INVENTAIRE PREALABLE
Montreuil, Dabiron et Roussignan-Muller s'étaient donc assis sur l'invitation quo Sa Majpsté F'ied-do- Céleri leur avait gracieusement accordée de la main. Nous avons dit que la naïve et futile vanité de notre héros avait pris au sérieux son rôle de monarque wardenbourgeois. Il on était de mê me des irois autres affidés, au moins en apparence. Montreuil avait exigé de Dabiron et de Roussignan-Muller qu'ils traitassent déjà Pied-de-Céleri, même on petit comité, avec tous les égards dus à son rang.
— II ne s'agit pas de jouer puérilement au potentat, leur avait-il dit; il s'agira bientôt de fairo passer dans l'esprit des autres la foi qui doit nous animer. Comment accepterait-on votre prétendant pour un roi véritable, si vous le traitiez ostensiblement comme un Olibrius? Voulezvous qu'on vous croie? croyez vous-même, ou du moins faites semblant. Si j'étais pharmacien, je ne vivrais que de pilules.
Par suite do la sévère étiquette dont Montreuil voulait donner l'utile habitude à la petite cour du nouveau roi. Pièd-de-Céleri occupait seul un fauteuil au milieu du demi-cercle formé par ses conseillers, lesquels s'étaient modestement placés sur des chaises. Il n'y avait ni tabouret ni pliant à l'hôtel des Princes. Pied-de-Céleri les dominait de toute la tête, grâce au coussin qui avait été posé sur le fauteuil po r donner à co siège plus d'j ressemblance avec un trône.
Le conseil ayant ainsi pris place, Montreuil se leva, s'inclina respectueusement devant Sa Majesté, et la pria de daigner permettre qu'il osât prendre la parole devant Elle.
— Ah I pardieul vous pouvez parler sans tant do façonsl répliqua Pied-do-Céléri, qui oubliait à chaque instant la dignité do son personnage. Je ne suis p'-s fâché do savoir enfin à quoi m'en tenir sur les gausses que vous me chantez depuis dix jours.
— Oh! Votre Majesté! des gausses!... Quel mot dans une auguste bouche ! Enfin, n'importo ! il faut le temps à tout. Laissons la forme pour l'instant, et abordons lo fond. Et d'abord, puisque sa gracieuse majesté daigne le permettre, jo dois achever de faire passer dans son esprit, ainsi que danslo vôtre, mes leurs, la conviction profonde où je suis,
fii ce qui concorne son auguste identité comme uni que descendant du cheyaliorde Limbourjr , et ses droits tnprescriptibles au trône de VVnrdeh bourg, comme légitime peUt-uls du dernier souverain, '.'est dans ce but que jo vais ajouter quelques circonstances àcéllos que jo vous ai lait connaître, il y a quinze jours, dans'la salle basse du Cabaret d'Auteui). à I issue dé notre suicide raté".
— Sera-ce long? diront avoc inquiétudo Dabiron ot Roussignan-Muller.
— Pourquoi cette question?
— Parce que je rJeman ferais à Sa Majesté, répondit Dabiron, la permission de fumer un panatollas pendant votro récit.
— Et moi, ajouta Roussignan-Muller, do vider une troisième mâcon. Lés deux premières m'ont altéré en diable !
— Accordé! répondit Sa Majesté; mais à condition quo j'aurai mon lopin, et du cigare et do la bouteille. Part à deux !
— Quelle Cour ! s'écria comiquement Montreuil, en lovant les yeux et hs mains au ciel. La cour du roi Pélaud n'élaitpas plus débraillée. Mais à la grâce de Dieu ! je continue. Je vous ai dit, messieurs, qu'après la mort de mon père, ancien émigré et gouverneur du château de Ilildebourg-Ilau>cn, où Louiso de Landswick , grand'mèro do Sa Majesté, était retenue incognito, j'avais été révolté do l'ingratitude de certaines cours du Nord. Elles oubliaient odieusement les services de mon père, et ceux quo je leur avais rendus moi-même dans leur lutte gigantesque contro l'empire français. Nous étions alors en 1820. Je résolus dèslors, par rancune autant que par ambition, do me jeter résolument en travors de cette même intrigue dynastique, au service de laquelle mon père était resté jusqu'à sa mort. Les efforts de ma vie n'eurent plus d'autre but. Je me rendis à Francfort pour m'entendre à co sujet avec le chevalier de Limbourg, votre auguste père, Majesté, quo je savais s'y être réfugié. Il habitait, incognito, chez le vieux baron d'Appencherr, après la mala Iroite réclamation de ses (Jroits, adressée prématurément par lui au dernier congrès, et qui lui avait attiré déjà tant de sourdes persécutions. Jo ne le trouvai plus à Francfort. Il avait été obligé de quitter cette ville, depuis plus d'un an. Ma s j'appris là qu'il s'y était marié secrètement en 1817, et que l'enfant mâle issu de son mariage était <n nourrie chez une femme Warchell, domiciliée au vil'age de Kere mer, près Francfort. Un an plus tard, en 1821, ayant appris que lo chevalier avait été assassiné un so.r, dans les rues de cette môme ville, par un poignard resté anonyme, jo revins à Francfort avec l'intention do sauver son jeune fils, devenu l'héritier de ses droits. Mais il avait disparu. La chaumière même de la femme Warchell n'existait plus. Une bande d i scélérats aviit enlevé la nuit le seul enfant qu'elle eût alors auprès d'elle, et que les initiales L. \V., inscrites en caractères indélébiles ^ur son bras, et signifiant indubitablement Limbourg et Wardenbourg, avaient naturellement désigné à leur rapt. On ajouta que, pour faire croire sans doute à la mort de cet enfant, âgé alors de trois à quatre ans, ils avaient incendié la chaumière avant de s'éloigner, et quo la femme Warchell, après avoir échappé aux flammes par miracle, venait de suivre madame Duplessis en France.
Pendant co récit de Montreuil, Babiron avait repris in petto le cours de ses théoriques spéculations, Roussignan- Muller commençait à sommeiller, et Sa Majesté bâillait royalement sur son fauteuil à clous dorés, commo dit Béranger.
— Après avoir fait constater tous ces faits par les autorités du lieu, continua Montreuil, je me rendis de nouveau au château d'Hildebourg-Hausen. L'auguste prisonnière était morte aussi dans l'interval'e, et son geôlier, le vieux Slrasbourgeois naturalisé Russe, Franck Muller, l'avait suivie de près au tombeau.
— Qui est-ce qui parle de Muller ? interrompit Roussignan en s'éveillant Ah! pardon... ce n'est que vous... Je rêvais espion russe... Ma foi 1 encore une rasade!... Jo ne
LE VEAU D'OR
saurais trop boire à l'anéantissemont de cette atroce police.
— Hé bien! et moi donc? dit Pied-de -Céleri en tendant son Vëfre qu'il vida d'un trait, après quoi, 1 égouttant sur son ongle et taisant claquer sa langue, il ajouta en riant: — C'est comme à la tête des rois : Le roi boit! le roi boit !
— Je sus là, reprit Montreuil, qu'à son lit de mort, le vieux Franck Mulier s'était senti quelques remords au sujet de la participation qu'il avait prise comme gardien, à la séquestration do la victime des jalousies de Catherine II. Il avait donc remis alors à son fils, Marc-Antoine-Maurice Mulier, tous les papiers tombés [en sa possession, après la mort de mon père, et qu'il m'avait refusés à moi-même quelques années auparavant. Ces papiers, vous le devinez, étaient relatifs à Louise de l andswick, comtesse de Zanau, la défunte prisonnière, aiusi qu'à la naissance de son fils, le chevalier de Limbourg, dans les murs même de ce château. Or, Mulier le fils avait disparu, nanti de ces précieux documens. Jaloux d'exécuter les dernières volontés de son père repentant, il s'était rendu lui-même à Francfort, y avait recueilli de son côté les documens que je vous ai dits, et s'était mis ensuite, comme moi, à la recherche du royal héritier, sans que jamais nous ayons pu nous rencontrer, nous voir ni nous connaître. C'est ce même Mul- 'er qui s'en vint mourir, assassiné, quelques années plus tard, à Paris, sous vos fenêtres, Roussignan, et dont vous eûte-* l'heureuse idée de prendre le passeport et le nom.
— Si vous appelez cela une heureuse idée, interrompit Roussignan, vous n'êtes vraiment pas difficile !
— Je conviens, reprit Montreuil, qu'elle vous a attiré quelques désagrémens; mais lo moment n'est pas loin où vous en serez amplement dédommagé : pensions, dotations, grandes charges, titres, croix à remuer à la pello , que sais-JM? vous n'aurez qu'à souhaiter, comme dans les contes de fées; sans compter le vin du Rhin, à bouche que veux-tu ! ni la délicieuse satisfaction qu'éprouvera votre conscience.
— Le vin du Rhin me suffira, répondit Roussignan. Il ne faut pas être trop exigeant.
— Bref, continua Montreuil, vous devez comprendre maintenant le double acharnement dont vous fûtes l'objet depuis cette époque. Il y avait, d'un côté, les intéressés au maintien de la dynastie usurpatrice de Wardenbourg, lesquels vous faisaient suivre à la piste en France, en Allemagne, en Angleterre, en Russie, partout, dans le but de vous dépouiller des précieux documens dont ils vous croyaient possesseur, et d'obtenir de vous, par la menace ou par la séduction, supposant que le fait était à votre connaissance, la révélation du lieu où était caché Venfant.
— Oui, oui, je me le rappelle encore avec terreur, interrompit Roussignan. « Où e>t Venfant? » me disaient tout bas, à chaque instant, en tous lieux, d'une voix mystérieuse, une foule d'inconnus dont le souvenir effrayant me lorre, parole d'honneur, à implorer de Sa Majesté la grâce insigne d'une quatrième bouteille.
— Accordé l dit de nouveau Pied-de-Céleri ; mais toujours aux mêmes conditions. Un roi populaire ne saurait trinquer trop souvent avec ses sujets.
— Mais, poursuivit Montreuil, parmi ces voix mystérieuses qui vous demandaient si obstinément : Où tst Venfant? (le même qui trinque aujourd'hui si débonnairement avec vous), s'il en était d'hostiles, il en était aussi d'amies. Il y avait, de l'autre côté, en effet, les intéressés à la restauration de la dynastie proscrite,dontil était devenu le représentant par l'assassinat de son père. J'étais de ces derniers au nombre desquels je me borne à vous citer le dandy de Londres, M. Arthur de Lendray, l'amant de votre oublieuse cousine madame de Fleuriot , et le passager français du Paul ht, monsieur d'Ambreviile, celui qui tenta vainement d'obtenir votre liberté du baron de Labanotï, le capitaine de ce vapeur. J'étais leur chef à tous. Or, moi de même, je vous surveillais en tous lieux, par les miens ou par moi ; je voulais posséder les papiers eu question, je voulais savoir où était l'enfant; et, du
moins (vous mo rendrez cette justice),tandis que les autres vous assassinaient en France, vous enlevaient en An - terre, vous emprisonnaient en Russio et vous faisaient crever de faim en Allemagne, je me bornais, moi, à vous épier, à vous interroger, à vous inquiéter, vous protégeant au besoin, comme l'unique ressource du parti dont jeta s l'organisateur et l'âme; vous délivrant, vous fournissant de l'argent, et substituant même du poulet rôti et d'excellent bordeaux, à l'eau claire et au pain sec de vos implacables persécuteurs. Car ares avoir longtemps cherché en vain le vrai Mulier, j'avais fini par trouver le faux. C'est toujours ainsi que les choses arrivent.
— Hé quoi 1 s'écria Roussignan, dans un transport de gratitude, le chapon et le vin que jo trouvai, comme par enchantement, dans l'oubliette du château où j'avais été enfermé près de Hambourg, par je ne sais quel faux bourgeois de cette ville, l'homme à la petilo queue prussienne et aux lunettes d'or...
— C'est à moi que vous les deviez, grâce à la conni vence de la femme du vieux châtelain, votre détenteur l'excellente Wilhelmine.
— Oui, oui, je me la rappelle... une grande sèche, blonde, qui me disait toujours, en passant à côté de moi
« Bravo ! couragel Ne dites pas à mon mari où est l enfant » Ne le dites qu'à moi. »
— Précisément. Et vous ne savez pas tout ce que me coûtait ce vin et ce poulet-là I Je m'étais vu dans la cruelle nécessité do séduire cette maigre allemande pour la rallier à la bonne cause.
— A la cause du poulet et du vin? Je conviens qu'une pareille séduction exigeait une certaine dose de courage civil. Que de reconnaissance ne vous dois-je point!
— N'en parlons pas ; mais que cela vous serve de leçon dans la voie de périls où nous allons entrer. Le dévouement à ses princes légitimes est la première condition de tout homme bien pensant. La fidélité ne doit reculer devant aucun sacrifice, et, en courtisant cette sèche alliée, je donnais un exemple d'intrépidité vraiment remarquable, dans ce siècle de félonie et de couardise.
— Elle était donc bien laide? demanda Dabiron, dont toute allusion au beau sexe attirait naturellement l'attention.
— Presque autant que votre dernière victime, mademoiselle Tienneite, répondit malignement Montreuil ; mais il faut avoir le courage de son opinion.
— Ma foi I s'écria Roussignan, je ne puis mieux faire, pour vous témoigner mon admiration, que de vider à votre honneur et gloire une cinquième bouteille, si Sa Majesté veut bien le permettre.
— Accordé 1 répondit encore une fois Pied-de-Céleri, mais toujours aux mêmes conditions; c'est bien le moins que je doive à l'orateur pour l'éclatant service de l'affreuse châtelaine.
Montreuil s'inclina gaîment et reprit :
— En un mot, cher monsieur Roussignan, vous n'avez eu jamais qu'à vous louer de moi. Tout au plus me suisje permis une petite niche à votre égard. Je veux parler de l'enlèvement qui fut fait par mes soins, dans votre dernier domicile à Paris, du carnet où le vrai Mulier ava t la manie d'inscrire jour par jour, en langue chiffrée, tout ce qui lui était arrivé depuis son départ d'Hildebourg-Hausen, et le cahier sur lequel vous aviez vous-même commencé vos propres mémoires.
—Vraiment ! s'écria Roussignan. Et moi qui accusais de ce détournement ma vieille femme de ménagel Voilà comme on calomnie les plus belles institutions- !
— Ello en était innocente, continua Montreuil. Le vrai coupable fut votre portier. Ce n'o-U pas la première fois que ces estimables fonctionnaires jouent un rôle important dans les affaires de ce monde. Je lus vos mémoires : franchement, c'était assez médiocre au point de vue littéraire, et je n'y trouvai aucun renseignement utile. Mais il n'en fit pas de même des notes du vrai Mulier. Je les fis traduire par un habile déchiffreur, et elles m'ont
FRÉDÉRIC SOULIÉ. — LÉO LESPl
fourni de précieux rensei raemens but toute oetto histoire, et particulièrement sur l'existence nomade de Sa Majesté. Jugez donc, cher monsieur Roussignan, du désespoir qui ii i s'emparer de moi à oe sujet, lorsque votre, refus absolu de venir aux rendez-vous que je ne cessais de cous demander, soit par des tiers, soil par écrit, et par conséquenl de vous entendre avec, moi, en mo communiquant enfin les laineux papiers dont je vous croyais encore détenteur, me faisait échouer si malheureusement au port , au moment juste d'y entrer! Ce tut alors qu'à bout de ressources, de ïorco, do courago et d'espérance, je résolus iïvu finir avec uno vio dont l'unique ambition se trouvait si cruellement
déçue. Vous savez le reslo. Mais la situation s'est bien
améliorée depuis noire tnpie suicide du bois do Boulogne»
Il est un précepte Célèbre do la Cuisinière bourgeoise, dont j'ai toujours admiré la naïvo profondeur : «. Four faire un » civet de lièvre, primo, prenez un lièvre. » Il en est do même en matière de restaurât on. Or, noiro lièvre, lo voici: c'est l'auguste personnage qui nous préside. Plus lo moindre doute. Je connais votre délicatesse, Dabiron; la vôlro aussi, Roussignan.
Les deux interpellés s'inclinèrent modestement.
— Je sais qu'il vous répugnerait de voler légèrement un trône au titulaire actuel, dans l'intérêt d'un prétondant sans droit. Que vos consciences timorées se rassérènent. Voici lès merveilleuses paperasses que Roussignan avait trouvéessur lecadavro du vraiMuller, qu'il avait renvoyées à monsieur Duples^is, à Ernée, conformément à la suscriplioii de l'envelopuo, et dont j'ai eu dernièrement l'habileté d'obtenir gratuitement la remise, à l'instant même où Labanoff, le chef de nos adversaires, venait la solliciter do son côté, à prix d'or.
— Co dernier trait mérite encore une bouteille, avec l'agrément do Sa Majesté! s'écria Roussignan.
— Ça me botte I dit Pied-de-Céleri, mais toujours aux mêmes conditions.
— Attention, messieurs! continua Montreuil. Voici la liste de ces précieux papiers : —U procès-verbal do la séquestration, en état de grossesse, de Louise do Landswick, femme légitime du comte de Zanau, dans le château de Hildebourg-Hausen,par l'ordre secret de Catherine II, sous la direction de mon père et la garde de son affidé, Franck Muller ; — 2<> procès-verbal de la naissance, dans ce même château, du chevalier de Limbourg, fils légitime d'iceile et d'icelui, les comte et comtesse de Zanau.
— Mon grand-papa, le comte de Zanau, interrompit Pied-de-Céleri, qui savourait son mâcon à petites gorgées, me semble avoir manqué de délicatesse en plantant là sa vraie femme dans un coin, comme un paquet de linge, pour aller épouser une autre femme. Grand-papa était bigame. Les familles sont parfois bien mêlées!
— Oh! en politique, cela se fait, répondit Montreuil, du ton insouciant dont so fût servi Machiavel. Mais heureusement, si cela se fait, cela se défait aussi. Nous n'avons pas d'autre but. Je continue : — 4<> Acte du décès de ladite femme légitime dans ladite prison; — 5° Pièces relatives à 1'éducal'on dudit enfant et à sa présence, comme officier dans l'armée autrichienne, pent dant les campagnes de 1814 et de 1815; — 6» Réclamation de ses droits par ledit chevalier de Limbourg, devant la sainte alliance;— 7<> Acte de mariage dudit, dressé à Francfort, en 1817, avec demoiselle Augusta Mildenoff: — 8<>Acte de naissance de Frédéric Ado'phe de Limbourg, enfant mâle, issu dudit mariage; — 9© Certificat de la femme Warchell, de Kermer, près Francfort, constatant la remise en ses mains dudit enfant, à titre de nourrisson ; — 10» Acte de décès constatant l'assassinat, en 1821, dudit chevalier de Limbourg, père dudit enfant;— Ho Enfin, acte de décès, à deux jours d'intervalle, de ladite Augusta Miidenoff, épouse dudit chevalier et mère dudit enfant. Que si, à ces do umens aulhentiques,irrélutables,votis ajoutez : lo les procès-verbaux relatifs à l'enlèvement dudit enant, au tatouage de son bras, et à l'incendie de ladite mais
sonWarchelI; 2" les documens fournis par les notes posthumes du vrai Muller: .'1" les documens recueillis par moi, à la police, sur les premières années dudit enfant, après l'abandon qui lui fait de Pii, par ses ravisseur-, sur le territoire français; 4« enfin uni- masse de lettres, timbrées, de toute daie, do loute époque, qui viennent éclairer, commenter, corroborai les pièces en question; certes, mes-
Sieurs, nous aurions la de quoi faire dix préiendans plutôt qu'un. Il est pour moi clair commo lo jour «pw l'auguste personnage qui nous honore dosa présenco est bien et dûment lo seul légitima héritier do la couronne do Wardenbourg.
— Vivo le roi! s'écria Roussignan, dans la double ivresse du mâcon et do l'enthousiasme; voilà mon opinion. A bas les Russes!
— Vivo lo roi, soit I dit négligemment Dabiron, en allumant un troisième cigare.
— Oui, messieurs, vive lo roi ! s'écria énergiquement Montreuil.
— Vivo le roi! répéta naïvement Pied-de-Céleri, entraîné à son tour par l'exemple. Tiens, c'est drôle I jo crie là Vivo moi-mêmo!Ma foi, tant pis I II est assez naturel que jo sois un de mes partisans.
— Hé bien! donc, mettons-nous en routo pour l'Allemagne, reprit Muller. Je mo rappelle certain vin du Rhin avec lequel je no serais point fâché do renouveler connaissance.
— C'est cela, bravo 1 ajouta Pied-de-Céleri. Partons pour mon trône! En avant 1 Qui m'aime me suive!
— En effet, dit à son tour Dabiron, qui peut maintenant nous retenir à Paris, au milieu do la meute vorace des créanciers et des recors?
— Que diable, messieurs, un peu de patience I objecta Montreuil. Nous ayons le lièvre, soit; c'est la première condition, je l'ai dit, mais ce n'est pas la seule. La Cuisinière bourgeoise a d'autres exigences, non moins essentielles, pour la confection du civet. Veuillez modérer votre ardeur envahissante, messieurs : rous n'avons encore que la bête ; il nous reste à traiter l'importante question de 'assaisonnement.