‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 27 sur 169 · LUNDI SOIR · texte numérisé non relu

LUNDI SOIR

» Grand-papa Duplessis est aussi arrivé à Paris. Il a l'air plus sombre et plus dur que jamais. C'est sans doute le chagrin d'avoir perdu sa vieille et affectionnée compagne. Il s'est enfermé avec papa pendant une heure, et ils ont parlé bien haut tous deux. Rosine prétend qu'ils n'étaient point d'accord. Elle sait probablement le sujet de leur différend. Je ne le lui ai pas demandé. Il ne faut pas encourager les gens à écouter aux portes.

» Grand-papa Duplessis n'est pas resté à déjeuner. Papa m'a dit :

» — Te voilà maintenant une des plus riches héritières de Paris.

» Moi? ai-jo répondu.

» __ Oui, toi. Ta grand'mère te laisse plusieurs millions à ajouter à ceux quo tu tiens déjà de ta mère.

» — Ahl ai je fait avoc une distraction que mon père a trouvéo fort étrange.

» — Si c'est ainsi que tu reçois les bonnes nouvelles, at-il dit, il n'y a pas grand plaisir à s'en faire le messager. Et cependant ton héritage l'échappe belle l Tu sais bien ce petit niais de Léonce ?

» — Oui , mon cousin.

» — Ton cousin, ton cousin l... Au fait, c'est vrai, puisqu'il est le neveu de ton grand-père. Eh bien ! il paraît que le sournois faisait la cour à la vieille; mais il en est pour ses frais de cajolerie. Elle est morte sans lui laisser un sou. C'est bien fait I Je n'aime pas les coureurs de successions.

» J'ai pris la défense de M. Léonce, car je suis bien sûre que l'affection qu'il portait comme moi à la pauvro femme était on ne peut plus désintéressée.

» Mon père, après le déjeuner, a dit au domestique :

» — Je ne dînerai pas ici.

» — Eh quoi, monsieur, me suis-je écriée, Vous allez encore me laisser dînor seule l C'est affreux!

» — Pardonne-moi, chère enfant, c'est la dernière fois ; mais quo veux-tu I il s'agit d'un dîner d'affaires, d'un repas de corps... A partir de demain, ou d'après-demain, ou d'un peu plus tard, tu verras, je ne bougerai plus d'ici.

» Il m'a semblé que papa était embarrassé en disant cela.

» — On voit bien que vous ne m'aimez pas! ai-je dit d'un ton boudeur.

»— Quelle folie ! a-t-il répondu.N'es-tu pas ma fille bien-

aimée? Voyons, quelles prouves on veux-tu? Des robos dos ehstnes d'or, des châtelaines, des bracelets? Parle.

» — Vous oubliez que je suis cji deuil, ai-je répliqué.

» Il m'a embrassée sans plus rien dire, et il est sorti. Rosine est revenue quelque temps après. Elle m'a dit qu'on avait apporté riiez lui, pendant le déjeuner, un magnifique

éorin, et qu'elle l'avait ouvert, croyant quo c'était pour moi. il contenait des diamans superbes, uno broche, des boutons d'oreilles et un collier. Des brillans pour unejeuno Qlle de dix sept ans 1 Commo si c'était possible I Rosine a été tout étonnée quand elle s'est aperçue ensuite que papa l'avait emporté. D'ailleurs, il y avait une S sur la boîto et je m'appelle Julio.

» Pourquoi papa rocovait-il ces diamans? C'est sans doute quelquo commando ou quoique dépôt. Quand on voyago, on place volontiers ses bijoux do prix chez son banquier.

» Co soir, en venant prendro mes instructions pour domain avant de se retirer chez lui, Lafolio m'a vu les yeux rouges. Il ne m'a pas domandé pourquoi j'ai pleuré, lui 1

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