‹ Les aventures de Saturnin FichetChapitre 95 sur 169 · III. — SECRET · texte numérisé non relu

III. — SECRET

A peine Fabien sut-il ce qu'il voulait apprendre, qu'il quitta madame Proserpine et se rendit au café où se trouvaient tous ses camarades. Le punch était en train, et il fut reçu par un triple salut de joie. Toutefois, quelque effort qu'il fit pour se mettre à l'unisson, Valvins remarqua son air soucieux; mais il l'attribua au dépit de ne pas avoir réussi auprès de madame Proserpine. Quant à Poyer, la tristesse de Fabien lui avait donné beaucoup d'humeur, non point contre lui, mais contre madame Proserpine, qu'il trouvait souverainement impertinente de ne pas s'être estimée trop heureuse de se mettr • à la disposition du charmant petit jeune homme. Cependant Fabien avait attendu patiemment l'heure où tout le monde se retirait, et tandis que Valvins et Poyer marchaient en avant, il avait retenu Charles Joulu et lui avait appris qu'il voulait se battre le lendemain avec un officier de la garnison, et qu'il le priait de l'accompagner chez cet officier.

Bien qu'une pareille proposition fût une bonne nouvelle pour le hretailleur Joulu, cependant il s'étonna que Fabien l'eût choisi au lieu de s'adresser à Poyer ou à Valvins; et lorsque Fabien lui donna rendez-vous pour le lendemain matin, afin de se rendre au Cha ip de Mars où l'on devait rencontrer l'officier en question et le provoquer, Joulu lui dit :

— Mais ce n'est donc pas une querelle qui a eu lieu entre toi et lui ?

— Non, dit Fabien, c'est une querelle que je veux lui chercher.

— Et à propos de quoi ? '

— Parce qu'il me déplaît?

— Ce n'est pas une raison.

— Plus d'une fois c'en a été une suffisante pour toi.

— C'est possible, dit Joulu, mais ce qui est une bonne raison pour une mauvaise tète n'est pas une bonne raison pour un témoin, et je ne t'accompagnerai pas.

— Ah çà! dit Fabien, est-ce que lu te moques de moi?

— Pas le moins du monde; mais c'est bien différent de se battre ou de laisser battre quelqu'un. Quand ça me regarde, je ne mets pas tant de façons, mais quand je suis témoin, je veux savoir pourquoi on se bat.

Quelque étrange que paraisse cette distinction, elle est cependant un des traits distinctifs des caractères les plus querelleurs. Ainsi, Charles Joulu, devenu tout à coup prudent et réservé pour le compte d'un autre, ne se laissait point persuader par Fabien, qui persistait à ne pas lui vouloir dire le motif de la querelle qu'il voulait faire à cet officier.

CONFESSION GÉNËR ILE

Tl

— Mais enfin, qui est-ce? lui demanda Joulu après une assez longue discussion.

— Eh! pardieu, lui répondît Fabien , précisément celui qui l'a tant déplu : le muscadin a tilbury.

— Ali ! (it Charles, mais lu oublies que Yalvins l'a recommandé.

— A-t-il recommandé de noua laisser insulter par lui ?

— Il t'a donc insulté ?

Fabien, <|iii vei ait de dire le contraire, se contenta de répondre :

— Voyons, veux-tu venir, oui ou non? si tu as peur, j'en choisirai un autre.

— C'est comme ça. dit Joulu, je serai chez toi demain, et si ça le va, nous ferons la partie carrée.

Aussitôt Fabien s'éloigna et essaya de rattraper l'oyer et Yalvins; mais son explication avail été si longue, que lorsqu'il arriva chez lui, Valvins et Poje» étaient rentrés depuis longtemps. Fabien alla écouler à leurs portes pour savoir s'ils causaient de lui, mais il entendit l'oyer silllant paiement dans sa chambre, tandis que le silence le plus absolu régnait dans celle de Valvins. Fabien se retira furtivemenl chez lui, craignant une explication avec l'oyer. 11 se coucha dans l'espoir que le sou meil chasserait la préoccupation que lui donnait l'attente du lendemain; mais il n'était pas de cette nature puissante de Poyer, qui accomplissait sans effort les plus dangereuses résolutions et sur qui elles n'avaient point de [irise.

Fabien ne put dormir, non qu'il eût peur, mais parce que chez lui le courage était plus dans l'esprit que dans la constitution, et que l'esprit pré ceupé d'un acte si important ne saurait s'endormir. Cependant quelques heures s'étaient passées dans celte fatigante insomnie ; Fabien commençait à céder à ce sommeil fiévreux et inquiet qui unit dans une sorte d< rêve éveil é les pensées dues aux choses réelles qui arrivent jusqu'aux sens. Il lui semblait être sur le terrain avec le lieutenant Lesly; ils allaient se battre au pistolet, le lieutenant lirait; mais, par une étrange transformation de ce rêve, il lui sembla voir Poser tomber mort a sa place.

Fabien s'éveilla tout d'un coup: en effet, un bruit violent avait retenli près de lui; il écouta et entendit des pas qui gravissaient l'escalier ; il reconnut que c'était la porte de la rue qui venait d'être chassée avec force, et que c'était sans doute un des habitants de la maison qui rentrait, (les pas se dirigèrent du côté de sa chambre, et bientôt il entendit frapper à sa porte. Fabien avait si peu la conscience de son état de veille-, qu'il s'imauina avoir dormi plus qu'il ne pensait, et qu'il crut que le matin était venu et que c'était Charles Joulu qui venait au rendez-vous. Ce lut Valvins qui enira dans l'obscurité.

— Quelle heure est-il donc? dit Fabien.

— Ueux heures du matin.

— Ah ! dit le jeune étudiant, c'est loi, Valvins ; qu'est-ce que tu as donc à corn ir la nuit comme un loup-gaivu ? Tu as donc juré de ne pas me laisser dormir ?

— Est-ce que tu dors? lui dit Valvins.

— 11 me semble que je n'ai rien de mieux à faire.

— Tu m'as ouvert trop vite, dit Valvins, lu ne dormais pas; c'est

mps

que se passe-t-il, que tu aies

quelque chose au moins quand on inédite une mauvaise action

— Ah çà! s'écria Fabien, t'imagines tu que je souffrirai Ion. te le ton que tu prends avec moi ?

— Si tu en souffrais, cela vaudrait mieux; mais ce n'est pas (ou cœur, c'est -ta vanité qu'il blesse, et à ce compte tu le souffriras, entends tu bien ?

En parlant ainsi, Valvins avait allumé une chandelle, et Fabien et lui purent se voir. Le visage de Valvins avait une si sérieuse expression de chagrin, qu'il imposa à Fabien.

— Eh bien ! dit celui-ci, qu'y a-t-il? que se l'air si bouleversé ?

— Il se passe, dit Yalvins, que je sais tout. Fabien haussa les épaules, et repartit en ricanant :

— C'est ainsi que commencent les lettres qu'on écrit à sa maîtresse quand on ne sait rien et (pion veut apprendre quelque chose.

— Tu crois? reprit Valvins; eh bien ! j'ai vu ce soir madame Pro- Berpine, et je sors de chez Charles Joulu.

Fabien lit un mouvement d'impatience ; mais., au lieu de répondre, il se jeta dans sou lit, et «'enveloppant dans sa couverture, il tourna le dos à Yalvins; mais celui-ci n'en tint compte, il reprit d'un ton d'autorité :

— Tu comprends bit n que lu ne te battras pas demain ?

— Laisse-moi dormir, dit Fabien, ce sont mes allaites, je ne me mêle pas des tiennes, je ferai ce qu'il me conviendra.

— Vrai ! dit Valvins, et cela sans prendre garde à tout le mal qui peut en résulter ?

— El quel mal en résuiiora-t-il? je tuerai ce monsieur ou il me tuera, cela ne regarde que moi.

— Et Poyer?

— Eh bien! Poyer, qu'est-ce qu'il a à voir là dedans?

— Tu lui diras donc la cause de la querelle que lu vas chercher au marquis de Lesly ?

— Il me semble, dit Fabien, qu'il y est aussi intéressé que moi.

— Alors, laisse-le la vider, si jamais il apprend la vérité.

— Tu me prends donc pour un lâche, de me faire une pireillc proposition ?

— C'esl parée que je te crois quelque honneur, que je le la fais. nue l'oyer apprenne qu'il a été trompé par Carmélite avec le lieu-

len ni l.esly et qu'il se batte »vee lui, c'est t oui simple, et peut-être alors oubliera-t-il celte misérable Bile, et ce sera un grand bonheur; mais que Poyer apprenne que Carmélite l'avait déjà trompé avec toi, ce serait horrible.

— Si ce n'est que ça, dit Fabien, il y a assez de moyens pour chercher querelle à un homme, et je le promets que le nom de Carmélite ne sera pas prononcé dans tout ceci.

Valvins sembla hésiter, et Fabien s'imaginait déjà l'avoir convaincu. Cependant son ami se promenait activement dans la chambre, murmurant entre ses dents :

— Mais ce n'est pas possible, cela n'est pas possible.

Le jeune étudiant, craignant d'engager de nouveau une discussion où U croyait avoir triomphé, ne semblait pas entendre les sourdes exclamations de Valvins. Enfin celui-ci, poussé par un sentiment interne lout-puissani, se tourna vers Fabien et lui dit avec force:

— Ecoute, Fabien, tu sais si je mens, lu sais si je suis homme à conseiller une démarche indigne à qui que ce soit, à dire une chose fausse.

— Tout le monde te connaît ; pourquoi me dis-tu cela ? répondit Fabien.

— Parce que j'ai besoin que tu croies à ce que je vais te dire.

— Je ne demande pas mieux, repartit l'étudiant.

— Eh bien! reprit Yalvins. je te donne ma parole d'honneur quo lu ne peux te battre avec M. de Lesly.

— Pourquoi? Ne viens-tu pas de. me dire que 1' >yer le pouvait?

. — Ne comprends-tu pas reprit Valvins, que Charles, par exemple, puisse se battre avec Poyer et que tu ne le puisses pas?

— Je ne le puis pas, c'est possible, dit Fabien avec humeur, puisque j'ai mangé le pain de sa mère; mais je ne connais point M. de Lesly.

— Allons, s'écria Valvins vivement, il faut en finir, tu ne veux rien croire et rien entendre, Fabien; tu me forces à dire ce q ie j'avais juré de taire toute ma vie, surtout à toi; eh bien! écoute-moi donc, et après, si lu ne fais pas exactement toul ce que je te dirai, je te déclare le plus ingrat et le plus lâche des hommes.

A ce mot, Fabien se redressa sur son lit, mais Valvins lui répondit froidement :

— Ne fais pas le rodomont, Fabien, tout cela ne peut servir de rien ici, et je te le pardonne, car tu as été élevé dans un pays où le courage du duel pas e pour le pr niier de tous; mais il est temps que tu apprennes que c'est le plus misérable et le plus inutile dans la vie. Ecoule moi-donc.

11 y a dix-huit ans, le marquis de Lesly, le père du lieutenant. venait de rentrer en France. 11 était sous le poids d'une condimoation à morl, comme ayant pris part à l'insurrection de la Vendée, et par des motifs de haine particulière, de la part de l'un des directeurs qui gouvernaient la France: sa démarche était des plus dangereuses. Il n'était pas douteux que s'il était découvert, il serait exécuté. Le marquis s'était confié à un de ses amis, et celui ci lui avait offert un asile dans sa maison. Cet ami, c'était le père de Poyer c'élail le vicomte l'oyer de Berbins de Caradec.

Fabien, à qui le commencement de ce récit avait inspiré peu d'intérêt, se pencha vers Valvins, qui continua rapidement :

— L'asile qui avait élé offert à M. de Leslv était à l'abri de tout soupçon ; car, comme lu dois le sav ir, M. Poyer père, avant épousé une simple ouvrière, avait éé renié par sa noble famille". Il en était résulté qu'à l'époque de la révolution, il en avait adop'é les principes, et connu ! bien longtemps avant il avait renoncé à son titre de vicomte et à ses noms de Berbins et de Caradec, il pas>ait pour un des meilleurs patriotes qui eussent donné l'exemple du mépris des litres. Personne n'eût donc osé supposer qu'un émigré eût pu trouver asile chez le citoyen Poyer, à m nus d'indices très-graves, et ces indices, il ne fallait pas les donner. Pour cela, M. Poyer, mahré la présence du marquis dans sa maison, ne changea rien' à sa manière de vivre. U passait toute la journée à la chasse, lai.-sant le marquis tout seul avec sa femme, caché dans un cabinet au fond de leur appartement.

Tu es trop jeune, Fabien, pour comprendre le danger qu'il peut y avoir pour une femme jeune, belle, charmante, à rester ainsi de longues heures iè e à tête avec un homme qui avait appris dau> les cours les plus c irrompues ùe l'Europe l'ait d'endormir la conscience des femmes et d'excifer leur vanité et leurs désirs. Toujouis est-il que deux mois n'étaient pas passés, que madame Poyer avait cédé aux séductions de M. de Leslv,

— Ah ! lit Fabien l'un air d'indignation.

Val lis 1 ;i ,-t.. un si souverain regarc de mépris, que Fabien s'arre i nation.

— Sur qui i ;l nds-tu jeter le blâme? lui dit-il amèrement.

— mu- celle qui trahissait ses devoirs.

Vahins ne put retenir un mouvement de colère et de dégoût.

— Bien, lui dit-il, tu ne mens pas à ta nature, tu la blâmes, toi

CONFESSION GENER \l .B

qu'elle a nourri; loi, ahl Fabien, lu me laU peur; prends gardej mais écoute jusqu'au bout. SI M Poyer ne se lassait pas de Iho pi talité dangereuse qu'il donnail a M de Lesly, celui ci se fatiguait de la solitude où il vivait. La femme qui lui avait paru une distraction convenable pour passer la journée, l'ennuyait de bos craintes, surtout de ses remords, il Insinua à II. Poyer le désir où il était de reprendre son exil ou daller solliciter sa arâi e lui même, aux risques de se perdre; mais Poyer ne Bavait pas taire leschoseBà demi; il Be ibargea d'obtenir cette grâce, et pian- cela, il partit lui-môme pour I il \ resta pi"ès de huit mois avant de pouvoir faire rayer le marquis de la liste fatale Enfin le Jour même el à l'heure où il venait d'obtenir cette radiation, il monta en voiture, partit el arriva à si maison sans avoir l'ail annoncer son arrivée. Sais-tu ce <|n'il j trouva? Sa remme sur un Ht de morl el son ami parti. Go qui se passa cuire M. Poyer et sa femme fut uu Becret pour tout le monde, mais je puis te le dire, moi. Quand ils furent Beuls, celle malheureuse femme bc roula mourante au bas de son lit, pour se mettre .1

genoux devant son mari, et lui avouer sa faute. Tu connais les

Poyer, lu sais la violence du sang qui coule dans leurs veines. M.'Poyer leva un pistolet sur sa femme, mais tu connais aussi le noble instinct de protection de celle famille : un enfant de si\ ans étail dans cette chambre, et se plaça à la gueule du pistolet en criant :

— Ne lue/ pas maman, elle a lanl pleuré!.;.

Celui qui parlai! ainsi est devenu le noble jeune homme qui doit près d ici. et que tu as si lâchement trahi. Cela donna à M. Poyer le temps de regarder sa femme; alors, en la voyant si maigre, si pâle, :i niouiante. elle, si belle, si forte, si vivante autrefois, il comprit qu'il J avait plus de malheur que de crime dans cette faute, et il lui pardonna. Mais il ne pardonna pas à M. de l.esly, el le Ml chercher partout. La seule chose qu'il put découvrir, c'est que, un mois avant son arrivée, 1111 enfant avait été déposé chez un paysan du village voisin avec une assez forte somme d'argent. Sa vengeance lui échappait. Cependant le désespoir était entré clans celte maison. M. Poyer, déjà habitué à des excès de table qui n'avaient point de danger lorsqu'il se livrait perpétuellement à l'exercice violent de la • basse, M. Poyer, pour tuer la pensée qui l'obsédait sans cesse, se laissa aller à la funeste, habitude d'éteindre ses souvenirs clans l'ivresse, et un joui' il mourut frappé d'une attaque d'apoplexie foudroyante, et avant de pouvoir léguer sa vengeance à son (ils, alors âgé de neuf ans.

— Quoi ! s'écria Fabien, Poyer ignore le nom de l'infâme qui a déshonoré sa mère?

— Oui, car tout le temps que M. de Lesly resta au château, l'enfant ne le vit jamais, et son nom ne fut point prononcé devant lui.

— Mais moi, je le sais, s'écria Fabien, et le tils me rendra compte du crime de son père.

— Mais tu ne comprends donc rien! s'écria Valvins; mais cet enfant élevé dans une cabane et admis, depuis la mort de M. Poyer, dans la famille, comme un orphelin recueilli par charité...

— Quoi! s'écria Fabien.

— Comprends-tu maintenant pourquoi tu ne peux le battre avec ton frère Melchior de Lesly? pourquoi tu as été infâme de tromper Poyer, ton frère, qui sait qui tu es, et qui ne peut se venger de toi? Comprends-tu, maintenant?

Fabien était anéanti. Valvins profita de ce premier moment de trouble pour lui dire :

— Et maintenant il faut absolument faire ce que je vais le prescrire. Tu partiras demain malin pour aller près de ta mère, lu la connais maintenant. J'excuserai ton absence près de Poyer; Charles Joulu, prévenu par moi, ne viendra pas. Pendant ton absence, je verrai le lieutenant, j'éloignerai Poyer, je préviendrai une rencontre sanglante. Je ferai paitir aussi Carmélite. M. de Lesly y consentira; je le connais; c'est un noble jeune homme. Eh bien ! y consens-tu? réponds.

— Soit, dit Fabien. Oh! elle, Carmélite!... ajouta-t-il en serrant le poing.

— File a du sang de catin dans les veines, comme toi du sang d'égoïste; hypocrite, elle n'a pas menti à sa race; prends garde de ne pas mentir à la tienne.

— Oh ! dit Fabien, emporté par un bon élan de jeunesse, oh ! non, Valvins, je te le jure, je ne serai pas ce que tu penses.

— Dieu le veuille! dit Valvins; voilà qnalre heures qui sonnent; à sept heures Poyer doit sortir ; dès qu'il ne sera plus ici, tu partiras, c'est convenu.

— C'est convenu, dit Fabien. Ils se séparèrent. Valvins croyait avoir tout arrangé pour le mieux, mais il était écrit (pie tous les soins de Valvins seraient inutiles.

A cet endroit du récit dont Valvins faisait la lecture, JNoël l'arrêta d'un air particulier et lui dit :

— Mais comment avais-tu appris un secret que Poyer lui-même ignorait?

— Par un moyen bien simple, reprit Valvins. Je connaissais M. de Lesly depuis longtemps; un matin il vint me voir et me raconta comment son père l'avait chargé de retrouver un enfant qu'il avait abandonné clans un village dont il n'avait pu lui dire le nom; mais

M. de Lesl] n'avait pas craint de confier à son lil-, le nom de la mère

de cet enfant, el comme j'avais déjà reçu la confidence de Poyer et le serment qu'il avait fait de punir le séducteur de sa mère, si jamais il pouvait parvenu a le découvrir, j'avais arrêté Les démarches de mon ancien lieutenant.

— Ali! lil Noël, Ion ancien lieutenant, tu avais donc servi sous ses ordres?

Valvins re irda Ni d en souriant el lui dit :

— Non, il a\ ail 'en i BOUS les miens.

\ el regai la Vah Ins a son tour et reprit :

— Écoute, Valvins, je t'ai rencontra a Poitiers, et nous nous sommes liés sans que jamais je t'aie demandé qui lu étais; mais aujourd'hui que la décision de ma vie peut dépendre de ce (pu: in m'as dit , de la révélation que lu vas me faire, maintenant que je lai en ici k! 11 parler d'association secrète, je veux savoir, avant d'aller plus loin, qui tu (^ et qui me conseille.

Valvins posa pie. de lui le manuscrit qu'il tenait, et en prenant un autre, il lui dil :

— Voici l'histoire de ma vie, elle t'apprendra à connaître la femme à qui est attaché l'un des hommes auxquels la mère t'a

adressé, ce M le banni de l.abarrou, intendant de celte noble princesse, le le le laisse, li> le ; in y trouveras aussi l'histoire de Lucien ; puis, lorsque j'aurai achevé de le lire le manuscrit que je viens d'interrompre, tu sauras tout le secret de notre association, el je Crois que lu ne refuseras pas d'y entrer.

Valvins et Henri quittèrent Noël, étourdi, abîmé de toules les aventures de celle journée et des étranges choses qu'il venait d'apprendre. Cependant, après une heure de réflexion, il se décida à ouvrir le manuscrit que lui avait confié Valvins, et voici ce qu'il Int.

Page 1