UN LIT DE MORT
Revenons un instant à Krnée.
Nous avons vu les convives de M. Duplessis s'esquiver peu à peu, pendant l'étrange charivari que le vieillard se faisait donner à lui-m^me, au grand scandale de tous, sous les fenêtres de la salle à manger.
Madame Duplessis, contre qui cette cruelle dérision avait été préparée, fut emportée évanouie par sa vieille servante et par son neveu.
LE VEAU D'OR
Monsieur Duplessis resta seul avec le curé d'Ernéo, qui avait été da nombre des invités. Le vénérable pasteur, debout, les soras croisés sur la poitrine, se tenait silencieusement de l'autre côté do la table, attendant le moment propico pour fairo descendre quelques paroles de paix dans l'âme do l'irascible vieillard. Celui-ci était retombé assis à sa place, comme épuisé par l'excès môme do l'emportement auquol il venait de se livrer ; et c'est ainsi que la dame inconnue chez laquelle madame d'Aronde avait été conduite, à Chaillot, l'aperçut à travers les ombres de son sommeil magnétique.
Lo soir même, il n'était bruit dans tout l'arrondissement que de l'esclandre dont la maison ordinairement si calme des époux Duplessis avait été subitement le théâtro.
Messieurs les clercs do l'étude du neveu n'étaient pas les derniers à s'en faire un texte de plaisanteries. Attablés, vers minuit, devant un bol de punch, ils se livraient aux conjectures les plus folles sur l'aventure dont ils avaient été témoins, et dont l'éclat prématuré les avait privés du café et de ses alcooliques accessoires.
— Par la sembleu ! disait l'un d'eux au Dorât de l'étude, auquel il gagnait des cigares aux dominos, il faut convenir que ton épithalame conjugala eu un fier succès! Quels bravos! quel enthousiasme et quels chaudrons! Mais c'était justice. Ton quatrain méritait l'accompagnement de batterie de cuisine dont il a joui 1 Je l'ai retenu tout d'emblée. A preuve.
Et l'espiègle se mit à déclamer les vers suivans, en imitant l'inflexion de voix emphatique de sa victime :
Pour lêter le bonheur des époux Duplessis,
Le chaudron gaîment se rassemble Avec la casserole, et tous deux font ensemble Le plus beau des charivaris.
A cette parodie de sa muse, le barde des fôtes de famille leva les yeux au ciel comme pour y chercher Apollou indigné. Mais Apollon ne le protégea pas. Notre poëte perdit le punch comme il avait perdu les cigares ; puis, vers une heure du matin, ses camarades le saisirent, lui firent un pavois de leurs bras réunis, le portèrent dérisoirement en triomphe à travers les rues en poessant des hourras à réveiller toute la ville, et enfin le déposèrent au corps de garde, le dénoncèrent comme tapageur, et, sous ce prétexte, lui firent passer le restant de la nuit au violon.
Cependant le vieux Duplessis était sorti peu à peu do sa torpeur.
— Eh quoi ! s'écria-t-il en promenant ses yeux hagards dans la salle déserte du festin, à la lueur expirante des bougies; hé! quoi! mes convives m'ont abandonné? Je vois ce que c'est : ils auront craint de troubler de si doux momens. Eh bien ! soit ! je fêterai seul mon bonheur conjugal ; je boirai seul, mais des deux mahas, et je trinquerai
^moi-même à ma propre félicité !
Et, se versant deux rasades, le vieillard, d'ordinaire si sobre, vida les deux verres coup sur coup.
En ce moment, une voix grave et douce se fit entendre. C'était celle du prêtre.
— Mon fils, dit-il, revenez à vous ; ne noyez pas dans cette liqueur dangereuse le reste de votre raison.
— Qui me parle ? demanda le vieillard dont la langue devenait lourde et le regard incertain.
— C'est moi, monsieur Duplessis, répondit l'ecclésiastique; moi, votre ami, qui vous supplie de vous calmer et de rentrer en vous-même.
— Rentrer en moi-même !... ah ! c'est vous, monsieur l'abbé, qui me donnez ce bon conseil?., rentrer en moi-même ! le triste logement que vous m'offrez là ! Il n'y a en moi que douleur et que rage. Je suis un mari trompé, un époux imbécile et bonasse auquel il a fallu trente ans pour découvrir son déshonneur. Non, voyez-vous, il faut que je m'étourdisse, que je me tue, que je m'annihile dans le vin pour oublier un moment.
Et Duplessis continua de boire »«»c aa* avidité fébrile.
LE SIÈCLE. — XIV
— Mon fils, reprit le prêtre, soyez calme, vous serez juste. Si vous n'avez pas confiance au prêtre, écoutez la voix de l'homme dont les cheveux sont blancs comme les vôtres, et qui, comme vous, est au bout de sa carrière. No soyez pas cruel, de crainto d'être inique. L'esprit humain se trompe souvent, Dieu seul est infaillible.
— Oh ! en effet, interrompit amèrement le vieillard, en montrant les lettres accusatrices qui étaient restées sur la table, qu'il ramassa soigneusement et qu'il replaça dans sa poche ; je suis sans doute le jouet de fausses apparences Ces lettres, qui paraissent si claires, si évidentes, ces lettres ne sont qu'un vain prestige. Elles renferment au contraire, des certificats de bonne conduite. Malédiction 1
— Ne maudissez personne, mon fils, si vous ne voulez être maudit à votre tour. J'ignore ce qu'elles peuvent attester de coupable ; mais ce que je sais, c'est que l'Ecriture a dit : « A tout péché miséricorde. »
— Et qu'attendez-vous donc de moi ?
— Que vous répariez autant que possible un éclat scandaleux dont vous vous repentirez un jour peut-être, et que vous ayez pitié de cette pauvre femme qui depuis tant d'années a partagé avec vous les douleurs de cette vie.
— Ma femme?... dit Duplessis en bégayant et en égoutant une bouteille épuisée. Qui est-ce qui parle de ma femme?
— Avez-vous toujours été bon pour elle, continua lo prêtre, vous qui vous vous érigez en juge? Avez-vous entouré sa vie de cette affectueuse protection que vous lui aviez jurée? N'avez-vous rien à vous reprocher de votro côté?
— Oh ! moi, dit Duplessis dont l'ivresse avait insensiblement amoindri la colère, je lo sais, je ne suis pas un saint, mais il est bien tard pour me convertir.
— Il n'est jamais trop tard pour bien faire, dit l'ecclésiastique. Soyez compatissant pour cette pauvre créature.
— Elle ! dame, je l'ai négligée, reprit Duplessis, c'est vrai ; je l'ai rudoyéo parfois, et si elle m'a trompé, il y a peut-être un peu de ma faute. . Mais, voyez-vous, savoir cela, même trente ans après, ça fait mal, ça empoisonne le bonheur passé !... On a beau être vieux, on est homme et on souffre.
— Allons, dit le prêtre en essayant de le soulever, un bon mouvement! Soyez chrétien ; venez dire quelque affectueuse parole à cette pauvre femme dont vous avez déchiré l'âme.
— Oui, monsieur le curé, répondit avec effort Duplessis, oui, vous avez raison; on me croit méchant, je ne suis pas méchant, allez, mais je souffre ; on ne me connaît pas, voilà tout.
— Eh bien ! venez, reprit le digne curé, voulant profiter de ce moment de sensibilité dont la vraie cause était plus bachique que morale.
— Oui, répliqua Duplessis, allez, je vous suis.
Et il fit un effort pour se relever, mais il ne put y réussir, et resta cloué sur son siège, vaincu par la puissance narcotique du vin.
Quand lo prêtre voulut l'interpeller de nouveau, il lui fut impossible d'obtenir une réponse et de rompre le sommeil qui s'était emparé du vieillard.
— Monsieur le curé, dit alors un domestique qui venait d'entrer tout effaré, venez vite.
— Où donc ? demanda le prêtre.
— Chez madame.
— Est-elle plus mal ?
— Elle n'est pas bien du tout, monsieur le curé.
— Seigneur, murmura le prêtro en suivant le domestique, soyez miséricordieux aux coeurs soufïrans !
Deux valets envoyés par le prêtre se présentèrent l'instant d'après dans la salle où Duplessis était resté seul, plongé dans l'épais sommeil do l'ivresse. Ils le saisirent, l'emportèrent dans son appartement, lo déshabillèrent et le mirent dans son lit, sans qu'il rouvrît une seule fois ses yeux appesantis. L'un d'eux passa près de lui le reste de
ira
la nuit et la Journée suivante. Ce nn lut que le suriondeni nu qu'il se réveilla tout ft (ait de sa léthargie.
— Ou suls-je? demanda-(-i| en portant la main h son front brûlant ; où suis -Je et d'où viens-je (lune?
Un instant il lutta contre sa mémoire défaillante, ot nt un vam appel a ses souvenirs. A la fin, cependant la vé lui apparut tout entière.
— Oh I dit-il, je me souviens maintenant J'ai flétri
enfin celte misérable parjure !... Om, j'ai révélé hautement sa honte I... Mais cela ni' suffit pasl Je veut qu'elle m'avoueson crime, Je veux que ma vengeance sqi| complète, de d'Aronde, dont la ruine est déjà mon ouvrage, ce d'Aronde cxérr.", dont i«> père a déversé sur moi l'outrage, il n'est
poul-elre pas le seul que ma colèro doive atteindre.
lit sVtant habillé à la hûto, il se dirigoa vers la chambre do sa femme.
A la porto qu'il voulut franchir, il trouva une sentinollo vigilant»1.
— Madame no pout vous recevoir en ce momont, lui dit la vieille allemande.
— Uahl répondit-il sans so rappeler que la fidèle servante no pouvait pasl'enlendro. Depuis quand refuse-t-on la porte a son mari?
La sourde no répondit pas, mais elle se plaça résolument sur lo seuil qu'ello avait mission de défendre.
Que so passait-il pondant ce temps chez madame Duplessis ? Une scène profondément touchante.
— Mon père, avait dit quelques instans auparavant la pauvre malade au bon curé qui ne l'avait presque pas quittée depuis l'avant-veille ; mon père, lo secret de la confession est sacré pour le prêtre qui la reçoit, n'est-ce pis?
— Ma fille, répondit lo curé, ce n'est pas au prêtre que vous parlez, c'est à Dieu. L'homme ne se souvient de rien.
— Eh bien 1 mon père, je me sons mourir, et je veux tout vous dire, afin de paraître sans crainte devant mon jugo suprême.
Le jeune notaire, qui, lui aussi, avait assisté la vieille dame depuis l'avant-veille, se retira dans le fond de l'appartement, et le curé se pencha vers sa pénitente afin de pouvoir saisir les paroles prononcées par sa voix défaillante. Sa confession dura vingt minutes. Quand elle fut terminée, les yeux delà mourante brillaient d'une joie céleste.
— Maintenant, mon père, dit la malade, un dernier service.
— Parlez. Que faut-il faire?
— Ouvrez le premier tiroir de cette commode. Le prêtre obéit en silence.
— Regardez à droite : n'y voyes-vous pas un portefeuille?
— Le voici.
— Prenez-le, mon père.
— Et qu'en ferai-je?
— Vous le garderez jusqu'à l'époque convenue d'avance entre nous.
— Et à qui le remettrai-je alors ?
A ce moment la mourante montra à l'ecclésiastique une femme voilée qui s'était tenue cachée dans la ruelle, et que les rideaux avaient dérobée complètement aux regards.
— Comment la reconnaîtrai-jo ?
L'étrangère leva son voile, mais seulement le temps nécessaire pour laisser voir son visage au prêtre, puis elle le rebaissa soigneusement.
Le curé d'Ernée eut un tressaillement qui n'échappa pas au jeune Duplessis, discret témoin de ce qui se passait.
— Cela me suffît, dit le prêtre, qui avait repris son calme. Votre volonté, ma fille, sera faite en tous points.
— Vous me promettez de ne jamais vous dessaisir de ce portefeuille avant l'heure dite?
— Je vous le jure.
— • Merci, fit la malade, merci, mon Dieu l Maintenant jmùs mourir tranquille.
C'est en cet instant suprême que lo vieux Duplessis s'était présenté devant la vieille servante qui gardait la porlo lie sa maîtresse.
— \ous n'entrerez pas, répéta la sourdo.
Le vieillard saisit le, bras de la vieille allemande, la repoussa d'une main oncore vigoureuse, et entra brutalem> ni.
I.a malade était retombée sur sa couche, blanche commo un linceul, résignéo commo un martyr. Son neveu tenait la main [roide Qu'elle avait laissé retomber sur la courte pointe du lit, tandis quo le prôtro à genoux murmurait les
prières des agoni sans.
— Que venez-vous fairo ici, mon oncle? demanda le jeu no notairo avec un mélango de déférenco et de reproche.
— Ce quo je viens fairo l tu lo demandes? lié ! parbleu ! jo viens interroger la coupable, jo viens recueillir la vérité de sa bouche si souvent menteuso, jo viens savoir touto celte afïreuso histoire, et je la saurait Ahl parce que j'ai dissimulé d'abord, vous croyez que je me contenterai de l'aveu quo ces lettres renferment? Non, jo veux tout connaître l
Et il s'approcha du lit do sa femme. Le jeune notaire l'y avait devancé.
— Retirez-vous, mon onclo, lui dit-il d'un ton fermo, quoique respectueux, qu'il n'avait Jamais osé prendre avec lo vieillard; retirez-vous, je vous en supplie. Ne voyezvous pas que cette femme so meurt 1
— Bah l fadaisos que ces maladies-là l Les femmes sont toujours à la mort quand elles n'ont rien de mieux à répondre.
— Encore une fois, mon oncle, dit le jeune notaire,-retirez-vous : votre présence ici serait une indigne cruauté l
— Ah ! tu le prends sur ce ton avec moi l dit Duplessis; tu soutiens ta tante l tu fais cause commune avec la femme qui m'a déshonoré I Tu n'es qu'un ingrat 1... Mais prends-y garde l... tu dois savoir, comme notaire, que rien n'est aussi fragile qu'un testament. Tu comprends...
— Monsieur, dit le jeune homme, je ne veux plus rien vous devoir; la reconnaissance me serait désormais trop pénible. Demain, la vente de mon étude vous remboursera les fonds quo vous m'aviez prêtés pour l'acquérir.
— A ton aise, mon garçon. Mais je n'en suis pas moins le maître ici, et je veux avoir une dernière explication avec la femme dont tu prends si héroïquement la défense.
— Silence, monsieur, dit le prêtre en intervenant à son tour. Un mot de plus ce serait outrager Dieu 1
La moribonde fit alors un violent effort; elle se tourna vers son mari et le regarda de ses yeux éteints, avec une douceur angélique.
— Adieu l murmura-t-elle, en tendant au vieillard une main qu'il refusa, et dont son neveu se saisit pieusement.
Puis, se retournant vers la ruelle, elle tendit l'autre main à la personne voilée qui était à genoux près du lit.
— Adieu 1 répéta-t-elle plus bas.
Enfin, le triste et doux sourire qui n'avait fait que plisser ses lèvres s'épanouit sur son pâle visage ; elle serra les deux mains qui pressaient les siennes, sembla soupirer et ferma les yeux.
— Que se passe-t-il donc, demanda le vieillard, et pourquoi ne répond-elle pas?
— Elle est morte I dit le prêtre.
—Mortel s'écria Duplessis stupéfié; morte ! Est-ce possible ? Non, non, vous m'abusez ! Elle n'est pas morte, n'estce pas? C'est pour m'éloigner, pour la mettre à l'abri de mes reproches. Eh bien ! je me calmerai, je me contiendrai, mais dites-moi qu'ello vit encore.
— Elle est moTte, vous dis je, Dieu a recueilli son âme.
— Malheur 1 s'écria le vieillard, malheur sur moi I Je ne saurai rien de plus, rien que ce que ces lettres m'ont appris 1
A cet instant, la sourde entra ot s'avança vers le lit, ignorant ce qui venait d'avoir lieu.
LE VEAU D'OR
— Eh bien ! ma chère maltresse, dit-elle, comment vous trouvez- vous?
Un lugubre silence répondit seul à cette question, car la fidèle caméristo n'aurait pas entendu une autre réponse.
Ello arriva devant le lit, contempla cette figuro immobile, saisit cette main glacée, baisa ce front do marbre et poussa un cri de douleur.
Puis, se tournant vers le vieux Duplessis et lui montrant sa femme inanimée :
— C'est vous qui l'avez tuée, maudit 1 s'écria-t-elle.
— Oh! ne le maudissez pas, s'écria avec une inflexion de pitié profonde la personne voilée qui n'avait pas quille la ruelle, et qui mouillait de ses larmes l'une des mains de la défunte.
A cette exclamation. Duplessis tressaillit. Cette voix semblait lui être connue, celte voix semblait avoir réveillé dans son âme des souvenirs lointains. Il regarda attentivement dans la direction d'où parlait l'exclamation, et il entrevit pour la premièro fois la femme vêtue de noir qui s'y était agenouillée.
— Quelle est cette inconnue? demanda-t-il.
— Silence ! fit le prêtre.
— Je veux la connaître.
— Non, monsieur, vous ne la connaîtrez pas, ajouta énergiquement le neveu, entraînant le vieillard du côté de la porte sans qu'il songeât à faire résistance.
Riais tout en s'éloignant,Duplessis regardait cette femme prosternée dont l'organe avait fait battre son cœur, dont la voix en repoussant l'anathème de la sourde s'était empreinte d'une si affectueuse commisération.
— Où donc ai-je entendu celte voix , se dit-il, et quelle puissance a-t elle sur mon âme? Oh 1 c'est une illusion 1 Quelle est cette femme, répondez? Encore une fois, je veux la connaître.
— Non, dit le prêtre à son tour, vous ne la connaîtrez pas plus que nous la connaissons nous-mêmes. C'est une amie de la défunte. Elle est arrivée ce malin, et nous avons promis qu'elle partirait comme elle était venue , sans que personne vît son visage ni lui demandât son nom.
A peine le prêtre achevait-il ces paroles que la dame voilée se releva, déposa un baiser sur le front de la défunte, puis, ramenant avec soin son voile sur son visage tout inondé de pleurs, traversa l'appartement et se dirigea vers la porte.
Duplessis fit un effort pour se précipiter vers elle, mais il fut retenu par les mains vigoureuses de son neveu.
— Qu'allez-vous faire, malheureux ! dit le prêtre. La femme inconnue s'arrêta sur le seuil à ces mots.
— Ohl oui, bien malheureux! répéta-t-elle avec la même expression de tendre pitié que la première fois.
Puis elle sortit, traversa le jardin, comme si elle eût connu tous les détours de cette habitation dans laquelle elle semblait être pourtant une étrangère, gagna la rue,, monta dans une chaise de poste qui l'attendait à la porte, et disparut au galop do trois vigoureux chevaux.
Quelques insîans après, la défunte était seule, comme pendant sa vie ; seule avec la sourde qui lisait son chapelet au pied du lit mortuaire.
Le prêtre priait dans son église.
Le notaire s'était enfermé dans son étude, dont il dressait l'inventaire, afin do la céder immédiatement à un successeur, bien résolu à quitter une ville dont le séjour désormais lui était devenu insupportable.
Quant au vieux Duplessis, il était seul aussi dans le cabinet où nous l'avons vu pour la première fois, lors de son entrevue avec Montreuil. Il semblait frappé de prostration, et répétait sans cesse comme un halluciné :
— Cette voix! mon Dieu! cette voix!... Où donc ai-je entendu cotte voix?...