V. — UNI LETTRE MIONTMBi
i ne fois que Melchior fui décidé à se rendre à l'invitation d'Amélie] il lit comme tous ceux qui se rendent à une explication solennelle : il en chercha le motif, il en prévit le but, il en imagina les incidents, et il finit par croire qu'il était destinée l'un des rôles 1rs
plus désagréables el les , plus nobles à la fois de
la comédie d'amour .
c'est celui de confident et de protecteur de la passion de, la femme qu'on aime. Amélie, selon ses suppositions, avait fait une faute , elle était compromise, et elle s'adressait à lui pour qu'il la sauvât.
C'était là une grande preuve d'estime , une.
noble confiance dont il eût été fier, si elle lui était venuede louleautre, mais qui, de la part d'Amélie, était un supplice et peut -être une raillerie.
11 était dans ces dispositions lorsqu'on \ i n t le prévenir (pie madame de Frémery était prêle à le recevoir.
Il la trouva levée ; belle de sa beauté, plus belle encore de celte grâce charmante que donne la pâleur d'une souffrance récente, lorsque les veilles et les larmes n'ont pas encorecreusé les traits, flétri le visage, et que cependant on sent qu'elles ont passé sur la jeunesse et la vie.
Elle reçut Melchior avec froideur et le salua d'un air glacé.
— Monsieur, lui ditelle, je ne vous connais que bien imparfaitement; mais vous portez un noble nom. vous êtesmilitaire.Mon père l'était, monsieur, et il me disait souvent que la générosité , l'honneur, étaient les qualités communes d'un soldat.Vous aimez avec tendresse votre sœur, qui vous aime avec un transport que vos bonnes qualités doivent justifier... Que vous dirai-je enfin? Je vous crois un galant homme, et c'est pour cela que je vous ai fait demander cet entretien.
—Je vous remercie de votre bonne opinion, dit Melchior d'un ton peiné; car il croyait voir s'approcher la confidence qu'il avait prévue, je la mériterai, je vous le jure.
— J'y compte, dit Amélie avec une froideur qui contrastait singulièrement avec ses paroles. D'ailleurs, quel intérêt auriez-vous à me tromper? Je ne vous ai jamais, je le pense du moins, blessé dans aucun de vos sentiments; je vous suis fort indifférente.
La voix d'Amélie trembla à cette phrase. Un autre moins prévenu <pie Melchior eût compris qu'elle ne pensait pas ce qu'elle disait; il se tint immobile.
Amélie continua :
— Eh bien ! monsieur, expliquez-moi... dites-moi ce qui se passe... quelle est la cause de la querelle de mon mari avec un certain
Par». — Imprimerie Wildes, rue Bonaparte, 44.
baron de... Pourquoi se sont-ils battus? Que s'est-il vérilablccombrt? *" moment où mon COthor ost a,'»'«™ sur le lieu du
ti^"/ïwiiï dnc,emXmadame; '1 m'a dit ce qu'il vous avait raconte; cest 1 exacte vente.
— Sur votre honneur?
— Sur mon honneur !
— Quand mon mari a été vous chercher pour lui servir dé témoin il ne vous a rien dit qui pût vous faire soupçonner... i«cT« , n,.madame; mais ie ne cherche point à pénétrer dans 1K S» °,n £VCUt P°int me confier» et Ie n'ai P°int épié les paioles de M de Frémery pour y découvrir autre chose que ce qu'il lui convenait de me ' dire...
Amélie regarda Melchior avec un profond étonnement. Elle s'attendait à plus d'empressement; elle espérait trouver au moins un ami dans celui dont elle savait que le cœur lui appartenait... Elle baissa la tète et parut accablée.
On eût dit qu'elle avait oublié que Melchior était là. En effet, après un moment de silence, elle dit avec une tristesse profonde :
— Quel mauvais esprit plane donc sur moi? quel malheur rue menace donc , que de quelque côté que je me tourne, -je ne trouve que des ennemis ?
— Des ennemis !
s'écria Melchior dont toute la froideur jouée fut brisée par ces paroles; des ennemis !..
Oh ! parlez !... parlez, madame, et vous verrez que vous trouverez près de vous des cœurs «lignes de vous comprendre, «lésâmes prêtes atout entreprendre, et même, ajouta -t- il avec tristesse, à tout sacrifier pour vous servit-.
Amélie le comprit et fut heureuse de ce dévouement. Quel sacrifice pouvait- il faire pour elle, si ce n'était celui de son amour?
— Eh bien ! monsieur, lui dit-elle, ce médecin que vous m'avez amené m'a expliqué comment vous l'aviez amené. . . Je vous remercie d'avoir pensé à moi... mais, permettez-moi de vousledire ..
vous seul y avez pensé...
Melchior baissa les yeux.
— Je comprends que mon mari n'ait pas été instruit de mon indisposition; mais mon médecin n'a-t il pas hésité9
Melchior se tut.
— Il faut que vous sachiez que le docteur B... est un vieil ami de mon père; qu'il y a six mois, je crois qu'entre sa fille malade et moi, il eut hésite vers laquelle des deux il devait courir et aujourd hui il m'envoie un médecin étranger, sans un mot, sans un
Melchior ne répondit rien.
— Ou mon mari est en danger de mort...
— Non, madame... non, je vous le jure...
— Ou bien il y a quelque chose qui a empêché le docteur de venir... '
Melchior réfléchit.
Un souvenir vague parut se réveïHef en lui, il sembla le poser do
CONFESSION GÉNÉRALE
A peine arrivée au milieu de cette allée, elle entendit parler avec chaleur
vant lui, le considérer pour le bien reconnaître, et parut épouvante de ce qu'il y découvrait. l
Madame de Frémery, qui cherchait dans l'expression du visage de Melchior a deviner le secret qu'elle poursuivait, lui dit vivement :
— Parlez, monsieur... parlez... ne craignez rien... songez qu'il v va pour moi du bonheur de ma vie entière...
A ce moment, Melchior se résolut à jouer franchement le rôle auquel il se croyait réservé, et il répliqua d'un air embarrassé :
— Je ne sais, madame, quelle conséquence vous voulez tirer des renseignements que vous me demandez; mais je vous dirai tout ce qui peut vous éclairer, et vous m'excuserez si, en vous redisant u\
que j'ai entendu, les paroles que je serai forcé de vous répéter manquent quelquefois de convenance.
— Parlez, monsieur, je suis prête à tout entendre.
— Eh bien , madame, reprit Melchior, au moment où nous nous trouvions sur le terrain avec les témoins de M. le baron de Gabarrou, nous tentâmes d'arranger l'all'aire, et pendant que je causais avec l'un d'eux, j'entendis le baron qui disait à votre médecin :
— «Je vous pré viens que je ne lâche pas ( pardon de l'expression), que je ne lâche pas l'écrit de madame de Frémery. »
Amélie "ouvrit les yeux à cette parole, et Melchior continua :
— A cette menace de son adversaire, votre mari répondit d'une voix fort irritée :
— « Cet écrit, monsieur, je vous forcerai bien a me le restituer, car... »
— Achevez, ditAmélie. qui vit l'hésitation de Melchior.
— «..Car je ne veux rien devoir à celle femme! » lit Melchior en baissant les yeux.
— A cette femme!...
répondit madame de Frémery.
— Je puis avoir mal entendu, dit Lesly.
— C'est impossible!
fit madame de Frémery. Que mon mari me trompe... mais pourquoi ces termes de mépris?... C'est impossible !...
pensée soudaine sembla illuminer les doutes de nladamëT Frémery
— A moins que la calomnie qu'on a osé me dire en face... I uis elle regarda Melchior, se contint et ajouta •
— Nous étiez donc le témoin de M. de Frémery'
— Oui, madame...
— En ce cas, je m'y perds...
La lettre que Melchior s'était chargé de remettre à Amélie le brû-
ail depuis le commencement de cet entretien. Il crut avoir trouvé 1 instant favorable pour la remettre, et il dit avec un tremblement dans la voix qui n'échappa point à Amélie : "«nmtmem
— H y a une circonstance tout à fait étrangère, ie le pen«=e du morns, au duel d'hier matin, et qui peut-ètre?jetté.a quelque ioiiï sur ce que^ous cherchiez a savoir tout à l'heure. J'ai trouvé ï doï-
Zltt te ™ de-V0'rc Parc> au ^^nl où il venait de ramâsseï la lettre que voici et qui vous est destinée.
i i.M I SSIOM (.I.M.H Ml.
Amélie examina longtemps ette lettre, elle examina Melctyor... III. paraissait ne pas comprendre ce que Kiunitiail cet envoi,
Mais M I hior avait les wu\ baissé», i ml II étuil connu du trouble qu'il pens til i auser.
Lmelie prit la pierre, défll la corde m111 retenait la lettre, et lut tout haut la Buscription :
a I' • Amélb
i.'i'-i. iiiitiiiciit il.1 -.1 voix lit lever les yew i Mel< bior, qui eut eaaminei madame de Frémèrj pendant qu'elle lisait la missive m < itran» geuienl arrivée.
La colère, l'indignation, le désespoir se peignaient tour à loiu h
son u Enfln elle poussa un cri et p. nul anéantie.
— Qu'est-ce cela ? s'écria Melchior. Amélie lui ni Bigne de sortir.
— Mais, madame, veuilles m'expliquer...
— Sortez '... lui dit-elle (ruiic voix brève.
— M;ns. madame, s'écria vivement Melchior, sur l'honneur, je ne sais île celle lellre «ji u- ce que je viens de vous en dire...
— Ah! monsieur... lii Amélie avec un regard de mépris, après l'outrage le mensonge!...
— Madame'.... encore une lois... je ne sais... mais VOUS i que relie lettre est de moi?...
— El de qui peut-elle être... si ce n'est de vous?
— De moi!...
— Voyez, monsieur... voyca... et ne soutenez pat plus 1 n lemps un mensonge honteux...
Mekluoi prit la lettre el la lut à haute voix :
« — Amélie... »
1! s'arrêta à ce premier mot.
— Pardon, madame... mais comment avez-vous supposé que si jamais j'avais osé vous écrire, j'eusse pu commencer ainsi une lettre... Ceci doit être une infamie... un crime...
— Le pensea-vous?... «lit Amélie. Mais alors qui peut savoir tout ce qu'il y a dans eette lellre. si ce n'est VOUS?...
— Mais qu'est-ce donc?... lit Melchior. Et 1 continua sa lecture : « — Amélie... Je vous aime et vous l'avez deviné... et lorsque je
vous ai relevée mourante à la place où vous êtes tombée... lorsque je vous ai emportée dans mes bras... je ne puis vous dire quel désii insensé m'a pris de vous emporter ainsi loin, de tous les yeux, loin du monde... A ce moment. j*ai pensé au bonheur de la \ h* libre des forêts, où l'on peut ravir ainsi celle qu'on aime... »
Melcbior pâlit en lisant cette phrase... sa voix hésita et baissa lentemenl pendant qu'il continuait :
« — lit puis, lorsque je vous ai vue sur ce lit, et qu'il m'a fallu percer ce bras blanc it pur... ma main tremblait... je n'y voyais plus... mais il y allait de votre vie... j'ai eu un éclair de coin
» Mais quand j'ai vu couler votre sang, il m'a semblé' que ma vie s'en allait avec lui, et il m'a fallu toute ma raison pour ne pas fermer BOUS mes lai-eis celte blessure que je venais d'ouvrir... lin mouchoir qui vous appartenait était là... tout inondé de ce sang précieux... »
A ce moment, la voix de Melchior s'éteignit tout à fait, et ce ne fut plus que du regard qu'il acheva cette lettre qui c nlinuait à exprimer un amour sans raison, sans retenue, et qui tinissail par CCS mots :
« Ah! dans eette nuit que vous avez passée tout entière hors de votre maison, j'ai compris à mon tour que votre cœur avait besoin d'un amour qui vous lit oublier la trahison de votre mari. J'ai entendu voire cœur parler, dans le désespoir qui vous tenait éveillée...
» Amélie!... le bonheur apparlient à qui sait le prendre... Amélie!... cette nuit encore je serai près de vous... si vous osiez pour vous-même ce que vous avez osé pour pleurer sur vos douleurs... »
Melcbior s'était remis pendant la fin de eette lecture : il dit à madame de Frémery :
— Comment la dernière partie de cette lettre ne vous a-t-elle pas démontré que c'est une invention infâme?... Que signifie celte nuit passée hors de chez vous?...
— C'est que c'est vrai, monsieur., dit madame de Frémery.
— Comment ?
— Oui, reprit Amélie... j'attendais mon mari... je l'ai attendu toute la nuit... toile, désespérée... car je sais qu'il me trahit...
— Oh ! madame, ne le croyez pas!...
— Monsieur de Lesly, j'ai entendu votre entretien avec M. Balbi, cet entretien où vous avez dit...
Amélie, que L'élrangeté de cette situation avait emportée, s'arrêta en se rappelant que dans cet entretien où elle avait appris la trahison de son mari, elle avait appris aussi l'amour de Melchior.
A son tour, elle rougit, baissa les yeux, et se laissa aller à pleurer.
Melchior la contemplait avec une anxiété pleine d'assurance.
Amélie pleurait, son cœur était plein. Melchior n'eut pas le courage de se taire plus longtemps.
— Pardonnez-moi tout ce que vous avez entendu, madame, lui
dit-il, pardonnez i un uinour que vous n'auriez jamais appris : ncette déplorable i in nnslati
\ - /.. m ni -. / .. murmura madame de Fi éiuerj
— Cel amour... je ne vous en parlerai jamais... mais. . Ojil je vous en supplie, laiss ■/ moi vous remercier... lai - / mol être lu u
rcux.. la i être fier de ce que le sachant... vous m'aviu i /
estimé pour vous fier à moi, comme à un .uni... pour m ■ dem inder mon dévouement... mon appui .. mon zèle... lorsque vous êtes uni hem. u
Oh! lame, madame I... ce n'est qu'à l'âme la plus noble qun
peul appartenir une pareille confiance... et cette confiance je veux la mériter... Ah! jamais cet amour dont vous ne devez plus entendre pari r n'a cessé d'être uni au plus profond respect, el maintenant ce respect étouffera dans mon âme toute douleur... loiitc plainte... N i li je pas reste votre ami?.., que puis ji désirer de plus1...
\iuélie avait écouté Melchior les yeux baissés, le cœur nppiv les larmes aux bords des paupières. . il lui avait fallu entendre uu aveu qu'elle eût repoussé avec indignation s'il s'était pour ainsi dire présenté de lui-même; el cel aveu, elle ne l'avait pas écouté -ois
Ici reur. mais elle l'avait entendu sans coli l'C.
Elle se disait que la circonstance seule faisait qu'elle n'avait pu lui imposer silence; mais la circonstance n'en ira il pour rien dans la
joie secrète qu'elle éprouvait a être aimée ainsi...
Joie dangereuse, latalc, car elle était calme: car madame de l ré* nierv était si souverainement convaincue du respect qui envel ipuait eeiie amour, qu'elle ne le redoutai! p
— Eh bien, oui, monsieur dit-elle a Melchior, je veux me confier à vous... je veux vous demander vos conseils, votre appui, votre protection dans le malheur qui me hyappe... El maintenant, ditesnioi tout... il le faut... j • le veux !...
— Soit ! madame, lui dit Melchior. Je vous appartiens... ordonnez..,
— Non, dit Amélie... je n'ordonne pas... je prie...
— Eli bien ! madame, que désirez- vous savoir.'...
— Mon mari aime madame de. l'a vicies?...
— Non. madame, dit Melchior... Votre mari se trompe sur le sentiment qu'il éprouve.
Madame île Favières est une jolie femme, mais elle ne saurait vous être comparée... Elle a un jargon qui passe pour de l'esprit... mais non de l'esprit charmant, naïf, vrai... comme celui que M. de Frémery doit avoir appris à apprécier près de vous... Cet espiit où le cœur parle souvent... elle n'en a pas!...
— Mais il l'aime!... reprit Amélie, qui voulait interrompre cet éloge d'elle-même qui surgissait à côté de la critique de madame de Favières.
— C'est-à-dire, madame, reprit M. de Lesly , que l'éclat du nom de madame de Favières a séduit M. de Frémery. Le inonde brillant où on l'accueille comme une des espérances du parti roja l'enivre, l'entraîne, l'ébloui!.., Madame de Favières. qui veut lument jouer un rôle dans ce monde, s'est mis en tête de patronner les débuts de M. de Frémery... Ce sont deux jeunes tètes qui se sont moulées sur da idées qui ne tiennent en rien à l'amour, car l'amour puise son ardeur dans des espérances plus nobles, plus saintes, plus pures...
— Quel que soit le sentiment qui égare M. de Frémery, dit Amélie froidement, il n'en est pas moins assez puissant pour l'éloigner de moi... et pour lui faire croire à une calomnie... car celte lettre...
— Celle leltre, reprit Melchior, est l'œuvre d'un ennemi bien habile et que vous seule pouvez connaître...
— Mais à qui donc ai-je l'ait du mal?... A moins, reprit-elle tout à coup, que cette servante que j'ai chassée...
— Lue servante!... reprit Melchior d'un a.i d'incrédulité... Ce n'est pas une servante qui a écrit celte lettre.
— Sans doute... mais elle a pu donner à celle qui l'a écrite les renseignements nécessaires... car elle était là lorsque vous vous êtes empare de ce mouchoir.
Amélie s'arrêta encore.
Elle marchait sur un terrain brûlant; elle voulait s'éclairer sur sa position et ne pouvait faire un pas dans ce dédale sans se heurter à cet amour dont il ne devait plus être parlé.
Melchior vint à son aide el reprit :
— N'avez-vous pas dit celle qui a écrit cette lettre?... Vous pensez donc que c'est une femme?
Amélie, ravie de sortir de cette question, s'empressa de répondre :
— Et quelle autre que madame Cantel, quelle autre que rua bellemère, quelle autre'quc celle qui a fait mourir mon père de chagrin, peut avoir contre moi une haine aussi profonde?... Quelle autre peul imaginer des moyens aussi bas pour me perdre?... Oh! elle ne me pardonnera jamais de l'avoir sauvée; elle ne me pardonnera jamais d'avoir épousé M. de Frémery...
Melchior ignorait l'histoire d'Amélie.
— Je connais madame Cantel, lui dit-il; je sais qu'elle est la plus dangereuse femme du monde, et je ne m'étonne pas qu'elle soit votre ennemie.
— Eh bien! monsieur, reprit Amélie, sachez que cette servante que j'ai chassée a appartenu à madame Cantel... j'ai découvert cela
i PNI ESSION GÉNÉRALE
il\i
depuis que je l'ai à mon service... mais je ne pen^ai^ pas que. madame Cantel t-ùt pu la placer près tle moi comme un espion...
— Madame Cantel est capable de tout... el vous n'en pouvez douter... c'est de là que parlent les coups qu'on veut vptlS porter... c'est d'elle... mais je saurai bien la l'une laire...
— Oh! merci, monsieur! -'écria \ i veulent Amélie... El cependant. reprit-elle tout à coup, prenons garde, monsieur... si celle femme possède un secret qui vous appartienne...
Melchiôr parut Happé de Celte crainte. Puis après un moment, il reprit :
— Si celle femme sait dessejcrejls qui me touchent ou qui touchent quelqu'un de ma famille, j'en sais assez pour qu'elle se laise... Mais Oublions un moment celle femme, madame, car j'ai un aveu peutêtre pins cruel à nous I aire... el cel a\eu. je vous le dois...
l.e ton de Melchiôr annonçai! une confidence scneuse, et madame de Frémery lui dit avec la plus entière confiance :
— Parlez, monsieur!... parlez...
— Eh bien! madame... l'amour de M. de Frémery pour madame de Favières n'est pas sa faute la plus grande...
— Comment, monsieur!... dit Amélie loul alai -niée.
— C'est déjà beaucoup... Mais enlin, reprit Lesly, le monde e\cuse chez un homme des faiblesses qu'il condamne sans pitié chez les femmes...
En parlant ainsi, Melchiôr oubliait qu'il s'adressait à une femme dont il armait le cœur contre la tendresse qu'il eûl voulu lui inspirer.
Madame de Frémery oublia aussi qu'elle parlait à l'homme dont elle avait presque accepté l'amour en s'adressanl à lui pour lui demander conseil, et elle repartit assez vivement :
— Et trouvez-vous cela juste, monsieur?... Melchiôr la regarda.
Amélie devint toute confuse... elle se détourna on ajoutant avec un accent de reproche :
— Ah ! monsieur...'
— Vous parlez à un ami, madame; à un ami qui vous a juré dévouement el respect... Je conçois votre réponse... c'est celle qui vient aux. lèvres de toutes les Femmes... c'est la juste révolte des nobles cœurs contre des préjugés cruels .. Honte à celui qui pourrait y voir autre chose !...
Non, madame, non... ce regret de votre cœur, je ne le blâme pi ... je le conçois...
Melchiôr, qui voulait rassurer madame de Frémery, et qui pour rien au monde n'eût voulu avoir V ir de lui prêcher l'oubli de ses devoirs ni aucun des principes qui y conduisent, ne faisait çepencla 'I rien autre chose, et Amélie l'écoutait sans s'apercevoir qu'elle lui donnait raison.
Melchiôr continua :
— Quoi qu'il en soit, dit-il, M. de Frémery, en faisant étalage' d'un amour qui excite la risée de ceux qui le connaissent peut irriter la susceptibilité des graves magistrats dont il est le collègue; mais enlin ce n'est là qu'un malheur qui ne peut porter atteinte à sa considéra lion.