I -il.- était .li> Mchliinr. elle lut
« Madame,
i ne affaire Importante, cl qui a rapport aux intérêts de M. de Fréiiu'i \ , ttfappelle h Paris.
» Tous ces soucis finiront, je pense; el vous n'aurez plus à avoir peur de ces curieux qui vous on) si ibrl alarmée. »
La lettre Qnissail par les témoignages usités de respect. Celle lettre glaça madame de Frémery.
— Qui a apporté cette letlréf
— M. <le Lesly l'a lai— ce ce matin, en passant devant la grillé/ au jardinier qui l'a donnée au valet de pied qui me l'a remise
mélie l'ut frappée de cette nouvelle comme d'une menace l 'Ile roubla, elle eut peur ne son mari. Elle n'i vit peint qui
Celte missive devait passer par trop de mains pour qu'il n'eut pas été Irès-prUdenl de l'écrirt de layon malveillants pussent la lire.
que les indiscrets les plus
Cependant ce départ lit mal à Amélie. D'ailleurs, pourquoi cette absence? C'était la seconde l'ois que Melehtor partait après une laveur nouvelle.
Madame de Frémen se leva triste, et prévit tuïé journée d'ennui.
— M. de Lesly, le père, dit-elle en allant et \enant dans sa chambre, était-il avec son fils? ou bien madame de Foseiiéâc?...
— Non, madame, il était seul... il a même traversé le parc pour aller y rejoindra ses chevaux, que son domestique avait conduits à la porte du pavillon qui donne sur la route.
— Ah! lit madame de Frémery.
Elle avait déclaré qu'elle était souffrante, que la matinée était froide, qu'elle ne sortirait pas.
Elle prit aussitôt un chapeau el descendit rapidement dans le parcelle courut au | avilion, elle souleva tous les coussins, ouviit ions les albums, elle ne trouva rien.
Bile tut honteuse et désolée. Elle quitta le pavillon en pleurant.
Elle se trouva bientôt en lace de l'allée où la veille elle avait écouté battre le cœur de Melchior, elle voulut s'en détourner... Cependant une sorte d'espoir vint luire à râs yeux... Elle le repoussa... elle eût été trop malheureuse de s'être trompée.
Enfin elle arriva à ce banc... elle l'examina rapidement.
Au-dessus de ce banc l'écorce était entamée... elle s'approcha... la blessure était verte encore.
11 était venu là et avait marqué son passage.
N'avait-il laissé que cela?... Elle regarda, examina les profondeurs de l'herbe et ne vit rien.
Elle s'assit sur le banc... 11 lui sembla que le salie avait été ramené en monticule à un endroit, elle crut voir qu'il se mêlait à la terre.
Elle 1 écarta avec le bout de son ombrelle... Après le sable était une pierre... sous cette pierre, un peu de mousse... sous cette m ussc, un papier... Elle le prit : c'était de Melchior.
Oh! comme ils s'étaient devinés!... Elle lut :
« Amélie, si vous m'aimez... vous reviendrez ici; si vous m'aimez, vous devinerez la marque que j'ai laite à cet arbre... vous trouverez cette lettre. »
Ces lignes avaient été ajoutées en tête de la lettre après quelle avait été écrite; 11 était facile de le voir à h place qu'elles occupaient.
Cette lettre, Amélie la lut. C'était le langage ardent, insensé de l'amour ; langage qu'elle n'eût osé écouter, mais dont elle s'abreuvait le cœur avec joie.
Cette lettre, elle la lut tout entière, puis ligne à ligne; puis elle la reprit à certains endroits où elle se sentait mieux aimée.
Jamais femme n'eut dans l'âme on transport d'amour plus grand, plus fier, plus naïf.
Elle rentra chez elle deux heures après sa sortie, heureuse de ce qu'elle venait d'éprouver, plus heureuse peut-être encore de ce que l'absence de Melchior lui laissait le loisir de le sentir sans crainte.
A peine était-elle chez elle, que l'on remit à madame de Frémery plusieurs lettres.
L'une était de son mari : elle trembla en l'ouvrant. Elle ue contenait rien d'extraordinaire, si ce n'est qu'il annonçait son arrivée comme certaine sous deux ou trois jours.
Non'' se ii nu mi . eue cul peur ne Bon mari, tne n y vu petni qi
le salul qui revenait avec lui.
I Ile den ia longtemps Iriste el pi t prit i hlnalemenl
une aulre lettre d'une main ini onnue.
i Ile l'ouv i ii.
«M. de Lesly, disait cette lettre, se croil un habile homme; il
paye les dettes du mai i i OUI' avoir accès pN de la feio r.
i .Il B*esl vu BOUVantj mais on doute qui! madame de I n'nniv vaille cent mille écus. »
La lettre, comme on doit le penser, étail sam signature.
on ne manque Jamais de dire, dans le monde, q l'une lettre an©* n v me doit être indifférente à celui qui la recuit. On truite des uni us les plus humiliants l'homme ou la femme qui, en rertn d'une li tire anonyme, changerait quelque cho i a conduite ou ù ses résolutions. Un pareil écrit est digne du dernier mépris el ne doit pis troubler un moment le repos des honnêtes gens.
Ces princi] es de Bagesse appartiennent à cel Immense arsenal de phrases toutes faites a l'usagé de toul le monde, el dont personne ne se sert. On dit cela, on a raison de le dire, cela devrait être comme
On le dit, et cela n'est pas.
I ne lettre am m v me lile-se au rii'iir plus profondément qu'on ne
pense. Elle alarme... elle appelle le soupçon... Elle a d'ailleurs cria
de vrai et de puissant, qu'elle vous avertit qu'on a les yeux sur vous,
•pion vous observé.
Amélie savait aUSSl bien que personne ces axiomes d Écrite qui disent qu'il faut mépriser une lettre anonyme, el cependant elle fut cruellement blessée.
t.i d'abord quelqu'un s'occupait de son amour et de celui de Mel* chior. Elle ne soutint pas moins de voir se renouveler une accusation qui, cette t'ois, reposait sur la vérité.
Mais ce ne fut pas la seule atteinte que lui porta celte lettre; die oublia même as>oz vite cette pensée pour s'occuper de l'accusation qu'on portait contre Me'cliior.
Cette lettre disait-elle vrai?
Était-ce là véritablement le desscinde Lesly?
Avait-il compté sur la reconnaissance qu'inspirait un service rendu pour obtenir de l'amour d'Amélie ce qu'elle lui eût refusé... ou peut-être ce qu'il eût obtenu de ce seul amour?...
Ce fut une horrible supposition, une humiliation profonde. Tout était défloré dans cet amour si pur; une main infâme y avait touché ! Tout ce qu'Amélie avait rêvé , tout ce qu'on lui avait dit était un mensonge;.. On l'avait estimée à prix d'or!...
Quel «pie fût ce prix, eût-il dépassé tous les trésors imaginables, il était une insulte -ans nom. L'homme qui aime paye seul assez cher l'amour qu'il obtient. "
Sans doute, madame de Frémery n'accepta pas cette accusation
sans chercher à y rép taure ; mais la raison est aussi bien sans force
pour combat tre en faveur de l'amour, que pour combattre contre
lui. Tout ce qu'elle pensait de bon de Melchior le justifiait, mais ne
ait pas Ann'lie.
Imaginez un sanctuaire où l'on a pénétré seul, où l'on a rêvé seul, où l'on a aimé seul... tout vous y appartient par une sorte d'enchantement, tout, jusqu'à l'air qu'on y respire... Qu'un pas indiscret y p ■''iiétre, qu'un regard curieux s'y glis-e, tout son charme est détruit; rien n'y est change", et c n'est puis cependant le même lieu; on n'y est pu- seul, et il vous semble qu'on vous y voit toujours, parce qu'on vous y a regardé une ibis.
Les incertitudes, les tourments, le désespoir qui suivent de pareils coups rendirent celle journée horriblement fatigante pour Amélie.
Le soir venu, elle se trouva sans force, sans coin âge; elle redoutait également l'arrivée de son mari et celle de .Melchior. Elle éprouvait une sorte de dégoût à se trouver soit devant Eugène, dont l'inconduiie avait autorisé M. de Lesly à avoir de pareilles espérances; soit devant Melchior, qui faisait valoir les droits de son amour avec la fatuité d'un créancier.
Le bruit d'une voiture avertit madame de Frémery de l'arrivée de quelqu'un; elle attendit dans son salon, bien décidée à faire à son mari et à Melchior. qu'elle supposait ensemble, tin accueil glacial.
Melchior parut seul : Amélie n'en témoigna aucun étonnement. Elle lui trouva juste l'air qu'elle lui avait supposé, l'air d'un triomphateur qui n'a plus qu'à imposer des conditions. Qu'Amélie se trompât sur le sentiment qu'éprouvait Melchior, ou qu elle eût deviné juste, toujours est-il certain qu'il avait une façon d'être toute particulière.
Au touchant el tendre respect avec lequel il avait coutume d'aborder Amélie, avait succédé une sorte de roideur dédaigneuse. Cependant il s'informa comme à l'ordinaire de la santé de madame de Frémery ; mais c'est à peine s'il écoutait les réponses qui lui étaient faites.
II regardait Amélie avec une persistance singulière et qui finir par paraître impertinente à celle qui en était l'objet : Amélie se prit à son tour à regarder Melchior, mais d'un regard si haut, si dédaigneux, qu'il baissa la tète.
CONCUSSION CENEHALE
Enfin, il fit un effort sur lui-même et dit avec une tristesse prleânâ d'amertume :
— Je <le\;iis deviner <|u'il en serait ainsi.
N'importe, madame, j'ai \oulu être votre ami; je me 'rompe, j'ai voulu être l'ami de M. de Fréinei y. J'en remplirai les devoirs jusqu'au bout.
— Mon Dieu, monsieur j dit Amélie, je ne vous impose rien, et si de nouveaux sacrifices vous étaient trop pénibles...
— Je n'ai l'ait aucun sacrifice, madame, dit M. de Lesly avec fierté... et si j'en ai à taire, ceux-là ne coûteront qu'à mon cœur. Mais ee n'est pas «le pareilles choses que j'ai à vous entretenir. Je suis ici de la pari de M. de Kréuierv.
— De sa p«rt? repartit Amélie d'un ton sardonique.
— Oui, madame; il devait venir vous apprendre une nouvelle fort heureuse... mais il a été retenu par dés devoirs importants.
La place que M. de Frémery rêvait plutôt qu'il ne l'espérait vient de lui être accordée.
Amélie demeura stupéfaite, mais elle reprit presque aussitôt :
— ("est m'appieiiilre que votre crédit est immense.
— Mon crédit n'est pour rien dans cette affaire, madame, c'est un hasard qui a serti .M. de Fremery.
Le ton de l.esly était si digue et si sincère, que madame de Fréiu'.m y l'ut curieuse d'apprendre comment son mari avait obtenu de l'avancement, au moment même où il semblait menacé de destitution.
Elle interrogea Melchior, qui répondit :
— La destitution de M. de Frémery était signée et sa place donnée. Cette mesure avait pour motif le déplorable état des affaires de M. de Frémery. Au moment même où il venait 'de les arranger de la façon la [dus complète et la plus honorable, il apprend ladécfsion qui le frappe, court au ministère, persuade, [trouve même qu'il a été victime de Jmiils calomnieux; il délie qu'on produise contre lui aucune réclamation. 11 avait raison, en effet, il avait payé toutes ses dettes.
Le ministre, embarrassé de l'injure faite à un homme de talent et dont le dévouement appartient aux idées du gouvernement, cherche à révoquei' la mesure qu'il a prise. Mais le nouveau titulaire était averti ; il eût fallu le déposséder : cela donnait lieu à de violentes réclamations. Une place au parquet de la cour royale était vacante, et M. de Frémery y a été appelé.
Amélie accueillit cette nouvelle avec une répugnance manifeste.
— Voilà comment se rend la justice, dit-elle.
— Ah! madame, lit Lesly vivement, le ministre qui a cru réparer une injustice me semble au moins excusable, et ce n'est pas à ceux qui profilent de son erreur à le blâmer de sa générosité.
— Qui donc profite de son erreur, monsieur? dit vivement Amélie.
— Mais, repartit Melchior en raillant, M. de Frémery du moins, si toutefois ce qui concerne votre mari ne vous concerne pas.
Madame de Frémery se mordit les lèvres, et ne voulant pas laisser san> ré p. use une observation trop juste pour ne pas être très-' piquante, elle repartit :
— Vous avez raison, monsieur, et je comprends que ceux qui sont menacés de ne pas tirer profit des peines qu'ils se sont données et des services qu'ils ont rendus, ne soient pas bien disposés en faveur de ceux qui obtiennent plus qu'ils ne méritent.
Melchior regarda madame de Frémery avec un étonnement inouï, uii éclair de colère brilla dans ses yeux; mais il se contint presque aussitôt et répondit :
— Ceux dont vous parlez, madame, seraient de grands niais, s'ils avaient le moindre dépit de leur peu de succès; quand on rêve, pour récompense , un noble remvrcimentj une franche reconnaissance, un peu d'affection, on est fou, et quand on s'aperçoit qu'on a été un fou, on devient un sot de se préoccuper de l'ingratitude qu'on rencontre.
Madame de Frémery devint pâle de colère.
— Vous m'insultez, monsieur!
— En quoi, madame? reprit Melchior froidement; oubliez -vous que je ne suis qu'un messager de M. de Frémery, que je n'ai ni à demander de la reconnaissance, ni...
— Assez, monsieur, assez; ne nie liiles pas descendre au rôle qu'il vous convient déjouer... nous nous comprenons à merveille. Je vous connais, monsieur : vous vous attendiez, en revenant ici, à un autre accueil que celui que vous y trouvez.
— Moi, madame? vous vous trompez tout à fait : je savais d'avance la scène qui a eu lieu... et même si vous vouliez, je vous dirais l'incident qui va arriver.
— Peut-être navez-vous pas prévu celui-ci . lui dit madame de Frémery, en lui tendant la lettre anonyme qu'elle avait reçue.
— Ah! fit Melchior, sans la prendre, la lettre où l'on vous dit que je suis un misérable, et que Je n'ai secouru M. de Frémery de ma fortune que pour avoir le droit de vous en demander le pria !
— Quoi! s'écria Amélie terrifiée, vous connai-sez cette leltre?
— Oui, madame, et je savais tout le parti qu'on peut en tirer; je savais avec quelle indignation on devait accueillir un homme qui avait conçu de telles espérances, basées sur d'aussi lâches calculs.
Cet boinnie, on le méprise, on le chasse, on en a le droit, surtout quand on n'a plus besoin de lui.
— Horreur! s'écria madame de Frémery. Monsieur, monsieur, que \oidr/-voiis due? que signifient ces paroles ?... explique/.-1 on- !
— Tenez, madame, dit Melchior avec un dédain mal déguisé, cela signifie qu'un ami m'a enfin ouvert les yeux.
— Un ami ! que vous a-t-il dit?
— Mon Dieu* il ma dit tout ce qui est arrivé; il a fait mieux, il m'a prédit tout ce qui in'arriverail :
«Ah! vous êtes tombé en bonnes mains : on vous charmera, on vous laissera croire, espérer., on aura même de ces soudains transports el de ces moment* d'abandon qui font croire a l'am m : cela durera tant (pie dureront les mauvaises affaires de M. do I rémois; mais, une fois but a: rangé, on se défendra, on résistera, on VOUS fuira; qui sait même si on ne mettra pas à exécution un pian depuis longtemps médité : une retraite est souvent difficile, une rupture ne l'est jamais. On recevra une lettre où l'on sera avertie de la bassesse île vos calculs, on vous la jettera avec indignation à la face, et l'on se retirera superbement dans son dédain : non seulement vous serez dupe, mais vous serez encore indigne et infâme. »
Amélie regardait Melchior de Lesly d'un œil effaré; elle semblait anéantie.
— Un homme vous a dit cela? murmura-t-elle sourdement.
— Oh! je ne veux mentir en rien, fit Melchior : c'est une femme, c'est...
— Madame Cantel, ma belle -mère, n'est-ce pas?
— Oui, madame.
Madame de Frémery poussa un soupir désespéré. Melchior parut vouloir se retirer.
— Amendez un moment, lui dit Amélie, attendez. Elle sortit.
Melchior resta seul pendant près d'une demi-heure.
La douleur de madame de Frémery avait été si vive, qu'il hésitait à croire que ce fût un jeu; et cependant il avait été si bien averti qu'il était en face de la plus habile comédienne, qu'il se demandait û on ne préparait pas contre lui quelque nouvelle trahison.
L'absence d'Amélie commençait à l'inquiéter, lorsqu'elle reparut tout à coup.
Elle tenait une leltre; elle s'approcha de Melchior et la lui remit.
— Lisez, lui dit-elle, et décidez.
Amélie était dans un état d'agitation incroyable; une fièvre ardente semblait la dévorer Melchior pi il la lettre et voulut l'ouvrir.
— Pas devant moi, lui dit Amélie d'une voix brève et sèche, pas devant moi...
Elle fit signe à Melchior de sortir.
H quitta le salon, et en s'éloignant il put la voir, à travers les fenêtres éclairées, tomber sur un divan et se cacher la tète dans un coussin, pour étouffer le bruit de ses larmes et de ses sanglots.
DEISOUMENT IMPREVU.
Melchior brûlait du désir de lire cette lettre, mais il était dans la nuit; il lui fallait ou demander de la lumière à quelqu'un delà maison, ou retourner au château. Il prit ce dernier parti.
11 est difficile de dire par quel art infernal une femme avait eu le pouvoir de changer en doute la foi de Melchior, comment elle avait transformé en une comédie habilement jouée toutes les naïves émotions d'Amélie.
Melchior était une de ces natures vives, exaltées, qui se donnent tout entières, mais qui se retirent avec autant d'empressement qu'elles ont mis d'élan à se livrer. '
En retournant au château, Melchior voulut se mettre en garde contre un mouvement qui avait failli l'entraîner aux pieds d'Amélie. A peine fut-il arrivé chez lui, qu'il ouvrit le billet d'Amélie.
Voici ce billet étrange :
« Melchior,
» Sur mon âme et devant le regard de Dieu, j'ai reçu la lettre que je vous ai montrée; celle qui me l'a écrite n'a pas eu grand mérite à prévoir que je vous la montrerais; car c'est madame Cantel qui l'a écrite, j'en suis sûre.
» Sur mon âme. Melchior, je vous aimais...
» Qu'en serait-il arrivé? je l'ignore; mais j'aime à croire que Dieu m'eût préservée des suites d un amour coupable.
» Aujourd'hui, mon sort est ti.xé... Melchior, je vous attends à minuit, par cette même fenêtre où... »
Ce billet laissa Melchior Immobile d 'étonnement el de joie... puis tout à coup son visage s'assonibru, un sourire amer glissa sur ses lèvres... 11 prit une plume et répondit :
« Madame,
» J'ai oublié de vous dire (mais je suppose que vous le saviez d'ailleurs) que M. de Frémery doit arriver à minuit. »
CONFESSION r.IÎNKRAl.K
Aussitôt, el -.«lis se donner le temps de réfléchir, il envoya oette Insultante réponse a Unélie.
Lorsque madame de Frémery la reçut, elle se sentit frappée d une atteinte si* douloureuse, qu'elle demeura un Instant sans avoir la conscience <ie son être. Jamais humiliation plus poignante n'avait été adressée à une femme.
— Il le croit, se dit-elle... il le croit!...
Et sur cette pensée, elle s'indigna contre Melchior; mais bientôt elle se demanda si elle même n'avait pas prêté confiance à la lettre qui loi montrait Melchior comme un misérable.
Amélie était folle, désespérée; à ce moment, elle eût acheté sa. justification au prix de sa vie. Elle ne l'eût plus pavée de sou honneur... le mouvement de délire qui lui avait t'ait écrire à Melchior le billet auquel il avait si brutalement répondu, était passé. Mais
celte réponse de Melchior lui apprenait que son mari allait arriver,
el i lie envisageait avec autant d'effroi que d'horreur la nécessité où
elle allait se trouve!' île revoir Eugène.
Elle sentait les reproches, l'insulte, la menace lui venir aux lèvres, contre cet homme dont l'abandon l'avait livrée à cet amour qui l'avait égarée, dont finconduite l'avait livrée aux calomnies, et qui, peut-être, avait eu la lâcheté d'accepter les secours de M. de Eesly, avec un soupçon contre lui dans le cœur.
V cette pensée, sa tète se perdit; Amélie pensa à une amie qu'elle ,i\,u! laissée à Paris, et à qui sa position indépendante permettait d'oser la protéger. Elle ordonna qu'on mit ses chevaux, et annonça qu'elle parlait à l'instant même pour Paris.
Une demi-heure après, Amélie quittait sa maison. 11 était alors dix heures du soir.
Peux heures après, Melchior entendait sonner avec violence à la grille du château, et bientôt après, il voyait entrer chez lui M. de Frémery.
Celui-ci était dans un état d'agitation extrême.
— Je vous croyais parti, dit-il à Melchior.
— Vous voyez, monsieur, qu'il n'en est rien.
— J'étais charmé de m'en assurer...
— Quel intérêt avez-vous que je sois ici ou ailleurs?
— Je sais tout, monsieur, dit Frémery en éclatant... Mais vous ne partirez pas...
— Faites attention, reprit Melchior, à qui vous pa àez. J'irai où bon me semblera.
— Vous n'irez pas la rejoindre.
•-- Ah çà dit Melchior,' de qui parlez-vous, vous?
— De madame de Frémery, vous le savez bien.
— Partie ! s'écria Melchior.
— Vous l'ignoriez. .
— Je vous jife ..
— Allons donc, monsieur, c'est trop vouloir me prendre pour dupe ! Melchior resta stupéfait, puis il reprit tout à coup :
— Vous avez vu aujourd'hui madame Cantel. -- Oui.
— Ah ! s'écria Melchior, c'est elle qui vous a dit...
— Elle ne m'a rien dit qui ne soit vrai, monsieur !
— Oh ! l'infâme, l'infâme! dit Melchior.
— A moins, reprit Eugène amèrement, qu'elle n'ait écrit ellcmêue cette lettre que m'a laissée madame de Frémery. Lisez, monsieur, lisez.
Melehio* prit la lettre et lut ce qui suit :
« Monsieur, mon cœur n'est plus à vous, vous devez comprendre pourquoi.
» Quand vous recevrez cette lettre, je serai à l'abri de vos poursuites.; ne cherchez jamais à me revoir, je ne vous aime plus... j'en aimais un autre, il m'a méprisée assez pour que j'en meure.
» Vous qui m'avez "alu tous ces malheurs, laissez-moi mourir en paix. »
— Malheureuse Amélie ! s'écria Melchior.
— Ah ! madame de Frémery s'appelle Amélie pour vous ! s'écria Eugène : c'est une insulte !
— Monsieur de Frémery, reprit Melchior... sur mon honneur, madame de Frémery est pure de toute faute... Allez... et ne songez qu'à la sauver.
Sans doute Eugène ne se fût pas contenté d'un pareil serment de la part de Melchior, s'il eût été le maitre d'agir en toute liberté contre celui qui venait de le sauver de la ruine et du déshonneur.
Il se retira donc, laissant Melchior à son désespoir.
Ce désespoir ne venait point d'avoir perdu Amélie, d'avoir repoussé cette femme qui se jetait à lui dans un moment de folle exaltation : c'était de l'avoir méconnue, c'était d'avoir blessé ce cœur si fier, si noble, si pur.
11 partit immédiatement. Un pressentiment lui dit à qui madame de Frémery avait été demander protection. En effet, deux heures après, il était près d'elle; il était à ses genoux et il lui disait :
— Ne craignez rien de moi, Amélie; jamais, jamais mon amour ne vous demandera aucune de ces faveurs pour lesquelles j'eusse
donné ma vie. Vous m'avez dit que vous ne croyez plus à l'infâme calcul qu'on m'avail supposé. C'esl assez, Amélie.
Mais, quoi que vous puissiez faire, des paroles infâmes ont été dites entre nous. A aucune ht me nous ne pourriez, les oublier ; et moi-même, je me sentirais glacé en me les rappelant.
Ni h i-^ sommes à jamais séparés, .te ne vous demande qu'une grâce, c'esl de me permettre île ne plus vous revoir. Oh ! je ne me sentirais pas le courage de demeurer ainsi près île vous, et de faire taire ni
cesse l'amour qui me dévore.
— Melchior, lui répundit Amélie, je suis à vous de mon âme, je vous appartiens. Ce. que je VOUS ai écrit, je l'eusse l'ait pour me sauver de vos mépris; je le ferais encore si vous doutiez, de mon amour; mais vous n'en doutez, pas... pourquoi donc, me fuir, pourquoi ne pas avoir le courage de n'être que mon ami?
Melchior ne répondit pas, et reprit, après un moment de silence :
— J'ai encore, une grâce à vous demander.
— Parles.
— Vous retournerez avec votre mari.
— Jamais! je pars dans une heure, je quitte Paris.
— Quittez Paris pour quelques mois, soit; ce temps est nécessaire à ramener le calme dans vos résolutions; mais, croyez-moi, la vie d'une femme n'est possible «pie dans la maison de son mari ; ailleurs, si pure qu'elle soit, elle est calomniée. Vous ne pouvez quitter M. de Frémery, sans dire au monde les raisons de votre retraite.
— Je les dirai.
— Ce serait le perdre.
— Eh bien I je me tairai.
— Ce serait vous perdre ; et si je ne vous sais pas heureuse, je veux du moins vous savoir honorée.
Amélie, croyez-moi, la considération est le premier bonheur d'une femme; et s'il faut tout vous dire, quand je sauvais M. de Frémery, ce n'était pas lui que je sauvais, ce n'était pas «on amour que je servais, c'était l'honneur du nom que vous portez que je voulais sauver.
Achevez mon ouvrage, oubliez une injure qui était plus dans la vanité que dans le cœur de M. de Frémery. Revenez à lui.
— Oui... plus tard.
— Et pas trop tard.
— Quand vous voudrez.
— Dans un mois... me le promettez-vous?
— Je vous le jure !
Une heure après, madame de Frémery quittait Paris ; un mois après, elle y rentrait, tandis que Melchior s'en éloignait à la même heure.
L'amie d'Amélie la ramena chez Eugène; elle savait tous les détails de cette histoire.
— Que pensez-vous qu'il fût arrivé, si, par hasard, je n'avais pas eu des torts envers Amélie, par mon .amour avec madame de Favières? lui demanda Eugène.
— Elle aurait aimé Melchior, elle se fût défendue avec désespoir, elle eût succombé avec remords... mais elle eût succombé.
— Et si, ayant eu ces torts, je n'avais pas eu celui d'être ruiné ?
— Ils se seraient aimés comme ils se sont aimés; ni l'un ni l'autre n'eût éprouvé la noble susceptibilité qui les a séparés, et vous seriez comme tant d'autres...
— Ah ! fit Eugène, voilà ce qui m'attendait ?
— Oui, dans l'ordre ordinaire des choses.
— En ce cas, repartit gaiement M. de Frémery, l'un des honorables magistrats de la restauration, on peut-dire : A quelque chose malheur est bon.
Cet homme n'a jamais été trompé : est-ce que le ciel est juste ?