MADEMOISELLE DU PORTAIL
Mais cela est incroyable !
LA MARQUISE
Impossible! M. de Rosambert nous fait des contes... qu il devrait bien finir, car je me sens fort incommodée.
LE COMTE
Il le crut si bien, qu il lui prodigua les compliments, les petits soins, et même il en vint jusqu'à lui prendre la main, et à la lui serrer doucement... {au marquis) tenez, à peu près comme vous faites à présent à ma cousine.
LE MARQUIS, étonné, quittant promptement ma main, qu'il tenait en effet.
Il Fa fait exprès, me dit-il; je crois qu'il voudrait que la marquise s'aperçût de notre intelligence. Qu'il est jalouxl qu'il est méchant! Et menteur! lui répliquai- Je ; menteur!... comme un avocat! [Le comte, toujours sourd aux instances que la marquise avait eu le temps de renouveler, reprit ;)
Tandis que le bon mari, d'un côté, épuisait les lieux communs de la vieille galanterie, et pressait la main chérie... la dame non moins vive, mais plus heureuse...
t)lJ CHEVALIER DE EAÛfeLAS. ^f
LA MARQUISE
Hé! monsieur, quelles femmes avez-vous donc connues ! Vous nous peignez celle-là sous des couleurs!... Ne se peut-il pas que, trompée comme son mari, par les apparences...
LE COMTE
Cela eût été très-possible; mais Je croîs que cela a'^était pas. Au reste, vous allez en juger vous-raêrne; écoutez jusqu'au bout.
LA MARQUISE
Monsieur, s'il faut absolument que vous racontiez cette histoire, je vous prie au moins de songer que Vous devez quelques ménagements (en reg(^^dant mademoiselle du Portail) à certaines personnes qui vous écoutent.
LE MARQUIS
Rosambert, madame a raison; gaze un peu œla, à cause de cette enfant [en montrant mademoiselle du Portail),
LE COMTE
Oui!... oui!... La daine fort émue...
LA MARQUISE
Monsieur, de grâce, abrégez dès détails qui ne sont pas. . /honnêtes.
byGoOglj
MADEMOISELLE DU PORTAIL, dun ton fort brusque.
Il est minuit, monsieur.
LE COUTE, fort durement.
Je le sais bien, mademoiselle, et si cette conversation vous ennuie, je ne dirai qu un mot... pour l'achever.
LE MARQUIS, à mademoiselle^du Portail.
Il est très-piqué contre vous. Les amitiés que vous me faites!... il est jaloux comme ua tigre !
LA MARQUISE. '
Monsieur le comte, à propos, pendant que j*y pense, avez-vous obtenu du ministre. . .
LE COMTE
Oui, madame, j'ai obtenu tout ce que je voulais; mais laissez-moi...
LE MARQUIS
Ah ! ah! qu'est-ce que tu sollicitais donc?
LE COMTE
Une petite pensiop de dix mille livres pour le jeune vicomte de G***, mon parent; il y a déjà plusieurs jours... Pour revenir à mon aventure...
LE MARQUIS
Oui, oui, revenons-y.
byGoogk
byGoôIfle
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LA MARQUISE
Il doit être bien content de vous, le vi-
comte?
LE COMTE
La dame fort émue...
LA MARQUISE
Mnn^îpnr 1p rr^mtp rpnnnripr-mnî Anne
LE COMTE
Oui, madame, il est très-content... La dame ^^M
LA MARQUISE
fort émue... V-\
Et son cher oncle le commandeur ? - " 'K'^jf^
LE COMTE. ■ /Jî|
En est fort aise aussi, madame; mais vous vous \] Û
intéressez prodigieusement. . . » ¥:^'É
LA MARQUISE
Oui; tout ce qui regarde mes amis me touche sensiblement, et cette affaire me tourmentait à cause de vous; si vous m'en aviez parlé plus tôt, j'aurais pu vous y servir...
LE COMTE
Madame, je suis très-sensible... mais permettez-moi...
LA MARQUISE
A-t il en effet rendu quelque service à l'État, le vicomte ?
8o UNE ANNÉE DE LA VlË
LE COMTE, en riant.
Ouï, madame; sans lui, le duc de **' n'avait pas d'héritier; la maison s'éteignait.
LA MARQUISE
Mais si l'on récompense aussi magnifiquement
tous ceux qui servent l'État de cette manière, je
ne m'étonne plus de l'embarras où est le trésor
royaL..
LE COMTE
Très-bien, madame; cependant permettez...
LA MARQUISE
Enfin, n'importe : si jamais pareille occasion
se présente, employez-moi, ou bien nous nous
brouillerons mortellement.
LE COMTE
Madame, je vous rends grâce... permettez
qu'enfin je reprenne le récit de mon aventure.
LA MARQUISE
Oh ! si vous vous adressiez à d'autres, je ne
vous le pardonnerais pas, je vous en avertis.
LE MARQUIS
Allons, voilà qui est dit : laissez-le donc finir
son histoire.
LE COMTE
La dame fort émue prodiguait au jeune Adonis...
byGoogk
bÙ CHEVALIER DE FAUBLÀS. Bl ' Hifr'É
LA MARQUISE. ^'' --
Quelle migraine j'ai I ''\^M
LE COMTE. . ^ /^ -^^"i
Prodiguait au jeune Adonis... , --k;^
LA MARQUISE, tirant le marquis à part, et lui ^^A^
parlant à mi-voix. ^ -^.^
Monsieur, je vous le répète, il n'est pas de'cent ' .^J
de conter devant cette enfant. . . V> /^
LE MARQUIS. r'^
Bon! bon! elle eu sait plus quon ne croit! la '>.'^
petite personne est futée! allez, je me connais en . z;^^^
physionomie! ';^
LE COMTE
Monsieur le marquis, je ne pourrai jamais finir ' "^ .^p
ce récit, on m'interrompt à tout moment; mais je '-^
vais rentrer cliez moi, et, demain matin, je vous \ ' '^1
enverrai tous les détails par écrit. " ■ i " ^i
LA MARQUISE
Bonne plaisanterie!
LE COMTE, au marquis.
Non, je vous l'enverrai, parole d'honneur, et je mettrai les lettres initiales de chaque nom... à moins qu'on ne me laisse finir ce soir. - *
LE MARQUIS
Eh bien ! allons donc, finis. .1' . •
byGoOgtf
LA MARQUISE
A la bonne heure, finissez; mais songez...
LE COMTE
La dame fort émue prodiguait au jeune Adonis les confidences flatteuses, les doux propos, les petits baisers tendres... c'était vraiment une scène à voir... on ne peut la peindre... mais on pourrait la jouer... Tenez, jouons-la.
LE MARQUIS
Tu badines !
LA MARQUISE
Quelle folie !