UNE DUÈGNE DE PROVINCE
Le lendemain de son arrivée à Rennes, Melchior de Lesly, comme tous les officiers de son régiment, avait été l'aire la reconnaissance des ressources de plaisir que pouvait fournir la ville de Rennes. I a première de ces reconnaissances et la plus facile fut poussée au théâtre. C'était un grand jour pour la troupe chantante et parlante des actrices. En effet, le départ de l'ancien régiment avait laissé la plupart de ces dames sur le pavé, et il s'agissait pour elles de nouveaux engagements ; il ne faut pas entendre par ce mot les engagements sur papier timbré, passés entre elles ot le directeur, mais d'engagements non écrits, et dont les appointements étaient bien autrement importants à leurs yeux que ceux qu'elles allaient toucher chez le caissier, qui, selon les règles d'une bonne administration théâtrale, ne payait pas toujours.
Indépendamment de ce fonds d'existence supplémentaire qui allait se décider dans deux ou trois soirées, les intérêts d'amour- propre étaient mis en jeu. Celle qui n'avait été que la pensionnaire d'un capitaine pouvait passer au grade de chef d'escadron, tandis que la colonelle était menacée de descendre jusqu'à un sous-lieutenant. Ce fut donc une très-belle représentation que celle à laquelle assistaient en masse les officiers du nouveau régiment. Les robes étaient aussi blanches que possible , quelques-unes même sortaient de chez la couturière. La soirée fut bonne pour le coiffeur, à qui l'on donna en cachette bon nombre de petits écus, non-seulement pour être bien coiffées, mais pour que les rivales fussent coiffées de travers.
— Ce serait drôle, disait la dugazon Corset, qui était fort laide, mais qui avait de très-beaux cheveux, si pendant la représentation le peigne de madame Saint-Phar venait à tomber et détachait toutes ses fausses nates, de manière à la laisser avec sa pauvre petite queue de rat. (Madame Saint-Phar élait la chanteuse à roulades de l'endroit, et passait pour jolie.)
Le coiffeur comprenait l'insinuation , mais en habile Talleyrand, il se contentait de sourire avec approbation sans rien promettre ni rien refuser, ot recevait le petit éeu.
— Comment coiffez-vous Sainte-uice? disait madame Saint-Phar en parlant de la dugazon Corset.
— Je crois qu'elle se fera coiffer à l'anglaise avec ses grands cheveux.
— Ah ! fit la chanteuse à roulades, elle fait bien, ça cache le creux de ses joues, niais comme, ses cheveux m tiennent pas longtemps la
CONFESSION GÉNÉRALE
frisure, si vpus" ne les serrez pas beaucoup, au second acte, tout ça pendra comme des ficelles, et elle aura l'air d'un chien noyé.
Et le coiffeur sonnait encore et empochait encore, mais c'était un galant homme, et il ne se crut payé que pour faire de son mieux. La calvitie de madame Saint-IMiar fut très-habilement dissimulée, et les beaux cheveux de madame Sainte-Luee furent développés dans tout leur luxe abondant. Il en fut de même pour tous les emplois, de façon qu'au moment de lever le rideau, toute la troupe fut sous les armes dans la meilleure tenue. La représentation fut belle et animée, et les entr'aetes brillants et pleins de diseussions; chacun prenait parti et laissait voir ses préférences. Cependant, au milieu de l'un des groupes où se débattait l'avenir de madame Saint-Pbar et de madame Sainte-I.uee, le plus jovial et le plus tapageur des lieutenants restait muet, écoutant d'un air moqueur les projets furibonds des plus entreprenants. L'un de ces messieurs lui dit :
— Mais toi, Melchior, qui as-tu choisi de ces deux dames? Lesly n'eut pas le temps de répondre, car un de ses camarades
reprit aussitôt :
— En effet, tu ne dis rien, et tu as un petit air moqueur et fat; est-ce que par hasard tu ferais le sournois et que tu viendrais écouter nos plans de campagne pour les déjouer en dessous? Je ne te reconnaîtrais pas à ce trait, Lesly.
— Tu as raison, répondit Melchior d'un ton très-content de luimême, je ne demande que le combat au soleil; mais comme je n'ai envie d'aller sur les brisées de personne, j'écoute, voilà tout.
— Est-ce que lu es pour la petite amoureuse ?
— Non.
— Pour la soubrette ?
— Non.
— Pour la seconde chanteuse?
— Non.
— Pour l'utilité?
— Non.
— Alors, s'écria l'un des assistants, tu as donc choisi la duègne?
— Juste, dit Lesly.
— Bah ! madame Maricot ? s'écria-t -on de tous côtés.
— Madame Maricot.
Tout le monde regarda Melchior d'un air soupçonneux, et l'on se demanda dans quel dessein l'élégant lieutenant faisait cette plaisanterie.
— Est-ce que madame Maricot a une fille ou une nièce qui n'est point au théâtre et que Lesly a découverte?
Des information? furent prises, et on apprit que madame Maricot n'avait qu'elle-même à vendre. Aussi, pendant le reste de la représentation, fut-elle curieusement examinée : c'était peut-être , se disait-on, une jolie femme, assez bien grimée et accoutrée pour avoir trompé tous les regards. Hélas! non; il n'y avait pas la moindre supercherie, ses rides appartenaient en propre à madame Maricot, et l'énormité de ses appas antérieurs et postérieurs n'avait aucun gonflement artificiel. Cependant Lesly ne se déconcerta point des rires qui bourdonnaient autour de lui", et à plusieurs reprises il témoigna à la digne madame Maricot la préférence qu'il accordait à sa personne.
La duègne s'en aperçut et ses camarades aussi, et comme le fait
fiaraissaif incroyable à tout le monde , on essaya de s'amuser dans es coulisses aux dépens de la bonne femme; ou savait déjà que son admirateur était le marquis de Lesly, le plus beau, le plus riche, le plus galant des officiers du régiment; on adressa à madame Maricot mille compliments moqueurs, et, contre sa coutume, la duègne, au lieu d'y répondre par quelque verte repartie , se laissa accabler et piit un air soucieux et rêveur. La chose, remarquée, courut le théâtre, et, en moins d'une minute, tout le monde en riait, depuis le régisseur jusqu'au garçon d'accessoire. On entrait dans le foyer pour voir madame Maricot prise d'une passion subite et langoureuse; mais elle ne bougeait pas, les yeux attentivement fixés devant elle : on la croyait devenue folle, et pourtant madame Maricot passait pour une femme d'esprit, Irès-relirée des vanités de ce monde et tort abandonnée à la passion des serins et des petits chiens.
Toutefois, l'étonnement fut à son comble dans la salle et dans les coulisses, lorsque, durant le dernier acte de la pièce où elle jouait, on la vit intrépidement lancer une œillade au marquis, œillade qui voulait dire incontestablement :
— Est-ce bien à moi que vous en voulez ?
Mais ce grand élonnement arriva à un comble encore plus élevé
3uand on vit le marquis répondre par une autre œillade accompagnée 'un petit mouvement de tète qui signifiait aussi très-clairement :
— Oui, c'est à vous.
Ce petit événement fit le plus grand tort aux autres prétendants de la troupe ; on s'occupa tellement de la singulière plaisanterie de Lesly, que personne ne pensa à s'occuper de lui-même. Le marquis fut raillé, interrogé, mais on n'en put rien tirer que ce mot-:
— Je vous donne ma parole de ne jamais parler à aucune femme du théâtre, excepté à madame Maricot.
Cet engagement ne fit qu'accroître la curiosité, mais elle se trouva bridée par un mot de Melchior :
— Messieurs, dit-il à ses camarades, je vous ai donné ma parole de ne pas vous disputer le cœur d'aucune de ces dames, je vous demande la vôtre de me laisser libre dans mes amours avec madame Maricot, et de ne pas hs gêner ni de les espionner en rien.
L'engagement fut pris, el a partir de ce jour, on ne vit plus le marquis au théâtre que de temps en temps, et lorsqu'il y accompagnait par hasard une (\r> nobles familles de la ville, près desquelles il avait été introduit. Quant à la duègne, sa vie était complètement changée; elle avait quitté le misérable entre-sol où elle logeait en garni à douze francs par mois, et s'était établie dans une charmante petite maison à un quart de lieue de la ville, où un cabriolet de louage à ses ordres la conduisait. Dès lois on sut à quoi s'en tenir sur le choix de Lesly; madame Marient occupait ostensiblement une maison où se rendait sans doute en cachette quelque grande dame de la ville; on eût bien voulu la connaître, mais les officiers avaient donné leur parole de ne point chercher à apprendre quelque chose, les autres personnes intéressées à s'informer n'avaient guère le temps d'espionner; d'ailleurs, tout cela resta enfermé dans les entretiens de quelques officiers et de quelques comédiennes, et comme au bout de quinze jours on ne découvrit rien, on ne s'en occupa plus.
Mais ce qui était un mystère pour tout le monde ne le devait pas être pour madame Proserpine. En effet , de toutes ses anciennes liaisons de théâtre, celle-ci n'avait conservé que la vieille amitié de madame Maricot, laquelle avait jadis guidé les premiers pas de Paméla hors de la danse, lorsqu'elles étaient toutes deux à Bordeaux. Madame Maricot était venue voir madame Proserpine, et 1 élonnement fut égal des deux parts. La duègne trouva la maltresse de pension pimpante et rajustée, et lui en lit compliment à sa manière, c'est-à-dire qu'elle supputa que, pour un célibataire, madame Proserpine valait bien encore une petite pension de douze cents francs par an. Madame Proserpine trouva la duègne toute l'appropriée et lui demanda qui elle avait vendu pour toutes ses nippes neuves.
— Venez me voir, lui avait dit madame Maricot, je vous conterai tout cela à ma maison de campagne.
En parlant ainsi, elle examina très-attentivement madame Proserpine et ajouta avec un accent qui fit rougir madame Guillot :
— Et qui sait ?
— Allons donc ! fit madame Proserpine avec une moue assez satisfaite. '
— Bah ! ma chère, ce n'est pas pour rien que tu t'es remise à la toilette.
— J'aime quelqu'un, dit madame Proserpine.
— Pauvre femme !... fit la duègne.
Et après un nouveau silence elle ajouta encore :
— Bah ! ça n'empêche pas, viens me voir, et nous causerons. Madame Proserpine y alla en effet : elle trouva une petite maison
fort propre, fort bien tenue, et n'eut pas besoin de grandes explications lorsque la duègne, après lui avoir montré le premier, l'emmena au second en lui disant : Viens dans ma chambre.- Puisque la maitresse apparente de la maison logeait au second, il y avait donc des habitants pour le premier ; le récit suivant en instruisit madame Proserpine. Laissons parler madame Maricot, et Dieu nous garde d'altérer en rien sa narration !
— Imagine-toi, ma chère, que j'avais bien compris à ses lorgneries que le beau sous-lieutenant avait quelque chose à me demander. Ça me rendit soucieuse, parce que j'avais peur de me tromper. Dans cette vieille ville de Rennes, il n'y a que la garnison qui donne, et comme les officiers n'ont guère d'argent qu'à leurs épauleltes, ils font d'ordinaire leurs commissions eux-mêmes, pour ne pas doubler les frais. Cependant j'appris que j'avais affaire au marquis de Lesly, un jeune homme riche; je me rassurai. Nous nous entendîmes à l'œil, et le surlendemain matin, à sept heures, je le vis entrer avec le jour. Je mêlais apprêtée, et j'allais lui demander à laquelle de ces darnes il en voulait. Mais c'est un gaillard qui sait son affaire, et avec qui je fis une bêtise de me mettre en frais; au bout d'une minute ou deux, il me coupa la parole el me dit tranquillement :
— Vous allez déménager, madame Maricot; vous occuperez, tout près de la Prévâlée, une" petite maison qui est meublée et «pie vous allez louer à voire nom; voici de l'argent; je vous abandonne le second et je me réserve le premier.
— Lt après? lui dis-je.
— Après, j'irai vous voir et je vous donnerai mes dernières instructions; que tout cela soit fait demain au plus tard; vous aurez pour vous servir Pbilopœraen, un nègre que je vous prêté!
— Comment! m'écriai-je. un nègre pour femme de çhamBrë]
— Philopœmen est un gaillard qui ne vous regardera pas si vous le lui défendez; c'est la discrétion en personne, et l'obéissance en peau noire; d'ailleurs, il est fort habitué au service des femmes.
1 ru a t • o
— C est bon, et après?
— Après, j'irai vous voir dans deux jours, et tâchez d'être un péû mieux habillée.
— C'est selon ce qu'il y a là-dedans, lui ô\<-\v un jfêti cfidqtiuj de celte façon cavalière de recruter une femme de mon âge.
11 y a cinq cents franc?. ■' ~
— Pour qui ' lui di
— POUI' VOUS, un dit il.
— Lu maison est doue a part?
— Oui.
Il nie comprit il me répondi!
— C'est i .ilfnre
— Cinq cents IV. nus suis partage^ rien que pour les confidences, c'était udmirablel je pris la chosu u coeur, car dans ffl gueux, de
h n'a paa souvent pareille aubaine. Tu m^ s connaît», ma chère, fu sais si je suis e*pédilive. Le lendemain j'étais installée ici avec le ncmc Philopœmen*
— Kl est-il aussi obéissant i|u'i>n le l'i dit? reprit madame Proserpine.
— C'esl un \crilable e-el,i\e, niaclieie, dit madame Maricol d'un
air particulier; je crois que je lui dirais de monter au çielj qu'iJ lèvera il la pied pour essaye)*.
— C'est, du reste, un beau gaillard, dil madame Proserpine, qui avait aperçu en entrant L étrange valet de son. aune espèce de nègre avec un profil grec.
— J'y ai bien pensé, reprit madame Maricol en clignant de L'asti, mais il ne laui pas se comprometti e avec ses domestiques.
Madame Proserpine n'avait poinl peusé à la même chose que madame M. u icut, el les larges épaules et les bras nerveux de Pïulopœiihii ne lui avaient semblé qu'npe sécurité contre le danger d'une attaque dans Une maison Isolée; la réflexion morale et domestique de madame Marient L'éclaira. Cependant celle-ci reprit sou récit comme si elle venait de prononcer un aphorisme de baute sagesse :
— .le restai deux jours sans voir le marquis; le troisième jour, il vinl avec le cabriolet qrtl depuis ce temps est a mon service; up de ses domestiques blancs apportait une malle qu'il laissa dans la chambre d'en bas. Devine un peu ce que contenait cette malle.
Le ton dont celte question lut laite lii croire à madame Proserpine que ce devait être quelque chose dans le goût des mélodrames auxquels elle axait participe dans son temps, elle répondit d'un air triomphant :
— C'élail La Dulcinée du marquis, quelque belle jeune fille qu'il avail enlevée
— l'a- du tout, ma chère, reprit madame Marient d'un ton éclatant, c'était du linge sale.
— Du linge sa e!
— Oui, ma chère, un tas de robes, de collerettes, tout linge de femme neuf, mais çhiffunnë et sali exprès. Je regardais le marquis sais savoir ee que voulait dire cette plaisanterie, il était sérieux comme un orgue de cathédrale.
— Vous allez faire blanchir tout cela, me dit-il.
— Moi? est-ce que je sais savonner?
— Philopœmen vous aidera, c'est un garçon qui s'entend à tout.
— El après? dis-je au marquis d'un ton assez rechigne.
— Apres, me dit-il, cela me regarde. Que tout cela soit fait demain malin.
— J'avoue que je ne comprenais rien aux façons du marquis, et si ce n'eût été le sac de cinq cents francs dont je ne pouvais pas douter, j'aurais cru que c'était une mystification. J'obéis, ou plutôt je fis obéir Philopœmen, qui savonnait à cœur joie et en riant comme un coffre; mais juge de mon étonnement lorsque j'aperçus qu'à force de savonner, ses mains étaient devenues plus blanches que le. linge. Oui, ma chère, c'était un faux nègre, un nègre blanc, le valet de chambre du lieutenant, le plus impertinent goujat que j'aie rencontré.
— Bah! dit madame Proserpine, est-ce qu'il a osé...
— Oui, dit madame Maricol, oui, il a osé me dire que j'étais une Vieille femme. Mais ce n'est pas de ça qu'il s'agit. Le lendemain, le marquis arriva pendant que le linge séchait dans le jardin.
— Maintenant, me dit-il, il faut faire repasser ça.
— Est-ce que je connais des repasseuses?
— J'en connais, moi, me dit-il. Écoule, vieille bohie, ajouta-t-il : à un demi-quart de lieue d'ici tu trouveras une vieille femme appelée la mère Leleu; tu lui diras que tu as besoin de faire repasser du linge, «pie tu es fort difficile, que tu veux que cela se fasse sous les yeux, que tu lui demandes sa meilleure ouvrière, et que, si par hasard elle pouvait l'envoyer une certaine fille appelée Carmélite, et ùqb± tu as entendu vanter l'habileté, lu la payeras fort cher.
— Ah! Carmélite, avait fait madame Proserpine.
— Est-ce que tu la connais?
— Oh! oui; mais enfin c'est donc elle?
— Oui, c'est elle.
— Et ça n'a pas été long?
— C'est- à-dire que je ne sais pas comment ça s'est fait : c'est que le marquis esl un drôle d'original. Eu effet, le jour ou il me donna cette commission, je lui demandai ce qu'il fallait dire à la petite lorsqu'elle serait ici.
— C'esl mon affaire, me répondit-il avec son imperturbable sang- . froid.
— Je ne suis pas bégueule, reprit la. Marient, mais enfin quand
liiiM I.SMON U Mil! Al.li
DU ' mêle d'une affaire, OU aime a -a\oir oii l'un va, el a\ec M. de
l.e-l\ mon métier était un véritable rôle d'automate ; çu me blessait dans amour-propre, el je fus sur le point de refuser ; il me dit
que tout ce linge ilai! pour moi, et je lis encore ce sacriliee. Je vis
l,i mère Lcleu, al deux jours après la belle Carmélite était iuslalléa
(lie/, moi a\ ii . In I e ne lui que le SttCOIld jour que le ni acquis
arriva. Il est joli homme, mais il ne lit pas d'effet; la tille le trouva
hop Parisien; lieureiiMineiil qu'il ne leula rien ee JOUT-Iè, cai je Cro|8 que l,i belle ne serait pas résonne le lendemain. tf&il [| v nul
île la prudence el se coiidinsil en vrai rusé, en jouant le soupirant lunule; il ne se \antail que d'une ebo-e. c'était de sa lorluiie, et
cela comme un homme qui ne sali qu'eu laue, et qui la donnerait
volontiers à gaspiller a qui voudrai! s'en charger.
— Mais eiiiin, dit madame Proserpine, comment an est-il arrivé a ses lin-?
— Je ne. puis pas te le dire; je les laissais souvent seuls, et quand je n'étais pas forcée de quitter la maison, ce gueux de Philopœmen
me tenait si bonne compagnie, que je ne pouvais pas écouler une
parole derrière les portes; mais |e -ais bien qu'un jour Carmélite arriva ici le visage bouleversé da colère, el que le soir elle envoya dire chez son père qu'elle passait la nuit ici, attendu que l'ouyrage la pressait et qu'elle veillerait hop tard pour rentrer. Je ne puis te dire ce qui se passa, car \ers liuii heures du soir, étant rentrée dans ma chambre pour y prendre quelque chose, j'entendis Philopœmen mouler derrière moi, et en un lourde clef je me trouvai enfermée dans ma chambre'.
NOUS arrêterons ici les confidences de madame Maricol, mais nous y ajouterons pour noire propre compte que ce laineux jour d'irritation où s'accomplit la reddition volontaire de Carmélite fut celui où l'o\er, sommé par elle de s expliquer sur sa promesse de mariage, lui avait fait croire par ses hésitations qu'il n'était pas très-décide à tenir son serment. Ce fut de la part de Carmélite une résolution de colère qui la donna à M. do l.esly. D'un autre côté, elle ne voyait plus Eabien. Tout lui échappait donc, et à défaut de cette fortune de nom el de position qu'elle avait espérée avec Foyer, elle voulait au moins s'assurer celle de l'argent. C'était donc madame Marient qui avait si bien instruit madame Proserpine. Ce secret, celle-ci l'avait gardé jusqu'au moment où le changement de. Fabien à son égard lui fit soupçonner qu'il en était instruit, car sans cela elle eùl été incapable de procéder par dénonciation. Le malheur qui en résulta n'en fut pas moins grand.