‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 151 sur 169 · X. — BONUS HINOTi · texte numérisé non relu

X. — BONUS HINOTi

I i 1 1 1 1 i t < | ii i suivit celte Ici hiic lui l;i première de CCI nuits Imrri-

liles ofi l'insomnie ajoute aux douleurs réelles loutos les i.uit.i «liqtice douleurs qu'elle traîne à sa Biiite, C'est durant îles nuits pareilles que les vices et les crimes prennent des ligures de fantômes inconnus, ou s'ine;ii lient dans la personne des gens qui voua entourent.

Ainsi, Noël \ it tour à tour passer, dans ses rêves éveillés, mad île Kadicoff, souple, raressauto, avec des veux pleins de langueur, une voix presque enfantine, se jetant tout a coup sur lui, tirant ne son gant parfumé sa main blanche armée de grilles d'acier, lui déchirant el lui fouillant les entrailles.

Puis, c'était Carmélite avec sa rude beauté, Bon ardente jeunesse, obéissant aux élancements de ses désirs ut de sa passion.

D'autres fois, il voyait madame Cantel, fantôme insaisissable, femme frêle el gracieuse, nue la volupté jetait dans ses bras el qui bientôt se trouvait le tenir sous le charme d'un regard faux , d'une parole mielleuse ; l'insultant le sourire aux lè\ res, le dépouillant avec des caresses, comme lait le doucereux usurier qui arrache tout doucement à un jeune dissipateur les riches lambeaux de sa Un lune.

Indépendamment de toutes ces femmes dont les images passaient devant ses yeux ouverts, Noël croyait assister, tantôt aux violentes orgies des étudiants, tantôt à leurs sanglants duels. La l'atkuc finit par l'emporter) il s'endormit et ne s'éveilla que fort lard dans son petit logement solitaire.

Ii s'informa d'abord si personne ne s'était présenté chet lui ; mais à son grand étonnement il apprit que ni Deville, ni Fabien, ni Valvins n'avaient paru. Il sembla à Noël qu'après l'avoir initié à (\v pareils mystères, ses nouveaux amis lui eussent dû l'explication de leur confidence; il supposa qu'ils allaient venir et les attendit, car il ne savait où les trouver.

Le bruit et le mouvement, les émotions el la curiosité deviennent des besoins de notre nature, aussi bien qui le calme et la solitude. De même qu'il tant à un homme habittK à la régularité d'une vie paisible nue grande force de volonté pour s'arracher à cette inactiviie île ions les jours, de même, lorsqu'il a élé emporté violemment dans un tourbillon rapide d'événements ou d'idées, il faut une force égale pour ne pas céder au besoin d'agitation qui le dévore.

Ainsi* après la lecture des divers manuscrits qui lui avaient été remis, Noël avait éprouvé une telle lassitude, qu'il en avait conclu en lui même qu'il n'était point l'ait pour subir deux fois de pareilles émotions ; mais quelques heures de repos avaient suffi à faire disparaître cette fatigue inconnue, et au lieu de se complaire dans le repos qu'il désirait si ardemment la veille, il supportait avec impatience l'attente qui suspendait ce mouvement fébrile auquel il avait élé en

proie.

Comme un enfant qui attend l'heure de sa récréation, il allait et venait dans son apparlenient, consultant à chaque minute la pendule qui, à son gré, ne marchait pas assez vile, s arrêtant au moindre biuit qui lui annonçait l'approche de quelqu'un.

Enfin ce fut à ce point, que le bruit de la sonnette s'étant fait entendre, il ne laissa point à la femme qui le servait le soin d'aller ouvrir la porte, el y courut lui-même. H» s'attendait à rencontrer un de ceux qui s était mêlés si inopinément et si activement à sa vie, mais sa surprise fut extrême, eu voyant entrer chez lui une femme qu'il ne connaissait point.

Elle était d'une beauté peut-être contestable pour ceux qui entendent par ce mot «me pureté irréprochable dans les lignes, et qui, selon le langage du temps, mettaient, comme condition sine qua non d'un beau visage, l'heureux mélange de l'incarnai et de la neige, de la rose et du lis.

Mais pour ceux qui admettent que la beauté n'atteint son plus beau type que lorsque les traits du visage formulent pour ainsi dire à l'œil les plus nobles qualités de l'âme, pour ceux-là, dis-je, la femme qui venait d'entrer était une des plus belles qu'on pût voir.

Le front trop vaste annonçait une intelligence hardie et résolue, l'œil, enfoncé sous l'abri de deux épais sourcils, devait peut-être à ce défaut même l'éclat saisissant de ses regards, et soit qu'il fût enflammé par la colère, soit qu'il fût alangui par une tendre émotion, l'éclair qui jaillissait de ces yeux devait sa puissance et son charme à la pénombre du tond de laquelle il s'élançait.

La bouche était grande, les lèvres épaisses, les dents étincelantes; le contour du visage manquait de mollesse, le menton était fortement accusé; < t de tout cela ressortait une expression de puissance, d'énergie et de passion qui frappa N ël d'une sorte de crainte.

Par un contraste bizarre, la voix de cette femme était d'une sonorité enfantine, et lorsqu'elle adressa la parole à Varneuil, il la regarda avec un nouvel étonnement, comme s'il doutait que la femme qui lui parlait fût la même que celle qu'il voyait.

— M. Valvins est-il ici? lui avait-elle dit.

Il hésita à répondre et la laissa répéter deux fois sa question.

— Non, madame, lui dit-il enfin.

— Kl M. Lucien Deville?

— Je ne l'ai p iiul vu. repai lil Noël.

— Vous fttus bien cependant monsieur de Varneuil f lui dit celle

dame.

— oui, madame.

— .le virus de ehe/, ValvillS et de i lie/. I.ueiell, lui dil-elle en p.i -

raisiaul réfléchir, el chacun de ces messieurs avail fail dire chez

lui qu'on le trouverai! dans voire maison.

Elle s'arrêta, entra vivement dans l'appartement et dit à Noël :

— Puisqu'ils ne BOnl pas venU8, pennelle/.-inoi de leur écrhe LUI mol : je n'ai pas le leiup' de les attendre.

N el d ta à l'inconnue toul ce qu'il fallait pour écrire.

Elle traça à la haie quelques lignes, et les remit tout ouvertes à Varneuil, avec un cahier assez épais, el que rien ne défendait contre

la CUl Usité de celui à qui on le confiait.

Sans vouloir eu taire l'observation loi nielle à celte inconnue, Noël

es aya de l'avertir de sa distraction, en lui présentant un cachet et •le la cire.

Celte dame le regarda un moment avec une vivi attention, puis

elle jeta un regard rapide autour d'elle, el ajouta, avec un II isie sourire : — Ils ne m'ont point trompée, dit-elle, en désignant du doigl les divers manuscrits qui avaient été remis à Noël, et qu'il avail laissés sur son bureau.

Ils vous ont l'ait lire toutes ces hideuses histoires. Quel résultat en espèrent-ils? Celui de vous attirer sans doute dans leur funeste dation, folie de désespérés, qui réussira peut-être vis-à-vis de vous; el cependant vous êtes bien jeune, monsieur, pour qu'on lue gans pitié tons les bons seiitiuieuls dans voire âme, pour qu'on y coupe dans leur bouton les espérances et les iliusi ns, destinées sans doute a se flétrir et à s'effeuiller, mais qu'il fallait du moins laisser vivre el s'épanouir, et jeler sur votre exist^ice l'éclat qui passe et le parfum qui reste quelquefois. Si je vous avais connu, monsieur, jeune comme vous l'éles, candi le comme votre regard me le prouve, je les eusse peut-être empêchés de faire celte mauvaise action. Mais puisque le mal est arrivé, j'y apporterai, autant que possible, un remède, insuffisant peut-être à le guérir complètement, mais quidu moins jettera quelque baume sur les blessures qu'on vous a faites.

Puisque vous êtes en train de lecture, ajouta celte dame eu Souriant, lisez le manuscrit que je vous remets pour ces messieurs, vous en avez le temps; car je commence à comprendre comment ils ne sont pas encore chez vous, malgré le rendez-vous qu ils s'y étaient donné, et si mes soupçons sont justes, vous ne les venez guère que demain; ou bien, si c'est aujourd'hui, ce sera à une heure fort avancée de la journée.

— Mais, madame, lui dit Noël, puis-jc savoir à qui j'ai l'honneur de parler ?

L'inconnue remit à Noël le billet ouvert qu'elle venait d'écrire, et sortit rapidement après loi avoir dit : — Lisez, monsieur.

Noël pouvait, avec raison, être fa' igné de ces confidences incessantes qui lui avaient été, pour ainsi dire, imposées, et certes, si celle qu ou venait de lui offrir encore eût été présentée par l'un de ses amis de la veille, il l'eût refusée ; mais la femme qui lui avait remis le billet el le manuscrit l'avait frappé au cœur d'un sentiment inexplicable de curiosité et d'admiration.

Il lut rapidement le billet, et la signature qu'il portait lui apprit que celte femme ne lui était pas aussi inconnue qu'il le croyait.

Voici ce billet :

« Je pars à l'instant avec Amélie; nous serons aux eaux de Bagnères dans quelques joius.

» Il faut que vous fassiez accepter par Eusène ce départ précipité, et comme une jeune femme ne serait pas suffisamment protégée par ma présence, au milieu du monde qui, d'ici à un mois, envahira la petite ville où nous nous rendons, il faut que, d'ici là, Eugène soit venu rejoindre sa femme.

» Vous êtes deux hommes forts, à ce que vous dites, je vous remets le réc.t des événements et des raisons qui ont rendu ce départ nécessaire. Quand vous aurez fait de ce récit un usage qui, je l'espère, sera convenable, vous m'avertirez immédiatement du prétexte que vous aurez donné à notre départ.

» Je compte assez sur votre expérience pour espérer qu'il aura le sens commun : vous verrez dans ce manuscrit que les mauvais exemples sont pernicieux.

» Cela ressort non-seulement du fond de l'histoire, mais aussi de la forme que je lui ai prêtée, car j'ai fait comme vous, j'ai fait un petit roman avec les choses qui se passaient autour de moi et sous mes yeux; il est probablement indigne d'entrer clans votre collection : il n'y a dans tout cela ni sang, ni crime, ni enfant abandonné, il y a tout simplement l'histoire de quelques cœurs désunis, et elle ne peut vous servir en rien aux projets de vengeance que vous avez formés contre la société tout entière.

» Je charge M. Noël de Varneuil de remettre ce manuscrit à l'un des deux chefs de l'association des enfants maudits, soit Valvins, soit Lucien Deville.

» Adieu, à bientôt. Votre amie toujours, sopuie minot. »

COM'KSSION GÉNÉRALE

lé:

XI.- — It ÉTAtT TUMPS, 01* A QIP.Î.QIT ClMsT. MAI 1IF.I 11 I si lio\.

Vn soir, dans un pavillon qui se rattachait à une assez bette ha- Litalioi] par une longue allée de tilleuls, était assise une jeune femme qui paraissait à peine avoir vingt ans, et q li, arrivée déjà à tout le

de eloppemen! de sa beauté, avait cependant conservé dans ses traits la candide ingénuité d'une enfant dé seize ans. Le pavillon où elle se trouvait taisait l'ace à une grande route qui

se divisait au pied de la terrasse siur laquelle il était assis, de façon que de cet endroit on pouvait aperorvoiv de très-loin la voiture et les Voyageurs qui venaient de Pans. Ce pavillon ainsi placé existait encore il y a quelques années à une petite, distance de la Cour de Fiance.

Dans le mur même de la terrasse qui dominait la grande route,. était pratiquée une porte qui donnait entrée à la propriété. Cette porte ouvrait sur un petit escalier qui lui-même aboutissait à ce petit pavillon.

La jeune femme qui l'occupait était assise près d'une table, sur cette table se trouvaient quelques légers ouvrages de broderie qu'elle paraissait avoir abandonnés.

Son coude s'appuyait sur le marbre et sa tête reposait sur l'une de ses mains. Son regard, attaché au plus lointain de la longue route qui se déroulait devant elle, semblait y chercher quelqu'un. De l'autre main, elle tenait une clef qui devait sans doute être destinée à ouvrir la porte de la terrasse.

Cette femme attendait quelqu'un, et celui qu'elle attendait avait probablement le droit, à quelque titre que ce fût, d'arriver immédiatement jusqu'à elle.

l'ius d'une fois un léger tressaillement avait semblé dire que la longue attente de la jeune femme allait être satisfaite. Un point imperceptible se montrait à peine au bout lointain de cette roule déserte, que l'œil constamment fixé dans cette direction s'ouvrait plus animé et plus inquiet. Mais ce point n'avait pas encore pris une forme, que le regard avait déjà perdu ce rayonnement d'espérance; il se resserrait pour ainsi dire dans son immobilité et dans son attente; ce n'était pas là celui ou celle que cette belle jeune femme attendait.

Mais pour deviner si bien et si vite que son espoir était une erreur, il fallait que le regard de cette femme fût bien perçant, car tout autre à sa place eût eu peine à distinguer si c'était un homme ou une voiture à l'extrémité de la route. Hélas! ce n'était point parce que ses yeux étaient armés d'un regard plus pénétrant que cette femme voyait si bien, c'est que depuis trois moins assise, chaque soir, à la même place, attendant chaque soir le même cavalier, elle avait appris à reconnaître à des signes imperceptibles l'apparition de celui quelle attendait encore ce soir-là. Et puis le cœur a sa clairvoyance comme les yeux, son ouïe comme l'oreille, sens cachés que n'émeuvent qu'un seul aspect et une seule voix. A la même dislance où une autre n'oserait ai firme r qu'elle aperçoit une voiture, une mère reconnaîtra son enfant trop penché à la portière, et elle entendra les cris plaintifs ou joyeux de sa voix, lorsque le bruit de la roue sur le pavé ne lui arrive pas encore.

Pourvoir si bien, il fallait donc que cette femme aimât beaucoup.

Déjà son attente avait été plusieurs fois trompée; et cependant, patiente et résignée, elle n'avait témoigné par aucun geste qu'elle lut douloureusement affectée de ces espérances à chaque instant déçues. Le regard brillait un moment et s'éteignait aussitôt.

Voilà tout ce qui montrait que celte femme ne fût pas une blanche statue.

Toute sa vie et toute son âm^ étaient dans son regard, et couraient sur ce rayon lumineux jusqu'au bout de l'horizon, comme pour y donner le baiser de bienvenue à celui qu'elle attendait, mais elles revenaient aussi rapides, mais plus tristes à chaque désillusion.

La lumière était encore resplendissante au ciel, mais déjà un rayon oblique glissant sur la terre s'y réfléchissait avec moins d'éclat, lorsqu'un nouveau point presque imperceptible parut au loin. L'œil se dilata, le regard avait déjà atteint le but et y resta attaché.

Cependant la douce espérance qui l'avait éclairé au départ s'effaça rapidement et fit place à une sorte d'inquiétude mécontente. Le sourcil se fronça légèrement. Ce n'était pas encore celui qu'on attendait.

Toutefois, on devait connaître aussi celui qui arrivait, car avant que personne eût pu distinguer si c'était un homme ou une femme, un piéton ou un cavalier, la jeune femme se leva, ramassa rapidement les bandes de mousseline déposées près d'elle et s'apprêta à s'éloigner.

Presque aussitôt, elle parut avoir honte du sentiment de colère ou de teneur qui l'avait poussée à se retirer. Elle reprit sa place à la vaste fenêtre qui ouvrait eu face de la roule et attendit avec une apparente tranquillité l'importun ou l'ennemi qui arrivait.

Quelque longue que lût la distance qu'avait à parcourir le nouveau venu, elle fut bientôt franchie. Du bout de l'horizon il semblait aussi avoir reconnu la femme assise dans le pavillon, et il avait lancé à toute vitesse l'ardent coursier qui le portait.

-Quoiqu'elle eût paru vivement contrariée de l'arrivée de cet homme, la jeune femme ne le perdit pas de vue ; la crainte et le déplaisir qui

s'étaient d'abord montrés dans son regard firent place à un Iristc ot doux embarras; cl bien que cel homme lût encore trop loin lire dans son regard le sentiment qui venait de s'j peindre, el.e : subitement les yeux pi iiô. devant sa propre pensée que devant IU'il de cet boaime \ ce moment encore un imperceptible m m nt lui échappa, et il est probable qu'elle se fût éloignée si elle ne s'était pis sentie aperçue, reconnue, et si «Ile n'avail pas donner a sa retraite un sens trop significatif. Laisser voir à un le ni ne qu'on le craint est presque a issi d uu «reux que de lui ! voir qu'on l'aime. Cela pouvait aussi dire qu'il déplaisait; unis elle ne I ' pensa pas.

Eùt-il pu croire qu'il déplaisait, lui si jeune , si beau, si brave, si bon et si indulgent : lui qui à l'âgé ou les h imraes sont tout flamme, tout bruit, tout mouvement, se pliait >i d iiicernent aux sévères exigences d'un vieux père, ou bien aux lents amusements d'une sœur malade; lui qui, à l'âge où l'on implore avec lani d ardeur, où l'on demande avec tant de larmes, semblait ne plus rien désirer : lui que l'on connaissait pour commander avec tant d'autorité à ses soldats, et qui n'avait plus auprès d'une femme qu'une voix douce et un sourire mélancolique pour lui donner de doux et tristes conseils, lui jusque-là renommé pour l'éclat turbulent de ses aui inrs, et qui maintenant semblait protéger d'un regard de frère la femme prête à chanceler dans ses devoirs. Nom, Melchior de Lesh ne pouvait s'im iginer qu'il déplaisait. D'ailleurs, qu'avail-il dit? qu'avait-il l'ait.' N'él i it— ce pas un voisin bon, précieux, obligeant, suis prétentions à rien; pourquoi paraître lui témoigner qu il déplaisait, pourquoi lui mentir?

D'un autre côté, fallait-il qu'il put comprendre qu • sa vue n était pas indifférente, que... Pourquoi lui dire la vérité? C'est alors qu'elle avait baissé les yeux.

Amélie de Frémery demeura donc pouf laisser passer le jeune marquis Melchior de Lesly, comme elle fût restée pour le p rentrant au village, pour le voyageur qui -e bâtait, attendant toujours derrière eux celui auquel elle "gardait sa joie et son sourire, celui qui ne venait pas. Cependant le cavalier s'approchait et déjà Amélie s'apprêtait, :'i grand'peine, à lui adresser le salut le plus naturel cl le plus indifférent, lorsque Melchior de Lesly arrêta son cheval blanc d'écume, palpitant à la fois d'ardeur et de fatigue, au pied de la fenêtre près de laquelle madame de Frémery était assise.

Melchior la salua, et ses longs et beaux cheveux n »irs, soulevés par un léger vent, découvrirent ce noble front si candide et firent mieux ressortir la pâleur de sou fier et gracieux visage, llag.dlé de q lelques teintes pourpres que la rapidité de la course avait imprimées à ses joues légèrement amaigries.

Madame de Frémery s'avança sur le balcon, s'y appuya gracieusement, s'inclinant avec le sourire froid d'une exacte politesse.

— Vous arrivez bien tard aujourd'hui, monsieur de Lesly, lui ditelle, M. votre père vous grondera, et madame la duchesse se plaindra de ce que vous l'abandonnez.

— Algibeek, repartit le marquis en montrant son cheval, a donc profité de ma distraction habituelle pour venir au pas, car je suis parti de Paris de très-bonne heure et j'étais plus pressé d arriver qu'à l'ordinaire.

— S'est-il passé quelque chose de fâcheux au château? dit madame de Frémery, qui tenait à prouver à Melchior qu elle ne se niellait poùl rien dans le reproche qu'elle venait de lui faire, reproche d'autant plus maladroit que l'on était encore fan de l'heure a laquelle il avait coutume de passer. Madame votre sœur, comiiuia-t-ellc, serait-elle plus gravement indisposée?

— J'espère qu'il n'en sera lien, dit Melchior. Ce qui me pressait, madame, c'est un message dont je -uis chargé.

— Four M. votre père... fit madame de Frémery en s inclinant comme pour dire à Melchior : Allez, continuez votre route.

— Non, madame, lui dit Lesly, ce message est pour vous.

— Pour moi! s'écria-t-elle en se penchant vivement au balcon. De la part de M. de Frémery, n'est-ce pas?

— De sa part, dit Melchior en tirant une lettre de la poche de sou habit.

— Ah! mon Dieu! fit Amélie, que lui est-il donc arrivé?

— Rien, madame, qu'un surcroit de travail dans l'instruction de l'affaire des conspirateurs bonapartistes, affaire dont il a été chargé de diriger l'instruction.

Une légère teinte de mécontentement se peignit sur le visage d'Amélie, et il parut à Melchior qu'il s'y mêlait un peu de In-

— Du reste, ajouta-t-il en se levant sur ses gtri rs et en tendant la lettre à madame de Frémery, il vous explique dans ce biii causes qui le retiennent à Paris.

Ainsi, le message était d'abord une lettre, la lettre n'était plus qu'un billet. Amélie ne put contenir un triste soupir.

Melchior devina sa pensée, car il ajouta : — Je l'ai rencontré dans sa voiture, tellement encombré de papiers d'interrogatoires, qu'en vérité |e ne sais comment il peut suffire à tous les travaux qu'il s'impose. Je crois vraiment qu'il travaille dans sa calèche, [tendant ses visites.

— Il a donc le temps de faire des visites, pensa Amélie. Cependant madame de Frémery se penchait vainement sur le

Ifl

C0N1 i SSION u:\i.n \i.i.

balcon, Uelchior se haussait vainement but ses étriers : Us ne pouvaiepl se rapprocher asses pour qu'Amélie pûl saisir la lettre que lin tendait m. de Lesly,

— Pardon, lui dit-il tout à coup, je vais courir iusqu'à la grille, je remettrai ce billet a un do vos gens, qui va vous l'apporter S l'instant.

— Ces! moi qui suis une étourdie, reprit vivement madame de Frémerj : je liens la clef de celte porte, et j'oublie que je puis descendre pour prendre sur-le-champ cette lettre.

Elle àvail & peine disparu du balcon pour gagner l'escalier qui conduisait à la porte extérieure, que Uelchior était descendu de son cheval. Ce n'était ches lui qu*im simple sentiment des convenances qui lui interdisait de tendre nue lettrée une femme du haut de son cheval.

il s'approcha lout à fait de la porte, de façon que lorsque madame

île t'ioinerv loin rit. elle se trouva l'ace à lace avec lui.

Elle ne pul s'empêcher de rougir, et prit d'une main tremblante le billet que lui présentait Uelchior ; et telle était son anxiété qu'elle l'ouvrit avant d'avoir remercié M. de Lesly.

Si ii lecture de ce message eût été longue, Uelchior eût eu le temps de se retirer avant qu'Amélie se lût aperçue de la maladresse presque impolie de' sou empressement. Mais ce billet, qui devait être si explicatif, ne renfermait <|ue ces quelques mots :

« Ma chère Amélie, ne m'attendez pas ce soir, de nombreuses affaires me retiennent.»

A peine eut-elle lu ces mots qu'elle reporta ses veux sur Melchior, comme pour lui demander s'il n'avait rien à ajouter à ce billet si laconique et si sec.

Uelchior baissa les veuv.

— Merci, monsieur de Lesly, lui dit-elle d'une voix dont elle ne pul dissimuler l'altération... merci.

Uelchior la salua silencieusement, et il était déjà monté à cheval el s'éloignait lentement, qu'Amélie était encore sur la porte de la terrasse, debout, immobile elles veux Gxéssur ce papier, lie grosses larmes coulaient sursesjoues.ee léger tremblement qui précède les sanglots agitait ses lèvres devenues blanches; elle porta ses mains a son visage, essuya avec douleur les larmes qui obscurcissaient sa vue. relut encore une t'ois celte ligne placée que son mari lui envoyait, et rentra précipitamment ens'ecriant: — Ah! mon Dieu ! il ne m'aime plus!...

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