PRÉFACE. XLIII
découvrir à tous ; et le jour de mes confidences sera, je vous le promets, le jour des surprises.
Ils m'ont encore reproché de grandes négligences. Eh ! quel écrivain, assez peu maître de son art, voudrait également soigner toutes les parties d'un long ouvrage? Quant à moi, je crois fermement qu il n'y a point de naturel sans négligences, principalement dans le dialogue. C'est là que, pour être plus vrai, sacrifiant partout l'élégance à la simplicité, je serai souvent incorrect, et quelquefois trivial. C'est, ce me semble, où le personnage va parler, que l'auteur doit cesser d'écrire ; et néanmoins je me reconnais très fautif, s'il mest souvent arrivé de permettre que madame de B*" s'exprimât comme Justine, et Rosambert comme M, de B***.
- Patient lecteur, encore un paragraphe apologétique.
Ces romans prétendus étrangers, qu'on s'arrache le matin et qui sont oubliés le soir, ne renferment, pour la plupart, que des caractères communs à presque tous les peuples de notre Europe, et des aventures de tous les pays. J'ai tâché que Faublas, frivole et galant comme la nation pour laquelle et par laquelle il fut fait, eût, pour ainsi dire, une figure française. J'ai tâché qu'au milieu de tous ses défauts on lui reconnût le ton, le langage et les mœurs des jeunes gens de ma patrie. C'est en France, et ce n'est qu'en France, je crois, qu'il faudra chercher les autres originaux dont j'ai
XIÀV PRÉFACE.
trop faiblement dessiné les copies : des maris en' même temps libertins, jaloux, commodes et crédules comme monsieur le marquis; des beautés séduisantes, trompées et trompeuses comme madame de B"*; des femmes à la fois étourdies et sensibles comme ma petite Éléonore, chaque jour regrettée. Enfin, je me suis efforcé de faire en sorte qu on ne pût, sans blesser un peu la vraisemblance, imprimer sur le frontispice de ce roman-ci ce honteux mensonge : traduit de ïang lai s.
Mais pendant que j*écrivais ces futilités, un grand changement s'est fait dans mon heureuse patrie. La plus belle carrière est désormais ouverte à ceux qui ambitionneront une gloire solide, utile à leur pays, utile au monde entier. La carrière est ouverte! Pourquoi ne m'y suis je pas déjà montré? C'est que je ne m en crois pas encore digne (i).
(i) Il n'y avait pas huit jours que cette espèce dtf préface était écrite, quand l'ouvrage de M. Mounier a paru. L'indignation dont il m'a rempli m'a forcé à prendre la plume. Voyez la brochure intitulé : Paris Justifié.
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