‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 168 sur 169 · XIV. — DKVOJUEMEM FILIAL · texte numérisé non relu

XIV. — DKVOJUEMEM FILIAL

Cette lecture dura près d'une heure; lorsqu'elle fut achevée, les quatre hommes qui t'avaient écoutée dans un m irnesileuce, restèrent immobiles, la tète basse, et n'osant ni regarder NoëL ni se regarder entre eu\. Noèl, de son côté, avait caché sa lèlc dans ses main < I semblait anéanti.

Enfin, M. de Gabarrou se leva le premier, et reprenant l'insol ace éhontée qu'il avait montrée d'abord, il s'él igna en s'écriant du ton d'un marquis des parades de la foire Saint-Germain :

— Bast !

A peine fut-il sorti, que M. d'Assimbret s'élança vers la porte en s'écriant :

— Enlin !

Quant à MM. de Vameuil et d'Arvillier, ils se levèrent silencieusement et sortirent la tète basse et dans un profond silence.

Ni l'un ni l'autre ne purent retrouver leur assurance, en passant dans le salon où se trouvaient à la fois Lucien Deville, Valvins et Fabien.

Ils passèrent rapidement sans même rendre aux trois jeunes gens le salut' muet que ceux-ci leur adressèrent.

Valvins, Deville et Fabien attendirent un moment que Noël vint leur faire part du résultat de cette étrange épreuve.

Après quelques instants d'attente, ils entrèrent dans la chambre où était resté Noël, et le trouvèrent dans la même position.

Noël ne parut pas les entendre.

Enfin Valvins s'approcha de lui et l'appelant doucement, il lui dit :

— Eh bien! Noël, qu'as-tu décidé?

Noël releva la tète, et ses amis reculèrent d'effroi en voyant le regard égaré du malheureux. Us supposèrent que c'était là le paroxysme d'un violent sentiment de désespoir et de colère, et ils lui parlèrent avec douceur.

Noël leur répondit par un rire hébété.

Valvins l'interrogea avec sollicitude et sur des objels indifférente, afin d'appeler son attention en dehors des idées qui l'avaient si fatalement frappé.

Mais Noël ne répondit à aucune de ces questions.

Valvins, qui s'était placé à ses côtés, consulta ses amis.

— 11 n'y a qu'un moyen, dit Deville, de ramener sa raison, c'est de frapper sa pensée là où elle a été blessée; si la sensibilité existe encore, elle s'éveillera au nom de sa mère.

A peine Deville eut-il prononcé ces paroles, que Noël tourna brusquement ses yeux du côté de Lucien, en s'écriant :

— Ma mère! ma mère!... qui ose l'accuser? qui ose dire qu'elle a été coupable?

— Personne, dit avec vivacité Valvins.

Noël alors porta rap dément ses regards sur ses amis, les reconr nut enfin, et se jeta dans les bras de Valvins en s'écriant avec une douleur terrible :

— Oh! les lâches et les assassins!

Puis il se mit à pleurer.

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On laissa à sa douleur le temps de se calmer; jniis, lorsque, rev< nu à lui. Valves lui répéta la question qu'il lui avait faite d'.il» : lui disant :

— Eh bien! qu'as-tu décidé?

x i lui répondit :

— Deinain, mes amis, je vous le djrai. * ..• •

— Mais jusque-là?...

— Jusque-la, laissez-moi seul, dit-il.

imis de Noël voùlurenl insister pourquoi permettre de resterjivec luL mais Woël opposa ^ volonté -i ferme utf cependant si calme en bien céder à ses désirs.

Le lendemain, tous trois revinrent de grand matin chez Noël.

Ils sonnèrent vainement à sa porte, personne ne répondît.

Alors il leur \int une affreuse appréhension.

Ils coururent chez le concierge, qui leur déclara n'avoir pas vu sortir M. Varneuil, el qui remit en même temps à Valvins quatre lettres, tentes à L'adresse de M. Noël, sans que le nom de Varneuil y lût joint.

Les tri Ls amis remontèrent après avoir envoyé chercher un commissaire, qui tit forcer la porte de Noël. On pénétra dans son appartement, il n'était point dans sa chambre, mais dans la chambri mère. Sur le lit où elle était morte, on trouva Noël étendu.

1! était mort.

Sur le réchaud dent il s'était servi pour s'asphyxier, était un 111anuscrit à moitié brûlé et dont Valvins s'empressa île soustraire les restes aux perquisitions des gens de justice, convaincu que c'était le manuscrit confié par madame de Varneuil à son flls, cl que celuici avait voulu détruire. Sur la table de cette chambre étaient quatre lettres à l'adresse de 'MM. de Varneuil, de Gabarrou, d'Arvillier et d'Assimbret. Dahs le papier qui enveloppait ces quatre lettres étaient écrits ces mots :

« Confiées aux soins de Valvins. »

Valvins prit les lettres et se chargea de les porter lui-même à ceux à qui elles étaient adressées.

lue cinquième lettre à l'adresse de Deville était sur cette table. Lucien se réserva de la lire lorsque les gens appelés pour constater la mort de Noël seraient partie.

pie les trois amis eurent rempli tous les devoirs que leur imposait cette triste circonstance , ils demeurèrent seuls et se consultèrent. Us cherchèrent d'abord ce qu'ils avaient à faire des lettres adress l. Ils pensèrent que le meilleur parti à prendre serait

de l< s renvoyer à ceux qui les avaient écrites ; mais pour cela il fallait savoir de qui venaient ces lettres.

U eût donc été nécessaire de les ouvrir, et c'est ce qu'aucun d'eux ne se crut permis.

En attendant qu'ils prissent une décision à ïq sujet, ils résolurent de lire la Lettre adressée a Lucien Deviile, dans laquelle peut-être trouveraient-ils quelques volontés au sujet de ce qu'ils devaient laire.

Voici cette lettre :

« Mes amis,

» Je n'ai point à vous dicter votre conduite.

« Chaque homme a suffisamment de reponsabilité en gardant celle de ses propres actions, laites donc comme vous le jugerez juste. Moimême j'ai hésité un moment entre le serment que j'avais fait de ne

jamais révéler un mot qui pût porter atteinte à la renommée de ma mère, et le désir de montrer jusqu'où peut descendre la turpitude de certains hommes. C'est puce que je ne sais si j'eusse résistéyâu besoin de vengeance dont je me suis senti agité, que j'ai vftuly mourir. ,

)> D'aiMjnrf, ignorant -de la vie comme je l'étais, j'ai reculé devant ie l'e^i ai aopris»par vos révélations. A quoi bon vivre pour subir

ce que

Vfc déceptions et les tourments que vous ayez subis? Je ne m'en gujs ^as senti le courage.

» Je vais relruuvcrma mère, car je meurs innocent, comme elle a vécu innocente. •

. » Je prie Valvins de faire remettrai leur adresse. les lettres qu'il "trouvera sur ma table. Toutefois, j! ne les fera rente lire que le lendemain de ma mort, eVâprès s'être assuré qu'aucune lettre ne m'a été adressée a moi-même par aucun de ceux à qui j'écris.

» Du reste, quoi que ce soit que puisse contenir la lettre qui me sera adressée, on enverra fa .mienne; mais Valvins la mettra sous pli, avec ces mots :

« Monsieur, je vous envoie la réponse de M. Noël à la lettre que 0 vous lui avez écrite. »

Le reste de la lettre renfermait des protestations de regrets et d'amitié pour ses amis.

liais, gojl que' ces tristes et derniers adieux eussent été écrits sous l'empire d'une résolution froide et inébranlable, soit que le désespoir eût tué toute sensibilité dans le cœur du malheureux Noël, aucune des dernières paroles qu'il adressait à ses anus n'avait cette empreinte touchante d'un cœur, aimant qui se sépare avec regret de la vie et de ceux qu'il y laisse.

Valvins cependant, afin d'accomplir les suprêmes volontés de son ami, ouvrit l'une après l'autre les quatre lettres qui lui avaient été l'émises par Noël. Ces lettres étaient précisément signées des mêmes noms auxquels étaient adressées les lettres de Noël.

Toutes les quatre, en styles différents , et écrites en vertu de la position et du caractère de ceux qui les avaient signées, exprimaient cependant les mêmes pensées et renfermaient les mêmes offres de services ; toutes les quatre, malgré les phrases plus ou moins adroites qu'elles renfermaient, pouvaient se réduire à ceci :

« Monsieur,

» Quelque injuste qu'ait été votre mère à mon égard, je ne veux pas oublier que vous êtes mon fils, et si mon secours peut vous être utile pour votre fortune, vous pouvez y compter. -M

» Toutefois, monsieur, je pense que vous êtes convaincu, comme moi, que ie plus grand témoignage de respect et d'affection que vous puissiez donner à la mémoire de votre mère, c'est de taire à tout jamais les malheureuses circonstances qu'elle a cru devoir vous révéler. »

Au moment où Valvins voulut mettre sous enveloppe les lettres adressées par Noël aux quatre personnages qui avaient été appelés a la lecture du manuscrit laissé par madame de Varneuil, il sapèrent que ces lettres n'étaient point c ichetées, et se crut aut aisé à les lire, puisqu'il devait y joindre un envoi de sa main.

H l'ut très-étonne de voir qu'elles ne renfermaient toutes qu'une phrase, et que pour toutes, cette phrase était la même.

« Je suis mort, vivez en paix dans votre infamie. »

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