‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 28 sur 37 · XLII PRÉFACE · texte numérisé non relu

XLII PRÉFACE

rien fidèle de son âge? Peut- il peindre autre chose que ce qu'il a vu? O vous tous qui criez si fort, changez vos mœurs, je changerai mes tableaux !

M'accusiez- vous aussi d'immoralité? Bientôt je tâcherai de vous persuader que vous aviez tort; mais auparavant, approchez, prêtez l'oreille : c'est une vérité que je vais dire; et, comme la littérature a encore ses aristocrates, il faut parler bas. En conscience, étaient-ils bien moraux, ces chefsd'œuvre par lesquels se sont immortalisés l'Arioste et le Tasse, La Fontaine et Molière, Voltaire enfin. Voltaire et tant d'autres, beaucoup moins grands que lui, quoique plus grands que moi? Tenez, j'ai bien peur que cette condition de moralité, si rigoureusement imposée de nos jours à tout ouvrage d'imagination, ne soit un violent remède savamment employé par ceux de mes frêles contemporains qui, désespérant de pouvoir jamais rien produire, voudraient nous châtrer.

Quoi qu il en soit, lisez mon dénouement, il me justifiera sans doute. Au surplus, je déclare, et dès que les circonstances me le permettront, je m'engage à prouver que cet ouvrage, si frivole en ses détails, est au fond très-moral; qu'il n'a peutêtre pas vingt pages qui ne marchent directement vers un but d'utilité première, de sagesse profonde, auquel j'ai "tendu sans cesse. J'avoue qu'il sera donne à peu de gens de l'apercevoir d'abord ; mais je maintiens qu'avec le temps, je le pourrai

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