‹ Les aventures du chevalier de Faublas (volume 2)Chapitre 4 sur 18 · SUR LOUVET DE COUVRAY. XIII · texte numérisé non relu

SUR LOUVET DE COUVRAY. XIII

tère de la justice ; mais Robespierre le signala aux journalistes qui lui étaient dévoués , et Ton ne voulut plus d'un homme dont la popularité était contestée. Roland , juste appréciateur du talent et du courage de Louvet , lui donna la direction de la Sentinelle , feuille que l'on placardait sur les murs de Paris. Ses fonctions étaient délicates; il avait à suivre les intentions du ministre... il servit les girondins. Déjà les montagnards travaillaient la populace et captaient sa faveur par l'espoir d'un triomphe suivi de sang. Les girondins , accusés de tiédeur et de faiblesse , se virent réduits à imiter les déclamations des journaux de Marat ; seulement ceux-ci réclamaient des mesures extrêmes , tandis que Vergniaud et ses amis essayaient d'obtenir des concessions modératrices et prudentes afin d'arriver au salut de la patrie. Ils espéraient ainsi épargner le sang el arrêter la révolution que les montagnards poussaient dans l'abîme. Propagateur zélé de ces doctrines généreuses , Louvet perdit , du moins en apparence , la faveur du ministre ; on lui retira la direction de la Sentinelle , et on lui offrit une sorte d'exil , la place de commissaire à Saint-Domingue , qu'il refusa.

Nommé député à la Convention nationale par les électeurs du Loiret, il reprit la rédaction de son journal. Il s'attaquait aux hommes , signalait toutes les fautes , toutes les manœuvres de Robespierre , et fut , par ses allusions et ses personnalités , l'adversaire le plus détesté des jacobins. Les salons de Roland lui étaient ouverts ; là se réunissaient tous ces hommes éloquents que le dégoût commençait à abattre , et qui se relevaient à la voix pleine d'espérances d'une femme forte , spirituelle , fière et courageuse , que Marat appelait la Circé de son parti. Certain de l'assentiment de ces orateurs , Roland présente à la séance du 24 septembre 1792 son rapport sur l'état de la capitale , où il frappe de réprobation les crimes ajoutés par les massacres du 2 septembre à la victoire du 10 août. Il attribue aux girondins ce dernier événement , glorieux pour la cause de la liberté , et semble désigner quelques-uns des chefs de la montagne comme les auteurs de tant de forfaits inutiles. . . Robespierre demande

NOTICE

avec arrogance si l'on entend le désigner. Encouragé par Danton , il défie ses adversaires de l'accuser en face et de produire une seule preuve contre lui... Les plus intrépides se taisent... Louvet s'âance à la tribune. •« C'est moi, s'écrie- 1- il, c'est moi qui t'accuse! „ — Eh bien , qu'on l'entende ! •• balbutie Robespierre saisi de colère et d'étonnement.

Louvet , plus qu'aucmi autre girondin , avait un secret penchant à supposer des complots là où de sinistres passions armaient les montagnards. Il tenait son discours tout prêt , il le prononça d'un ton de véhémence et de conviction : il montra Robespierre attendant le pouvoir dictatorial de l'emportement de ses amis ; il le peignit entouré de satellites à la brutalité desquels il livrait ses contradicteurs ; il rappela cette morgue aristocratique de l'ennemi des nobles , cet orgueil ambitieux qui avait recours À tous les subterAiges pour faire croire que de Robespierre dépendaient les destinées du pays; il dit sa lâcheté dans le combat du 10 août et son impudence à reparaître après la victoire pour en réclamer les profits. Puis , abandonnant un moment Robespierre accablé , il dit quels étaient ses lieutenants et ses séides dans ses excès si funestes à la liberté. Il lui reprocha « l'appui qu'il avait accordé à un libelliste dégoûtant •' de fiel et de sang , doué , pour prêcher le crime et l'assassinat , "de l'intrépidité qui manquait à son cauteleux patron. » A ces mots , des clameurs forcenées retentirent aux bancs de la montagne. « Je vais toucher le mal , et on criera plus haut, reprend "luouvet. — Appuie, dit Danton, touche le mal. — Silence, les " blessés ! •• réplique l'orateur , et il reproche à ce ministre de la justice l'approbation tacite qu'il avait accordée aux septembriseurs : - Lorsque toutes les autorités, l'assemblée , les ministres, le maire " parlaient pour arrêter les massacres , seul le ministre de la justice " ne parlait pas. » Enfin , dans sa péroraison , il reporte sur Robespierre et Màrat tout le poids de son indignation : - Robespierre , " dit-il , je t'accuse d'avoir calomnié les plus purs citoyens , et de " l'avoir fait le jour où des calomnies étaient des proscriptions ; je

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