SUR LOUVET DE COUVRAY. XIX
par des injures , et , diflfamé lui-même , fut cité en justice comme diffamateur. En butte à des sarcasmes continuels, insulté dans sa femme , dans ses amis , dans ses principes , mais outragé avec adresse et méthode, il apprit que la calomnie est une grande science , au-dessous des moyens mais au-dessus des forces de rhomme franc et loyal ; car , ayant accepté le combat sans connaître les armes , il fut terrassé et ne se consola pas d une inique condamnation. Sa santé s'altéra. Atteint d'une maladie mortelle , il conserva jusqu'à ses derniers moments une stoïque indifférence ; et quand , le 5 août 1797 , il expira , sa fidèle Lodoïska voulut le suivre dans la tombe : elle prit du poison ; mais, secourue à temps, elle survécut quelques années à son époux.
Nous avons à peine parlé de l'homme privé ; mais cette vie si a^tée appartient .tcoit entière à la patrie , et c'est dans les actions publiques de Louvet. qu'il faut puiser la plus juste appréciation de son caractère et de son esprit. 11 eu^ des défauts, eh ! quel homme en est exempt!... mais ses erreurs vinrent de ce naturel passionné que Faublas nous atteste , de cette imagination fougueuse qui s'exagérait toutes choses , de cette âme brûlante qui s'épandait dans ses écrits et dans ses discours. Son courage et sa sensibilité en firent ime riche proie pour les ambitieux qui l'exploitèrent sans pitié , comme on charge ces enfants perdus de la guerre de conduire au fort des tempêtes les machines incendiaires. Son éloquence brillait moins par l'éclat des images que par l'à-propos , la vigueur et l'audace. Sûr de sa conscience , il prononçait hardiment les mots de corruption , de cruauté , de tyrannie quand il fallait donner des leçons à ces despotes de la démocratie qui s'élevaient sur les ruines de la royauté. Républicain sous l'assemblée constituante, il le fut aussi sous la Convention et le conseil des Cinq-Cents : de là ce reproche de tiu'bulence que lui ont adressé les hommes prudents. On ne saurait dire ce que la Gironde eût fait de la révolution si elle eût pu la maîtriser ; mais on voit dans les écrits graves de Louvet une série de plans et de projets de gloire qu'il rêvait pour son pays. C'est là son plus bel éloge et