‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 162 sur 169 · KO · texte numérisé non relu

KO

dire, elle n'avait aucune raison sérieuse de l'ai r. Que serait-ce

donc s'il se raicail le soutien, le protecteur de sa vie?...

Elle réfléchit longtemps, el finit par dire à Melchior, avec un véritable courage, car il laul être bien courageux pour être vrai en pareille circ< nslanee :

— Monsieur de Lesh , vous m'avex parlé tout à l'heure des luis du inonde; elles sonl Implacables pour les femmes... elles sonl justes.., Laissez-moi achever... Jamais personne ne pensera que l'amitié soit l'unique sentiment qui existe entre un homme comme vons et une femme dans ma position.., Je vous en supplie, ne m'interrompes pas... Je neveux pas discuter si cela esl possible; il suiiit que le monde ne le croie pas... Qu'arrlvcralt-il? c'esi qu'on me calomnierait...

— Madame!... s'écria Melchior, qui prévoyait la conclusion de ces considérants,

— Oh! Boyes généreux, monsieur deLesly... laisse/ moi avoir de

la raison pour tous deux... car vous n'en ave* pas lorsque vous nie

dites que vous n'aurez pour moi que de l'amitié.

— Je vous le Jure...

— Oh! ne Jures pas!... dit Amélie avec impatience. Mais, mon Dieu, je sais bien ce que j'éprouve, moi... je sais que c'est impossible !...

Melchior poussa un cri timide et prit la main d'Amélie.

— Tenez, lui dit-elle en se laissant aller à pleurer, vous voyez... Oh! monsieur... monsieur... SOVez bon, soyez généreux... Voyons, soyes juste... que pouves-vous taire pour moi?...

Aller faire des représentations à mon mari... mais de quel droit?... Connue ami".'... Mais aiieun homme n'acrepto l'amitié de celui qu'il sait aimer sa femme, et voire amour a été dénoncé à mon mari... Et puis, lorsque vous réussiriez à vous taire écouter, ne Bavez-vous pas que 1 orgueil d'un homme se révolte à certaines leçons? Non, monsieur, non... il n'y a que moi qui puisse ramener M. de Frémery... et si nies efforts sont inutiles, eh bien! alors je subirai ma destinée tout entière... si horrible qu'elle soit... fût-ce la misère !

— Et vous pensez que je le souffrirai!... s'écria Melchior. Amélie se releva de toute sa fierté et répondit :

— Monsieur de Lesly... Je ne reçois la charité de personne!... et je ne suis pas femme à payer les bienfaits de qui que ce soit...

— Ah! madame... quelle horrible pensée vous est venue là!... s'éci ia Melchior. Quoi ! vous ne croyez donc pas qu'un homme puisse \oiis aimer sans espérances coupables?...

Mais parmi quel monde avez-vqus donc vécu, pour que vous ne sachiez pas qiril y a eu de ces amours éternels, et éternellement purs, qui ont soutenu deux âmes dans la vie contre toutes les infortunes, contre toutes les disgrâces?

Ne savez-vous pas que l'amour est une religion qui s'agenouille devant son idole sans lever les yeux jusqu'à elle?... 0 Amélie !... vous ne connaissez pas l'amour!...

— Hélas! mon Dieu!... dit-elle.

— Amélie, ne nie chassez pas... Amélie, le malheur vous menace... il vous faut un ami...

— Mais vous ne pouvez être mon ami... mais vous m'aimez, monsieur... dit Amélie que reprenaient ses larmes.

— Eh ! qu'importe! puisque cet amour vous ne le redoutez pas... puisqu'il vous semble une folie... puisqu'il vous semble indifférent!...

— Qui sait, monsieur? dit Amélie.

— Oh! qu'avez-vous dit?...

— Vous n'êtes pas bon, monsieur!... fit Amélie en pleurant. Vous voyez bien que je suis malade, malheureuse... vous voyez bien que ma tète brûle... que je ne sais que devenir, que faire, que décider... et vous me poursuivez sans pitié de vos aveux... de vos prières... de votre amour...

Oh! les hommes sont cruels!... ils tordent un cœur jusqu'à ce qu'ils en aient épuisé la dernière douleur!... Eh bien! monsieur, serez-vous plus heureux parce que je vous aurai dit tout?... Eh bien ! ,j'ai peur de votre amour... je n'en veux pas... je le repousse... je le hais... emportez-le... il me perdrait... je le sens... il me perdrait 1...

Et en parlant ainsi elle cacha sa tête dans ses mains et se laissa aller à ses larmes, à ses sanglots.

Melchior restait immobile, éperdu, ravi, craignant d'irriter cette douleur, cherchant comment il pourrait consoler celle âme endolorie .. 11 se mit doucement à genoux devant madame deFrémery et lui dit :

— Eh bien! Amélie, ne craignez rien... Ah! n'ai-je pas à présent tout ce que je pouvais désirer dans ce monde?... Confiez-moi votre âme... laissez-la se reposer dans mon cœur... elle y sera comme dans un sanctuaire infranchissable... vos peines deviendront les miennes... votre bonheur est devenu mon seul but!...

Amélie, ne vous détournez pas ainsi... ajouta-t-il en lui prenant la main; ce n'est pas un amant qui vous implore... c'est un ami, c'est un frère, c'est un serviteur dévoué, c'est un esclave I...

Amélie, ne me dites ri^n... laissez-moi vous protéger, vous sau-

( ONFESSION GÉNÉRALE

ver!... Oh! j'y arriverai, je VOUS le jure!... je ramènerai M. de l'ré-

mery. .. il vous aimera encore... il rentrera «la us les voies du devoir...

de l'honneur...

— Ah! c'est là tOUl ce que je VOUS demande!... repartit Amélie en serrant la main qui serrait la sienne.

Ah ! c'était là le plus lai il îles aveux que panait l'aire Amélie. Elle. acceptait I appui île celui qui lui (lisait : Je ramènerai votre m m i l'honneur; mais elle n'avait rien répondu quand il lui avait dit : Je

vous rendrai son amour !...

Gel amour, elle n'en était donc plus soucieuse, un autre avait donc pris dans son rieur la place qu'A occupait autrefois... ou

plutôt n'était-ce pas seulement à ce moment qu'elle commençait à

aimer?

i.e mariage d'Amélie avait été de sa part un acte de dévouement, Eugène de Frémerv avall accepté ce dévouement avec l'ardeur d'un

esprit qui bâtit des opérâmes pour tout l'avenir sur l'enthousiasme d'un moment.

Quoi qu'il en soit, Amélie, confiante en Melchior, confiante en ellemême, lui dit :

— Allons, mon ami... allons, mon frère... sauvez mon mari... sauvez-le... mon cœur vous payera de votre générosité.

Page 1