‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 150 sur 169 · AGI · texte numérisé non relu

AGI

L'inconnue remit à Noël le billet ouvert qu'elle venait d'écrire.

arrivée vingt ans plus tard; si Noël avait vécu dans celte atmosphère funeste qui a moissonné tant déjeunes existences, il y a quelques années, il est probable qu'il eût reculé devant la lutte qui s'offrait à lui; il eût succombé à la contagion morale qui détruisait dans le cœur des jeunes gens non-seulement l'idée du devoir, non-seulement la puissance des affections, mais encore le sentiment le plus vivace de l'homme, l'espérance.

A une époque postérieure à celle où il vivait. Noël se fût brûlé la cervelle; quarante ans plus tôt, il se fût enfermé dans un monastère, pour se séparer à jamais des passions et des turpitudes humaines. Heureusement pour lui que, si le désespoir d'exister pénétra jusqu'à son cœur, la pensée de se soustraire à ce désespoir par une mort

volontaire ne se présenta pas à lui.

D'ailleurs, sa mère ne lui avait-elle pas laissé un devoir à remplir ? Ne lui avait-elle pas dit :

— Si l'un des quatre hommes auxquels je t'adresse l'accueille avec bonté, t'offre son affection et se fait ton guide et ton protecteur, aime-le, respectele , et garde à ta mère un souvenir pieux et tendre; mais s'il arrive qu'aucun de ces hommes ne prenne en pitié ton abandon, s'ils te repoussent tous , rassemble-les le même jour, à la même heure, dans le même lieu ; puis, quand tu les lienunis tous sous ta main, lu leur liras le manuscrit que je te remets!

Noël avait reçu cette dernière recommandation de sa mère sans en comprendre la portée, et s'était mis à l'œuvre pour accomplir cette suprême volonté, sans savoir ni comment il allait ni où il arriverait. Il avait été repoussé, comme sa mère avait dû le prévoir, et s'il n'eût rencontré Valvins, Deville et Fabien , il eût continué la mission qu'on lui avait donnée, sans crainte comme sans espérance.

Mais à l'heure où il était arrivé, après ce qu'il venait d'apprendre, après ces tristes et honteux exemples de la démoralisation sociale, une instinctive teneur le faisait reculer devant l'accomplissement du devoir

qui fui avait ete imposé. Ce manuscrit légué par sa mère lui faisait peur. Etait-ce un aveu, une justification ou une vengeance?

Pauvre femme mêlée à la vie de ces hommes dont il avait appris tant d'odieuses menées, avait-elle été la victime de l'un d'eux' ou bien lui-même, Noël, si durement repoussé par celui dont elle portait le nom, était-il un de ces enfants abandonnés, comme Valvins, comme Deville, comme Fabien? Allait-il apprendre qu'il devait sa haine et son mépris à quelques-uns de ces hommes; allait-il apprendre qu'il avait aussi à rougir de sa mère?

Cette dernière pensée lui était affreuse. Une seule affection avait existe pour lui sur celte terre, un seul cœur lui avait été ouvert, et peut-être la lecture de ce manuscrit allait-elle détruire toute cette affection et lui montrer l'indignité de ce cœur.

Noël en était arrivé à cel all'reu.i désespoir de se défier non-seulement de tout ce qui vivait autour de lui , mais de douter encore de sa mère morte. Ainsi plongé dans la plus affreuse incertitude, il redou-

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t., il (si conseils aiw pouvaient lui donner ses amis, ci redoutait peut-être encore plus a'obéir 5 L'ordre qu'il avail reçu de sa mère.

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