‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 114 sur 169 · ÉPIS0D · texte numérisé non relu

ÉPIS0D

C'était eu I7!H , j'étais déjà notaire, mais je commençais H j'avais toute l'ardeur de ma lune de miel d'entrée eu fonctions, surtout

lorsqu'il s'agissait de belles clientes, quand un jour je vis entrer dans

ma cour un équipage simple, mais dont la simplicité même attestait

un luxe remarquable. La beauté des chevaux, la finesse des huer

sans galon, cela ne pouvait appartenir qu'à une personne fort ru lie

il descendit une li mrae de cet équipage el je la vis monter chez

moi. Elle étail Voilée, mais le pied et la main me dirent qu'elle était

d'un rang élevé; la \oiv m'apprit qu'elle était jeune. Je ne sai i elle étail belle, mais assurément ce n'était pas pour cacher sa laideur

qu'elle se voilait : c'était son visage, sa personne qu'elle voulait qu'un

ne pût pas reconnaître, elle B'assit en lace de moi, et d'un ton qui

me parut plus qu'assuré, surtout, lorsque j'eus entendu une partie

de i a confidence :

— Monsieur, me dit-elle, une femme djm grand nom, d'une

immense fortune a été enlevée violemment de sa maison. Elle étail

dans un état de grossesse fort avancé : celle violence détermina

l'accouchement, et avant qu'elle fût arrivée au château où on la

conduisait pour cacher cet état, il fallut s'arrêter; on la transporta

dans une. chaumière, elle j mit au monde un enfant et on la ramena à Paris immédiatement, (.'est ce! enfant dont cette femme désire assurer la fortune sans qu'il sac lie jamais d'où elle lui vient el de qui il est né.

— C'est une affaire fort simple, madame, lui dis-je; il suffit de remettre à un ami la somme que vous destinez a cet enfant

— Ce n'est pas de moi qu'il s'agit, monsieur, reprii-elle sèchement; je viens au nom (le 1 infortunée à qui l'on a ravi son entant.

— Mais, lui dis-je, cela ne change rien à la question, il suffit d'un intermédiaire sûr à qui elle dise ce qu'est devenu son enfant pour lui faire parvenir ses dons.

— Elle l'ignore.

— Mais elle a des renseignements qui peuvent la diriger?

— Aucun.

— Mais en ce cas, madame, que prétend-elle qu'on fasse?

— Le voici, monsieur. Je vais vous remettre une somme de soixante mille livres.

Et elle la posa sur mon bureau, puis elle continua ainsi :

— L'enfant est né le... du mois de... 1788. Voilà tout ce qu'il y a de sur. Il est né dans un rayon de quinze lieues au plus de Paris; la voilure n'a pu parcourir un plus long chemin. Tâchez de vous procurer la liste de tous les enfants nés dans ce rayon pendant cette nuit, et s'il en est un dont la naissance présente quelque circonstance extraordinaire, faites-vous-en dire tous les détails, et alors, vous m'entendez, seulement alors, ouvrez cetle lettre.

Et elle me remit une lettre, puis elle ajouta :

— Et si ce qu'on vous aura raconté concorde avec ce qui est écrit sous ce pli, vous considérerez cet enfant comme celui dont on veut assurer l'existence. Vous lui remettrez cette somme et cet écrit.

— Et elle me donna un troisième écrit.

— Là-dessus elle se leva et me salua pour se retirer.

— Mais, madame, lui dis-je, si je ne retrouve pas cet enfant, que ferai-je de cette somme?

— Vous la considérerez comme vous appartenant. Mais vous le retrouverez. J'ai des raisons pour en être sûre.

— Eh bien! dit M. de Lesly, l'avez-vous retrouvé?

— Non, et cela tient à des circonstances indépendantes de ma volonté. Je fis faire les relevés des naissances dans les villages les plus rapprochés de Paris; j'employai deux hommes à ce travail. Je ne trouvai rien qui ressemblât à cela. Je continuais cependant, lorsque le comité de salut public crut voir une tournure de conspiration dans mes recherches; j'étais le notaire de beaucoup de gens titrés : on me dénonça et je passai onze mois à la Conciergerie.

Quand j'en sortis, la plupart des registres des paroisses avaient été détruits, et je ne pus rien apprendre d'assez certain pour m'autoriser à ouvrir la lettre, et je l'ai encore...

Tout le monde se récria.

— Ainsi que les soixante mille livres, qui en valent deux cent mille aujourd'hui, ajouta M. Balbi.

— Mais vous devriez ouvrir cette lettre, dit-on de tous côtés.

— Non, fit le notaire.

— Est-ce que vous espérez retrouver cet enfant?

— Non, dit-il, mais j'espère revoir cette inconnue. C'est une femme qui é migrait, j'en suis sûr, et qui peut-être va pouvoir enfin revenir en Fiance.

— Mais enfin, s'écria-t-on de tous côtés, peut-être auriez-vous trouvé dans cet écrit des renseignements plus précis et qui vous eussent fait découvrir cet enfant, il fallait L'ouvrir.

— Sans doute, dit le notaire; mais voici ce qui m'en-empècha : à peu près à la même époque, un homme vint chez moi, qui me remit un paquet en me disant :

— Veuillez me garder ces papiers; vous ne les remettrez qu'à moi ou à une personne qui vous dira le mot suivant : Cara vendetta.

— J'acceptai ce paquet; dans ce temps de désordre et d'anarchie,

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nous recevions souvent de pareils dépôts. Mais jugez de mon étonnement : lorsque je serrai ces papiers dans un profond tiroir, je

remarquai qu'ils étaient scellés du même cachet que la lettre, portant cette devise : Gava vendetta.

— C'est étrange' s'écria t-on de toutes paits.

— Peut-èlre qu'à ma place cela vous eût engagés à les ouvrir l'un et l'autre comme ayant trait à la même affaire. Je n'en ii< rien; cependant cet homme m'avait dit qu'il reviendrait, et je lui devais son dépôt intact. Je n'avais pas h s renseignements exigés pour ouvrir l'autre. J'ai tout respecté; seulement je me suis imposé un délai définitif, et si, d'ici à six mois, l'un de ces deux paquets ne m'est pas redemandé, je les ouvrirai tous deux. Voua mon histoire, et quoique je ne la sache pas, je suis sûr qu'elle doit être ou bien touchante, ou bien terrible, ou bien scandaleuse.

On glosa beaucoup sur tous ces mystères, puis tout le monde se sépara pour aller dormir, exceiitc ceux qui ne dorment pas, les amoureux .

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