‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 159 sur 169 · IV. — LE DOCTEUR · texte numérisé non relu

IV. — LE DOCTEUR

Le médecin n'eut pas le temps de se récrier, que déjà Meichior avait quitté le salon... Le docteur se trouva donc tout seul dans celte maison, près d'une malade qui ne le connaissait pas.

CONFESSION GÉNEBALE

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On \iiit l'avertir que madame do Fréinery interrogeait leâ domestiquée et qu'ils étaient fort embarrasses de lui répondre, (mi priait le médecin de vouloir bien lui parler pour la calmer.

Le médecin se gratta l'oreille cl se décida à entrer. Il s'approcha du lil de madame de Frémery, qui l'examina et lui dit d'une voix encore agitée :

— Pardon, monsieur... nais comment se fail-il...

— Ne parlez point, madame, lit le docteur... Voici ce qui est arrivé...

Le docteur commença le récit de la rencontre fortuite qu'il avait faite de la voiture et du cocher de madame de Frémei y, et il dit qu'ayant appris qu'il y axait dans une maison peu éloignée une jeune dame malade, il était accouru

A la façon dont on découlait, le docteur comprit que son récit n'obtonait pas grande créance.

— Comment se fait-il alors que vous soyez arrivé avec M. de Leslv? Le docteur essaya de mentir, mais madame de Frémery répondit

avec un accent si animé qu'il épouvanta le médecin :

— Vous me trompez, monsieur, lui dit-elle... Pourquoi mon mari n'est-il pas ici?... pourquoi son médecin if est-il pas venu?

— Je vous expliquerai tout cela plus tard.

— Je veux tout savoir, monsieur... lit Amélie; ou bien... je pars à l'instant !...

— Voilà qui est impossible !... voilà ce que j'empêcherai bien, tout étranger que je sois, dit le docteur.

— Alors, dit madame de Fréinery, priez M. de Lcsly de vouloir bien venir me dire...

— M. de Lesly est parti, madame, et...

Madame de Fréinery se recula avec épouvante, jeta autour d'elle un regard égare et s'écria :

— Mais où suis-je donc? ne suis-je pas ici chez moi? Est-ce que je suis faite?... et m'a-l-on livrée aux soins d'un étranger, parce que...

— Mes enfants, leur dit le docteur, vous aimez votre maîtresse?

— Assurément...

— Eh bien! dites-lui que je suis ici pour la soigner, la guérir.

— Sans doute... firent les domestiques.

— Ft maintenant, dit le docteur en s'adressant au cocher, restez, Julien... et racontez à madame où vous m'avez trouvé et comment vous m'avet trouvé...

Le cocher ouvrit de grands yeux.

— Je ne puis dire ça...

— Eh hien! alors, je vous le dirai moi-même, madame...

— Parlez donc, monsieur...

— Avant tout, comprenez bien ce (pic je vous affirme sur l'honneur... c'est que vous n'avez aucune alarme sérieuse à concevoir pour votre mari...

— 11 est malade!

— Oui, madame... et c'est pour cela qu'il n'est pas ici... c'est pour cela que le docteur B..., votre médecin, m'a prié de venir à sa place...

— Ah! je vais le rejoindre, le soigner...

— Laissez-nous, Julien, dit le docteur en faisant signe à Amélie de se calmer.

Il s'assit près d'elle, lui prit la main et dit :

— Maintenant vous savez tout le secret... Votre mari n'a pu venir parce qu'il est blessé...

— Blessé!...

— Et Vous ne pouvez aller le rejoindre, parce que vous êtes malade....

— Vous avez dit... blessé !...

— Oui, madame... et comme vous, il voudrait partir malgré sa blessure, s'il savait que vous êtes souffrante, et il ne serait pas plus raisonnable que vous ne l'êtes...

] — Mais quelle est celte blessure, monsieur?...

— Une blessure légère...

; — Mais comment a-t-il été blessé?

: — En duel...

' — En duel!... Et par qui?... et pourquoi?...

— Par qui?... par le baron de Gabarrou... Pourquoi?... je l'ignore !...

— Oh! vous le savez... j'en suis sûre... fit Amélie.

— Eh bien ! madame, c'est pour une querelle de jeu. Celte dernière découverte humilia Amélie.

Elle eût peut-être souffert davantage d'apprendre que son mari avait été blessé pour une querelle à propos de madame de Favières, mais elle n'eûl pas trouvé le motif de la querelle dégradant.

Elle ne répondit pas d'abord.

Le médecin, qui l'avait attentivement observée pendant qu'il lui faisait ce récit, parut satisfait du résultat qu'il avait obtenu.

Amélie gardait le silence, mais bientôt elle reprit :

— M. de Fréinery sait que vous êtes ici?...

— Je crois vous avoir dit qu'il ignorait que vous fussiez malade...

— Mais comment alors avez-vous été informé?

— Je vais vous le raconter de point en point... et croyez bien à tout ce que je vais vous dire, madame...

Vous voilà capable de m'entendre, maintenant., mais vous m'avez

fait une affreuse peur tout à l'heure; on ne voulait rien vous apprendre, madame, el naOi-rnémc, Ignorant ce que. vous aviez de courage, je pensais qu'il était inf prudent de vous causer de trop vives émotions; maintenant que vous savez ce qui pouvait vous agiter trop violemment, je vais vous dire comment et pourquoi je suis venu.

Ce malin, votre cocher est arrivé chez M. de Frémery au moment où celui-ci venait de sortir pour se rendre chez M. de Lesly pour le prier de lui servir de témoin. Le cocher le suivit sans savoir quel était le motif de cette vi>ile matinale.

Arrive1 chez M. de Lcsly. il apprit que cas messieurs étaient allés chez votre médecin. Le cocher s'imagina que votre mari savait (pie vous étiez indisposée, et le suivit chez M. B... pour se mettre encore à ses ordres; ce fut là seulement qu'il apprit que s m maître s'était rendu à Vincennes; alors seulement il comprit la cause de celte absence matinale; il le suivit et arriva au moment où M. de Fréinery venait d'être frappé d'une balle...

Amélie poussa un cri d'effroi.

— Ah! monsieur! mon mari est mort!...

— Je vous ai dit qu'il était blessé... je vous ai dit que vous pouviez être sans inquiétude.

Toutefois, votre médecin, ayant appris la cause de l'arrivée du cocher, ne crut pas prudent de devoir en faire part à votre mari; il ne voulut pas non plus le quitter, non-seulement pour pouvoir lui donner ses soins, mais encore pour (pie son absence ne fût pas un sujet de questions pour M. de Fréinery, questions qui pouvaient l'amener à la découverte de la vérité.

Amélie, au lieu de se récrier comme le médecin s'y attendait, resta silencieuse, et le docteur continua :

— Ce fui alors, reprit-il, que M. de Lesly me pria de remplacer M. B...11 m'entraîna, monta avec moi dans votre voiture, el m'accompagna jusqu'ici,

Amélie garda encore le silence.

Elle était absorbée par une pensée, injuste peut-être, mais qui ne lui fût pas venue trois mois avant ce jour. Elle se disait que l'on avait eu pour son mari des précautions bien tendres, el (pie si M. de Lesly n'avait pas eu la bonté de s'occuper d'elle, il est probable qu'on l'eût complètement abandonnée et oubliée.

Tout à coup, et comme si elle eût voulu mettre un terme à l'incertitude qui la tenait, elle dit vivement au médecin :

— M. de Lesly est sans doute encore ici?

— M. de Lesly, madame, vient de quitter votre maison. Je vous l'ai déjà dit.

— Et... dit Amélie amèrement, il ne doit pas revenir, sans doute?

— II m'a prié de l'attendre ici...

— C'est bien, dit Amélie; quand il sera de retour, vous lui direz que je désire lui parler.

Ceci parut au docteur une chose fort simple; mais il s'en fallait beaucoup (pie cette résolution el la manière dont Amélie avait reçu la confidence du docteur ne fussent pas des faits très-graves dans la position d'esprit de madame de Fréinery.

Appeler l'entretien d'un homme dont elle savait l'amour, d'un homme qui avait été le sujet de propos odieux et qui l'avaient si vivement blessée, c'était de la part d'Amélie une grande faute, ou un grand acte de vertu.

Quoi qu'il en fût du motif qui l'avait poussée à rechercher cette entrevue, elle parut se calmer, et bientôt assez profondément pour que le médecin crût pouvoir la quitter.

Dans le désœuvrement que lui laissait le sommeil de sa malade et l'absence de Melchior, il alla se promener dans le parc, et arriva à ce pavillon dont nous avons déjà tant parlé et qui dominait la route de Paris.

En le traversant, il fit rouler sous ses pieds une pierre; il la ramassa, car à celle pierre était attaché un papier. Le docteur jugea tout simplement que ceci était un moyen de correspondance probablement usité entre quelque personne de la maison et quelqu'un qui sans doute n'y pouvait pas pénétrer. 11 examina plus attentivement le papier, il ne portait pour suscription (pie ces mots :

« Pour Amélie. »

Amélie, c'était madame de Frémery; Melchior avait assez souvent prononcé ce nom durant la route, pour que le docteur tût assuré de la personne à qui était adressé ce billet.

II le tenait dans ses mains el le retournait en tous sens, en se disant qu'il faut que les amoureux suient bien imprudents pour jeter ainsi des lettres au hasard de les voir tomber en mains sûres; car le docteur n'avait pas un doute.

Qui diable écrit à une femme en l'appelant par son nom de baptême? qui diable écrit par des fenêtres de pavillon avec des pierres pour messager, si ce n'est un amoureux?

Le médecin était un homme discret ; mais il avait grande envie de savoir ce que contenait celte lettre, et peut-être eût-il cédé à ce désir si Melchior ne fût survenu.

— Docteur, lui dit-il, il faut que i tus demeuriez ici deux ou trois jours...

ne

CONFESSION GÉNÉRALE

i malades.. '.

aire d'une extrême Importance..

il le

— Mais nia clientèle... DM

— H le lant pour une afl but...

Le docteur n'était pai un de ces praticiens accablés de besogne, auxquels un jour perdu enlevé une Bomme de visites hautement chiffrées... il calcula que deux joins passés ches madame de Frémeiy et par les prières du marquis de Leslj Beraienl pour lui d'un bon résultai, et après quelques Bimagrées usuraîres, il consentit à

rester.

il donna aussi peur prétexte à sa bonne volonté la santé de madame

de lïénierv, et Unit par dire d'un ton confidentiel qu'il fiait forl heureux pour tout le monde qu'il ne fût pas reparti. Il raconta alors comment, entrantdans

avait qu'il

le pavillon , il trouvé le billet

tenait à la main

Melchior le regarda et parut confondu.

— Vous aves fait une imprudence bien grave, lui dit le docteur.

— Moi, monsieur!...

lit Melchior avec hauteur.

— Si re n'est pas vous, c'est donc celui qui a écrit ; car lorsqu'on a le droit de mettre sur une lettre :

« Pour Amélie, » c'est que cette lettre est de quelqu'un de bien intime; et quand cet intime ne peut pas remettre sa lettre directement et qu'il est obligé de l'envoyer par des fenêtres , c'est que cet intime est un amant I

Le raisonnement du docteur ne manquait pas de justesse; cependant, si Melchior n'avait pas été amoureux, il l'eût repoussé avec indignation. L'estime qu'il avait pour madame de Frémery n'eût pas suffi à lui faire repousser la supposition du docteur , que les faits eussent parlé assez ouvertement.

La vie d'Amélie était tellement claire, tellement à jour, qu'il ne pouvait pas y avoir place pour une intrigue. 11 était le seul homme qui fût admis dans la maison et qui pût avoir des relations suivies avec Amélie.

Malheureusement, ce que pense un amoureux est juste le contraire de ce que pense

un homme impartial. Melchior ne crut pas que madame de Frémery eût un amant; mais il se demanda tant et si bien de qui pouvait venir un pareil message, qu'il finit par se répondre selon l'opinion du docteur.

Au trouble que montra Melchior, le docteur eut pour certain que le billet n'était pas de lui; mais il se crut également assuré que Melchior avait le droit de trouver à redire à cette correspondance, et il accorda sa première opinion avec la seconde en se déclarant à lui-même qu'au lieu d'un, il y avait deux amants.

Notre bon docteur crut être parfaitement spirituel en disant à Melchior : — Vous connaissez madame de Frémery beaucoup plus particulièrement que moi... chargez-vous de lui remettre ce billet...

— Mais je n'ai point à voir madame de Frémery...

— Je ne sais; mais il paraît qu'elle a, tout au contraire, besoin de vous voir, car elle m'a prié de vous dire, aussitôt après votre retour, qu'elle désirait vous entretenir.

Melchior la salua.

Nouvelle surprise de Melchior, qui hésita un moment el qui se décida a bu rendre pies d'Amélie, après avoir dil au médecin qu'il comptait sur lui pour le soir el une partie de la nuit, el après l'avoir

prié de prendre sis précautions pour que madame de l'ïéuier\ pûl

se passer de lui.

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