I. — LE PORTEFEUILLE ARMORIÉ
11 y avait dans la nature de Carmélite quelque chose de la grande et fière courtisane qui joue avec l'existence, la fortune et l'honneur des hommes comme ferait une reine absolue. Cette fille sentait qu'elle valait tout ce qu'on pouvait l'aire de folies pour elle.
Comme si une soudaine révélation lui eût montré tout l'avenir qu'elle avait à parcourir, elle se vit dans un splendide hôtel, nonchalamment souveraine d'une foule d'adorateurs élégants, suspendant au bord de leurs lèvres avides les trésors de volupté qu'elle fiortait en elle-même, et les voyant jeter à ses pieds les présents, le uxe, les plaisirs; ce fut un rêve d'une heure, une ivresse qui troubla ou plutôt qui excita si ardemment la tête de la jeune fille, qu'elle se leva tout à coup avec l'emportement d'une résolution qu'il était temps de mettre à exécution.
Carmélite jeta autour d'elle un regard avide et superbe et s'écria d'une voix altérée :
— Oui, ce sera comme ça !
Puis, tout à coup , et comme poussée par une inquiétude bizarre ou un pressentiment impérieux, elle se mit à fureter dans tous les coins de cet appartement.
On eût dit. qu'elle sentait dans cet appartement l'existence d'un trésor ou d'un secret qui devait lui servir à accomplir ses projets. Elle retourna les livres, les ouvrit, parcourut tous les papiers, fouilla tous les tiroirs avec l'impatience d'une personne qui est sûre d'avoir laissé un objet quelconque dans un endroit donné, et qui s'étonne de ne pas le trouver.
Enfin elle finit par découvrir, au milieu de papiers fort peu intéressants, un portefeuille parfumé et orné d'armes.
Elle supposa que c'étaient celles du marquis de Lesly : un savant eût reconnu qu'un marquis ne porte pas une couronne de prince souverain. Ces armes étaient celles des Kadicoff, qui, bien que les esclaves de sa majesté le czar de toutes les Russies, n'en étaient pas moins les descendants d'un de ces nombreux petits princes souverains qui se sont absorbés peu à peu dans le giand empire russe.
Si nous faisons nous-mêmes cetle réflexion, c'est que ce portefeuille fut plus tard un indice flagrant pour un autre personnage que pour Carmélite.
Quant à la jeune fille, elle ne chercha dans le portefeuille que ce qu'il pouvait renfermer. La première chose qu'elle trouva fut une lettre de femme adressée à Melchior et cachetée d'un cachet armorié.
La première pensée de Carmélite fut que c'était la lettre d'une maîtresse laissée à Paris par Melchior.
Carmélite en éprouva un violent mouvement de dépit, elle crut qu'elle allait avoir à combattre un amour élevé, sérieux. Mais elle ne se crut pas baltue par cela même qu'elle se découvrait une rivale si haut placée.
Carmélite avait eu trop soin de fuir toute révélation qui lui eût fait perdre la bonne réputation dont elle jouissait au milieu de ses désordres, pour ne pas savoir qu'une femmq d'un nom et d'un rang élevés ferait beaucoup de sacrifices pour prévenir un éclat qui pourrait la perdre.
Carmélite, maîtresse du secret de cette grande dame qu'elle ne connaissait pas, pourrait beaucoup obtenir de Melchior de Lesly pour le salut de la réputation de cetle femme. Ce fut avec celte pensée de chercher des armes contre celte prétendue rivale, que Carmélite commença la lecture de cette lettre.
Ceux qui connaissent ce récit comprendront beaucoup mieux l'importance de cette lettre en la lisant eux-mêmes que si nous voulions faire ressortir les circonstances étranges qu'elle révéla à Carmélite, soit sur son propre compte, soit sur le compte de quelques-uns des personnages qui étaient mêlés à sa propre histoire.
Voici cette lettre.
IL — d'une sueur k un frère.
Mon cher Melchior,
Si je n'avais été malade, je serais à côté de loi, car j'ai à le dire des choses qui ne devraient jamais s'écrire; mais je suis horriblement souillante, mon père ne me laisserait point partir. Et alors même que j'échapperais à sa surveillance, je ne sais si j'arriverais vivante à Ren.ies.
11 faut donc que je t'écrive. Hélas! que vais-je t écrire?
Je ne sais comment m'y prendre; mais le danger est imminent, terrible, il peut me frapper dans quelques jours, non-seulement moi, mais la princesse de Kadicoff cl madame de Chastenux.
C'est une histoire effrayante, triste, bizarre, extravagante, qui t'épouvantera, toi si noble, si grand, si généreux... Oui, je dis bien! généreux, indulgent... bon! Aussi je me confie à toi. Il y va de mon salut, entends-tu? car, quoique je ne sois pas la plus coupable, une fatalité inouïe a lié mon existence à celle de deux crimes dont rien ne peut te donner l'idée.
Mais que vais-je te dire là, et comment te faire comprendre que ce qui peut perdre madame de Kadicoff et madame de Chastenux puisse m'atteindre aussi?
Laisse-moi donc te raconter cela aussi rapidement et aussi clairement que je le pourrai; seulement, sois bien sûr d'une chose, c'est que nous ne pouvons être sauvées toutes trois que si les hommes dont je vais te parler sont réduits à la plus complète impuissance.
Je suis folle, Melchior, mais encore une fois, comprends-moi bien, il n'y a d'impuissance pour de pareils hommes que dans la tombe...
Je vois ta figure épouvantée à la lecture de celle phrase. Tu cherches à deviner si c'est moi qui t'écris; tu en doutes, lu examines mon écriture, ma signature... Oui, c'est moi, c'est bien moi; je ne sais où j'en suis, je ne sais par où commencer, et cependant j'avais préparé ce récit dans ma tête, je l'avais arrangé avec tous les incidents qui peuvent t'éclairer, mais ma main se refuse à écrire ce que j'avais si froidement conçu...
Oh! ce doit être une chose affreuse que d'en être réduite à faire un public aveu de sa faule, lorsque j'éprouve tant d'effroi à le l'avouer, à toi, mon frère, si bon, si indulgent, si généreux...
Eh bien, c'est précisément cet ellVoi du monde qui doit me donner du courage vis-à-vis de loi; c'est pour prévenir un hideux scandale public que je ne dois pas craindre de tout t'avouer.
Du resle, en te racontant les scènes étranges qui se sont passées ici, depuis quelques jours, tu comprendras tout, tu devineras tout, et, j'en ai la conviction, tu pourvoiras à tout.
Tu sais (pie depuis quelque temps j'habite Fontainebleau; je m'y trouvais seule et très-ennuyée. Dans la petite maison qui se trouve à l'extrémité du parc, était venue se loger une jeune femme qu'on m'a dit être veuve.
Je ne sais quels arrangements cette dame avait pris avec le jardinier du château, auquel mon père abandonne une partie du potager ; mais toujours est-il que je l'ai rencontrée trois ou quatre lois dans le parc. A chaque fois elle me salua avec une grâce charmante et une retenue parfaite.
Je l'examinai : c'est une femme encore jeune, d'une beauté distinguée, et qui me parut appartenir à un monde de bonne compagnie.
Par désœuvrement plutôt que par curiosité, je désirai savoir quelle était cette dame, et comment il se faisait qu'elle vécût aussi parfaitement seule, dans une maison de campagne assez isolée.
J'appris qu'elle se nommait madame Cantel, qu'elle était veuve d'un chef de bataillon de l'ancienne année, qu'elle vivait d'une trèsmodeste fortune, et qu'à l'exception du lieutenant général comte Varneuil, qui venait quelquefois lui rendre visite en qualité de voisin de campagne, elle ne recevait absolument personne.
confession ci:\i:h Kit
La général <">t mi homme de quarante cinq ans, d'nne a* m be?l< tournure militaire, el qui me sembla un protecteur prédestiné pour
(•(•H,, veuve llll<Ti'-s;i ni r ; |'evpliip;ii ;iuiM 1.1 •■olllilde de madame
Cantel el les visites du général; mais, i n grand désappointement,
i.i ii e de (li.-iiiiliif h cfiil je faisais pari de mes suppositions
n'i'ni pas asset de protestations pour m'afflrmer Bue je me trompais, el que jamais vertu plus pure, dénient plus sincère, n'avaient été cachées sons rm voile noh\
Cela me lit regarder et ftc rcmrne avec beaucoup plus de curiosité que je ne l'avais fait jusque-là, el malgré les extases de lows mes gens h propos de la helle veuve, je crus remarquer en elle quelque chose «le hardi ci de décidé qni me lit penser qu'elle |ouail un rôle
(lniil elle eS| érail tirer parti.
N'oublie pas, mon cher Melchior, que j'étais seule, queJG m'ennuyais, et que le petit' roman ipie je bâtissais au suiel de celte femme élail une dislr action pour moi.
Une luis ipi • je me lus l'ail une opinion exacte sur son compte, je rus eu rieuse d'à | prendre si je ne m'étais pas trompée ; j'avais la vanité
«le croire à ma perspicacité, et je voulus avoir la preuve de la supériorité de ma clairvoyance.
.le retrouvai cette daine dans le potager, un jour cl à une heure où (Ile ne devait pas m'y attendre: je l'aperçus de loin, causant avec le jardinier du château, cl je me demandai ce qu'une femme comme elle pouvait avoir à dire à un pareil homme, à moins qu'en lui parlant beaucoup, elle essayât de le l'aire parler un peu
Cette rélle\ion me mil d'assez, mauvaise humeur, de façon que lorsque je me trouvai près de madame Cantel, je h diluai d'une façon qui voulait dire clairement :
« Il me semble, madame, que vous venez bien souveul ici. »
Madame Cunlel est tort intelligente; elle me comprit, se montra confuse et Irtste de l'avcrlissemt nt inuel que je venais de lui donner, el Sembla prèle à se relirer.
('.(«pendant elle hésita un moment, puis tout à coup elle s'avança vivement vers moi.
De mon côté, j'avais réfléchi que je n'étais là que pour rencontrer madame Cantel. et je me trouvai très-maladroite de l'avoir ainsi repoussée au moment, où se présentait l'occasion de satisfaire ma curiosité.
.le l'accueillis donc d'une manière plus gracieuse, lorsqu'elle m'aborda les veux baissés et toute tremblante.
— Pardon, madame la duchesse, me dit-elle d'une voi\ émue; veuillez me permettre de justifier ma présence chez vous; car, si une raison bien puissante ne m'avait souvent amenée ici, je comprends (nie nia conduite serait inqualifiable.
— Votre présence n'a pas besoin de justification, madame, lui iépondis-je, et si la promenade du pare peut vous être agréable, il vous sera toujours ouvert.
— L'on ne m'avait pas trompée, reprit-elle, en me disant que vous éliez bonne et indulgenle; je vous remercie de voire offre gracieuse, madame la duchesse; mais je ne dois pas moins vous donner l'explication de ce qui m'a amenée si souvent ciiez vous, lorsque je n'avais pas encore l'obligeante permission que vous venez de m'aei order.
Je fis signe à madame Cantel de me suivre; nous gagnâmes doucement l'a longue allée de tilleuls qui joint le potager au parc.
.le le dis les choses comme elles se sont passées, mon cher Melchior, et je suis sûre de te rapporter les paroles textuelles de celte femme; je ne sais pourquoi elles se sont gravées dans ma mémoire, comme si un Secret pressentiment m'eût dit que chacun des mots qu'elle prononçait était important pour moi.
— J'ai eu le malheur de perdre mon mari, me dit madame Cantel. 11 m'a laissée veuve sans enfants; il avait une fortune dont la modicité suffit cependant à mes modestes désirs. Il paraîtrait donc que je sois absolument libre, et que je n'aie aucun devoir important à remplir, mais il est arrivé que mon mari, en mourant, m'a laissé, une délie sacrée, celle de payer envers un de ses anciens frères d'armes une dette qu'il eût voulu acquitter lui-même ; mon mari avait été empêché de le faire par des circonstances qui l'avaient tenu éloigné de la capitale, à l'époque où son créancier s'y trouvait, tandis que celui-ci était absent de Paris lorsque M. Cantel y vint à l'époque de noire mariage.
Celle dette, à vrai dire, est une dette d'argent, mais elle avait été contractée par mon inaii dans des circonstances qui ne lui permettaient pas de l'oublier et qui en faisaient une dette d'honneur.
Mais, ajouta madame Cantel, je vous parle de choses qui vous sont fort indifi'ércntes madame, et. comme il arrive souvent, je les crois intéressantes parce (pie j'y porte beaucoup d'intérêt.
La vois. > le langage de celle femme m'avaient singulièrement frappée : il y avait dans sa parole et dans ses manières un charme qui s'emparait de moi, quoique je ne me sentisse nullenienl disposée à avoir une bonne opinion d'une personne qui nie plaisait à ce point.
— Continuez, madame, lui dis-jo; puisque vous avez bien voulu m'expliquer l'assiduité de vos vigiles dans ma maison, ii faut bien (pie j'en apprenne les raisons, quoiqu'ù vrai dire je ne les exige pas.
— Vous èies iii.p bonne, me répondlt^elle sans s'aiTéter à la
moitié bienveillante, moitié caustique, (pie je vonais de lui adresser.
Elle reprit aussitôt : — Un jour, dans une v ille d' Allemagne , c'était à Francfort, je cois, mon mari se Ironvail engagé dam une partie
de jeu et il pel'dil beaucoup plus qu'il ne possédait. Il Joua il, je Cl'oi -
contre un M. de Chastenux qui voyageait, disait-il, pour Ben plaisir, mais qui, des lors, avait, je crois, des relations avec la l'a nulle royale.
Tu dois comprendre, mon cher Melchior, la surpri e que je dus éprouver en enlendanl le nom de M. de Chastenux, le vieil ami de mou père, arrivanl loul à COttp dans celle confidence.
Mais d'après loul ce que lu sais de la mauvaise répiilalinn el dfll mauvais antécédents du comte, lu dois coin prend re i pie j' ne fus pas prise d'un grand élonneinent, lorsque ma dame C autel a pu i la : — Cl ne lut ipie lors pie la perte que mon mari avait l'aile au jeu devint
presque irréparable , qu'il nul s'apercevoir que le jeu q'avail pu été loyal.
Je laissai glisser celte accusation sur le manteau d'impassibilité
dont j'avais résolu de m'envelopper au sujet des confidences do cette
dame; je lui lis un léger signe de tête pour l'avertir que je l'éc'OU lais avec attention et que je n'avais aucune observation a faire silice qu'elle me disait.
Elle continua donc de la même voix douce, posée et pénétrante :
•— Ce soupçon ne l'ut pas plutôt venu à mou mai i, qu'il le montra à sou adversaire, avec l'imprudence d'un homme qui n'est plus mai- Ire de lui. et avec la rudesse d'un vieux soldat,
In OUirage mortel el impardonnable lui la réponse du coude de Ciiastenuv, et mon mari dut en demander sur-le champ une réparation sanglante.
Mais M. de Chastenux, tout en la lui offrant, laissa échapper quelques sarcasmes dans lesquels il disait clairement à M. Cantel qu'il n'avait cherché, dans son indigne accusation et dans la querelle qui devait en résulter, qu'un moyen de s'affranchir d'une dette sacrée.
Ces propos furent répétés par plusieurs des personnes ipù avaient été témoins de cette partie, et qui assistaient à cette querelle, de façon que mon mari se trouva avoir l'air d'un spadassin qui met sa probité à l'abri sous la pointe de son épée. Quelques personnes même s'écrièrent que le comte de Chastenux ne devait point se battre avant d'avoir été payé, et mon mari se trouva pour ainsi dire privé du droit qu'a tout homme de venger son injure.
Il était en pays étranger, à la tète d'un bataillon qui ne devait, rester que vingt-quatre heures dans la ville, sans ressources et sans amis, et il cherchait vainement par quel moyen il pourrait acquitter sa dette pour accomplir sa vengeance, lorsqu'un jeune olfirior français entra dans le salon de Y hôtel des Empereurs , où celle scène se passait.
Le jeune officier s'enfuit du motif de la violente émotion qui préoccupait toute l'assemblée, et l'ayant appris, il présenta une bourse pleine d'or à M. Cantel en lui disant : — Tenez, commandant, payez votre dette, tuez cet homme et allez l'aire assembler votre bataillon, car ce n'est pas demain, mais dans une heure, qu'il faut que vous ayez quitté Francfort.
La dette fut payée, le jeune officier prêta son épée à M. de Chastenux, on passa dans le jardin de l'hôtel, et après quelques coups d'épée vivement ('changés, mon mari tomba assez grièvement blessé pour qu'il ne lui fût pas possible, de prendre le commandement de son bataillon et de le conduire à sa nouvelle destination.
Le jeune officier, qui ne faisait que traverser Francfort à la lèlc d'un assez nombreux détachement, remit M. Cantel aux soins du maîlrc d'hôtel, et ce ne l'ut qu'au moment où il allait monter à cheval que mon mari lui dit qu'il voulait connaître le nom de celui qui lui avait rendu un si éminent service.
— Je m'appelle le capitaine Valvins.
Le récit de la rencontre de MM. Cantel et Chastenux m'avait, à vrai dire, fort peu intéressée; mais lu dois comprendre combien le nom de M. Valvins, jeté au bout de ce récit, dut me causer d'effroi.
Oui, le mol est juste, Melchior, c'est de l'effroi que j'ai éprouvé; et lorsque je t'aurai fait pénétrer plus avant dans le mystère el dans le malheur de mon existence, tu comprendras encore mieux la puissance de cet effroi, lorsque je remarquai l'œil ardent de celte femme fixé sur mon visage el cherchant à y lire l'effet que ce nom avait dû produire sur moi.
Cette inspection froide et résolue me fit croire que cette femme savait quelque chose du terrible secret que tu ignores, mais que tu vas apprendre.
Je-me sentis rougir et trembler tout ensemble, landisque madame Cantel, ramenant sur son visage l'humble et caressant sourire avec lequel elle avait parlé jusque-là, continua ainsi :
— C'est cette dette que mon mari m'a chargée d'acquitter; j'ai appris à Paris que M. Valvins était né dans ce pays, près de Fontainebleau , et y avait été recueilli par un vieillard qui étail retiré aux Invalides.
Je suis allée y chercher l'infortuné Gregorio, et j'ai appris qu'il était morl depuis quelque temps^ à la suite d'un excès, m'ont dil ses camarades... à la suite d'un empoisonnement exécuté avec la plus
CONFESSION GÉNÉRALE
toi
extrême audace, si je tK.is en croire les révélations qui m'ont été
Oli ! Melchii r , Melehior! à ces mots terribles, je chai* « 1 ù . je me sentis prêle à mourir, car ce crime était vrai!... ce crime, faut-il le le dire, j'en ai été le témoin!... Pourquoi? comment cela se fait-il? Tu ne petra le comprendre... je vais te le dire.
Ici se trouvait, dans cette lettre inouïe, l'histoire abrégée de madame de KadicofT, l'aveu de madame de Fosenzac et le mit de ses relations intimes avec Valvins, enfin tout ce qui devait faire c mprendre à lielctiior l'épouvantable situation où s'était mw sœur.
Après ces longues explications qu'il est parfaitement inutile, nous le supposons du moins, de remettre sous les yeux du lecteur, la lettre continuait en ces ter;
Et maintenant tu dois comprendre, Melehior, l'effroi que j'éprouvais en entendant parler celte femme qui, pour la seconde l'ois, attacha sur moi son regard de vipère, et me surprit dans mon trouble et mon épouvante.
Je n'avais pas la force d'avancer, je m'assis sur l'un des bancs de pierre qui bordent la grande allée de tilleuls où nous nous promenions. Madame (autel sentait les avantages qu'elle avait déjà sur moi. car elle s'assit à mes côtés sans que je l'y eusse invitée.
Cependant rien, à l'exception de l'assurance qui avait remplacé la timidité si bien jouée de cette femme, rien, dis-je, ne me montra qu'elle voulût paraître instruite de la vérité, et elle continua avec une nouvelle affectation de douleur et de modestie en disant : — En même temps que j'apprenais la mort du pauvre Gregorio, je parvins à savoir que M. Valvins avait habité quelque temps Fontainebleau ; je vins dans ce pays dont la solitude me plut, je me décidai emeurer
si depuis que j'y suis que j'ai entendu dire, bien par hasard, que M. Valvins avait passé quelque temps dans le château de M. le marquis de Lesry.
Il y a à peine deux ou dois jours que j'ai fait cette découverte. Avant de tenter une démarche importune auprès de vous, madame, ou auprès de M. votre père, j'ai voulu m 'assurer qu'on ne m'avait pas trompée, et c'esl ce que je cherchais à savoir auprès du jardinier du château. Au moment où ions m'avez surprise avec lui, madame, je lui demandais s'il savait que vous connussiez M. Val vins.
nue te dirai-je. mon frère? Certes, il y avait là de quoi chasser cette femme qui venait interroger les gens de ma maison sur ce qui s'y jaspait. Heureusement que le trouble où j'étais plongée me tint lieu de réflexion.
En effet, et plus tard,, j'ai compris que j'eusse dû raisonner ainsi; en efï\ t. d'après le récit de cette dame, elle n'avait été poussée à cette recherche que par une raison qui lui était toute personnelle; et s'il y avait au fond de sa pensée un désir de pénétrer dans les secrets de ma vie, il était prudent et plus digne à la fois de ne pas paraître le comprendre.
Du reste , comme je te l'ai dit , l'embarras que j'éprouvai me tint lieu de la raison que je n'avais plus, et je répondis à madame Cantel : — En effet, madame, M. Valvins est un ami de mon frère : à ce titre, je l'ai reçu chez moi et il est venu quelquefois dans ce château; mais depuis la mort de son père, il a complètement disparu: personne ne sait ce qu'il est devenu.
Madame Cantel parut accepter ma réponse comme étant véritablement tout ce que je savais au sujet de M. Valvins.
A| rèfi s'être excu-ée de son importnnité, elle me quitta. Toutefois, elle me demanda la permission de venir me présenter ses devoirs.
Je ne crus pa^ pouvoir la refuser; mai< je me ménageai une retraite en lui annonçant que sous peu de jouis je comptais retourner à Paris, et que probablement de Paris je partirais pour un long voyage.
.Madame Cantel regretta que cette circonstance l'empêchât de profiter longtemps de l'exi ellent accueil que je lui avais fait, de la bonne de mes entretiens... Cette femme couvrait de paroles doucereuses la blessure qu'elle m'avait faite.
Enfin, que te dirai-je? elle *'v prit si adroitement que j'oubliai ce regard scrutateur dont elle avait suivi sur mon visage l'effet de ses I les.
Je me tins pour assurée que ce n'était qu'un hasard qui avait fait prononcera cette dame des noms qui m'intéressaient h cruellement, et je me résolus a l'éviter.
Quelques jour- se passèrent sans que j'entendisse parler d'elle. Madame Cantel ne venait plus dans le parc; c'était ce que je désirais : quoi que j'en eusse, cette femme me faisait peur.
Mais vois, mon cher Melehior. ce que c'est que le trouble d'une conscience coupable! Quand je ne rencontrai plus madame Cantel, je désirai la revoir: il me sembla que cette retraite absolue était une menace qui voulait dire :
« Je vous ai prévenue; maintenant que vous savez qu'il existe quelqu'un qui a pénétré dans vos secrets, c'est à vous de venir et de me demander la discrétion. »
C'est ainsi uue, dans mes alarmes, je traduisais la démarche de
cette dai té 1 1 S9S absence. One te dirai-je? Cette pensée me tourmenta si vivem ml que je me résolus à aller chez elle.
Cependant je ne pus m'y décider tout de suite.
J'easa j ai min r Je quittai le parc et j'allai me promener
dm- la forêt, dans les parties les plus solitaires qui avoisinent la maison de madame Cantel.
Je m'y rendis troisjours de suite, et la dernière fois, ne la rencontrant pas. j'étais près me d fcîdée à me présenter chez elle, car je savais qu'elle n avait pas quitté Fontainebleau, lorsqu'il me sembla l'apercevoir tout à coup à l'extrémité d'une allée.
Le deuil exact dont elle était vêtue ne me laissa point de doute à ce sujet ; elle n'était poinl seule et m irchail la têt" h lissée à côté d'un homme qui me parut d'une tournure trop jeune pair être le comte, de Varneuil, qui, je le savais aussi, lui rendait des visites de plus en plus assidues.
Je jugeai, au chemin que prenaient madame Cantel et son compagnon, qu'ils arriveraient nécessairement du côté où je me trouvai-. Je me cachai pour les bien voir l'un et l'autre et pour surprendre quelqu'une de leurs paroles.
l'avais une sorte de vague espérance que je trouverais dans cet espionnage des armes qui me serviraient contre cette femme que je sentais armée contre moi.
Autant que je pouvais en juger par le silence profond que paraissait garder madame Cantel. et par la manière vive dont ce monsieur lui parlait, je jugeai qu'il la priait et la menaçait alternativement.
Déjà iiihiI un ■ Cantel et son compagnon s'étaient as<ez rapprochés de moi pour que je pusse les entendre, lorsque je fus détournée de l'attention que je voulais prêter à leurs paroles par la surprise que j'éprouvai en reconnaissanl s n interlocuteur.
En effet, c'était un jeune homme que j'avais vu quelquefois dans le monde, et que tu connais, je crois, assez particulièrement : c'était ce jeune poêle, ce Lucien Deville, qui lit, un certain soir, une scène si scandaleuse chez M. de Favières. N'étais-tu pas I" témoin de M. de Favières dans le duel qui s'ensuivit ? n'es-tu pas allé souvent chez ce M. Deville à la suite de ce duel, et n'est-ce pas chez lui q te tu as rencontré celte belle Sophie Miiiol p iur laquelle tu as l'ait tant de folies inutiles9
Quoi qu'il en soit, c'était bien lui, c'était bien Lucien Deville qui parlait à madame Cantel.
Ils passèrent assez lentement devant moi : cependant j'étais si troublée parla découverte que je venais de l'aire, que je ne pus entendre que ces paroles, prononcées par Lucien Deville : — Vous obtiendrez cette déclaration de M. de Varneuil, ou je lui dirai toute l'aventure d'Eugène de Frémery.
C'étaient là des noms parfaitement inconnus pour moi. Il s'agissait probablement d'une affaire à laquelle je devais être tout à fait étrangère.
Je me sentis dégagée d'un pesant fardeau, et je m'éloignai fort rassurée sur la cessation des visites de madame Cantel ; elle me parut devoir être assez vivement alarmée sur ses propres intérêts pour ne pas avoir à s'occuper des m:ens.
Je continuai ma promenade avec une espérance folle dans le cœur. Tout ce que j'avais crainl me parut alors une terreur chimérique.
Juge de ma surprise, lorsqu'au rentrant au château j'appris que madame Cantel y était venue, et que, malgré mon absence, elle s'y trouvait en» re
Elle avait demandé avec instance la permission de m'attendre. Elle avait l'air fort troublé, me disait-on, et s'était plusieurs foi< enquise d- mon retour. Toules m s craintes me reprirent; mais j'avais heureusement le temps de réfléchir avant de me trouver en sa présence, et je me promis de me tenir sur mes gardes.
Je me dis surtout que ce que j'avais de mieux à faire, c'était de. montrer la plus parfaite indifférence à propos des choses qui pourraient m'ètre révélées. Ce parti pris, je lis prévenir madame Cantel qu'on venait de nu- voir entrer dans ta grande allée des tilleuls.
Je voulus lui laisser croire qu'elle me surprenait.
En effet, au bout ie quelques minutes je la vis venir rapidement au-devant de moi. Elle m'aborda toujours avec cette déférence qui devail exister entre elle et moi, mai> elle me parut sérieusement iée. Son agitation me sembla même ne pas lui permettre de mettre dans s ;s paroles cette habile discréti n que j'avais remarquée la première fois.
Je me croyais, par conséquent, en bonne position pour observer à mon tour madame Cantel. Hélas! mon bon Melehior, j'étais encore la dupe d'une comédie supérieurement jouée.
— Pardonnez-moi, madame, me dit-elle, de venir encore vous importuner de choses qui ne vous concernent nullement.
— Je vous ai dit. madame, que j'étais tout à fait à votre service. Parlez, je vous écoute.
— Pardon, reprit encore madame Cantel, mais il ne s'agit nullement de moi : il s'agit d'une personne avec laquelle je vous crois liée d'une amitié assez vive.
— De 11. Valvins, sans doute? dis-je à madame Cantel du ton le plus indifférent.
Je pensais avoir f.iit un coup de maître en allant au-devant d'un
CONFESSION Gl M RAI E
imin qu'on eapérarl sans doute me Jeter à l'oreille pour me troubler ci me surprendre. Je m'élais trompée.
— Non, madame, il ne s'agit poinl de M. Valvius. Jo crois avoir fait, pour m'acquilter envers lui, toutes les démarches que me commandaient l li mneur et le respect que je porte à la mémoire de "M. Canlel, et j'attends qu'une occasion favorable me mette sui' les traces de M. Valvins,
Retiens bien ces pai'oles, Melchior; à l'heure où madame Cantel nie parlait ainsi, elle savait oii était Valvins j elle me montai! donc : elle me tendaitun piège : j'y suis tombée.
Tu verras ce que peut ['astuce d'uni' femme... je ne me !<• lierais pas..*.
— Je veux miiis parler, reprit madame Cantel, je veux vous parler de madame la comtesse «le Chastenux.
— Du comte? luidis-jeen me rappelant la rencontre de M. Cantel avec lui.
— Non, reprit-elle j il l'agil de madame de Cliastcnux... Vous la connaissez?
— Elle est l'amie de mon père, et a toujoursété très-bonne pour moi. Je croyais, je dois te le dire, qu'il s'agissait de l'affaire de M. de
FavièrCS avec Lucien Peville, affaire dans laquelle je savais que madame de Chastenuz, tante du marquis, avait été mêlée. Je me trompais encore.
Madame Cantel reprit : — Je vous prie de remarquer «pie je ne fais que répéter ce qu'on m'a dit; je ne crois pas un mot de ce que l'on m'a rapporté; mais, vous le savez, une calomnie blesse souvent aussi cruellement qu'une révélation, et je désirerais que vous pussiez me servir d'intermédiaire pour apprendre à madame de Cliastcnux le malheur qui la menace.
Je ne sais, je me sentais engluée par cette femme dans une foule d'histoires obscures, de demi-révélations qui nie liaient à sa volonté,
Je voulus couper court à des confidences qui me paraissaient autant de pièges, et je répondis à madame Cantel : — Madame de Chastenux n'est pas à Paris; je la crois en Bretagne; je ne pourrais donc lui transmettre votre confidence que par une lettre. Cette lettre, vous pourriez la lui écrire vous-même.
Madame Cantel fut vivement piquée d'un refus si formel; je fus ravie de mon succès, et je continuai : — Si ce que vous avez à dire à madame de Chastenux touche en quoi que ce soit à une susceptibilité de femme ou à une question d'honneur, vous devez comprendre qu'elle vous saura beaucoup plus de gré d'avoir enfermé cette question entre elle et vous, que de l'avoir confiée à une tierce personne, si dévouée que cette personne lui soit.
Madame Cantel me salua assez froidement, quoique avec une politesse toujours obséquieuse, et me dit : — Maintenant, madame, je ne me crois plus responsable du scandale et des Catastrophes qui peuvent arriver.
A ces paroles, je fus sur le point de retenir madame Cantel, et de lui demander compte de ces mots étranges.
Mais je m'étais trop formellement prononcée, et d^ailleurs madame Cantel se hâta de s'éloigner.
Chaque apparition de cette femme étrange me laissait dans un trouble cruel. Je ne l'eus pas plutôt perdue de vue, que je redoutai des malheurs dont je n'avais pas d'idée.
Pas un mot n'avait été prononcé qui pût me faire croire que j'étais mêlée en quoi que ce fût aux affaires de madame de Chastenux; et cependant je. tremblais; j'aurais voulu pouvoir demander une explication à madame Cantel; mais, tu dois le comprendre, Melchior, il n'est pas de position plus affreuse que la mienne.
J'étais dans cette perplexité qui fait qu'on n'ose avancer, de peur de livrer son secret, et qui vous fait une imprudence de cette peur, par la retenue même qu'elle nous impose.
Du reste, mon pauvre frère, je raisonne dans le vide; je ne sais avec quelles intentions sérieuses cette femme était venue chez moi. Peut-être les choses eussent-elles plus mal tourné si j'avais eu, dès l'abord, la curiosité qui me prit plus tard. Toutefois.il est douteux (pie le malheur put être plus menaçant qu'il ne l'est maintenant, tu vas en juger.
J'étais depuis deux jours dans l'anxiété la plus vive sur ce qui av ait pu se passer au sujet de madame de Chastenux, lorsque je reçus un billet de madame Cantel.
Elle me disait qu'un coup terrible venait de la frapper, qu'elle n'y résisterait pas; qu'elle était probablement sur son lit de mort, et qu'avant de rendre le dernier soupir, elle voulait me voir pour me confier des secrets qui louchaient à l'honneur et au repos de ma vie.
Je te l'avoue, j'étais trop alarmée de tout le mystère dont s'entourait cette femme, pour ne pas me décidera le percer à tout prix.
Je me rendis chez elle. J'entrai dans la petite maison du bout du parc.
Tu sais ce que c'est, une chaumière assez propre, voilà tout ; c'est ainsi au dehors, et je m'attendais à un intérieur analogue.
J'eus à peine franchi le seuil de cette maison, que je restai stupéfaite de l'élégance, du soin, du je ne sais quoi qui avait présidé à l'arrangement de cet intérieur.
Je croyais savoir que le luxe n'est pas toujours l'ornement qui
donne le plus de -race à une habitation; mats je ne me serais jamais imaginée qu'avec les étoffes Les plus simples, les i"'^ les plus
Communs, On put ai river a une si gracieuse élégance, l'ai tout des
mousselines croisées, les unes peintes, les autres blanches, les murs
cachés par des serges unie*, des planchers couverts de tapis communs, des jardinières en huis rustique, des statuettes de plâtre, des
cadres de bois, des Biéges de toile de perse ; point d'or, point de bronzes, point de soies... rien que de Irè.s-iiindesle cl presque de liescommun ; mais une main habile, une main de fée, avait disposé toul
cela.
L'air de cette petite maison t'Iail embaumé, frais et vif à la fois ; la lumière douce, discrète, tendre; partout où l'œil se posait, c'était
sur quelque chose de gracieux, d'exquis, de parlait dans sa simplicité.
Je ne sais comment l'expliquer tout cela, mais en entrant cliez
madame Cantel, je compris que je me trouvais chez une femme qui savait toutes les ressources de cet art de plaire (pie la plupart des femmes ne mettent qu'en elles-mêmes, et qui, pour être tout-puissant, doit être également dans tout ce qui les entoure.
On ne peut pas attendre un\' femme dans un petit salon pareil à eilui où je me trouvais, sans y rêver. Tout y est sourd, discret, mystérieux, el en même temps tout y est modeste et chaste.
Il y a dans ce réduit une volupté jeune et innocente qui enivre.
Que le dirai-je? je me pris à me demander comment je vivais dans les vastes salons de mon hôtel, lorsqu'on peut avoir de si gracieux réduits.
11 nie semblait que là on devait aimer mieux, plus intimement «pie dans nos riches appartements; car il y a plus ou moins d'intimité jusque dans l'intimité la plus complète.
Je parle à mon ami aussi bien qu'à mon frère... Eh bien! le le dirai-je... il me semble que la femme qui se donne dans un lieu pareil, se donne plus absolument et plus chastement à la fois.
Mais que t'importe tout cela? Tu ne me comprends peut-être pas, tu ne comprends pas que l'aspect de cette maison m'imposa, et que sans me rendre compte de l'impression qu'elle produisit sur moi, j'entrai chez madame Cantel avec la persuasion que j'avais affaire à une femme parfaitement supérieure, dont chaque parole, chaque geste avait une signilication.
Lue grosse servante en grand deuil alla avertir madame Cantel que je m'étais rendue à son invitation.
On me fit attendre quelque temps, et je pus faire alors toutes les observations que je viens de te communiquer. Je vis dans le salon l'admirable portrait d'un militaire. Je pensai que c'était celui de M. Cantel.
J'étais à l'examiner, lorsque madame Cantel, enveloppée d'un long peignoir blanc, entra dans le salon. Je ne l'avais encore vue que sous son chapeau et ses voiles noirs; tu ne peux te faire d'idée de la ravissante tète de cetle femme tout embéguinée de dentelles blanches d'où s'échappaient des flots de cheveux dont le désordre montrait la magnificence beaucoup mieux que n'eût pu le faire la coiffure la mieux apprêtée. Elle était légèrement pâle, et le bleu de ses yeux ardents rayonnait d'un éclat fiévreux.
Je n'avais que mal vu la souplesse de cette taille sous le châle qui l'enveloppait; je ne puis te dire tout ce qu'elle avait de séduisant, d'enivrant, dans ce délicieux déshabillé.
Moi, femme, je fus forcée de reconnaître qu'il était impossible qu'un homme lût soumis à un charme si complet, sans en subir l'empire, sans se mettre aux genoux de cette femme, sans lui dire :
<( Pour toi, pour un de tes regards, pour nu de tes sourires, je te donnerais mon âme, mon honneur, ma vie. »
Il en est un cependant qui a eu ce courage.
Ecoute bien, Melchior, lis avec attention chacune des choses que je vais te révéler.
Mets-toi dans ma position et comprends comment il se fait que moi, la fille du marquis de Lesly, la duchesse de Fosenzac, je me laissai dire en face, par une femme de rien, tout ce que madame Cantel osa me dire.
Au moment où elle entra, je lui dis, je ne sais trop pourquoi : — J'admirais ce portrait, madame; c'est celui de M. Cantel, sans doute?
— Non, me répondit-elle froidement, c'est le portrait de mon père. Je m'inclinai, elle continua avec un, accent plein d'amertume : — ..
Il y a des comédies que je ne jouerai jamais; je n'aimais pas M. Cantel; je l'ai offensé; je ne veux pas que son image me soit toujours présente comme un remords de ce que j'ai fait. Je ne veux pas non plus faire croire que je porte dans mon cœur une douleur qui n'y est pas.
— Je vous demande pardon de ma supposition, lui dis-je, et le soin que vous aviez mis à rechercher M. Valvins, pour payer une dette de M. Cantel, me semblait une preuve de bon souvenir.
— Je m'appelle madame Cantel, reprit-elle doucement, c'est mon nom que je respecte.
Mais, ajouta-t-elle, il est inutile de vous faire entrer dans les idées ■ fort bizarres que je puis avoir au sujet de J'honneur, nous avons à nous occuper de choses beaucoup plus graves. Il y va, pour moi, de mon avenir; pour vous, de toute votre existence.
CONFESSION GÉNÉRALE
Bien que la voix avec laquelle tout cela m'était dit fût d'une parfaite doucette, bien que les laçons qui accompagnaient ces paroles fussent toujours modestes et caressantes, je me sentais cependant enveloppée dans un intérêt commun avec madame Cantel. Nous étions à parler de fions; j'étais de moitié dans ce nous; j'y étais plus que de moitié; car. au dire de madame Cantel, il y allait pour elle de son avenir seulement, pour moi de toute mon existence.
Ce n'était point, sans desseins que cette femme m'avait l'ait venir chez elle, elle comprenait tout l'avantage qu'elle avait sur moi dans cette position.
Ce qu'elle n'eût pas osé me dire dans ma maison, ce que je n'eusse peut-être pas souffert, elle me forçait à l'entendre, à moins que je ne me retirasse et que je ne rompisse une explication où il s'agissait, on avait eu soin de me le dire, où il s'agissait de toute mon existence.
Madame Cantel me fit asseoir près d'elle, et avec une familiarité dont sa bonne grâce fit une séduction, elie me prit les mains, se mil à me regarder avec un charmant sourire, et me dit d'une voix pleine de caresses : — Vous êtes jeune, vous êtes belle, vous êtes riche, vous avez un grand nom, et certes les hommages les plus empressés et les plus séduisants n'ont pas dû vous manquer.
Cependant, il y a dans l'éclat humide de vos yeux, dans la douce àpreté de votre sourire, dans l'élévation de votre cœur, il y a dans tout cela le rayonnement d'un cœur qui croit à la passion, il y a la révélation d'une intelligence qui ne s'arrête point aux préjugés vulgaires du monde. Si vous avez jamais aimé, ce n'a point été parce que l'homme qui vous a touchée était ou noble, ou riche, ou puissant; vous avez dû l'aimer pour la noblesse de son caractère, pour la puissance de ses sentiments.
— En vérité, madame, dis-je à madame Cantel, je ne sais de quel droit vous prétendez pénétrer ici dans mes sentiments.
— Écoutez, me dit-elle avec une brusquerie charmante, nous sommes deux femmes en face l'une de l'autre, nous pouvons donc tout nous dire.
J'étais confondue de tant d'assurance; mais si l'audace des paroles m'irritait, le charme singulier, étrange, avec lequel elles étaient dites, arrêtait soudainement ma colère.
— Parlez donc, madame, lui dis-,c, je vous écoute.
— Eh bien, me dit madame Cantel, en se plaçant en face de moi, comprenez-moi bien. Peut-être me trompé-je sur ce que je pense de vous, je ne veux pas que vous vous trompiez sur ce que vous devez penser de moi.
Je suis née pauvre, obscure et ambitieuse : ce sont là trois grands vices; mais je suis née patiente, et c'est là une grande vertu. Cependant, connue toutes les femmes, j'ai eu mes heures d'illusions, j'ai cru que beaucoup d'amour et beaucoup de dévouement valaient du dévouement et de l'amour.
Bien jeune encore, je rencontrai dans le monde deux hommes qui eussent pu faire de moi la femme honnête et sincère qui associe loyalement sa vie à celle de son mari.
> L'un de ces hommes était M. Eugène de Frémery, un de ces riches fils de famille, ayant à la fois assez de noblesse, assez de talent et assez de fortune pour arriver à tout, s'il avait été mené par une main habile. Au bout de quelques jours, je reconnus que la vanité de ce monsieur ne voyait en moi que l'occasion d'une aventure amusante. Je lui ai fait payer plus tard sa présomption.
— Je vous crois capable, dis-je à madame Cantel. de faire d'un homme tout ce qu'on peut en laire, mais je ne vois pas encore quel intérêt je puis avoir à votre confident :e.
— Cela viendra à son temps, me dit madame Cantel en souriant; la journée entière nous appartient, je vous la demande, et peut-être ne regretlercz-vons pas de me l'avoir consacrée.
— Continuez, madame, lui dis-je.
Madame Cantel reprit : — Le second de ces hommes sur lequel j'avais jeté les yeux était un nommé Lucien Deville. Quoiqu'il eût quelque fortune, ce n'était point sur cela que je complais pour le voir arriver à une grande position.
Deville est une des tètes les mieux organisées que je connaisse; il se croit un poëte parce qu'il t'ait passablement les vers. Il se trompe sur son propre compte : la poésie est une issue par laquelle s'échappe volontiers dans la jeunesse l'activité des esprits émiuents. Cherchez et vous trouverez bien peu d'hommes arrives aux premiers rangs de la société qui n'aient perdu leurs premières années à rimer
Je me trompai encore : un fol amour qui l'a conduit au malheur l'a empêché de comprendre ce que je rêvais pour lui.
J'écoutais madame Cantel avec un élonnement qui tenait de l'admiration. En vérité, mon frère, ne nous abusons-nous point sur le pouvoir de ces êtres que nous croyons servis par des hasards heureux? Dans la position où nous sommes, servis par la fortune, par la naissance, nous sommes trop enclins à croire que chacun vit au courant des événements qui laissent le [dus grand nombre dans l'obscurité et en fait arriver quelques-uns.
Pour ma part, je ne me faisais point d'idée d'une femme qui, au départ de la jeunesse, pose un but à son existence et tend à ce but de toute la force de ses calculs. Telle était cependant madame. Cantel.
Mais j'aime mieux laisser parler cette femme que te l'expliquer; tu la comprendras mieux.
Elle continua ainsi : — Je fis une grande faute : le dépit me fit épouser M. Cantel. ('ne aventure bien triste me mit alors dans les mains de M. Deville.
Nous supprimons ici la partie de la lettre de madame de Fosenzac où elle répétait le récit que lui faisait madame Cantel de ses amours avec M. de Graver end. Mais nous enlèverions les traits les plus extraordinaires du portrait de cette femme si nous supprimions aussi ce qui suivit cet audacieux aveu.
Voici donc la suite, de cette lettre :
Après ce que venait de m'avouer madame Cantel, je restai dans une étrange Confusion; je. pressentais qu'une femme n'ose ainsi dévoiler à une autre la faute qui la déshonore, qu'autant qu'elle se sent assez forte contre sa confidente pour la forcer au silence.
Cependant je m'écriai avec plus d'embarras (pie d'indignation : — Mais, madame, je n'ai que faire de tous ces secrets.
Au lieu de s'irriter, madame Cantel me sourit de la façon la plus gracieuse.
— Allez donc, me dit-elle, grande enfant que vous êtes, y a-t-il là de quoi s'épouvanter? Eh ! mon Dieu, les hommes méritent-ils
•qu'on leur garde plus de foi qu'ils n'en ont pour nous. Ces messieurs ont établi un gros principe : c'est qu'une femme qui a un amant est déshonorée. Puis cela dit, ils se tiennent en repos. Ils nous ont fait de ce précepte un lien, selon eux, tout-puissant.
Si vous aimez et si vous cédez à votre amour, vous êtes déshonorée; voilà donc la grande maxime qu'ils opposent à l'ennui, aux désirs de la jeunesse, aux charmes d'être adorée. De nous plaire, ils ne s'en occupent plus; de nous occuper le cœur et l'esprit, ils n'en prennent aucun souci.
Allons, ne me regardez pas d'un air si étonné, et dites-moi sérieusement si vous connaissez quelque femme qui n'ait puni son mari de son oubli, de son dédain, et surtout de cette insolente quiétude avec laquelle les hommes disent aux femmes : Vous avez été honorée de mon amour, c'est assez pour toute votre existence.
— Mais, madame, lui dis-je, je puis vous affirmer que parmi les femmes que je connais...
— Chut... chut, reprit madame Cantel, avec son éternel et implacable sourire, nous sommes seules, toutes seules, nulle oreille ne nous entend, il faut tout nous dire...
Mais, reprit-elle, n'êtes-vous pas belle à faire mourir d'amour les plus galants gentilshommes de France, et tout cela eût été pour un mari, un vieux mari grondeur et ennuyeux!... non... non...
Je voulus l'interrompre, elle répondit : — Je ne veux pas vous écouter; vous me répondrez lorsque j'aurai fini, alors nous pourrons nous entendre.
Tu vois qu'à chaque parole je m'enfonçais de plus en plus clans la complicité de cette femme.
. D'où me venait celte faiblesse? Hélas!... elle n'était pas seulement dans le charme inouï de cette femme qui souriait si légèrement au vice; elle était dans le trouble de ma conscience qui me livrait tout entière à sa volonté.
— Enfin, me dit-elle, voici où nous en sommes. Ce Deville est venu me voir, il y a quelques jours, et voici ce qu'il m'a dit :
« — Vous êtes sur le point de réussir dans un plan for' habilement formé. Après avoir été madame Cantel, vous voulez devenir la comtesse de Varneuil.
» — Et j'y arriverai.
» — Si je ne m'y oppose pas.
» — Quel intérêt avez-vous à me traverser dans ce dessein?
» — Aucun; mais j'attends du général un service: ce service, il faut que vous le décidiez à me le rendre, ou je lui apprends toute voire hisl ire avec Eugène de Frémery et M. de Graverend. »
Je demandai à Deville quel était ce service, et alors il me dévoila le mystère qui entourait sa naissance.
0 Melchîor, mon frère, que cette femme a raison, et qu'on découvre d'abominables choses lorsqu'on veut pénétrer dans la vie de chacun I
Le croirais-tu? madame de Chastenux, oubliant tous ses devoirs pendant que son mari était émigré, accepta l'amour d'un certain vicomte d'Assimbret, qui la trompait pour une misérable meunière.
Il résulta un double malheur de celle double intrigue.
Madame de Chastenux et la meunière accouchèrent à peu près à la même époque, et lorsque leurs maris étaient absents depuis plus de deux ans.
Madame de Chastenux ignorait que la meunière fût sa rivale, et comme la famille de cette femme appartenait depuis des siècles aux Chastenux, ce fui précisément à la pauvre femme, dont elle ignorait l'état, qu'elle confia le soin de faire disparaître son enfant. Ce fut alors que toutes deux apprirent qu'elles avaient été dupes du même misérable.
La meunière, on l'appelait Louise Firon, la meunière, qui croyait à l'amour du vicomte, désespérée, folle, éperdue, emporta les deux. enfants et se jeta dans l'étang du moulin.
iM
C0NF1 SSION m M i; u ,1
l'Ile fui arrachée 1 1 *t, ainsi que les doux faildcs créatures, par
un nommé Pierre Varneuil, Ce Pierre \ .uni ml Cul présent lorsque Louise déclara à quelle mère appartenait chacun des deux enfants. oiic révélation ne Cul faite que devant lui ol devant le beau-père de Louise, qui se chargea du Boin de placer les cnfauls loin du paj où eel.i se passai,!.
Or, ce l>e\ille sait qu'il P84 un de Ces enfants; mais jamais il n'a pu découvrir à quolle Bière il appartenait.
I h seul homme vivai I sail de qui et ail née la tille, el par 0011
quenl de fui eiaii né le are. .n. Cel homme, c'était Pierre Varneuil, qui avait solennellement jui'd au vieux Firon de ne pas révéler ce secret. Or, sais in ce que c'esl que oc Pierre Varneuil? c'est tout simplement le lieutenant général comte de Varneuil qui, après cette aventure, était parti comme soldat en compagnie de ce même \icomte d'Assimbrol qui, à ce qu'il me semble, a continué ses peccadille.; à Toulon ; mais ceci csl de peu d'importance.
Oui, mon cher Melchior, voilà l'étrange concours de circonstances qui met en présence des gens qui paraissent si éloignés les uns des
anltvs.
Mais ce qui dépasse toute croyance, ce <|ni est une fatalité à laquelle il semble impossible de croire, c'est ce qui csl arrivé <le cette étrange situation.
Ce Lucien De ville si lestement joué par la marquise de Favières el si profondément humilié, grâce aux conseils de madame de Ghasten,!\. a me d" se venger. Il a voulu savoir à tout prix laquelle des i\cu\ femmes coupables était sa mère, si c'était Louise Firon ou la comtesse de Chastenux,
l'eur cela il fallait obtenu1 une déclaration du comte de Varneuil. Il esl venu le cherchera Fontainebleau.
II ne s'agi sait de rien moins que de le faire manquer (M. de Varneuil] à un serment, et le général a des principes a ce sujet contre Lesquels M. Deville n'eût pas tenté de lutter, s'il n'avait eu entre les maii s un pouvoir qu'il suppose capable d'ébranler la conscience la plus robuste, de dissoudre les scrupules les plus tenaces. Ce pouvoir, tu le devines, c'est celui de madame Cantel.
« — Servez-moi dans ma vengeance, lui a-t-il dit, et je garde le plus absolu silence sur vus aventures de Poitiers; sinon... je dis tout; el alors plus de mai iage, plus de comtesse de Varneuil, plus de grand monde, plus de mari ; et quel mari 1 un homme déjà pair de France, en passe d'être maréchal, de devenir ministre de la guérie, etc., etc. »
— Me comprenez-vous maintenant? me dit madame Cantel : comprenez-vous que, pour le plaisir de ménager madame de Chastenux, je ne me soucie pas de perdre tout cet avenir!
— Je le comprends, dis-je à madame Cantel ; mais ce M. Lucien a donc dans les mains le moyen de vous perdre?
— S'il ne l'a pas, il le trouvera. D'ailleurs, reprit-elle, il suffirait d'un soupçon jeté dans l'oreille du général pour le faire hésiter. 11 est veuf comme moi, et l'histoire de sa première femme est si bizarre, si inouïe, que c'est à ne pas le croire.
J'attendais toujours la suprême raison qui me faisait le but des confidences de madame Cantel.
Elle s'aperçut de mon impatience et s'approcha tout à fait de moi, et me dit : — Et maintenant, ma chère, arrivons au but de tout ceci. Ce n'est pas seulement madame de Chastenuxqui est menacée, c'est vous, c'est madame de Kadicoff, c'est le marquis votre frère.
J'écoulai de toute mon attention.
— 11 faut vous dire que, par un hasard inouï, deux ou trois jeunes gens se sont rencontrés dans cette position commune d'avoir été abandonnés par leurs parents. Us ont fait entre eux une société appelée :
La bande des enfants perdus.
Là se trouvent réunis M. Deville et le commandant Valvins; celui-ci à un double titre : comme enfant abandonné, d'une part; comme père d'un enfant qu'on a fait disparaître, d'une autre part. Ils se sont juré entre eux de se prêter secours en toute occasion.
A l'heure qu'il est, on veut perdre madame de Chastenux, puis viendra le tour de la princesse de Kadicoff.
On hésite à mettre votre père dans la liste, relativement à un certain Fabien qui habile Rennes; c'est le fils d'une certaine madame Poyer qui, toute coupable qu'elle a été, n'a pas oublié ses devoirs de mère.
Mais il paraîtrait que le marquis de Lesly s'est conduit à son égard de la façon la plus honteuse.
"Enfin, et comme dernière victime de ces messieurs, il s'agirait, pour M. Valvins, de savoir ce qu'est devenu un enfant qui a dû naître il y a un an à peu près.
Vous connaissez M. Valvins, vous connaissez peut-être la mère de cet enfant. S'il en est ainsi, je vous demande de l'avertir du danger qu'elle court.
Madame Cantel s'arrêta après ces paroles.
Toi qui sais maintenant mon secret, mon cher Melchior, tu dois juger de l'épouvante que je ressentis. J'avais la tête perdue. Je me sentais complètement à la merci de cette femme; je fus prise d'une terreur folle, et, sans calculer la portée, de mes paroles, je m'écriai: — Ah! sauvez-moi, sauvez-moi, madame.
renseignemenl
river cette iiimiuii
Elle eu était venue a ses lins; je le via an sa triomphant qui
lui échappa.
C'csl alors qu'elle osa me dire : - Eh bien! Écoutez i : un seul
homme peu! vous sauver... c'esl votre frère.
Dans quelques jours Deville era ù Re :- J'ai i secrcl de sa
naissance : le général m'a lout dit. Il n'e I poinl l • fil de madame de Chastenux.; l'enfant de lu comtesse est une fille q ti .1 dû être conûée, sous le nom de Carmélite, à un cultivateur de environs de llcunc •. nommé Leroëx.
Il e 1, quanl a lui, le lils de Loui e Firon. Je lui ai dit la vérité; mais ie me suis bien gardée de lui en fournir la preuve Celte preuve, je la lui ai promise; et, en attendant, armé de ce renseigneme-' il retourne a Rennes pour s'assurer de la vérité dé ce que je lu) appris.
J'écoutais... j'écoutais sans prévoir où voulail en orrh femme au génie infernal. Elle continua : — Nos 1 nnemis cow Boni tous à Hennés. Ou je suis mal informée, on j'ai mal compris Lucien, ou bien il eraini que quelque colli >ÎQCi sanglante n'éclate entre les étudiants de Rennes et les officiels du régiment de cavalerie auquel appartient votre livre.
H faui que dans cette collision ces trois hommes disparaissent, ou deux seulement, V al\ ins el De\ ifle : le jeune Fabien est inoffensif.
Allez chercher votre frère, ou écrivez-lui... Inventez quelque chose, dites-lui ce que VOUS voudrez... Mais on ne l'ail pas taire de pareils hommes, on les tue !...
Une le dirai je, Melchior? Je ne sais par quels arguments impitoyables, sanglants, odieux, celle femme m'entraîna; mais je promis de l'écrire ou plutôt d'aller sur-le-champ près de toi.
Une heure après que je fus rentrée au château, j'étais en proie
au délire d'une (ièvre mortelle... Après trois jours où j'ai appelé la mort de tout mon pouvoir, je me levé pour l'écrire... Je l'ai fait; c'est fini...
Je n'ose pas relire ma lettre... je ne te l'enverrais pas...
Que feras-tu? (juc décideras- tu?
Songe qu'il y va de l'honneur de notre père, du mien... Mais que vais je te dire là. I — Oh! mon Dieu! mon Dieu! que je voudrai:: être morte I