VI. — PROVOCATIONS
Il y eut un moment de silence pondant lequel les trois amis refusèrent d'un geste froid les sièges que leur avait avancés le marquis de Lesly. Celui-ci, malgré sa résolution d'être calme, prit un air de hauteur et dit d'un ton sec : — J'attends, messieurs.
— Monsieur de Lesly, dit Valvins avec un effort qui montrait combien il regrettait d'être forcé de remplir la mission dont il était chargé; monsieur de Lesly, hier, M. Poyer a pénétré de vive force dans votre maison; il en' a fait sortir par la menace une femme qui vous intéresse vivement. C'est une injure qu'il vous a faite : il vient vous en offrir la réparation.
Melchior qui, dans toute autre circonstance, eût trouvé une pareille démarche assez impertinente pour mériter une correction immédiate, Melchior se contint et répondit assez froidement : — Mais si je ne me trouve point offensé de la conduite de monsieur, si je ne lui en demande pas réparation, dois-je accepter un combat qu'on m'offre si bénévolement ?
Valvins et ses amis étaient loin de s'attendre à une réponse aussi calme de la part de Melchior; et Poyer, prenant aussitôt la parole, dit avec un léger accent de colère : — Si M. le marquis de Lesly ne se trouve point otfensé de ce que j'ai forcé sa maison, de ce que j'en ai chassé sa maîtresse, moi je me trouve offensé de ce qu'il m'a pris une femme qui m'appartenait, et je lui demande raison de sa conduite.
— Je le comprends de cette, façon, repartit Lesly; mais je pourrais dire à M. Poyer que j'ignorais complètement ses relations avec cette fille, et que si je les avais connues, rien n'eût pu me déterminer à lui faire gratuitement l'affront qu'il me reproche.
A cette réponse, Poyer regarda Valvins d'un air stupéfait et lui dit : — C'est là le jeune homme impétueux dont lu m'avais parié?
— Monsieur Poyer, dit Melchior d'une voix grave, nous n'avons pas, entre nous, l'habitude de douter du courage de nos adversaires.
Melchior était visiblement embarrassé et s'arrêta un moment.
— Je serai prêt, quand il en sera temps, à vous rendre raison des torts que j'ai pu avoir envers vous; mais je vous le demande comme à un homme d'honneur, ma conduite envers cette misérable fille est-elle la seule cause de la rencontre où vous venez m'appeler ?
— Ne, la trouvez-vous pas suffisante?
— Sans doute... Mais, pour l'honneur de ma famille, dit Melchior d'une voix tremblante, j'ai besoin de savoir si vous ne cédez pas à quelque suggestion tout à fait étrangère à Carmélite.
A ces paroles de Melchior, la figure de Poyer devint livide; une haine implacable se peignit un moment sur son noble visage et lui donna une expression de férocité.
— L'honneur de votre famille!... murmura Poyer d'une voix sourde; l'honneur de votre famille!... répéta-t-il avec un violent mouvement de rage.
Il jeta un regard interrogateur sur Lucien et Valvins, et reprit avec une expression d'ironie cruelle : — Le marquis de Lesly parle de l'honneur de sa famille ! Mais ne savez-vous pas, reprit Poyer en attachant sur Melchior ses yeux ardents, ne savez-vous pas que votre père a touché à l'honneur de la mienne?
Melchior baissa les yeux.
— Ne savez-vous pas, reprit Poyer dont la colère s'exaltait de moment en moment, ne savez-vous pas qu'à défaut du père, j'ai soif de tuer le fils?... Il me parle de l'honneur de sa famille, lui, le fils du marquis de Lesly, qui a déshonoré la maison où on lui donnait asile... lui, le frère de cette femme perdue...
— Silence, Poyer ! s'écria Valvins.
Melchior écoutait, la pâleur sur le front.
— Laissez-le parler, commandant, s'écria-t-il d'une voix sombre, laissea-le parler... Il faut que je sache la vérité tout entière, il le faut.
Melchior resta un moment silencieux; puis il reprit d'une voix entrecoupée par l'effort violent qu'il faisait sur lui-même pour aborder un pareil sujet : — N'avez-vous pas appelé ma sœur une femme perdue, et n'y a-t-il pas un de vous qui pourrait au besoin attester que c'est la vérité ?
En parlant ainsi, Melchior regarda Valvins, qui rougit et baissa les yeux.
Melchior continua en s'adressant à Deville : — Et vous, monsieur, n'êles-vous point d'avis qu'il est temps de mettre en pleine lumière les crimes de ces mères qui jettent leurs enfants à l'abandon et à la misère?
— Que dites-vous? s'écria Valvins, et d'où savez-vous?...
— Ali! fit Melchior, d'où je sais vos projets...
Il s'arrêta, et tirant de sa poitrine un soupir profond et désespéré, il s'écria : — Ou ! tout ce que m'annonçait cette lettre était donc vrai!...
— Quelle lettre?
— Quelle lettre? reprit Melchior; une lettre qui n'est plus en mon pouvoir...
Il s'arrêta encore et reprit : — Oh! c'est épouvantable!...
Puis, avec un désordre extrême : — Merci , messieurs, merci de votre présence. Eh bien, à vous d'abord, monsieur Poyer, et si le sort vous favorise, tant mieux... je ne vivrai point pour voir éclater sur mon nom cet orage de délations et d'infamies... Si c'est moi qui suis le vainqueur, ce sera à nous deux ensuite, monsieur Valvins... et à vous après, monsieur Deville ; car il faut (pie je meure, ou que tout homme qui possède l'horrible secret de tous ces crimes meure aussi.
Valvins et Deville se regardèrent.
— Je ne vous comprends pas, dit Valvins.
— Je vous dis que je sais tout, reprit Melchior. Une femme à qui vous avez dit vos projets les a confiés à ma sœur, qui me les a écrits...
Lucien et Valvins restèrent confondus.
— C'est madame Gaule!, murmura Deville.
— Oui, oui... reprit Melchior, c'est bien le nom de cette femme. Puis il reprit avec rage : — Et celte lettre est entre les mains de Carmélite !
Les trois amis reculèrent avec élonnemenl.
— Écoutez, écoutez, leur dit Melchior avec désespoir; voulez-vous m'aider à retrouver celte fille, à lui arracher une arme avec laquelle elle peut perdre et ma sœur et voire mère aussi, monsieur Poyer, car le crime de mon père s'y trouve expliqué aussi bien que les fautes de ma sœur? Voulez-vous m'aider à retrouver celte lettre, et puis après je serai à vos ordres... le voulez-vous?
— Oui, dit Poyer... je le veux... Mais après cela vous m'appartenez...
— A l'heure que vous voudrez et comme il vous plaira.
Cette conversation était à peine finie que Melchior écrivit au lieutenant général le billet suivant :
« Mon général ,
» Je me fie à votre honneur de soldat, et je viens vous dire : Sur l'honneur de mes épauleltes, une affaire complètement étrangère aux événements qui se sont passés hier au Champ de Mais, une affaire où il y va de l'honneur, de la vie de toute une famille, cette alîaire m'oblige à quitter les arrêts que vous avez prononcés contre moi.
» Je vous le demande comme une grâce, si l'on me rencontre déguisé par la ville ou dans la campagne, faites qu'on ne me recherche point... 11 faut tout vous dire. J'ai besoin de ma liberté pour sauver l'honneur de...
» Mais à quoi bon vous dire des noms qui me feraient rougir un jour devant vous? »
Ce billet écrit, Melchior s'habilla en bourgeois et s'apprêta à sortir avec ses trois ennemis.
— De quel côté pouvons-nous trouver Carmélite? dit Valvins.
— Du côté de la ferme de Leroëx ou de la maison où je l'ai trouvée.
— Mon domestique y est allé, dit Melchior.
— Et n'a rien trouvé, dit Poyer. Oli ! il faut connaître le pays mieux qu'il ne le connaît, pour trouver quelqu'un qui se cache parmi les haies, les buissons et les chemins creux de nos campagnes. Venez avec moi.
Ce fut ainsi qu'ils sortirent tous les quatre sous la direction de Poyer.
Notre héros, avec cet instinct de chasseur qui lui avait appris quel attrait invincible ramène toujours toute créature aux environs'de l'endroit où est sou nid et sa vie; Poyer, disons-nous, les conduisit du côté de la ferme de Leroëx. C'était le bruit des pas précipités de ces quatre hommes qu'avaient entendu Carmélite et Fabien.
UN MEl RTRE.
A travers le feuillage derrière lequel ils s'étaient abrités, Fabien et Carmélite aperçurent de loin ceux qui étaient à leur poursuite, et se retirèrent au plus profond du taillis où ils s'étaient cachés.
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CONFESSION i.l \l l; Ml.
I : i ( 1 1 1 1 \ t |fg ,|n:iiiv lewnesgens arrivèrent; lew marche était rapide, et ils paraissaient aller à un but déterminé, sans chercher au* eun indice qui dût les arrêter sur le chemin qu'ils parcouraient : ;Mis i pa Rèrenl ils rapidement devant lo taillis où se tenaient blottis Fabien el Carmélite.
m , 1 1 , .m moment où ils allaient B'éloigncr dans la dire< lion do la renne de Leroëx, Poyer s'arrêta tout à cour. Il parut prêter l'oreille à un bruit qui avait traverse" l'air; il jeta autour de lui un regard rapide e1 investigateur. On eûl dit qu'il était doué de l'uwtinH prodigieux iln chien de chasse, qui seul au Mb h préaeoea da ta vin» tirne qu'il poursuit.
Soil que m lui une inspiration soudaine qui montrait à Poyer cet endroit comme plus propre qu'un autre à cacher les coupables, suit i|u'iiu indice inaperçu de tous ses compagnons lui eût révélé leur présence, il tourna vers le taillis un regard qui semblait pénétrer dans son ombre.
Puis, tout à coup, bondissant comme un lévrier nui a aperçu sa pioic, il franchit an quelques bonds les haies, les fossés et I» s buis s, 'lis qui le séparaient de l'endroit où estaient cachés Carmélite et Fabien, et avant que ceux-ci eussent pu taire un mouvement pour échapper à cette poursuite soudaine, il était près d'eux et appelait à lui ses compagnons qui l'avaient si soudainement \u disparaître à
leurs \eu\.
Lorsqu'il» arrivèrent, Carmélite el Fabien était l'un près de l'autre, la main dans la main, IreinhlanLs et épouvantés tous deux, mais i.uis deux cependant bravaBl du regard les ennemis qu'on leur annonçait
Quant à Poyer, il était debout, immobile en tact" d'eux, promenani son regard désespéré sur ces i\cu\ êtres qu'il avait tant aimés, et qui t'avaient si indignement trahi. •
Ce fui alors que Poyer, montrant Carmélite à Melehior de Lesly qui arrivait, lui dit d'une vois sourde : — Tenez, voilà la femme que vous cherchez; dépêchee-vous, j'attends.
En partant ainsi, Poyer s'assit sur une pierre et cacha salètedans ses mains comme pour rester étranger à toutes qui allait se passer.
Melehior s'avança vivement vers Carmélite, et lui dit d'une voix menaçante : — Vous avez pris chez moi une lettre qu'il l'aul me rendre à l'instant même.
Avant que Carmélite n'eût le temps de répondre, Fabien s'avança vers M' lehior el lui dit avec la colère d'un cœur qui ne sait d'autre excuse à ses taules que de les pousser jusqu'au bout : — Prenez garde ; il y a ici quelqu'un qui ne vous laissera pas insulter et menacer cette jeune Elle.
— Et qui cela? dit le marquis de Lesly avec hauteur.
— Moi! répliqua Fabien.
Melehior, que le ton de son nouvel ennemi avait exaspéré, fut sur le point de répondre à celte bravade par l'insulte la plus violente; mais, en voyant la tournure frêle de cet enfant, il s'arrêta et demanda à ceux qui l'entouraient : — Mais quel est donc ce jeune homme qui vient se mêler de choses qui ne doivent ni ne peuvent le regarder?
— Il vous importe peu de savoir qui je suis, reprit Fabien en pâlissant; laissez là cette jeune fille, ajouta-t-il d'un ton moins impérieux, c'est tout ce que je demande.
— Et moi, reprit Melehior en se détournant de Fabien, comme d'un ennemi indigne de lui, pour s'adresser à Carmélite, je demande, j'exige, je veux celte lettre que vous m'avez volée.
— Vous ne l'aurez pas, repartit Carmélite résolument. Melehior se retourna vers les deux témoins de Poyer, et, la pâleur
sur le visage, frémissant de colère, il s'écria : — Vous le voyez, messieurs, vous voyez à quoi l'on me réduit ; vous témoignerez que si j'ai jamais porté la main sur cette femme, c'est qu'elle l'a voulu.
— Oh ! s'écria Carmélite en reculant de quelques pas, n'en appelez à personne ici, monsieur le marquis de Lesly; car vous me protégerez, vous, monsieur Deville, et vous aussi, monsieur Valvins, reprit-elle en élevant encore la voix, c'est votre vengeance qu'on veut m' arracher ; c'est la preuve des crimes de la sœur de cel homme, c'est la preuve de voire naissance, monsieur Deville, c'est la preuve que nous. sommes nés du même père; car vous êtes mon frère, j'en ai la preuve Maintenant.
— Misérable! s'écria Lesly en s'élançant vers Carmélite, qui se recula encore, pendant que Fabien se jeta à la rencontre de Lesly, et tous deux se prirent à lutter ensemble.
Valvins et Deville étaient demeurés immobiles, stupéfaits de ce qu'ils venaient d'entendre; mais Poyer s'était levé tout à coup, et à l'aspect de Fabien et de Melehior qui, après avoir lutté un moment ensemble, s'étaient séparés pour se saisir chacun d'une épée et s'attaquer avec plus de fureur, Poyer avait poussé comme un cri de joie sauvage; puis tout à coup, en les voyant s'avancer l'un sur l'autre, les yeux enflammés de colère, les lèvres frémissantes de rage, il se précipita entre eux au moment où ils se lançaient en aveugles l'un contre l'autre, et les deux épées, poussées par ces mains furieuses, frappèrent à la fois le brave Poyer et se croisèrent pour ainsi dire dans sa poitrine. ' - '■: '■'
En ce moment, un cri d'épouvante et de douleur s échappa de
I nul es les bouche,; ni 1 1 , l ', i\ i r i <■ l.i <!•-(• uni , le. cl.'iiv mon Ippll
m e hle lires, el regardant tour à tour Melehior el Fabien, il
leur dit d'une vmv haleLinle :
— Oh I Viius èles bien tous les deu\ 1rs lit de l'humiiii- qui a
déshon n'é ma mère... »otPe pctxî a tué le mien par la honte... vous vous m'avez bais i\c\t\ assassiné avec l'épé"!.. C'était juste...
A peine avait-il prononcé eesparulvi que l'infortuné Poyer détacha ses mains de sa poitrine, les lendit 5 Val> ins et a l)e\ ille qui s'étaieiri approchés, et tomba en murmurant ces derniers mots :
— ,V dites lien a ma mère... el ne me vengez pas.
Dieu ne peut rendre le désespoir de Me chi »ron voyant ainsi tomber
ce brave jeune liomme qui n'avait pas <^t »«1 ni il pour maudire .eux
qui, après avoir porté le désespoir dans son cœur, venaient d j pion ci le fer.
Quant a Fabien, il « '• i .lit tombé à genoux, el pas un cri, pas un murmure n'était sorti de sa bine lie, pas une larme de ses yeux.
H. regardai! (fowmenl le visage de Poyer, il semblait aBsentdctoul
ce qui se passiil autour de lui, lorsque Carmélite, vieil ml profite) de la stupeur universelle, lit un mouvement potU s'enfuir.
Tout à coup, et avant qu'elle n'eût pu faire un pas, Fabien
l'atteignit, el la traînant jusque auprès du corps de Poyer avec une
force invincible, il la jeta à genouv auprès de ce corps inanimé en lui criant : — Regarde celui que lu as lue!
A son leur, Carmélite se mit à contempler Poyer, et comme si l'aspect de ce corps insensible lui rendait le s uivenir de tout ce qu'il y avait de grand el de noble dans ce rmur qui ne battait plu-., elle s'écria après un moment de silence :'
— Il n'y avait que lui de bon !
Puis elle se pencha sur le cadavre, déposa un baiser SUr ses lèvres glacées, se releva, et jetant à terre la lettre de madame de losenzae et la copie qu'elle en avait faite, elle s'écria :
— Tenez, videz entre vous toutes vos honteuses querelles, je ne vous connais plus.
Lesly ramassa les papiers, et ayant reconnu l'écriture de sa sesur, il garda la lettre et rejeta la copie qui en avait été faite comme un papier qu'il ne lui importait pas de connaître.
Fabien s'en empara sans autre motif que de ne pas laisser à l'abandon une lettre dont il avait reconnu l'écriture pour être celle de Carmélite, et celle-ci s'éloigna rapidement.
Pendant ce temps, Valvins et Deville s'étaient approchés de Poyer et s'étaient agenouillés près de lui.
Quelque énergie qu'il y eût dans le cœur de ces deux hommes, elle paraissait avoir complètement succombé sous le coup douloureux qu'ils venaient de recevoir l'un et l'aulre.
Ce fut Melehior qui leur adressa le premier la parole.
— Fh bien, messieurs, leur dit-il, que décidez-vous?
— Oh! dit Valvins, c'est 'effroyable. ; et comment pourrons-nous annoncer à madame Poyer que son fils est mort frappé de la main de Fabien, de la main de son autre enfant?...
— Écoutez, dit alors Melehior d'une voix entrecoupée, un duel n'a-t-il pas .pu avoir lieu, un duel entre moi et M. Poyer, duel qui peut s'expliquer par trop de raisons fatales pour qu'on n'y croie pas?
Deville montra du doigt les deux blessures ouvertes à chaque côté de la poitrine.
— Un duel, dit-il, n'admet pas deux épées qui frappent et qui tuent à la fois. 11 faut dire la vérité.
Valvins se leva alors et reprit avec une vivacité désespérée : — La vérité, oui, il la faut aux magistrats, il la faut à nos camarades; mais nous ne pouvons pas assassiner la mère,. après avoir tué le fils, en disant la vérité. Pour elle ce sera dans un duel que le brave Poyer sera mort. Tu m'entends, Fabien? et pour que ta mère ne sache jamais que ta main est une de celles qui ont fait couler le sang de ton frère, tu rempliras jusqu'au bout tous les devoirs que tu dois au iils de celle qui t'a nourri et élevé.
— Je le ferai, reparlât Fabien.
Alors Valvins, tendant la main à Deville, lui dit d'une voix sourde : — Voilà donc le sort que Dieu a réservé à la mère qui n'avait pas abandonné son enfant; n'y aurait-il pas un châtiment pour celles qui les ont jetés à la misère et à l'abandon?
Ces paroles ramenèrent Lesly au souvenir du motif qui l'avait conduit à la poursuite de Carmélite, et croyant que c'était à lui que s'adressait la menace de Valvins, il dit d'une voix calme et résolue :
— Et maintenant, messieurs, quand vous voudrez, je serai à vos ordres.
— Pas encore, monsieur le marquis, lui répondit Valvins, Poyer nous a défendu de le venger.