‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 32 sur 37 · MADEMOISELLE DU PORTAIL · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DU PORTAIL

Mais cela est incroyable !

LA MARQUISE

Impossible! M. de Rosambert nous fait des contes... qu il devrait bien finir, car je me sens fort incommodée.

LE COMTE

Il le crut si bien, qu il lui prodigua les compliments, les petits soins, et même il en vint jusqu'à lui prendre la main, et à la lui serrer doucement... {au marquis) tenez, à peu près comme vous faites à présent à ma cousine.

LE MARQUIS, étonné, quittant promptement ma main, qu'il tenait en effet.

Il Fa fait exprès, me dit-il; je crois qu'il voudrait que la marquise s'aperçût de notre intelligence. Qu'il est jalouxl qu'il est méchant! Et menteur! lui répliquai- Je ; menteur!... comme un avocat! [Le comte, toujours sourd aux instances que la marquise avait eu le temps de renouveler, reprit ;)

Tandis que le bon mari, d'un côté, épuisait les lieux communs de la vieille galanterie, et pressait la main chérie... la dame non moins vive, mais plus heureuse...

t)lJ CHEVALIER DE EAÛfeLAS. ^f

LA MARQUISE

Hé! monsieur, quelles femmes avez-vous donc connues ! Vous nous peignez celle-là sous des couleurs!... Ne se peut-il pas que, trompée comme son mari, par les apparences...

LE COMTE

Cela eût été très-possible; mais Je croîs que cela a'^était pas. Au reste, vous allez en juger vous-raêrne; écoutez jusqu'au bout.

LA MARQUISE

Monsieur, s'il faut absolument que vous racontiez cette histoire, je vous prie au moins de songer que Vous devez quelques ménagements (en reg(^^dant mademoiselle du Portail) à certaines personnes qui vous écoutent.

LE MARQUIS

Rosambert, madame a raison; gaze un peu œla, à cause de cette enfant [en montrant mademoiselle du Portail),

LE COMTE

Oui!... oui!... La daine fort émue...

LA MARQUISE

Monsieur, de grâce, abrégez dès détails qui ne sont pas. . /honnêtes.

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MADEMOISELLE DU PORTAIL, dun ton fort brusque.

Il est minuit, monsieur.

LE COUTE, fort durement.

Je le sais bien, mademoiselle, et si cette conversation vous ennuie, je ne dirai qu un mot... pour l'achever.

LE MARQUIS, à mademoiselle^du Portail.

Il est très-piqué contre vous. Les amitiés que vous me faites!... il est jaloux comme ua tigre !

LA MARQUISE. '

Monsieur le comte, à propos, pendant que j*y pense, avez-vous obtenu du ministre. . .

LE COMTE

Oui, madame, j'ai obtenu tout ce que je voulais; mais laissez-moi...

LE MARQUIS

Ah ! ah! qu'est-ce que tu sollicitais donc?

LE COMTE

Une petite pensiop de dix mille livres pour le jeune vicomte de G***, mon parent; il y a déjà plusieurs jours... Pour revenir à mon aventure...

LE MARQUIS

Oui, oui, revenons-y.

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fi

LA MARQUISE

Il doit être bien content de vous, le vi-

comte?

LE COMTE

La dame fort émue...

LA MARQUISE

Mnn^îpnr 1p rr^mtp rpnnnripr-mnî Anne

LE COMTE

Oui, madame, il est très-content... La dame ^^M

LA MARQUISE

fort émue... V-\

Et son cher oncle le commandeur ? - " 'K'^jf^

LE COMTE. ■ /Jî|

En est fort aise aussi, madame; mais vous vous \] Û

intéressez prodigieusement. . . » ¥:^'É

LA MARQUISE

Oui; tout ce qui regarde mes amis me touche sensiblement, et cette affaire me tourmentait à cause de vous; si vous m'en aviez parlé plus tôt, j'aurais pu vous y servir...

LE COMTE

Madame, je suis très-sensible... mais permettez-moi...

LA MARQUISE

A-t il en effet rendu quelque service à l'État, le vicomte ?

8o UNE ANNÉE DE LA VlË

LE COMTE, en riant.

Ouï, madame; sans lui, le duc de **' n'avait pas d'héritier; la maison s'éteignait.

LA MARQUISE

Mais si l'on récompense aussi magnifiquement

tous ceux qui servent l'État de cette manière, je

ne m'étonne plus de l'embarras où est le trésor

royaL..

LE COMTE

Très-bien, madame; cependant permettez...

LA MARQUISE

Enfin, n'importe : si jamais pareille occasion

se présente, employez-moi, ou bien nous nous

brouillerons mortellement.

LE COMTE

Madame, je vous rends grâce... permettez

qu'enfin je reprenne le récit de mon aventure.

LA MARQUISE

Oh ! si vous vous adressiez à d'autres, je ne

vous le pardonnerais pas, je vous en avertis.

LE MARQUIS

Allons, voilà qui est dit : laissez-le donc finir

son histoire.

LE COMTE

La dame fort émue prodiguait au jeune Adonis...

byGoogk

bÙ CHEVALIER DE FAUBLÀS. Bl ' Hifr'É

LA MARQUISE. ^'' --

Quelle migraine j'ai I ''\^M

LE COMTE. . ^ /^ -^^"i

Prodiguait au jeune Adonis... , --k;^

LA MARQUISE, tirant le marquis à part, et lui ^^A^

parlant à mi-voix. ^ -^.^

Monsieur, je vous le répète, il n'est pas de'cent ' .^J

de conter devant cette enfant. . . V> /^

LE MARQUIS. r'^

Bon! bon! elle eu sait plus quon ne croit! la '>.'^

petite personne est futée! allez, je me connais en . z;^^^

physionomie! ';^

LE COMTE

Monsieur le marquis, je ne pourrai jamais finir ' "^ .^p

ce récit, on m'interrompt à tout moment; mais je '-^

vais rentrer cliez moi, et, demain matin, je vous \ ' '^1

enverrai tous les détails par écrit. " ■ i " ^i

LA MARQUISE

Bonne plaisanterie!

LE COMTE, au marquis.

Non, je vous l'enverrai, parole d'honneur, et je mettrai les lettres initiales de chaque nom... à moins qu'on ne me laisse finir ce soir. - *

LE MARQUIS

Eh bien ! allons donc, finis. .1' . •

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LA MARQUISE

A la bonne heure, finissez; mais songez...

LE COMTE

La dame fort émue prodiguait au jeune Adonis les confidences flatteuses, les doux propos, les petits baisers tendres... c'était vraiment une scène à voir... on ne peut la peindre... mais on pourrait la jouer... Tenez, jouons-la.

LE MARQUIS

Tu badines !

LA MARQUISE

Quelle folie !

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