TE-T0I DE LA QUE JE M'Y METTE
La place Frederikstadt, sur laquelle était situé le palais du roi, renfermait, aux deux angles opposés à ce palais, les hôtels de l'Aigle ISoir et des Trois-Magot*. où s'étaient logés à dessein, d'une part Montreuil et se-; affidés, et d'autre part Tiennette et Latanoff. De ces deux points, on pouvait suivre facilement de sa fenêtre les événemens qui de • vaient infailliblement s'accomplir sur cette vaste scène. On était là comme aux premières loges.
Montreud avait eu chaque jour avec Lataké des conférences sur la façon de tirer parti de l'engouement de plus en plus fort qu'elle inspirait au vieux monarque.
— Conseillez-lui des mesures tyranniques , dit-il à la danseuse, cela précipitera d'autant la réussite de nos projets. Le peuple, exaspéré par l'arbitraire, finira par désirer un changement de dynastie, car il sait maintenant qu'il en existe une autre, et quo celle-là est la seule bonne.
— Mais que conseillerai-je au roi? demanda Jupin Ire h qui ce rôle de Po.npadour et deMaintenon no déplaisait pas.
— L'augmentation de la milice et des impôts, l'établissement de nouvelles taxes sur toute espèco de choses, la suppression du peu deiibertés qui existent, que sais-je? les mesures les plus arbitraires, le-s plus ruineuses et les plus vexatoires; et enfin, pour désatl'ectionner les troupes, l'aggravation des châtimens corporels, tels quo les verges et le bâton. Vous comprenez?
— Parfaitement.
— On no renverse jamais les gouvornemens sans qu'ils y aident beaucoup eux-mêmes. L'habileté suprême doit donc consister à renverser le roi par ses propres mains. Co doit être facile. On ne so méfie jamais de soi.
La danseuse répondit affirmativement, mais cllo réfléchit dès-lors à son propre intérêt. Il était certain que la chute du monarque amenait lo triomphe do la communauté dans laquelle elle avait un rôle; mais cette communauté lui offrait-elle l'équivalent de la position unique qu'elle pouvait occuper auprès de Bénédict 1er? Or, après avoir examiné quels seraient les résuliats d'un dévouement sans bornes pour ses complices, elle résolut de ne travailler dorénavant que pour elle-même, et de remplacer par de bons avis les fallacieuses inspirations dont Montreuil lui conseillait l'initiative.Ellese contenta de lo sauvegarder loyalement, lui et les siens.
Elle mil donc à profit l'influence irrésistible qu'elle
FRÉDÉRIC SOULIfi. — LEO LESPÈS.
avait sur son royal protecteur, pour lui souffler au contraire lés idées les plus libérales et les plus paternelles. Au lieu do le pousser a l'augmentation des impôts, ollo on (il ordonner la diminution ; au lieu de porter la milice à on contingent plus élevé» elle eu lit réduire l'effectif; au lieu do supprimer d'anciennes libertés, elle en lit octroyer de nouvelles; enfin, au lieu de multiplier les cas de bastonnade dans lo codo militaire, ollo lit abolir la schlaguo.
— Sire, lui dit-ello, en bonno fillo qui suit son instinct en politique comme en amour, rendez votre peuplo aussi coûtent, aussi guilleret quo vous l'êtes devenu vousmême, et vous n'aurez rien à craindre do vos ennemis.
Or, par uno comiquo bizarrerio do l'esprit humain, il arriva justement le contrairo déco qu'attendait l'Egério du Numa wardenbourgeois. Les mesures libérales déplurent, les reformes lurent reçues comme des billevesées, les libertés furent traitées de licence, les améliorations passèrent pour des attentats aux mœurs et aux traditions du pays, et l'armée fut humdiéo do se voir enlever dos chAtimensqui, disait-on, avaient fait jusqu'alors sa discipline, sa force, et par conséquent sa gloiro.
— Ahl il diminuo l'impôt I disaient les routiniers. Ça n'est pas naturel. Il ne cessait do les augmenter chaque année. On était fait à cela. Pourquoi violenter ainsi les habitudes de tout un peuple?
— Ah 1 il réduit l'effectif do l'armée, sous prétexte d'économie! disaient les bellicomanes du pays. C'est honteux! C'est de l'abaissement devant l'étranger I Le Wardenbourg a perdu désormais le rang qu'il occupait parmi les grandes puissances de l'Europe 1
— Ah! il supprime la bastonnade 1 disaient les troupiers. Comment veut-il que nous puissions égaler désormais les autres troupes de la confédération? Elles continueront d'être rossées, elles, tandis que nous aurons cessé de l'être, nous. C'est une infériorité dont nous sommes profondément ulcérés.
Ainsi do tout le reste. L'opposition la plus tracassièro accueillait les plus sages mesures.
Pendant ce temps, Mon treuil avait achevé de préparer son élève au rôle qu'il était appelé à jouer; il l'avait façonné de telle sorte qu'il pût, à l'heure solennelle, paraître en public sans trahir par sa conduite le prosaïsme de sa nature. Tous les soirs il le sermonnait sur la nécessité de modérer ses gestes, de donner à sa voix un diapason plus noble et à sa marche une régularité plus académique. Le rétif adepte écoutait ces conseils avec un ennui non dissimulé, et en bâillant do son côté, comme Bénédict bâillait du sien, quelquefois même avant l'arrivée de Lataké. Quelquefois même les leçons étaient suspendues d'une façon très dramatique. Au milieu d'une démonstration, sans qu'aucune indisposition eût annoncé cet évanouissement, l'élève tombait dans les bras du professeur, comme frappé par la foudre, pâle, inerte, l'œil vitreux, les dénis serrées, et quand, après quelques minutes de cette inexplicable léthargie, lo malade reprenait ses sens, on ne pouvait obtenir de lui aucun détail sur les étranges sensations qu'il venait d'éprouver.
Comme on le voit, Montrcuil mettait tout en œuvre pour réussir, et il le faisait avec d'autant plus d'audace, que l'influence de Lataké lui avait assuré jusqu'alors l'impunité nécessaire.
Après avoir fait servir le veau d'or à la propagande biographique dont nous avons parlé, et qui s'adres-ait à la sensibilité de la foule, il l'avait appliqué à la per-uasion gastronomique , laquelle s'adresse particulièrement aux grands, selon cet axiome de M. de Cussy : En bas on lit en haut l'on mange.
En conséquence, il avait converti ses argumens pour la bonne cause en perdreaux truffés, en ortolans et en vins de Franco. Les festins se succédaient à l'hôtel de l'Aigle- Noir avec une régularité qui charmait l'hôte ; le service y était splendide ; on soupait dans l'argent et dans l'or, eu maûgeait chaud, on buvait frais ; enfin, on jouait un
jeu d'enfer après dîner. Montrcuil pratiquait à ce propos une magnificence inouïe, il faisait placer sur u cheminée du salon des rouleaux de pièces d'or a la disposition de tout invité dont la boarse élail vide. Un carnet 8e trouvait à côté, sur lequel il suffisait d'écrire son nom < t le chiffre île la somme qu'on empruntait à l'amphytrion. — Mon cher généralissime, lui dit Dal Iron, y songez-vous? Uno telle prodigalité 1 Do l'or à pleines mains aux premiers venus !...
— C'est là notre meillcuro publicité. F/homme richo a toujours raison. Et d'abord, il a raison d'être riche. Sa richesse est déjà pour lo vulgairo une première preuve do l'infaillibilité do son esprit. Lo Veau d'or éblouit et lascino dans les temps modernes comme dans les temps anciens. I.aissez-moi faire, et quand bien même quelque baron allemand nous laisserait l'honneur de son blason en échange do quelques centaines do pistoles, nous n'aurions pas lait un trop mauvais placement.
Montreud avait prévu juste sur ce point; il connaissait mieux encore les classes aristocratiques que les élémens populaires, élevé qu'il avait été dans les intrigues de cour. Ses largesses légitimistes lui attirèrent t ut ce qu'il y avait do gourmands, de mécontens et d'ambitieux dans la petite noblesse du pays, et il exerça bientôt sur eux, sous prétexte de soutenir la bonne cause, l'ascendant de l'opulenco et de la générosité.
Toutes les matières inflammables qui devaient embraser le Wardenbourg se trouvèrent ainsi accumule^ peu à peu par ses soins. Mais quand et comment l'incendie devait-il éclater? C'est ce qu'il ignorait complètement lui-même.
— Si nous réunissions un millier de personnes sur cette place, lui dit Dabiron, nous brusquerions lo dénoûment. Il serait bien temps d'en finir. Or, pour pouvoir finir, il faut d'abord commencer.
— Vous feriez une émeute et non pas une révolution, répondit Montreuil.
— Bah ! il suffirait maintenant d'une étincelle pour faire partir cette énorme quantité do poudre, reprit lecoulissier.
— Oui, mais gardez -vous d'aller battre le briquet dessus : vous sauteriez vous-même dans l'explosion. L'esprit d'insubordination est dans toutes les têtes ; il germe, il fermente, il grandit. Un rien, soit, peut le faire éclater ; mais attendons patiemment corien ! Le hasard se charge toujours de le fournir.
Enfin, ce rien surgit effectivement, et, comme souvent en pareil cas, co fut le prétexte le plus futile. Voici lo fait. On jouait ce soir-là, au Grand-Théâtre, un ballet français intitulé la Révolte au sérail, œuvre fort estimable sans doute, mais dans laquelle les acteurs n'ont jamais songé à déposer des germes de restauration. ur,l s tètes étaient si bien montées, que l'auditoire fut comme électrisé par l'exemple insurrectionnel des sultanes et des aimées. Après avoir cassé les lustres et les becs de gaz do la sale, ce qui ne favorisait guère le progrès des lumières, les spe tateurs hallucinés se répandirent dans toutes les rues en proférant des vociférations en faveur de la légitimité.
Appuyé contre un des angles de la place Freder ckstadt, près de V Aigle-Soir, les bras croisés, le visage calme, l'oeil investigateur, un homme suivait avec anxiété le flot populaire.
C'était M. Masson.
— Il est temps, murmura-t-il, d'empêcher quelque terrible catastrophe. La mission que je poursuis ne doit point faire de victimes. J'ai un mandat do paix et do conciliation : je n'y laillirai pas 1
Et il se perdit dans les flots grossissans de la foule.
La tempête éclata devant le palais. Les vitres en furent brisées à coups de pierre aux cris de : A bas l'usurpateur I Vive le roi légitime I
— Sire, dirent les ministres de Bénédict, vous voyez que nos appréhensions étaient fondées.
— Repoussez les factieux, répliqua le roi. Où est ma garde ?
— Elle est licenciée, d'après votre dernier édit, répon-
LE VEAU D'OR
dit le ministre do la guerre. Quant aux autres troupes, elles sont furieuses do la suppression do la bastonnade. Les portes du palais ont été fermées par mon ordre, mais elles ne sont plus gardées en ce moment que par la hallebarde du Suisse, et par un restant de respect pour la demeure du roi.
— Demandez du secours par le télégraphe, à nos alliés les plus proches, reprit le roi. Dans deux heures, ils peuvent arriver ici par le chemin do fer. On paiera les frais d'jntervention.
— Les coffres sont à sec, objecta le ministre des finances, par suite de la diminution des impôts.
— Eh bien ! parlez à ces tapageurs, eontinua le roi, et sommez-les d'avoir à se retirer.
— Ce serait inutile, répondit le ministre de l'intérieur. Il n'y a rien à dire à qui ne veut rien entendre.
— Mazette! pensa Lataké, en mordant ses ongles roses, il paraît que j'en ai fait de belles avec mes bons conseils ! Montreuil doit bien riro dans sa barbe 1 Mais que je suis bête l il n'en porte pas.
Le roi, par esprit do contradiction, aurait bien voulu fermer la bouche à ses minisires et se montrer, comme de coutume, systématiquement incrédule ; mais un immense hourrah , éclatant de l'autre côté de la place, lui en ôta la possibilité.
— Qu'est ceci ? demanda de son côté Tiennette, sur le ba'con des trois Magota, en parlant à Latanoff qui la pressait do nouveau de lui livrer tous ses papiers, et de se dévouer sans réserve à la combinaison diplomatique dont il était le représentant.
— Ce sont les détenus politiques qu'on délivre, répondit Latanoff, après avoir braqué sa lorgnette sur l'endroit désigné. J'en vois même un qu'on porte en triomphe, et dont la mine est assez réjouissante.
— Vous le connaissez? dit Tiennette.
— Oui, répondit Latanoff: c'est Muller, le fameux Muller dont je vous ai parlé ; lequel, bête comme plusieurs Wardenbourgeois, n'a cessé de mystifier involontairement toutes les polices du monde, et so voit en passe de fairo sa fortune d'après le même procédé, sans savoir pourquoi ni comment. Aux innocens les mains pleines !
En effet, le peuple s'était fait ouvrir la Bastille du lieu, et avait donné la liberté à quelques tapageurs arrêtés les jours précédons, pour avoir battu la garde de nuit, ou joué au cabaret pendant les offices. Le pays avait des mœurs si douces et si paisibles, qu'il ne fournissait pas de criminels plus importans, au grand désespoir des bourguemostres, qui no trouvaient ni gloire ni avancement dans cette innocence. Roussignan devenait donc tout naturellement le personnage le plus considérable de la situation.
— Allez 1 avait dit Montreuil à Dabiron, et chauffez l'apothéose du martyre l II faut jeter de l'intérêt sur lo triomphe; il est bon de moraliser la victoire.
Et voilà comment Roussignan, quelques heures auparavant captif, désespéré, las de l'existence, se trouvait tout à coup porté triomphalement à dos et à bras d'hommes, comme une châtelaine du moyen-âge, au passage des gués.
— Vive le baron de Rembach I cria Dabiron pour donner l'exemple ; vive le Mentor du roi légitime !
— Vive Rembach 1 vive le baron de Mentor 1 répétait la foule.
— C'est un nouveau Blondel, ajouta Dabiron; oui, un Blondel qui a bravé tous les dangers, qui a subi toutes les prisons, qui a affronté tous les genres do mort, y compris la corde, pour rétablir Richard sur le trône de ses pères I Honneur à Blondel, baron de Rembach 1
— Honneur à Rembach, baron de Blondel l répétait la foule.
— Merci, mess;eurs; mais c'est assez, répondit Roussignan qui craignait de tomber à terre du haut de son pavois humain. Vous êtes bien bons, mais il me semble quo je ne suis pas très solide sur ce mobile piédestal.
— Honneur h Rembach ! h Blondel et à Mentor I reprit un enthousiaste; mais qu'il nous dise où est l'enfant!
— Où est l'enfant ? répéta Muller terrifié et en bondissante terre, au risque de se casser le cou. Qui a dit cela ? qui a parle d entant ? Un Itusso sans doute I Co no peut être qu'un Rus-c!
— Eh! parbleu, le voilà l'enfant l rép'iqua Dabiron; l'enfant royal, le légitime héritier du trône, l'RÎ aein du Wardenbourg, sous la gardo du grand -prôtro Joad, comme dans Y Athalie do monsieur Racine.
Le grand-prêtre Joad était Montreuil, tenant alors Eiiacin par la main, sur le balcon de leur hôtel.
— Sire, disaient pendant ce temps les ministres du vieux roi, qui suivait à travers une jalousie les progrès do la révolte, que complez-vous faire?
— La seule chose qu'on puisse faire pour avoir une dernière fois raison, quand on n'a ni argent, ni soldats, ni autorité. Adieu, messieurs 1
— Hé quoi ! vous partez, sire?
— Tout de suite.
— Et pourquoi ?
— D'abord, parce quo je ne puis pas faire autrement. Et puis, tout bien considéré, la royauté m'était devenue ennuyeuse. Je ne suis point fâché de goûter un peu do la vie privée.
— Nous ne vous quitterons pas, sire ! s'écrièrent les ministres. Nous mourrons devant vous sur les marches du trôno l
Chacun d'eux s'éclipsa bientôt sous prétexte de préparât-fs de départ, mais en réalité pour aller offrir ieurt services au nouveau gouvernement, dès qu'il y en aurait un.
Le chambellan s'esquiva lui-même, se regardant comme un des meubles du palais, bien plus que comme lo serviteur du roi.
Bénédict resta donc seul avec Lataké.
— Fenez, d;t-il à sa jeune et jolie compagne. Si fous êdro afec moi, che me mogue te doud le resde î
On ne saurait décider si ce fut l'attachement que le monarque déchu lui avait inspiré, la sympathique pitié qu'elle éprouvait pour son malheur, ou l'espoir des brillantes indemnités que pouvait lui réserver l'avenir, qui décida la danseuse à partager l'infortune présente de Sa Majesté. Tout ce que nous pouvons dire, c'est qu'elle passa gentiment son bras sous celui do Bénédict, le suivit à travers les corridors secrets du palais, descendit au jardin, sortit par une des petites portes, y trouva une voiture qui les attendait, y monta avec lui, et, à la faveur do la nuit, s'éloigna rapidement dans la direction des champs.
Pendant ce temps, le prince, dit légitime, conduit par Montreuil et par ses affidés, traversait la place Frederikstadt, et faisait au contraire son entrée triomphale dans la résidence devenue vacante des souverains du Wardenbourg. Il parut aussitôt, au bruit des acclamations, à la fenêtre où tout nouveau roi devait se montrer à ses peuples, conformément à la tradition.
Muller se précipita à sa suito dans le palais, afin d'échapper à de nouveaux honneurs aériens.
Dabiron allait en fairo autant quand il fut arrêté au passage par une femme qui le retint impérieusement par lo bras.
—Que me voulez-vous ? demanda brusauement Dabiron, en reconnaissant Tiennette. Laissez-moi! je ne sais qui vous ê!e> !
— Ah ! vous ne savez qui je suis I dit-olie. Toujours ingrat, oublieux et insolent, comme dans lo salon do Lataké, comme au bal de l'Opéra, comme dans ie boudoir de la baronne d'Appencherr, commo partout avec toutes les folles qui ont cru l'aimer un moment.
— Finissons-en, interrompit Dabiron, à qui ces souvenirs d'un autre temps étaient peu agréables dans celui-ci : qu'avez-vous a me dire?
— J'ai a vous dire que roua êtes de fieffés Imposteurs; que le pauvre diable qu'on montre à, cette fenêtre n'es pas plua i" roi légitime «jimi vous n'êtes Légitimemnnl le marquis de Las Caraccas; qu'il est temps que cette comédie cesse; que le riens de Paris tout exprès pour; mettre an terme, et que j'ai compté Mir vous pour le dénouement.
— Sur moi? dit Dabiron.
— Sur vous, de lire OU de force I
— Je ne comprends rien à votre langage, et je suis bien bon d'y prêter l'oreille I Nous no sommes pas à Paris» où vous êtes entourée de ras agens 1 1 de vos moyens de ré sistance; nous sommes «tans an pays où je suis tout-puissanl à l'heure «in'ii est, et .m vous ferai jeter en prison si
VOUS ajoutez un mot de plus.
— VOUS ne l'oseriez pas, dit Tionnetlo.
— Vous croyez? dit Dabiron, en élevant le verbe.
— Silence ! til alors une forte voix qu'il avait déjà entendue quelque part. On ne bat pas lu fimmt
Il se retourna vers l'interlocuteur, dont l'organe lui rappelait celui qui lui avait imposé silence, par une phrase identique, quand, au bal de l'Opéra, il avait cherché à reprendre, par violence et gratis, la dernière lettre do madame Gertrudo d'Appencher, h la personne inconnue et masquëo qui no voulait la lui restituer que moyennant deux cent mille francs. Il reconnut monsieur Masson, l'homme qu'il avait vu quelques semaines auparavant, lors de l'enrôlement de Pied-de-Célori , dans la mystérieuse maison de Montmartre.
— Vous ici 1 s'écria-t-il étonné; qu'y venez-vous faire?
— Veider sur l'enfant que je vous ai confié. Mais, question pour question. Avez-vous tenu parole?
— Qu'avons-nous doHC promis? demanda Dabiron en pordant la tête devant les obstacles qui entravaient subitement sa participation aux événemens.
— Que le jeune homme conserverait au doigt un bijou dont je lui ai fait présent au moment de son départ.
— Ah ! je me souviens, répondit Dabiron eu souriant de pitié, à cause de la bizarre futilité de la question ; il s'agit d'une bague d'or, n'est-ce pas?
— Oui.
— Hé bien! l'a-t-il encore en ce moment?
— Oui, certes ! Pourquoi diable ne l'aurait-il pas?
— Cela suffit, reprit M. Masson; c'est tout ce que je désira s savoir.
Et, désignant le balcon où la légitimité, soufflée par Montreuil, exécutait alors, en manière de salut à la foule, une pantomime assez bouffonne pour la circonstance,
— Les intrigans ont beau mentir, ajout i-t-ii en s'adressant à Dabiron : il reste toujours dans leurs filets quelques mailles ignorées d'eux par où s'échappe la vérité.
— Que voulez- vous dire ?
— Regardez.
Il étendit la main vers le balcon, au moment même où le roi prétendu légitime allait faire semblant de parler.
Soudain le monarque improvisé chancela, pâtit, s'affaissa dans les bras de Montreuil et pyrdit complètement l'usage de ses sens.
La foule resta frappée de stupeur.
— Il est mort 1 s'écria-t-elle épouvantée.
— C'est la main de Dieu! dit avec joie Latanoff.
— C'est le châtiment de l'imposture ! ajouta Tiennette. Le vrai roi légitime n'est pas ici ! C'est à Paris que ses droits vivent encore dans l'ombre 1
— Oui, ajouta tout bas Latanoff, et vous savez que rien ne nous coûtera pour obtenir de vous son nom et sa demeure.
— Silence, monsieur le comte I répondit la laide. Savoir attend.' e est le grand art des diplomates.
Tandis que les Wardenbourgeois se pressaient au palais pour savoir si leurs hommages s'adressaient à une légitimité morte ou vivante, Bénédict 1er, retiré dans une modeste villa qui lui appartenait dans les environs de la ville insurgée, soupait tranquillement avec la danseuse, dont
la philosophie charmante le consolait umpiomenl de la perte de sa couronna.
— Au tiaple la cranteur et les soucis tu drône ! disait-il jd usement, Chandei, ma pelle, chandez encore la cholio
jail un le Plaise, et lilo le olioin et le li perde !
RI Ltttaké, debout^ des fleuri d'automne dans les cheveux, un V( ire de vin du lUnn à la main, l'©3il elini elant, le sourire aux lèvre*, entonna gâtaient les couplets demandés. On connaît les deux premiers. Voici h; troisième :
Biaise n'a (prime assiette.
— « Une assiette, vraiment?
Partageons la serviette
Et sou pons.— Mais comment ?
Je n'ai qu'Une fourchette...
— C'est a>scz, dit Manon. »
Ulaise pi étend que non 1
— Hé 1 pion, moi, che brédonds guo foui ! s'écria le monarque déchu. Bromeddez seulement à moi t'ou plier lo cheune basdeur brodesdant lo la ruo Pavée-Saint-Antrétes-Arcs, à Ha ris.
— Hé I ne voyez-vous pas, siro, que s'il m'en souvient, du moins il no m'en souvient guèro.
L'ex-roi, transporté d'aise, pressa tendrement sur ses lèvres la blanche main que lui tendait Lataké.
— Mon lieu, mon ticu ! gu'elln êdro tonc trôlo ! s'écriat-il commo d'habitude, faute de rien trouver qui exprimât mieux son ravissement et sa passion.
Bénédict I« devenait Anacréon II. Il oublia sa couronne d'or pour uno couronno de roses.