‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 33 sur 37 · MADEMOISELLE DU PORTAIL · texte numérisé non relu

MADEMOISELLE DU PORTAIL

Quelle idée !

LE COMTE

Jouons-la ; madame sera la dame en question ; moi je suis le pauvre amant bafoué... Ah! c'est quil nous manquera une comtesse!... (à la marquise) mais madame a des talents précieux, elle peut bien remplir à la fois deux rôles difficiles.

LA MARQUISE, avec une colère contrainte.

Monsieur!...

LE COMTE

Je vous demande pardon, madame, ce n'est qu'une supposition.

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LE MARQUIS

Mais sans doute, il ne faut pas que cela vous fâche.

LA MARQ.UISE, d'une voix éteinte, et les larmes aux yeux.

Il s'agît bien des rôles qu'on m'offre, monsieur... mais c'est quil est bien cruel que je me plaigne depuis une heure d'être fort mal, sans qu'on daigne y faire la moindre attention. (Au comte en tremblant,) Peut-on, monsieur, sans \

vous offenser, vous observer qu'il est tard, et que j'ai besoin de repos?

LE COMTE, un peu touché, '- •'

Je serais désolé de vous importuner, madame, /

LA MARQUISE. • ' V^^i

Vous ne m'importunez pas, monsieur; mais je vous répète que je suis malade, et fort malade.

LE MARQUIS. * ^^'

Hé! mais, comment ferons-nous? où couchera ^ '.Ai

mademoiselle du Portail? rii

LA MARQUISE, vivement.

En vérité, monsieur, il semble qu'il n'y ait pas . ^

un appartement dans cet hôtel I . * -ty

Effrayé de la tournure que l'entretien venait 'V''^''^

de prendre, je m'approchai du comte : Char- ^

mante enfant, me dit-il tout bas, laissez-moi;

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Ô4 UNE ANNÉE DE LA VlË

tout ce que vous me direz ne vaut pas ce que je suis curieux de savoir au juste, et ce que je vais apprendre tout à l'heure.

LE MARQUIS

Il y a des appartements, madame ; mais cette enfant n'aura-t-elle pas peur toute seule ?

LE COMTE, avec vivacité.

Pas plus que la dernière fois.

LE MARQUIS, brusquement^ en montrant la

marquise.

Mais la dernière fois elle a couché avec madame I

LE CO^TE

Ah!;..

LA MARQUISE, troublée, balbutie.

Elle a couché dans mon appartement. . . et moi . . .

LE MARQUIS

Elle a couché dans votre lit, avec vous; je le sais bien, puisque j'ai moi-même fermé les rideaux; ne vous en souvenez- vous pas?

(La marquise, confondue, ne répondit pas ; le marquis continua, en affectant déparier bas :) Ne vous souvenez-vous pas que je suis venu dans la nuit?...

{La marquise porta la main à son front, jeta un cri de douleur et s'évanouit.)

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Je n ai jamais pu découvrir si cet évanouisse- V ^^'^

ment était bien naturel ; mais je sais que, dès que - •;,.'>'

le marquis nous eût quittés, pour aller, dans son appartement, chercher lui-même une eau qu'il disait souveraine en pareil cas, la marquise reprit : '• ' ^'

ses sens, rassura promptement Justine et la Dutour, accourues pour la secourir, leur ordonna ',

de nous laisser, et que, sadressant au comte, Monsieur, lui dit-elle, avez-vous donc juré de me ', '

perdre? — Non, madame, j'ai voulu m'instruire : ; -

de quelques détails que j'ignorais, vous prouver ^ ,.j,*'

qu'on ne me joue pas impunément, et vous forcer ^ v ''

de convenir que je suis capable de me venger... ^ ^y

De vous venger ? interrompit-elle, et de quoi? Je sais pourtant, continua-t-il, maître de mon ressentiment, ne pas porter la vengeance trop loin. ', , i Maintenant, madame, vous voilà tranquille, à une condition cependant. Je sens, aj6uta-t-il en - ;•<'> nous regardant malignement, je sens que je vais -, '.'O. ■ vous affliger tous deux : vous vous étiez promis une nuit heureuse, heureuse autant que celle d avant-hier; mais vous, monsieur, ^ous m'avez trop peu ménagé pour que je m'intéresse au succès de vos projets galants; et vous, madame, vous n'espérez pas, sans doute, que, ministre complaisant de vos plaisirs... Moi, monsieur!

s*écria-t-elle, je n espère rien de vous; mais je croyais aussi n'en avoir rien à craindre ; et, quelle que soit ma conduite, d'où vous viendrait donc, je vous en supplie, le droit que vous vous attribuez de l'éclairer? Rosambert ne re'pondit à cette question que par un sourire amer : Que ministre complaisant de vos plaisirs, poursuivit-il, je puisse voir, comme un mari... chargez -vous de choisir l'épithète... je puisse voir M. de Faublas passer dans vos bras en ma présence même.— M. de Faublas dans mes bras ! — Ou mademoiselle du Portail dans votre lit, n'est-ce pas la même chose ? Hé! mais, madame, je croyais que là-dessus nous étions d'accord? Croyez-moi, le temps est cher, ne le perdons pas à disputer plus longtemps sur les mots; composons. Que cette charmante. enfant m'accorde l'honneur de l'accompagner; que je la reconduise chez son père tout à l'heure ; à cette condition je me tais.

Le marquis entra, tenant Un flacon. Je suis très-sensible à vos soins, lui dit la marquise ; mais vous voyez que je suis un peu moins mal : je voudrais être tofit à fait bien, afin de pouvoir garder mademoiselle du Portail. Comment! s'écria le marquis. — Je suis toujours fort incommodée; il est impossible que cette chère enfant passe la nuit

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chez moi. — Hé bien^ madame, n'y a-t il pas, comme vous le disiez tout à l'heure, un appartement dans cet hôtel? — Oui, monsieur; mais vous m'avez fait une objection à laquelle je me rends, cette enfant aurait peur... D'ailleurs, la laisser ainsi toute seule!... je^ne le souffrirai pas. — Elle ne sera pas seule, madame; sa femme de chambre est ici. — Sa femme de chambre!... sa femme de chambre!... Hé bien! monsieur, puisqu'il faut tout vous dire, M. du Portail ne veut pas que mademoiselle sa fille couche ici. — Qui vous Ta dit, madame? — Monsieur le comte vient de m'annoncer seulement tout à l'heure que M. du Portail l'a prié de passer ici pour lui ramener sa fille. — Pourquoi donc ne nous as-tu pas dit cela tout de suite, toi ? Mais... répondit - Rosambert en riant, c'est que je n'ai pas voulu troubler votre joie pendant le souper. M. du Portail envoie chercher sa fille! reprit le marquis. Croit-il qu'elle est mal ici? Pourquoi d'ailleurs te charger de cette commission ? Il nous doit une visite et des remercîments ; quand il serait venu lui-même!... Je le verrai. Je veux savoir quelles raisons... Je le verrai. -

Je fis une profonde révérence à la marquise ; elle se leva et vint à moi pour m'embrasser.

M. de Rosambert se jeta entre elle et moi :

Madame, vous êtes si incommodée ! ne vous dérangez pas; et la prenant doucement par le bras, il la força de s'asseoir; ensuite il prit ma main d'un air galant, et le marquis ne vit qu'avec le regret le plus vif mademoiselle du , Portail et la Dutour s'éloigner dans la voiture du comte.

Au détour de la première rue, M. de Rosambert ordonna à son cocher d'arrêter. Je connais ce visage-là, me dit-il en regardant ma prétendue ) ' - femme de chambre; je ne crois pas que le minis-

,, . tère de cette brave femme vous soit agréable chez

* M. de Faublas; ainsi nous nous dispenserons de

n la promener jusque-là. La Dutour descendit sans

répliquer un seul mot, et nous continuâmes notre y route. Je fis remarquer au comte que nous étions

^; libres enfin ; qu'il avait trop abusé de l'embarras

de ma position, et qu'il ne pouvait se dispenser W de m'accorder une .prompte satisfaction. Je ne

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