‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 12 sur 37 · SUR LOUVET. XVII · texte numérisé non relu

SUR LOUVET. XVII

pour demander au nom des sections de Paris la proscription de vingt-deux membres. Une telle coïncidence de nombre frappa vivement les Girondins; sur-le-champ ils dénoncèrent Marat, et obtinrent contre lui un décret d'accusation. Si cette mesure fut illusoire, il n'en resta pas moins démontré combien était juste la pensée de Louvet.

Les dangers dont il était de plus en plus menacé, ajoutaient à sa véhémence ordinaire. Dans les séances du 20 avril et 19 mai 1793, il s'éleva contre la commune de Paris, et la dénonça comme ayant établi une correspondance factieuse avec les quarante- quatre mille communes de la« république ; comme employant les deniers destinés à l'approvisionnement de la ville à faire colporter ses arrêtés; et comme se livrant à de scandaleuses orgies, dans lesquelles plusieurs Municipaux avaient forcé les épouses et les filles des suspects à danser devant eux, et leur avaient jeté ensuite les restes de leur table. Plus tard il embrassa la défense des pères de famille que l'infâme Léonard Bourdon avait fait arrêter à Orléans.

De si généreux efforts ne purent arrêter les progrès de La Montagne ; trop peu de patriotes avaient l'intrépidité de Louvet; trop peu de Girondins savaient, comme lui, affronter et combattre les conspirateurs autrement que par des discours. Les clameurs des tribunes étouffaient leurs voix

XVin NOTICE

éloquentes, et Robespierre avait pour lui ]ts ordres du jour d'un centre toujours officieux et toujours servîle. L'issue du combat ne fut pas longtemps douteuse : Louvet, compris dans une nouvelle liste de' proscription, portée le 3i mai à la convention par la municipalité de Paris, fut décrété d accusation le 2 juin. Pendant quinze jours il demeura caché dans la capitale, incertain du parti quil devait prendre; informé enfin que plusieurs de ses collègues dirigeaient à Caen linsurrection qui y avait éclaté, il n'hésita pas à s'y rendre luimême. Mais dans la Normandie, comme partout, La Montagne avait ses agents, et larmée d'Évreux promptement désorganisée, attesta leur présence dans ses rangs. Le général Wimpfen, qui la commandait, profita de cette circonstance pour offrir aux proscrits Tappui de l'Angleterre. Leur réponse fut telle qu'on devait l'attendre ; ils préfèrent un noble exil à des secours qu'il eut fallu acheter par une trahison.

Louvet suivit en Bretagne le bataillon du Finistère qu'on venait de licencier. Sous cette égide, il échappa aux dangers dont les tyrans environnent ses pas. Mais contraint de continuer sa route, avec ses seuls compagnons d infortune; il revêtit comme eux le costume de Volontaires et s'engagea dans les sentiers les plus impraticables. Un seul trait, puisé dans les récits de Louvet, peindra les fatigues et les tourments de cette marche. « Il était » huit heures, et il y en avait trente et unexiue»

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