne doive pas profiler de votre bienveillance; hier, j'ai été si maladroit, que mon arrivée a failli me la faire perdre, et voil i qu'aujourd'hui, lorsque vous avez bien voulu me pardonner, voilà qu'une lettre du ministre de la guerre m'enjoint de retourner immédiatement à mon poste.

— Ah ! fit le marquis, c'e>t fâcheux; n'esl-cé pas Léonie ?

— Oui, vraiment, dit Léonie , touchée du but de cette ruse, dont elle avait redouté la portée. Cet ordre esl donc bien formel? ajouta-1-elle en regardant doucement Vahins.

I - larmes vinrent aux yeux du commandant: mais il fui plus fort que son émotion, et répondit : — Oui, madame, très-formel.

— Cependant, dit M. de Lesly, nous vous garderons bien toute la journée : que vous partiez à deux heures ou ce soir, vous ne serez jamais à Paris que demain matin, et je vous retiens absolument.

M. de Lesly, invité par M. Balbi à une partie de trictrac que le notaire avait proposée dans un autre salon, "quitta Vahins. qui n'avait pas eu la force de répondre : les antres personnes s'étaient dispersées... La duchesse et Vah ins demeurèrent seuls.

— Madame, lui dit le commandant d'une voix presque éteinte, j'ai fait tout ce que je pouvais pour vous épargner ma présence; ah ! venez a m ai aide : failes-moi partir sur l'heui

Léonie eut pitié de lui. Il fallait que Vahins fui bien troublé pour avouer ainsi, et suis s'en douter, que celle lettre n'était qu'un prétexte: mil* il fallait que Léonie lui bien troublée aussi pour laisser voii qu'elle le savait. Lu effet, elle répandit :

— Mais supposer à cet ordre une iebe rigueur, ce ne serait pas probable, et c'est déjà aSSCZ que mon père ail bien voulu v croire.

— Mai-, dit Valvins stupéfait, d'où savez -vous qu'il est supposé?

— Mais, dit Léonie embarrassée, ne venez-vous pas de me le faire comprendre vous-même en me disant que vous aviez fait ce que vous aviez pu?

— Eli bien ! oui, c'est vrai, s'écria Valvins emporté par la douleur., oui... je vais vous le dire ..

— Oh! pas ici. reprit Léonie, que la vivacité de Vahins avait épouvantée: pas" ici. on peut vous entendre.

Et, sans ajouter un mot, elle quitta le salon et se dirigea vers une longue et sombre allée de tilleuls où Valvins la suivit,

CONFESSION GÉNI R M T

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Noua demandons bien pardon à nos lecteur! de commenter a chaque moment le moindre mol de l'histoire que noua leur racon tons; mais, dans un récit pareil, ce aonl lea petits mots qui fonl 1rs grands événements, «'i celui qui venail d'échapper à Léonie était le plus importanl qui lût encore arrivé.

— On! pas ici, avait-elle «lit à Valvins, N'était-ce paa un consentement i l écouter ailleurs? et dans le court espace de temps qui sépara cette phrasa du moment où le commandant fut près d'elle, n'esl il pas naturel que la duchesse éprouvât un vif regret do son imprudence, el se fût déjà armée d'une froide sévérité? Cependant il était accouru plein

d'un triste espoir , de celui de pouvoir due

nue luis avant de mou- — ,

rir (unies ses douleurs, dussent - elles ne pas exciter un mouvement de pitié. Mais, lorsqu'à la place de cette émotion que lui avait donnée cette triste espérance , il trouva un visage glacé et contraint, tous les aveux

île son âme reculèrent en lui. et il ne put que balbutier ce peu de mots :

— Pardon, madame, pardon... Je n'ai rien a nous dire : rien , absolument rien...

La duchesse se lut. Ce ne fut plus un mouvement de vanité qui s'empara d'elle en voyant quel empire elle exerçait suc cet homme , et comme son cœur bondissail ou s'humiliait au gré d'un seul mot, d'un seul regard, ce fut un moment de pitié profonde pour lui et de désespoir pour elle, et elle repartit avec un accent aussi douloureux que patient :

— Cependant il faut en finir, monsieur, cela ne peut durer plus longtemps.

— Vous avez raison, dit Val vins, et c'est moi qui mettrai un terme au supplice que je vous impose. Vous ne me revei rc/ plus, madame.

Léonie crut deviner dans ce mot une résolution de suicide, et elle n'avait plus le courage de l'accepter; elle en avait perdu le droit en ii citant à plaisir la passion de Valvins.

— Quoi ! lui dit-elle monsieur !

— Non... oh ! non, madame, dit Valvins avec un accent profond. C'est une lâcheté dont je ne vous menace pas. Je n'ai pas le droit de léguer à votre vie le souvenir d'un homme qui s'est tué pour vous. Je vous connais, madame ; je sais que ce serait une douleur qui vous tourmenterait longtemps comme un remords. Un cœur comme le vôtre se croirait coupable peut-être de ce malheur comme d'un crime. Non, madame, non, je ne me tuerai pas; je ne laisserai pas dans votre mémoire ce fantôme d'un suicide dont cependant vous seriez innocente... Je ne me tuerai pas de mon désespoir, je vous le promets... J'en mourrai peut- être; mais ce n'est pas la même chose.

Une larme vint aux yeux de Léonie, et Valvins, qui ne la vit pas, continua douloureusement :

-: Vous ne me verrez plus, mais seulement parce que je par-

tirai, parce que je quitterai Pari poui Longtemp . pour toujours !

— Soii . monsieur, dll Léonie émue el troublée, vous ferez bien.

— N'est-ce pas, dit Valvins, qu'une lois au moins je vous aurai complu en quelque chose ' N'est ce pas qu'alors vous serez heureuse loi que, comme un spectre de deuil, je tie gênerai plut de ma présence \otrc vie de plaisirs et de I rioinphes ? \lor> vous oublierez toul à l'ail, l'insensé qui se meurt d'amour pour vous.

— Oh! monsieur, dit Léonie tristement el comme si elle adr

Ses paroles au passé, esl-re que je puis vous oublier. .. moi' Yalv lus le comprit ainsi et reparlil :

— Oui, c'esl vrai, je resterai dans votre c eur, j'j resterai comme

un misérable sans honneur , comme m ludeux boni i eau ; oui, j'y resterai ainsi, sans que rien . ni mes souffranui mon de espoir, ni ma mort n'aient pu me justifier. •

— Mais, s'écria la duchesse, j a-t-fl au

monde quelque chose

qui puisse vous justifier?

Oh!

rien, rien,

Le commandant Valvins.

d'une voix amere, vous voulez mourir,

lii Valvins avec une

douloureuse résignation ; rien ! c'est un crime sans pardon possible !

— Lt cependant, lui dit la duclu sse, vous l'avez espéré , vous l'avez tenté, ce pardon.

— Oui, madame. autrefois, quand j'étais encore sous L'empire d • cet égarement qui m'a poussé à ce crime détestable... quand j'avais encore dans le cœur et l'esprit les hideuses leçons qui m'avaient avili, j'ai cru qu'un tel outrage pouvait se pardonner, comme j'avais cru qu'il pouvait se faire sans être un infâme.

— Ah ! monsieur!

dit Léonie avec fierté.

— Non, madame. dit Valvins , mon crime n'est pas de moi... Mais que vous importe ! je n'en suis pas moins coupable. Seulement, il faut que vous le sachiez , si on pouvait en demander pardon, comme on demande pardon à Dieu de l'avoir ignoré ou méconnu, je me mettrais à genoux pour vous dire : Je vous vénère, madame, je vous respecte, el si je vous aime, ce n'est p.\s comme une femme, mais comme une vertu.

En parlant ainsi, Valvins s'était arrêté presque incliné aux genoux de Léonie: elle continua à marcher la main sur son cœur pour en contenir les mouvements tumultueux.

— Ah! s'écria Valvins avec désespoir, vous me fuyez toujours. Adieu donc, madame, adieu pour jamais !

Elle se retourna : son visage était inondé de larmes...

— Oh! non, non, reprit Léonie... Vous me devez votre justification.

— Quoi! vous consentez à l'entendre? dit Valvins tout tremblant de joie.

— Oh! lui dit-elle, pas maintenant, pas ici... mais...

— Mais quand?... en quel lieu?

— Ce soir... Je vous le dirai ce soir. Et elle s'enfuit.

' faire.— imprimerie Wilde», rue Bonaparte,

CONFESSION GÉNÉRALE

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