I. — DISCOURS PRÉLIMINAIRE
Une femme belle, jeune, heureuse, ne prémédite pas une scène de vengeance connue celle dont madame de Favières avait parlé à madame de Chastenux sans qu'elle soit poussée par un motif bien puissant. Le mal est si commun dans le momie, qu'il est facile de le croire naturel à l'homme; toutefois, en y regardant de plus près, il serait peut-être aussi facile de reconnaître que la forme de la soeiété humaine en est la cause créatrice. La société peut-elle être l'aile autrement qu'elle ne l'est? c'est à quoi nous ne répondrons pas dans ce récit; mais tant qu'il y aura des puissants et des faibles, des gettfe qui ont tout et d'autres qui n'ont rien, il y aura antagonisme, gui 1 1 v. i omifat , et tout ce qui dérive par conséquent de l'excitation des mauvaises passions.
Cette grande division des forts et des faibles explique, en général, les grands événements qui révolutionnent les peuples et provoquent les crimes sanglants qui occupent les cours d'assises
Quant aux petites infamies, aux lâchetés de détail, aux intrigues intestines qui font de la société un champ de bataille perpétuel, tout cela dépend de subdivisions qui se multiplient cà l'infini dans notre soeiélé telle qu'elle est constituée.
Ainsi à son tour la division se glisse cnlre les puissants, si bien que les uns s'appellent nobles et les autres bourgeois.
Ainsi il y a l'antagonisme résultant des idées; c'est celui qui sépare les philosophes quêteurs de vérités nouvelles des ministres d'une religion, quelle qu'elle soit, qui a posé une limite infranchissable à ce que l'humanité doit apprendre.
Ainsi, et presque partout, vous rencontrez la rivalité haineuse du soldat et du citoyen qui ne l'est pas.
Mais sans vouloir poursuivie dans tous leurs aspects ces mille causes d'anlmosité et de division qui font, comme je l'ai dit, que la société vit dans un perpétuel état d'escarmouche, cherchons si la colère de madame de Favières ne venait point de l'une de ces rivalités de classes plus communes qu'on ne pense.
Pour me faire comprendre, j'ai besoin de quelques explications, et je les commence tout de suite.
Lorsqu'une femme est née noble, belle, riche et assez passablement spirituelle pour qu'on lui ait dit souvent qu'elle était supérieure, elle entre dans la vie avec la confiance la plus extrême Quel cœur pourra lui résister, quel hommage lui faillir? Elle cherche en vain quelle" ri\ alité peut venir troubler la quiétude de son triomphe, le jour où elle se sera donné la peine d'accepter la main d'un vaincu. Sans doute, le monde où elle \ it peut renfermer des femmes de sa valeur, et elle se tient en garde contre celles-là.
Mais en dehors de ce cercle, elle n'imagine pas des femmes qui puissent lutter avec elle.
Celle femme sait peut-être par quelques récits que de très-grands seigneurs ont dévoré leur fortune et compromis leur nom avec des filles d'opéra. Mais ces exemples sont mis par elle au rang de ces originalités qui font qu'un homme se ruine à faire courir des chevaux ou à entasser des curiosités. Une fil le d'opéra, pour les grandes daines, est une fantaisie coûteuse, comme celle des tableaux ou celle des petits chiens. Files ne se sentent pas blessées dans leur orgueil, parce qu'elles pensent qu'un homme bien né ne dépense que son argent avec de pareilles créatures, et que son cœur n'y entre pour rien.
Mais, à côté de ces femmes, il s'est élevé, depuis quelque lemps, mie classe à part, que la femme d'en haut voudrait considérer comme tfn h chet dont s'amusent les h «unes, mais qu'au fond elle redoute comme une puissance qui menace de la détrôner : celte classe, c'est celle des altistes.
Revenons à madame de Favières.
Elle aimait son mari, elle en était lierc. 11 était beau, spirituel, Ibrave, élégant; elle lui avait donné tout son cœur, tout son esprit, Jet dans les premiers temps de son mariage, elle avait cru avoir tout le cœur et tout l'esprit de son mari.
Mais bientôt elle s'était aperçue que l'esprit, d'abord, ne lui appartenait pas tout, non point dans les choses graves de la politique, dont elle avait le bon sens de ne point s'occuper, mais dans un certain ordre d'idées auxquelles elle se croyait le droit d'être admise.
Madame de Favières était une femme trop bien élevée et d'une instruction trop convenable, pour n'avoir pas sur toutes les ch ses de l'art des opinions formées; mais ces opinions, il faut le dire, étaient, comme toutes les opinions apprises, des généralités vu! j et ignorantes. 11 en résulta que, lorsque la conversation abordait de pareils sujets, elle fut très-étonnée de se trouver en dissentiment avec son mari.
Louise ne comprenait pas que, lorsqu'elle était de l'opinion de tout le monde en fait de peinture, de musique ou «le littérature, elle excitai chez Amable un sourire qui, maigre sa retenue, voulait parfaitement dire qu'elle parlait de choses auxquelles elle n'entendait rien. Alors elle l'écoutait, et s'étonnait du mépris qu'il faisait de certaines renommées, de l'indignation qu'il éprouvait contre certains succès, et de son enthousiasme pour des noms inconnus, pour des œuvres généralement bafouées. Il faut une grande supériorité et un grand courage pour avoir une opinion cortraire à celle de lotit le inonde, en fait d'art surtout, quand on l'attaque par le ridicule. Mais il faut un courage et une supériorité encore plus grands, pour qu'en pareille circonstance une femme se range de l'opinion de son mari; car, pour elle, c'est ajouter au ridicule de cette opinion le ridicule d'obéir à son seigneur et maître.
Madame de Favières resta donc dans la vulgarité de ses jugements. Elle avait de l'esprit, et voulait faire prévaloir sa façon de voir.
11 en résulta des discussions qu'Amable ne voulut point soutenir.
Dès que sa femme s'aventurait dans le domaine des arts, il se renfermait dans un silence qui laissait voir trop aisément un léger dédain Louise, irritée, le poursuivait en vain. Soit indifférence . -oit qu'il ne voulût point faire de conversion, le marquis, poussé à bout, se contentait toujours de répondre : — Nous ne pourrions nous comprendre.
Mais la retenue qu'il avait vis-à-vis de sa femme, M. de Favières ne la gardait pas envers tout le monde. Alors madame de Favières écoulait, alors elle voyait clairement qu'il j avait un dieu inconnu pour elle, auquel Amable vouait la plus large part de ses adorations : ce dieu inconnu, c'était Fart. Mais ce dieu a ses prèlres : ce sont les artistes; et nul homme n'est profondément religieux s'il n'accorde son respect aux prêtres du dieu qu'il adore.
Ainsi M. de Favières avait pour certains artistes des admirations passionnées qui stupéfiaient sa femme. Parmi ces artistes se ti ir*iit Sophie Minot, cantatrice et pianiste. Four madame de Favières, chanter et jouer du piano, c'était un métier qu'on l'ait avec plus ou moins d'habileté; pour M. de Favières, c'était une magnilique expression d'un sentiment profond ou d'une large pensée.
Les enthousiasmes de M. de Favières irritaienl Louise par cela seul qu'elle ne les comprenait pas. Mais ces enthousiasmes lui parurent bien autrement ridicules et coupables, lorsqu'elle apprit enliu à qui ils s'adressaient.
Elle demanda si souvent quelle était cette artiste d'un talent si supérieur qu'on appelait Sophie Minot, qu'une de ses bonnes amies I i i lit par lui répondre primo :
« Qu'elle passait pour avoir été la maîtresse de SL. de Favières. » A ce primo, toule la jalousie de madame de Favières se révolta, et, comme toutes les femmes exigeantes, elle trouva qu'elle avait été trahie, même avant d'être connue d' Amable ï ceci est exactement vrai.
La plup.ii i des femmes seraient très-fâchées d'épouser un homme de trente ans qui en serait à sa première pas-ion: elles croiraienl se donner à un niais; et cependant elles ne lui pardonnent pas lesaventures qu'il peul avoir eues avant de les connaître, dès que ces aventures ont un nom propre.
11 est donc facile de concevoir la colère de madame de Favières
CONFESSION GENER \LF.
en apprenant que mademoiselle Sophie Minot, l'artiste admirée, avait été* la maîtresse de son mari.
Le cœur Bouflïit beaucoup de cette découverte: n al I ■ cœur pardonne, taudis qu il j .1 dans la nature humaine un côté implai 1 ble: c'est celui de l'orgueil; et l'orgueil de madame de Favières fut bon it'ti in iit blesse paT un tecundo qui arriva presque aussitôt.
1 e voici:
a Secundo, disait on, mademoiselle Mlnol n'avait été nullement 1,1 maîtresse de M de Favières. Ni la fortune, ni la grâce, ni l'esprit, ni la passion du marquis n'avaient pu triompher de la vertu de l'artiste; et ce qu'il j avait de plus incroyable, assurait-on, c'est que m. de Favières, emporté par sa passion, avait offert à maie mniselleMinotsa main, sa fortune, bob tîtro. et que mademoiselle Minot les axait refusés nettement. »
Cela peut paraître invraisemblable . mais cela n'en est pas moins vrai : madame de I avière pâlil de rage à cette révélation. Elle eût pu pardonner à Sophie d'avoir aimé son mari et d'en avoir été aimée; elle eût pu ne pas taire un crimeà Àmable d'avoir éprouvé un amour qu'elle eût considéré comme un caprice passager ;
mais elle ne put se
faire à la pensée d'avoir accepté comme un bonheur . comme un triomphe, la main d'un homme qui avait été refusé par mademoiselle Sophie Minot.
Il j avait donc une femme, une femme de rien qui avait dédaigné celui dont elle était si fière. Amable n'était venu à elle qu'après avoir été repoussé par une femme de rien. On l'avait choisie;! défaut d'une autre.
Non-seulement Louise n'avait pas eu les premiers battements t\u cœur de son mari, elle n'avait pas, même eu ce grand et sérieux sentiment qui fait qu'un homme donne à une femme son nom, son honneur, sa vie.
Le coup fut terrible, la douleur profonde, la colère cruelle, et ce i\m en redoubla l'intensité, c'est qu'elle demeura muette.
En effet, dès le premier jour, elle rêva une vengeance
11 reconnaît alors Louise Firon.
Madame de Favières était une femme trop bien élevée pour ne pas savoir mentir, elle était trop sèche pour ne pas être maîtresse d'elle-même : elle put donc bien combiner sa vengeance et la poursuivre lentement. Ce n'était pas une tète sans capacité, un esprit sans volonté, que celui de Louise; et la meilleure preuve qu'elle en put donner, c'est qu'elle cacha à tous les yeux sa colère et ses projets, c'est qu'elle ne se hâta point dans l'exécution du plan qu'elle s'était fait. „
Peu à peu, sans qu'on pût accuser ses nouvelles opinions d être un parti pris aveuglément, elle essaya de parler dans le même sens qu'Amable ; elle s'y trompait quelquefois, mais Favières, ravi de cette conversion qu'il cïovait devoir à l'amour plus encore qu'aux lumières dont s'était éclairé l'esprit de sa femme, Favières, disonsnous, l'encouragea dans cette nouvelle voie, et s'imagina avoir initié sa femme aux mystères de sa religion, parce qu'elle acceptait sans résistance toutes les croyances qu'il lui voulait donner.
M ni m m de t'a\ lères lai ma pa 1 s'occuper une seule fois de la
valeur des opinions qu'i Ile acceptait, elle marchait fro dément à son but, qui était de persuadera son mari qu'elle était digne de com« prendre aussi ces grands artistes, ces natures élevées, ers esprits supérieurs, qu'il proclamait les rois du monde raodi me.
Une fois arrivée la, madame de Favières n'eut p;is grand peine à faire comprendre à Imable qu'il devait ouvrir Bon salon 1 ce inonde d'artistes dont elle et lui faisaient Bi grand cas. Le marquis, dont cette proposition flattait les goûts et les souvenirs, accueillit ce projet avec empressement, et la maison de M. de Favières panait déjà pour offrir une charmante hospitalité aux artistes, que rien n'avait oiicore révélé à Amable que sa femme jouait une comédie.
Souvent elle l'avait prié d'attirer chez elle
la belle S iphie Minul ; mais Amable , sans se
douter que sa femme
eût aucune connaissance de ses anciennes relations avec, l'artiste,
avait adroitementécarlé toute occasion offerte au monde de faire quelques plaisanteries à ce sujet. D'ailleurs, comme on a pu le voir, il avait gardé pour Sophie un reste de passion qu'il n'eût peutêtre pas suffisamment caché.
Ce lut après un biver passé au milieu de ce monde, tout nouveau pour madame de Favières qu'elle ren- • contra Sophie Minot aux bains de Boulogne, et près de Sophie, ce Lucien Deville, jeune poète qui commençait une révélation dans la littérature.
Ce fut cet enfant naïf que madame de Favières condamna à servir ses projets. 11 est inutile de dire par quels moyens elle avait amené Lucien à cette passion désordonnée , qui le rendait ingrat et cruel envers celle qui l'avait sauvé, et à laquelle il avait juré un culte éternel.
Il faut le dire, les amours des poètes sont presque toujours un démenti donné à leurs œuvres : pour qui les a observés, sans désir d'en faire des dieux, sans envie de les tourner en ridicule, cet- \c contradiction entre ce qu'ils disent et ce qu'ils font s'explique ' assez naturellement.
Le poète vit presque toujours par sa pensée au delà du monde réel qui l'entoure; il s'adresse presque toujours à des êtres de sa création qu'il façonne à sa fantaisie, auxquels il impose les sentiments capricieux de son imagination. Cette habitude de l'esprit et du cœur ne s'arrête pas malheureusement aux personnages d'une œuvre poétique, elle se prend aux individus qui se mêlent à la vie réelle du poëte. Prenons par exemple les deux grandes passions de Lucien Deville. La première s'était adressée à Denise, la fille d'une portière. Si Lucien ne l'avait considérée que sous cet aspect, comme l'eût fait à sa place tout homme positif, il eût pu reconnaître le dévouement et les bonnes qualités de cette charmante fille, mais elle n'en lût pas moins demeurée Denise Laurençot, assez grossièrement élevée, 1 mie dans sa bonté, brutale dans sa parole, portière enfin.
Il n'en fut pas ainsi pour Lucien ; Denise devint l'ange sauveur ■s'il sa vie, l'àme supérieure qui l'avait deviné. En présence des bons sentiments de ce cœur candide, il eût trouvé
t-ari».— imprimerie Wiliii», rue Bonaparte,
honteux de s'apercevoir de quelques défauts de caractère ou plutôt d'éducation.
Il ne pensa qu'à ce noble dévouement, qu'à cette piété virginale, qu'à cet amour absolu qu'il avait rencontré si heureusement. 11 en
fit l'idole de ses rêves, et ne pouvant lui reconnaître, dans le présent, toutes les grâces parfaites qu'il lui désirait, il les supposa dans un avenir rapproché; il la vit comme il la voulait; il l'aima comme il la vit alors, et commença ce qu'il appelait la révélation de cet ange inconnu au monde, il l'épousa.
Pauvre fou! il l'adorait encore qu'il avait déjà eu à souffrir des vices de cette éducation qu'il croyait si faciles à extirper.
Denise fut quelquefois violente et plus souvent ridicule. Or, on ne peut guère nier que le plus mortel ennemi de l'amour ne soit le ridicule. Lucien souffrit d'abord sans se plaindre, puis vinrent les remontrances, d'abord bien accueillies, mais bientôt aigrement repoussées lorsqu'elles s'adressèrent à tous les actes de la vie.
Voici comment raisonnait Denise :
«Nesuis-jc pas bonne, douce, vigilante, économe , dévouée , pleine de tendresse et de soins? Peut-on élever un soupçon sur ma conduite, sur mon amour, sur mon dévouement? Non, certes ; j'ai donc toutes les qualités qui constituent l'honnête femme et la femme dévouée.
Cela ne vaut-il pas un peu d'indulgence pour quelques légers défauts de prononciation , et pour quelques mots qui ne sont pas dans le dictionnaire des puristes ? Qu'est-ce donc que la vertu, si elle ne vaut pas au moins cela ? »
Denise avait raison selon la morale, mais elle se trompait selon le monde, qui est bien autrement fait que la morale. Sa raillerie (celle du monde) sapa tout doucement dans le cœur de Lucien Ja reconnaissance , l'orgueil factice, mais honnête, qu'il tirait des vertus de Denise. Lucien l'aimait encore, mais il ne la mettait plus en montre comme une conquête qu'il avait faite sur l'ignorance où Denise était plongée; il commençait à la cacher.
Ce fut Sophie Minot qui la première lui (it honte de sa lâcheté. La liaison de Sophie et de Lucien était une de ces amitiés franches et enthousiastes qui s'établissent en vingt-quatre heures, entre artistes, pour durer éternellement. Ce sont là les mystères des âmes poétiques; c'est par des liens inaperçus qu'ils s'attachent les uns aux autres. C'est par une intelligence sympathique de la grandeur et de la délicatesse de l'art qu'ils se sentent'bien vivre, etseulement ensemble.
Que la rivalité, le succès ou toute autre raison les désunissent souvent, c'est malheureusement trop vrai; mais demandez-le à l'intimité de leur pensée, les grands artistes ne se sentent dignement compris que les uns par les autres.
Or, Lucien comprenait Sophie, et Sophie avait deviné Lucien : ils s'aimaient comme frères.
Que le monde eût jeté ses propos sur celte intimité qu'il ne comprenait pas, que Denise eût eu des velléités de jalousie que les allu-
Je vous écrirai quand j'aurai besoin de vous.
îes franches de Sophie calmaient rapidement, c'est ce qui n'était pas douteux.
Toutefois, malgré les petits ehagr'ns de Deville, son bonheur et son amour étaient encore les plus forts, lorsque arriva ce vo\ Boulogne dont nous avons parlé, et durant lequel il fut présente par Amable, qu'il voyait souvent dans les ateliers des grands artistes, à sa femme, la belle Louise de Favières.
Ce fut là ce qui commença ce second amour factice que nous avons vu éclater si cruellement contre l'infortunée Denise.
De même que l'imagination de Lucien avait prêté à la fille de la portière les grâces, l'élégance qui manquaient à la noblesse de ses sentiments, de même il avait prêté à la grâce et à l'élégance de la
marquise l'âme qui lui manquait tout à fait.
11 avait voulu faire monter de la foule jusqu'à lui l'ange méconnu qu'il y avait découvert, et maintenant il voulait faire descendre de la hauteur de l'aristocratie jusqu'à lui l'ange qui l'avait distingué.
Quoique bercé sur des sentiments creux, cet amour pour madame de Favières était sincère, ardent, passionné, comme avait été celui que Lucien avait éprouvé pour Denise. C'était une autre idole qu'il avait élevée aux rêves de son âme, et cette idole, il v croyait avec la foi d'un cœur chaste ; car c'est encore là une des bizarreries du cœur des poètes, que la bonne foi de leurs trahisons , l'enthousiasme de leurs infamies.
J'ai dit, je crois, «pie madame de Favières avait choisi Lucien comme victime d'un projet de vengeance; mais je ne pense pas avoir dit jusqu'à quel point elle avait porté la haine pour cette espèce de gens qui, sans être rien qu'eux-mêmes , remplissent le inonde de leur nom; qu'on regarde, s'ils paraissent; que l'on cherche, s'ils sont absents ; qu'on déchire , mais qu'on admire ;
3 ni s'imposent aux plus édaigneux, ne fût-ce que par la colère qu'ils leur inspirent. Madame de Favières était insolente et ambitieuse; le désir d'être une reine de salon et le dépit de n'y pas arriver l'avaient aveuglée au point de lui faire ooncevoir l'horrible projet qu'elle exécuta dans la soirée où nous avons laissé Lucien se rendre chez elle en compagnie de Sophie Minot.
Maintenant que nous avons fait connaître la position respective des personnages de cette scène, nous allons la raconter.