‹ Les aventures du chevalier de FaublasChapitre 35 sur 37 · y m'embrassant, il faut que j'habille ma fille. Je · texte numérisé non relu

y m'embrassant, il faut que j'habille ma fille. Je

wÂ^'( ' voulus marquer l'instant de la retraite par une

.^;{' dernière victoire. Non, mon bon ami, ajoutâ-

t-elle, il ne faut abuser de rien.

Ma toilette commença. Tandis que la marquise s*en occupait sérieusement, je m*amusais à l;^;^)., toute autre chose. Voyez s'il finira, disait ma

^\^ belle maîtresse; allons, songez qu'il faut être

^'i. \ . sage, vous voilà demoiselle. J'étais affublé d'un

^^'</ jupon et d'un corset. Ma petite maman, il faut

P0\r' ' d'abord que Justine me coiffe; ensuite elle finira

'-'■'■' .. , de m'habiller. (J'allais sonner.) — Qu'il est

étourdi! ne voyez-vous pas dans quel état vous ; ^ m'avez mise? ne faut-il pas que je m'habille aussi?

J'offris mes services à la marquise ; je faisais tout de travers : Petite maman, il faut plus de temps pour réparer que pour détruire. — Oh ! oui ; je le vois bien! quelle femme de chambre j'ai là! elle est encore plus curieuse que maladroite.

Enfin nous sonnâmes Justine. Petite, il faut coiffer cette enfant. — Oui, madame. Mais ne faudra- t-il pas que j'arrange vos çb^YQu:^ aussi?

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. i65

— Pourquoi donc ? suis- je décoiffée ? — Madame, il me semble que oui. La marquise ouvrit une • . .%

armoire; on y fourra mes habits d'homme. De- ]^

main matin, me dit-on, un commissionnaire discret vous reportera tout cela chez vous. Dans une autre armoire plus profonde, se trouvait une ,. ^

table de toilette qu'on roula jusqu'à moi ; et voilà ".^

Justine exerçant ses petits doigts légers.

La marquise, en se plaçant auprès de moi, ^ J^^i

me dit : Mademoiselle du Portail, permettez-^ ' ;^

moi de vous faire ma cour. Oui, oui, inter- :^^

rompit Justine, en attendant que M. de Faublas < i^

vous fasse encore la sienne. Que dit donc cette ^ V<%^

écervelée? fépondit la marquise. — Elle dît que ^ .^;:,>.

je vous aime bien. — Dit-elle vrai, Faublas?— , '-'^W

En doutez-vous, maman? et je lui baisai la main. ~ p^ft

Cela déplut à Justine, apparemment : Diables de :^..-'Ji^\

cheveux, dit-elle, en donnant un coup de peigne f '.;>3

vigoureux, comme ils sont mêlés! — Hail... ' <^

Justine, tu me fais mal ! — Ne faites pas attention, monsieur ; songez à votre affaire, madame vous parle. — Petite, je ne dis mot ; je regarde mademoiselle du Portail. Tu la fais bien jolie? — C'est pour qu'elle plaise davantage à madame. — Petite, je crois qu'au fond cela t'amuse. Mademoiselle du Portail ne te déplaît p^s? — Ma-

byGoC

l66 UNE ANNÉE DE LA VIE

dame, j^aime encore mieux M. de Faublas. — Elle est de bonne fois, au moins.— De très-bonne foi, madame : demandez-lui plutôt à lui-même. — Moi, Justine, je n'en sais rien. — Vous mentez, monsieur. — ' Comment, je mens I — Oui, monsieur; vous savez bien que quand il faut faire quelque chose pour vous, je suis toujours prête... Madame m'envole chez vous, zeste, je pars. Oui, interrompit la marquise, mais tu ne reviens pas. — Madame, aujourd'hui ce n est pas ma faute, il ma fait attendre. (Ici Justine me chatouilla doucement le cou, en tournant une boucle.) — C'est qu'il n'est pas pressé quand il faut venir me voir. — Ah! petite maman, je ne suis heureux qu'auprès de vous. J'embrassai la marquise, qui faisait mine de s'en défendre. Justine trouva le badinage trop long ; elle me pinça rudement. La douleur m'arracha un cri. Prenez donc garde à ce que vous faites, dit la marquise à Justine, avec un peu d'humeur. — Mais, madame, aussi, il ne.peut pas se tenir un moment tranquille !

Il y eut quelques instants de silence. Ma belle maîtresse avait une de mes mains dans les siennes ; l'espiègle soubrette occupa l'autre, en me faisant tenir un bout de ruban qui devait nouer

byGoogk

mes cheveux ; et, saisissant le moment, elle m'^^p-

pliqua un peu de pommade sur la figure. Justine ! .; jf^

lui dis je. Petite! dit la marquise. — Madame, je ^^Fp

n'emploie qu'une main, que ne se défend-il avec '}'^-'

lautre ? et puis, feignant que la houppe lui était -''M échappée, elle me jeta de la poudre sur les yeux.

— Petite ! vous êtes bien folle ! ... je ne vous enverrai plus chez lui! — Bon! madame, est-ce qu il est dangereux? Je n'ai pas peur de lui. — Mais, Justine, c'est que tu ne sais pas comment ,^ ; ;^J il est vif! — Oh que si 1 madame. — Tu le sais, ' ^-i; petite? — Oui, madame. Madame se souvient du y y?i',^ soir qu'elle a conclue chez nous cette belle demoi- '1^' sellé? — Hé bien? — J'ai offert de la déshabiller; T^^f madame n'a pas voulu. — Sans doute; elle avait .' '^^M' un air si modeste, si timide I Qui n'en aurait été • [^^^"^ la dupe? Je ne sais pas comment j'ai pu lui par- ' *i^H donner. — C'est que madame est si bonne!... — ' aJ^.^

— Madame, je disais donc que vous n'aviez pas

derrière les rideaux. Je passai par hasard près délie au moment où, ayant ôté son dernier jupon, elle s'élançait dans le lit. — Enfin? — Enfin, madame, cette drôle de demoiselle sauta si vite, si singulièrement, que... Hé bien! achève donc, dis-je à Justine. — Ah ! mais je n'ose. Finis donc,

Voulu. Mademoiselle du Portail se déshabillait ' ^>\>Ç^

by GoO:

ï68 UNE ANNÉE DE LA VIE

dit la marquise, en se cachant le visage avec son éventail. — Elle sauta si singulièrement et avec si peu de précaution, que je m'aperçus... Quoi! Justine, interrompit la marquise d'un ton presque sérieux, vous aperçûtes?^.. — Que c'était un jeune homme; oui, madame. — Comment J et vous ne m'avez pas avertie! — Boni madame, et le pouvais- je? vos femmes dans notre appartement I le marquis prêt d'y entrer î cela aurait fait un beau vacarme ! et puis madame le savait peutêtre. A ces derniers mots, la marquise pâlit. Vous me manquez, mademoiselle ; sachez que si je veux bien m'oublier, je né veux pas qu'on s'oubliel Le ton dont ces paroles furent prononcées fit trembler la pauvre Justine; elle s'excusa de son mieux. Madame, je plaisantais. ^— Je le crois, mademoiselle ; si je pensais que vous eussiez parlé sérieusement, je vous chasserais dès ce soir. Justine se mit à pleurer. Je tâchai d'apaiser la marquise. Convenez, me dit celle-ci, qu'elle m'a dit une impertinence... Comment !- oser supposer, oser me dire en face et devant vous que je. savais... (Elle rougit beaucoup, me prit la main, et me la serra doucement.) Mon cher Faublas, mon bon ami, vous savez comme tout cela s'est passé; vous savez si ma faiblesse est excu-

byGoogk

sable! votre déguisement trompe tout le monde. Je vois au bal une jeune demoiselle, jolie, pleine d'esprit, pour qui je me sens beaucoup d'inclination; elle soupe chez moi, elle y couche; tout le monde se retire... Taimable demoiselle est dans mon lit, à côté de moi... il se trouve que cest un charmant jeune homme!... Jusqu'ici le hasard; ou plutôt l'amour, a tout fait ! Après cela, j ai sans doute été bien faible ; mais quelle femme à ma place aurait résisté? Le lendemain, je m'applaudis du hasard qui a fait mon bonheur et qui l'assure. Faublas, vous connaissez le marquis ; on m'a mariée malgré moi, on m'a sacrifiée : quelle femme excusera-ton, si l'on me juge à la rigueur? (Je vis la marquise prête à pleurer ; j'essayai de la consoler par le baiser le plus tendre; je voulus parler : ) Un moment, me dit-elle, un moment, mon ami. Le lendemain, je confie à mademoiselle mon étonnante aventure. Je lui dis tout, tout! Faublas... Elle a le setret de ma vie, mon secret le plus cher ! elle paraît me plaindre, m'aimer : point du tout, elle abuse de ma confiance ; elle suppose une horreur. Elle me dit en face...

Justine fondait en larmes; elle tomba aux genoux de sa maîtresse ; elle lui demanda vingt fois pardon. Je joignis mes instances aux siennes^

byGoogk

t70 UNE ANNÉE DE LA VIE

car j'étais vivement ému. La marquise fut attendrie. Allez, dit-elle, allez, je vous pardonne, Jus-

i;x\, . tîne; oui, je vous pardonne. Justine baisa la main

^ de sa maîtresse, et s'excusa de nouveau. Cest

assez, lui répondît-on, c'est assez ; je suis cal-

l^v^ ! , mée, je suis contente; relevez-vous, Justine, et

n oubliez jamais que si votre maîtresse a des faiblesses, il ne faut pas lui supposer des vices; que, loin de chercher à la trouver plus cou-

1^; >V/ pable, vous devez Fexcuser ou la plaindre ; et

qu enfin vous ne pouvez, sans vous rendre indigne de ses bontés, lui manquer de fidélité et de respect. Allons, petite, ajouta-t-elle avec beaucoup de douceur, ne pleuré plus; relève-toi, je te dis que je te pardonne ; finis cette coiffure, et qu'il ne soit plus question de cela.

Justine reprit son ouvrage en me lorgnant d'un air confus. La marquise me regardait languissamment. Nous gardions tous trois le silence ; ma toilette n'en alla que plus vite ; j'eus deux femmes de chambre au lieu d*une. Il était neuf heures, il fallut se séparer ; nous nous donnâmes le baiser d'adieu. Allez, friponne, me dit la marquise, et ménagez mon mari ; demain je vous donnerai de mes nouvelles. Je descendis ; un fiacre était à la porte. Comme j*y montais,

iF^.v

byGoogk

deux jeunes gens passèrent; ils me regardé- • .r'rf^^

rent de très-près, et se permirent quelques plai- ucH^^

santeries) plus grossières que galantes. J'en fus ' n^-j

surpris ; la maison d'où je sortais pouvait-elle ' -; -^^^^^'^

être suspecte? c'était celle d'une amie de la mar- ^ ' .• '^r^.^ quise. Ma mise n'était pas non plus celle d'une \,'^ s3^

fille ; pourquoi donc ces messieurs s'égayaient- ' "^^j

ils sur mon compte? c'est qu'apparemment il leur avait paru étrange dé voir une femme bien parée et sans domestiques monter seule dans un fiacre à neuf heures du soir. 'f4f\

A mesure que mon phaéton avançait, mes ré- ,<- r'ï,^

flexions prirent un autre cours et changèrent j5.^

d'objet. J'étais seul, je pensai à ma Sophie. Je ne lui avais fait dans la matinée qu'une courte visite ; dans la soirée je ne donnais qu'un moment •;

à son souvenir : mais si le lecteur veut m'ex- - -v;^

cuser, qu'il songe aux doux plaisirs que vient 'ly^'M

de m'oflfrir une femme charmante, voluptueuse 'w'itéà

et belle; qu'il sache que Justine a la plus jolie ' ' /^^-^/'v^j petite figure chiffonnée; qu'il se souvienne surtout que Faublas commence son noviciat, et n'a guère que seize ans.

J'arrivai chez M. du Portail. Le marquis, en me faisant de profondes révérences, commença par me demander si j'avais vu sa femme. Ré-

ifî

byGôO'gB

pondre non, c'était bien mentir; il fallut m'y déterminer pourtant. Non, monsieur le marquis. — Je le savais bien; j'en étais sûr. M. du Portail l'interrompit : Ma fille, vous vous êtes fait longtemps attendre. Nous allons nous mettre à table. — Sans mon frère ? — Il m'a fait dire qu'il soupait en ville. — Comment I la veille de mon départ! — Belle demoiselle, vous ne m'aviez pas dit quc^vous aviez un frère. — Monsieur, je crois l'avoir dit à madame la marquise. — Elle ne m'en a pas parlé. — Bon ! — Je vous donne ma parole d'honneur qu'elle ne m'en a pas parlé.

— Monsieur, je vous crois. — Ah! c'est que cela tire à conséquence! Monsieur votre père croirait que je fais le connaisseur, et que je ne le suis pas. — Comment donc? — Comment, mademoiselle! vous ne croiriez jamais ce qui m'est arrivé! En entrant ici, j'ai reconnu monsieur votre frère, que je n'avais jamais vu. -r- Oh ! bah I

— Demandez à monsieur votre père. —, A la bonne heure, monsieur, vous l'avez reconnu; mais madame la marquise.., — Ne m*en a pas parlé, je vous le jure. — Bon! — Je vous en donne ma parole d'honneur. — C'est donc M. de Rosambert? — Il ne m'en a pas pjurlé non plus. — ' Je crois pourtant l'avoir «nteadu vous dire

byGoogk

à peu près... — Pas un mot qui ressemble à cela, je vous le proteste, (Et le marquis se fâchait presque.) C est donc moi qui me suis trompée ! En ce cas, monsieur, il faut que vous soyez '*^ '*'

grand physionomiste. — Oh ! ça, c'est vrai, répondit-il avec uûe joie extrême, personne ne se \ ; • connaît en physionomie comme moi. f^ M. du Portail s'amusait de la conversation; '/^ et de peur qu'elle ne finît trop tôt. Ilfautcon- "'/^ venir aussi, dit- il au marquis, qu'il a un air de M>^:^'^ famille. — J'en conviens, répliqua celui-ci, j'en ;^^ conviens; mais c'est justement cet air de famille .'^. qu'il faut saisir, quil faut distinguer dans les , '\^ traits; c'est là ce qui constitue les vrais con- :>^.>r4 naisseursl Entre père, mère, frères et sœurs, il y '':-'^h^ a toujours un air de famille. Toujours, m'écriai-je, ^ % i /^ toujours! vous croyez, monsieur? — Si je le j* Jç» crois I mais j'en suis sûr. Quelquefois cet air-là est enveloppé dans le maintien, dans les manières, dans les regards... enveloppé, vous dis-je, enveloppé de sorte qu'il n'est pas aisé de l'apercevoir. Hé bien! un homme habile le cherche... le débrouille... vous concevez? — De sorte que, si après m'avoir vue, mais avant d'avoir vu mon père, mon père que voici, vous l'aviez par hasard rencontré au milieu de vingt per-

byGO'

sonnes... — Lui! dans mille je Taurais reconnu. M. du Portail et moi nous nous mîmes à rire.

Le marquis se leva, quitta la table, alla à M. du Portail, lui prit la tête d'une main, et promenant feV -^ un doigt sur le visage de mon prétendu père :

Ne riez donc pas, monsieur, ne riez donc pas. Tenez, mademoiselle, voyez-vous ce traitlà, qui prend ici, qui passe par-là, qui revient ensuite?... Revient-il?... non, il ne revient pas, il reste là. Hé bien! tenez... (il venait à moi). — Monsieur, je ne veux pas qu'on me touche. (Il sarrêta, et promena son doigt, mais sans le poser sur mon visage.) — Hé bien ! mademoiselle, ce même trait, le voilà, là, ici, et encore là... là; voyez-vous? — Hé! monsieur, comment voulez- vous que je voie? — Vous riez!... il ne faut pas rire, cela est sérieux... Vous voyez bien, vous, monsieur? — Trèsbien. — Outre cela, monsieur, il y a dans l'easemble... dans la configuration du corps, certaines nu£lnces... de ressemblance... certains rapports secrets... occultes... Occultes! répétai-}e, occultes? — Oui, oui, occultes. Vous ne savez peut-être pas ce que c'est qu'occultes? Cela nest pas étonnant, une demoiselle!... Je disais donc, monsieur, qu'il y a dçs r^ssiçm^l^nçesi

byGoogk

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. lyS , ^S

occultes... Non, ce n'est pas ressemblance que ;. ',)fy

javais dit, c'est un autre mot... plus... , là... ' "•:

mieux... ah! dame, je ne sais plus où j'en étais, y,';;^

on m'a interrompu. — Monsieur, vous aviez dit ' 1^^:

des rapports occultes. — Ah! oui, des rapports! , -^

des rapports! et je vais vous faire concevoir J'^' t|

cela, à vous, monsieur, qui êtes raisonnable. — Comment! monsieur le marquis, vous m'injuriez, je crois! — Non, ma belle demoiselle, ' V,;' vous ne pouvez pas savoir tout ce que mon- ' j.! sieur votre père sait. — Ah! dans ce sens-là... '^

— Oui, dans ce sens-là, ma belle demoiselle; ''''j( mais, de grâce, laissez-moi expliquer à mon- Vv»i sieur... Monsieur, les pères et les mères, dans . ';,J la... procréation des individus, font des êtres qui "^ ressemblent... qui ont des rapports occultes avec i' >!les êtres qui les ont procréés, parce que la mère >'. ^^ de son côté, et le père du sien... Chut! chut! je vous entends, interrompit M. du Portail.

Oh! elle ne comprend pas cela, répondit le marquis, elle est trop jeune... Cela est pour- • tant clair, ce que je vous explique; mais cela est clair pour vous. Ces choses-là, monsieur, sont physiques; elles ont été physiquement prouvées par des... par de grands physiciens, qui entendaient très- bien ces parties^là.

byGoO

Monsieur le marquis, pourquoi donc parler bas? — J'ai fini, mademoiselle, fai fini; monsieur votre père est au fait. — Vous vous connaissez en physionomie, monsieur le marquis; mais vous connaissez-vous aussi en étoffes? Que dites- vous' de cette robe-là? — Elle est très-jolie, très-jolîe. Je crois que la marquise en a une pareille... oui, toute pareille. — De la même étoffe, de la même couleur? — De la même étoffe, je ne sais pas; mais, pour la couleur, c'est absolument la même : elle est très-jolie; elle vous va au mieux. Il partit de là pour me faire des compliments à sa manière, tandis que M. du Portail, devinant à qui la robe appartenait, me regardait d'un air mé* content, et semblait me reprocher d'avoir sitôt oublié la parole que je lui avais donnée.

Nous sortions de table, quand mon véritable père, M. de Faublas, qui m'avait promis de me venir chercher, arriva. Son étonnement fut extrême de retrouver chez M. du Portail son fils encore travesti, et le marquis de B**'. Encore ! dit-il, en me regardant d'un air sévère; et vous, monsieur du Portail, vous avez la bonté... — E^hl bonsoir, mon ami, ne reconnaissez-vous pas monsieur le marquis de B***? Il ma fait l'honneur de me venir demander à souper pour faire ses

byGoOgI

adieux à ma fille, qui part demain. Qui part demain? répliqua le baron, en saluaiit froidement le marquis. — Oui, mon ami, elle retourne à son couvent; ne le savez-vous pas? Hél non, dît le baron avec impatience; hé! non, je ne le sais pas. — Hé bien! mon ami, je vous le dis, elle part. Oui, monsieur, interrompit le marquis, en s*adressant à mon père, elle part; j'en ai bien du chagrin, et ma femme en sera très-fâchéé. Et moi, monsieur, répondit le baron, j'en suis bien aise ; il est temps que cela finisse, ajouta-t-il en me regardant. M. du Portail craignit quil ne s'emportât; il le tira à part. Qu'est-ce donc que cet homme-là? me dit alors le marquis; ne l'ai je pas vu ici l'autre jour? — Justement. — Je l'ai reconnu tout d'un coup; quand une fois j'ai vu une figure, elle est là. Mais cet homme-là me déplaît; il a toujours l'air fâché. Est-ce un de vos parents? — Point du tout. — Oh ! je l'aurais gagé qu'il n'était point de la famille ! Il n'y a pas entre vos figures la moindre ressamblance : la vôtre est toujours gaie; la sienne est toujours sombre, à moins qu'un ris platonique,., non! sartonique... est-ce sartonique ou sard... Enfin, vous comprenez : je veux dire que lorsqu'il ne vous regarde pas de travers, cet homme-là, il vous rit au nez. — Ne

byGoogk

178 une; annéeSe la yiE

faites pas attention à cela, c*est un philosophe. Un philosophe ! reprit le marquis d'un air effrayé, je ne m'étonne plus. Un philosophe! ahl je m'en vais. M. du Portail et le oàron s'entretenaient ensemble, et nous tournaient le dos. Le marquis alla dire adieu à M. du Portail. Ne vous dérangez pas, dit-il au baron, qui se retourna pour le saluer; monsieur, ne vous dérangez pas ; je n'aime pas les philosophes, moi, et je suis fort aise que vous ne soyez pas de la famille. Un philosophe ! un philosophe! répéta- t-il en s'enfuyant.

Quand il fut parti, mon père et M. du Portail recommencèrent à causer tout bas. Je m'endormis au coin du feu. Un songe heureux me présenta l'image de ma Sophie. Faublas! cria le baron, ' allons nous;en. Voir ma jolie cousine! lui dis-je encore tout étourdi. — Sa jolie cousine? voyez s'il ne dort pas tout debout. M. du Portail riait. Il me dit : Allez vous-en, mon ami, allez dormir chez vous, je crois que vous en avez besoin; nous nous reverrons; je vous dois encore des reproches et le récit de mes malheurs : nous nous re< verrons.

En rentrant, je demandai M . Person ; il venait de se coucher. J'en fis autant, et je fis bien. Jaip^is on qe dormit plus profoudçmçm ^mx h^xm^

byGoogk

gues fraternelles de nos francs-maçons, aux lectures publiques du musée moderne, aux rares ' ;/}5 plaidoyers des D*"*, des D***, des DL***, et de tant " [ii^ d autres grands orateurs inscrits sur le fameux -:'\ tableau.

A mon réveil, je sonnai Jasmin, pour le pré- ' \ -^

venir qu'on me rapporterait dans la matinée mes ' ^it

habits que j'avais laissés la veille chez un ami. Ensuite je fis appeler M. Person. Je lui deniandai - , -J'^i

comment se portaient Adélaïde et mademoiselle , '-J]

de Pontis. Vous les avez vues hier, me répondit- il. ; :i\

— Et vous aussi, M. Person, vous les avez vues, v /;

et même vous leur avez dit que j'avais fait une ''3

connaissance au bal. — Hé bien! monsieur, quel 1 \ j

mal? — Et quelle nécessité, monsieur ? Dites à .vJV^J

ma sœur vos secrets, à la bonne heure ; mais les miens, je vous prie de les respecter. — En vérité, monsieur, vous le prenez sur un ton... depuis ^^V^i'l

quelques jours, on ne vous reconnaît plus... Je V-^

me plaindrai à monsieur votre père. — Et moi, ' ^'^^S

monsieur, à ma sœur (je le vis pâlir). Croyez- v'.;>v

moi, soyons bons amis ; mon père désire que je sorte avec vous. — Hé bien ! finissez votre toilette, et allons au couvent.

Nous partions, quand Rosambert arriva. Dès cju il sut 0^ noqç allipns, il me prisi de lui per-

vfTf

si

byGoOgl^

i8o UNE ANNÉE DE LA VIE

mettre de nous accompagner. Depuis quatre mois, me dit-îl, vous m'avez promis de me faire connaître votre aimable sœur. Rosambert, je vais, vous tenir parole, et vous allez voir une demoiselle que vous serez forcé d estimer. — Mon ami, distinguons ; je suis très- convaincu que mademoiselle de Faublas est dans le cas de l'exception; mais je rétorquerai sur vous le terrible argument dont vous vous êtes armé contre moi : une exception ne détruit pas la règle, elle la prouve. — Tout comme il .vous plaira. Je vous préviens que vous allez voir une demoiselle de quatorze ans et demi, innocente, ingénue jusqu'à la simplicité ; cependant elle est aussi grande qu'on peut Tétre à son âge, et elle ne manque ni d'esprit, ni d'éducation.

Persoil fut plus heureux que moi; ma sœur vint au parloir; ma Sophie n'y vint pas. Après les révérences et les compliments d'usage, après quelques minutes d'une conversation générale, je ne pus dissimuler mon inquiétude : Adélaïde, dites-moi donc ce qu'a ma jolie cousine? 0ht mon frère, il faut que son mal soit bien amer, car elle le cache, et elle s'en occupe toute la journée. Je ne reconnais plus ma bonne amie; autrefois elle était étourdie, gaie, folle comme moi ;

byGoogk

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. l8i

maintenant je la vois triste, rêveuse, inquiète. Nous la trouvons toujours presque aussi douce, aussi caressante; mais elle est rarement avec nous. Dans nos heures de récréation, elle jouait, elle courait au jardin avec nos compagnes ; à présent, mon frère, elle cherche un petit coin pour s y promener toute seule. Oh! elle est malade! elle est vraiment malade! elle mange peu, elle ne dort pas, elle ne rit plus ; et moi, mon frère, et moi qu'elle aimait tant, elle a Fair de me craindre ! oui, en vérité, je lai remarqué, elle fuit tout le monde; mais cest moi surtout qu'elle évite!

Hier, je la vois entrer dans une petite allée couverte au bout du jardin : j'arrive à pas de loup, je la trouve s'essuyant les yeux : Ma bonne amie, dis-moi donc où tu as mal?... Elle me regarde d'un air... d'un air... mais c'est que je* n'ai vu personne avoir cet air-là... Enfin elle me répond : Adélaïde, tu ne le devines pas ! ah ! que tu es heureuse! mais que je suis à plaindre! et puis elle rougit, elle soupire, elle pleure. Je tâche de la consoler : plus je lui parle, plcvs elle se cha- . 'y«i

grine. Je l'embrasse, elle me fixe longtemps, et paraît tranquille; tout d'un coup elle met sa main sur mes yeux, et elle me dit : Adélaïde , cache ton visage! oh! cache-le! il est trop... il

i82 UNE ANNÉE DE I^ VIE

méfait mail laisse-moi y ya-fen un moment, laisse-moi seule ; et elle se remet à pleurer. Moi qui vois que son mal augmente, je lui dis : Sophie...

A ce nom de Sophie, Rosambert se pencha â mon oreille : la jolie cousine,' c'est Sophie ; c'est cette Sophie que j'ai blasphémée! Ah! pardon. Ma sœur reprit :

Je lui dis : Sophie, attends un moment, je vais chercher ta gouvernante... Alors elle se remet; elle s'essuie les yeux ; elle me prie de" ne rien dire. Je suis obligée de le lui promettre; piais, au fond, cela n'est pas raisonnable. Vouloir être malade, et ne pas vouloir que sa gouvernante le sache ! — Ma chère Adéla'ide ! pourquoi n'estelle pas venue au parloir avec vous aujourd'hui ? -^ C'est qu'elle est si distraite! si préoccupée! elle Vous aimait presque autant que moi, autrefois.^. — Et maintenant? — Je crois qu'elle ne vous aime plus. Tout à l'heure je lui ai dit que vous étiez là... Le Jeune cousin! s'est-elle écriée d'un air content; elle venait ; elle s'est arrêtée : Non, je n'irai pas, m'a-t-elle dit; je ne veux pas, je ne peux pas, dites lui de ma part que... Elle paraissait chercher, j'attendais qu'elle s'expliquât : Mon Dieu, ne save:{'Vous pas ce qu'il faut lui

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. i83

direl a-t-elle ajouté avec un peu d'humeur, ce qu'on dit en pareil cas, les compliments d usage ! et elle m'a quittée assez brusquement.

Je m'enivrais du plaisir d'entendre ma sœur ingénue ine peindre, avec l'innocence d'un enfant, les tendres agitations, les douces peines de Sophie. Rosambert, encore plus étonné que je n'étais ravi, prêtait une oreille attentive; et le petit M. Person, nous regardant tous trois, paraissait en même temps inquiet et charmé.

Adélaïde, vous croyez donc que Sophie ne

m'aime plus? — Mon frère, j'en suis presque

sûre. Tout ce qui se rapporte à vous lui donne de

l'humeur, et moi j'en suis quelquefois la victime.

— Comment! — Oui, l'autre jour, monsieur

que voilà (montrant M. Person) nous apprit que

vous aviez passé la nuit tout entière chez madame

la marquise de B***. Hé bien ! quand monsîeuf

fut parti, dès que nous fûmes seules, Sophie me

dît d'un ton très-sérieux : Votre frère n'a pas

couché à rt^ôtell il nest pas rangé y votre frère !

cela n'est pas bien... Votre frère! Elle me tutoie

ordinairement. Votre frère!... quand même vous

seriez dérangé, Faublas, doit-elle se fâcher contre

moi? Votre frère !..• Le jour d'après, je crois, vous

avez été au bal masqué. M. Person nous Test venu

byGoogk

i84 UNE ANNÉE DE LA VIE

dire; car il nous dit tout, M. Person. Dès que nous avons été seules, Sophie m'a dit : Votre frère s'amuse au bal y et nous nous ennuyons ici ! Point du tout, lui ai-je répondu, on ne s'ennuie point avec sa bonne amie... Ah! oui, aX elle répliqué, ah ! oui, avec sa bonne amie, cela est vrai. Cependant, mon frère, voyez cette singularité; un moment après elle a répété tristement : // s'amuse au bal, et nous nous ennuyons icil... Nous nous ennuyons! et mais, quand cela serait vrai, cela n'est pas poli; elle ne doit pas le direl... Oh! si elle n'était pas malade, je lui en voudrais beaucoup. Je me rappelle encore un trait. Hier, vous nous avez dit que madame de B'"* était jolie. Le soir, j'ai poursuivi Sophie, et je l'ai forcée de se promener avec moi. Votre frère, m a-t-elle dit, car à présent c'est toujours votre frère... // trouve cette marquise Jolie, il est sans doute amoureux d'elle? J'ai répondu : Ma bonne amie, cela ne se peut pas, cette madame de B'** est mariée. Elle m'a pris la main et elle m'a dit : Adélaïde ! ah ! que tu es heureuse! et il y avait dans son regard, dans son sourire, du dédain, de la pitié. Est-ce honnête, cela?... Ahî que tu es heureuse!... Hé! mai$ sûrement, je suis hei^reuse, je me porte bien, moi I

byGoogk

DU CHEVALIER DE FAUBLA?. l85

hvGoQ^f

Maïs, Adélaïde, tout ce que vous ipe dites là ne '• ^^^

prouve pas que ma jolie cousine ne m aime plus; '-^ii-ii^

elle peut être un peu fâchée; mais tous les jours ^ lî'^ on boude les gens qu'on aime. — Oh! sans doute, ^ î":r^

s'il n'y avait que cela! — Et quy a t il donc en- ' "^1;

core? — Hé bien ! autrefois elle m'entretenait sans \ -j!

cesse de vous; elle était joyeuse de vous voir ; à r^

présent elle me parle encore de mon frère, ma:s "•[ -••• î c'est si rarement ! et d'un ton toujours si sérieux ! ' ' ] i^

Hier,ne l'avez-vous pas remarqué ? elle n'a pas dit j^

un mot, pas un seul mot, pendant que vous étiez ' !^ là. AUez, allez, mon frère, quand on aime les ' ♦ ^' t:

gens, on leur parle! Je vous assure que ma bonne ^-^ ;

amie ne vous aime plus. ' .-fe

Ici Rosambert se mêla de la conversation, qui , ^'^k^à

changea d'objet. On parla danse, musique, his- ,:^-'!'/;

toire et géographie. Ma sœur, qui venait de eau- » A*

ser comme une fille de dix ans, raisonna alors } vè' comme une femme de vingt. Le comte, à chaque * L^f jÇinstant plus surpris, semblait ne pas s'apercevoir que les heures s'écoulaient, quoique M. Person eût pris la peine de l'en avertir plusieurs fois. Enfin, le son d'une cloche qui appelait les pensionnaires au réfectoire nous obligea de nous retirer.

Je vous avoue, me dit le comte, que j'ai peine à croire ce que j'ai vu. Comment peut-on allier :. 13

l86 UNE ANNÉE DE LA VIE

rignorance et le savoir, la modestie et la beauté, ringénuité de lenfance et la raison de Tâge mûr; enfin, permettez-moi de le dire, une innocence aussi extrême, avec un physique aussi précoce? Je croyais cette réunion impossible, mon ami; votre sœur est le chef-d'œuvre de la nature et de l'éducation. — Rosambert, ce chef-d'œuvre est le fruit de quatorze ans de soins et de bonheur ; il fut produit par le concours le plus rare des circonstances les plus heureuses. Le baron de Faublas a dabord reconnu que l'éducation d'une tille était, pour un militaire, un fardeau trop pesant; ma mère, que nos regrets honorent tous les jours, ma vertueuse mère s'est- trouvée digne d'en être chargée. Le hasard aussi l'a bien secondée : il s'est rencontré pour sa fille des domestiques qui obéissaient et ne raisonnaient pas; une gouvernante qui ne contait pas d'histoires galantes et ne lisait pas de romans ; des maîtres qui ne s'occupaient avec leur élève que de sa leçon ; une société de gens attentifs, qui ne se permettaient- jamais un geste suspect, un mot équivoque ; et, ce qui n'est pas le moins essentiel et le plus commun, un directeur qui, dans son confessionnal, écoutait et ne questionnait pas. Enfin, mon ami, il n'y a pas six mois qu'Adélaïde est au couvent. — Si^ç

byGoogk

mois! ah! dans un espace de temps beaucoup plus court, combien de demoiselles qu'on dit bien élevées, acquièrent là de grandes lumières, et reçoivent même certaines leçons qui avancent beaucoup une jeune fille ! — Cest ici, Rosambert, qu'il faut encore admirer le bonheur d'Adélaïde ! vive, folâtre, enjouée avec toutes ses compagnes, elle n'en a distingué qu'une, une aussi délicate, aussi honnête, aussi sage qu'elle... une! un peu plus éclairée peut-être, parce que depuis quelque temps l'amour... — Je vous entends, c'est la jolie cousine. — Oui, mon ami. Sophie, non moins vertueuse qu'Adélaïde, quoique sensible un peu plus tôt, Sophie est devenue l'unique amie de ma sœur. Ces deux cœurs si purs se sont pour ainsi dire sentis, attirés, confondus. Adélaïde, privée de sa mère, n'a plus pensé, n'a plus vécu que par Sophie : leur amitié, aussi délicate que vive, les a sauvées des dangers dont vous me parlez, et auxquels je conçois que doivent être exposées, dans l'enceinte où elles se trouvent rassemblées, pressées pour ainsi dire, tant de jeunes filles ardentes, inquiètes, curieuses, que le temps, l'heure, les lieux invitent continuellement à des liaisons qui, devenant très intimes, peuvent bien n'être pas toujours désintéressées. Depuis quel-

l88 UNE ANNÉE DE LA VIE

que temps, j ai troublé lunion des deux amies; il m'est permis de croire que je suis devenu l'heureux objet des plus chères affections de ma jolie cousine. Adélaïde, à qui l'amour (je regardais M. Person) n'a pas encore montré son vainqueur, a porté sur Sophie sa sensibilité tout entière, et l'amertume de ses plaintes nous a prouvé l'excès de son amitié... — Et vous a assuré en même temps de votre bonheur. En vérité, Faublas, je vous félicite, si Sophie est aussi aimable, aussi belle qu'Adélaïde. — Plus belle, mon ami, plus belle encore! — Cela me paraît difficile. — Oh! plus belle!... vous la verrez; plus belle! imaginez... — Chut! chut! doucement, comme il s'échauffe!... Dites-moi donc, l'homme à sentiments ! puisque vous aviez une si charmante maîtresse, pourquoi m'avez-vous soufflé la mienne? Puisque M. de Faublas aimait tant le parloir, pourquoi mademoiselle du Portail a-t-elle couché chez la marquise? Comment donc arrangez-vous tout cela? — Mais, Rosambert, cela n'est pas difficile... — Ni désagréable, je le conçois. — Vous riez! écoutez donc, mon ami. Vous savez comment les choses se sont passées entre la marquise et moi! — Oui, oui, à peu près. — Mais, rieur éternel, écoutez-moi. Élevé à peu près comme

bu CHEVALIÈk t)E Faublas: 189

ma sœur, je n étais guère moins ignorant qu'elle, il y a huit jours. Je n*ai pas pris madame de B'**, cest elle qui s'est donnée... je suis excusable. ^— Allons, passe pour le bal paré; mais au moins vous étiez le maître de ne pas retourner chez elle* Le bal masqué 1 hein! quen dites vous? — Je dis qu on m y avait attiré... Je n'ai guère que seize ans, moi! mes sens sont neufs. — Ahl Sophie, pauvre Sophie 1 — Ne la plaignez pas, je Tadorel... Mais, Rosambert, je sais bien qu'il n'y a que dès nœuds légitimes qui puissent m'assurer sa pos • session. — Cela doit être, du moins. — Hé bien î en attendant que l'hymen nous unisse, je respecterai toujours ma Sophie... — Cest ce que l'on saura par la suite. — Cependant, mon célibat me paraîtra dur. — Je le crois! — Ma vivacité m'emportera quelquefois. — Sans doute. — Je ferai peut-être quelque infidélité à ma jolie Cousine... — Cela est plus que probable. — Mais dès qu'un heureux mariage... — Ah! oui! — Alors, ma Sophie, je n'aimerai que toi... — Cela n'est pas si sûr. — Je t'aimerai toute ma vie. — Celui-là me paraît fort.

Rosambert me quitta. Jasmin, à qui je demandai, en rentrant, si Ton avait rapporté mes habits, me dit qu'il n'avait vu personne; j'attendis jus-

byGoogk

qu au soir le commissionnaire, qui ne vint pas. J*étais inquiet, parce que j'avais laissé dans mes poches un portefeuille qui contenait deux lettres ; Tune m'avait été envoyée de province par un vieux domestique de mon père ; le bonhomme me souhaitait une bonne année. J aurais été fâché de perdre l'autre; c'était celle que la marquise m'avait écrite quelques jours auparavant; elle était, comme on sait, adressée à mademoiselle du Portail, et je voulais la conserver.

Les habits me furent rapportés le lendemain matin; mais je cherchai vainement dans les poches, le portefeuille ne s'y trouvait plus. Madame Dutour vint me faire oublier mon inquiétude, en me remettant une lettre de la marquise. J'ouvris avec empressement, je lus :

« Ce soir, mpn bon ami, à sept heures précises, )) trouvez-vous à la porte de mon hôtel ; vous » pourrez suivre avec assurance la personne qui, » après avoir soulevé le chapeau dont vous vous » serez couvert les yeux, vous nommera l'Adonis. )) Je ne puis vous en écrire davantage, depuis le » matin je suis obsédée; on me fatigue des détails » de la science physionomique; ce n'est pas » celle-là que je me soucie d'approfondir. O,mon » amil vous possédez si bien l'art de plaire, que,

byGoogk

» quand on vous connaît, on ne sait plus qu*ai- » mer, on ne veut plus savoir que cela. »

Cette lettre était si flatteuse, l'invitation qu'elle contenait était si séduisante, que je ne balançai pas, J*assurai la Dutour que je ne manquerais pas de me rendre au lieu indiqué. Cependant, quand la messagère fut partie, je sentis quelques irrésolutions. Ne devais- je pas désormais, uniquement occupé de Sophie, éviter toute occasion de revoir sa trop dangereuse rivale?... Mais pourquoi m'împoserais-je cette loi cruelle, sans nécessité? Avais-je déclaré mon amour à Sophie? Sophie m'avait-elle avoué le sien? avait-elle acquis le droit d'exîgei; de moi ce sacrifice?... D'ailleurs, à le bien prendre, ce que j'allais faire ne pouvait pas s'appeler une infidélité 1 je ne m'embarquais pas dans une intrigue nouvelle I puisque j'avais passé la nuit avec la marquise, puisque je l'avais revue depuis dans ce galant boudoir; quel inconvénient de lui faire encore une visite ? Cela ne faisait jamais que trois rendez-vous au lieu de deux: le crime était-il dans le nombre ? et puis, ma jolie cousine ne serait pas instruite de celui-là... Enfin, ma parole était engagée : le lecteur voit bien que je ne pouvais me dispenser d'aller à ce rendezvous.

Je ne me fis pas attendre; Justine aussi, ne me laissa pas morfondre à la porte; elle souleva mon chapeau : Venez, bel Adonis. Je la suivis à petits pas. Cependant le suisse, quoique à demi-ivre, entendit quelque bruit, et demanda qui c*était. C'est moi 1 c'est moi 1 répondit Justine. Oui, reprit l'autre, c'est vous ! mais ce jeune gaillard? — Hé bien! c'est mon cousin. Le Suisse était en gaieté, il se mit à fredonner : Voilà mon cousin 1 allure, mon cousin, voilà mon cousin l'allure.

Cependant Justine me conduisait au fond de la cour; nous enfilâmes un escalier dérobé : on conçoit que la jolie soubrette fut embrassée plusieurs fois, avant que nous fussions au premier étage. Alors elle me fit signe d'être plus sage, et m'ouvrit une petite porte : je me trouvai dans le boudoir de la marquise. Entrez, me dit Justine, entrez dans la chambre à coucher; vous seriez mal ici. Elle sortit, et ferma la porte sur elle.

J'entrai dans la chambre à coucher ; ma belle maîtresse vint à moi. Ah ! maman, c'est donc ici que pour la seconde fois... Elle m'interrompit : Mon Dieu! je crois entendre le marquis! le voilà revenu pour toute la soirée; sauvez-vous, partez. D'un saut, je regagnai le boudoir; mais je ne songeai pas à tirer sur moi la porte de la chambre

byGoogk

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. jgS

à coucher; elle resta entr ouverte; et pour comble de malheur, cette 'étourdie de Justine avait fermé à double tour lautre porte qui conduisait à Tescalier dérobé. La marquise, qui ne pouvait deviner qne la retraite me fût fermée, s'était assise tranquillement. Déjà le marquis était entré dans son aj)partement, et s'y promenait d'un air effaré. Je tremblais qu'il ne m'aperçût dans le boudoir; il n*y avait pas moyen d'en sortir : comment faire? Je me jetai sous l'ottomane, et dans une situation très-incommode, j'entendis une conversation fort singulière, qui eut un dénouement plus singulier encore.

Vous voilà de retour de bonne heure, monsieur? — Oui, madame. — Je ne vous attendais pas sitôt. — Cela se peut bien, madame* — Vous paraissez agité, monsieur, qu'avez-vous doncf — Ce que j'ai, madame, ce que j'ai!... j'ai que... je suisfurieux.— Modérez -vous, monsieur... peut-on savoir?... — J'ai que... il n'y a plus de mœurs nulle part... les femmes!... — Monsieur, la remarque est honnête et l'application heureuse ! — Madame, c'est que je n'aime pas qu'on me joue !... et quand on me joue, je m'en aperçois bien vite! — Comment! monsieur, des reproches! des injures!... cela s'adresserait -il... vous vousexpli-

querez, sans doute? — Oui, madame, je m'expliquerai, et vous allez être convaincue ! — Convaincue!... de quoi? monsieur. — De quoi! de quoi! un moment donc, madame! vous ne me laissez pas le temps de respirer!... Madame, vous avez reçu chez vous, logé chez vous, couché avec vous mademoiselle du Portail? {La marquise avec fermeté) : Hé bien ! monsieur? — Hé bien 1 madame, savez vous ce que c*est que mademoiselle du Portail? — Je le sais... comme vous, monsieur. Elle m'a été présentée par M. de Rosambert; son père est un honnête gentilhomme, chez qui vous avez soupe encore avant-hier. — Il ne s'agit pas de cela, madame. Savez-vous ce que c est que mademoiselle du Portail? — Je vous le répète, monsieur, je sais comme vous que mademoiselle du Portail est une fille bien née, bien élevée, fort aimable. — Il ne s'agît pas de cela, madame. — Hé! monsieur, de quoi s agit-il donc! Avez-vous juré de pousser ma patience à bout? — Un moment donc, madame; mademoiselle du Portail nest point une fille... (La marquise très -vivement) : N'est point une fille! — N'est point une fille bien née, madame ; c'est une fille d'une espèce... de ces filles qui... là... vous m'entendez? — Je vous assure que non, mon-

byGoogk

sieur. — Je m'explique pourtant bien, c*esl une fille qui... dont..i que... enfin suffit, vous y êtes?

— Oh! point du tout, monsieur, Je vous assure.

— Cest que je voudrais vous gazer cela... Madame, c'est une p vous comprenez? — Made- • v'/^ ,V<^

moiselledu Portail! une Pardon, monsieur, ^fe^

mais je n'y tiens pas, il faut que je rie. (En effet, '^^'^

la marquise se mit à rire de toutes ses forces.) — *y^^'^

Riez, riez, madame... tenez, connaissez-vous

cette lettre- là? — Oui, c'est celle que j'ai écrite à mademoiselle du Portail, le lendemain du jour qu'elle a couché chez moi. — Justement, madame. ^ ^'.^M

Et celle-ci, la connaissez-vous? — Non, mon- , •'^^^*;^<4

sieur. — Regardez-la, madame; vous voyez bien •'-* "^î^â

l'adresse : A monsieur, monsieur le chevalier de "* vr^

Faublas; et lisez le dedans : « Mon cher maître, . ^^^^^

)) j'ai l'honneur de prendre la liberté d'oser vous A '1^

» interrompre pour vous souhaiter que cette an- „ ^\\^y%

» née qui commence, vous soit belle et bonne, etc. » J'ai l'honneur d'être avec un profond respect, » mon cher naaître, etc. » C'est une lettre de bonne année d'un domestique à son maître, qui est ce monsieur de Faublas. Hé bien! madame, ces deux lettres-là étaient dans le portefeuille que voici. — Enfin, monsieur? — Madame, et le portefeuille, vous ne devineriez jamais où je lai

byGoe^

trouvé? — Dites, dites, monsieur. — Je lai trouvé dans un endroit où... là... — Hé, monsieur, dites tout de suite le mot, vous seriez toujours obligé d'en venir là; ainsi... — Hé bien! madame, je Tai trouvé dans un mauvais lieu. — Dans un mauvais lieu ! — Oui, madame. — Où vous aviez affaire, monsieur. — Où la curiosité m'a conduit. Tenez, je vais vous conter cela. Une femme a fait courir depuis quelques jours des billets imprimés, par lesquels elle donne avis aux amateurs, qu'elle peut leur offrir de charmants, boudoirs qu'elle louera à tant par heure ; moi, j'ai été voir cela par curiosité, uniquement par curiosité, comme je vous le disais tout à 1 heure. — Quel jour y avez vous été, monsieur? — Hier laprès-dinée, madame; les boudoirs sont en effet charmants!... il y en a un surtout au premier étage... il est vraiment joli!... on y voit des tableaux, des estampes, des glaces, une alcôve, un lit... ah! c'est le lit surtout! figurez-vous que ce diable de lit est à ressorts !... ah I c'est très-plaisant! tenez, il faut quelque jour que je vous fasse voir cela. Un mari et sa femme en partie fine! répondit la marquise, cela serait beau !

J'entendis quelque bruit ; la marquise se défendait; le marquis l'embrassa. Leur conversation.

qui dans les commencements m'avait inquiété, m amusait alors au point que je sentais moins la gêne de ma situation. Le marquis reprit ainsi : ' ' jc^'i

Mais c'est que rien n'y manque! il y a dans / • i,X.

ce boudoir, au premier étage, une porte qui --/^t-^

communique chez une marchande de modes '^ ^^

qui loge à côté... cela est fort bien imaginé,.. 'v^*

Vous entendez qu'une femme comme il faut a /Vi^ «fe

lair d'être chez sa marchande de modes : point 's^ï-^A

du tout; elle monte l'escalier, et puis on vous en plante à un pauvre mari!... Mais, écoutezmoi, madame : dans ce boudoir j'ai ouvert une { ..^

petite armoire, et, dans cette armoire, j'ai trouvé <^^M

ce portefeuille. Ainsi il est clair que mademoi- ^' '"5^

selle du Portail a été là avec ce M. de Faublas! • i^â

et cela est très-vilain à elle, et très-malhonnête à ^; ' ^'^

M. de Rosambert, qui la connaissait, de nous l'avoir présentée, et très-imprudent à son père de la laisser sortir accompagnée seulement d'une ^'^

femme de chambre. Et je n'en ai point été la dupe ! Il y a dans sa figure... vous savez comme je suis physionomiste!... elle est jolie, sa figure! mais il y a quelque chose dans les traits qui annonce un sang... cette fille-là a du tempérament, et je l'ai bien vu !... Vous souvenez- vous de ce soir que Rosambert lui dit qu'il y avait des

byGoÔÇ

circonstances... hein! des circonstances! Vous n'aviez pas remarqué cela, vous I moi ! je vous ai relevé le mot! ah! Ton ne m'attrape pas! et tenez, le même jour... venez, venez, madame...

La marquise, qui me croyait parti, se laissa conduire à son boudoir. Le marquis continua :

Elle était ici, dans ce boudoir... là; vous, vous étiez couchée sur cette ottomane... je suis arrivé... madame, elle avait le teint animé, les yeux brillants, un air ! Oh ! je vous le dis, celte fille a un tempérament de feu ! Vous savez que je m'y connais ; mais, laissez-moi faire, j'y mettrai bon ordre. — Comment! monsieur, vous y mettrez bon ordre? — Oui, oui, madame : d'abord, je dirai à Rosambert ce que je pense de son procédé. Il y a peut-être été avec elle, Rosambert! ensuite je verrai M. du Portail, et je l'instruirai de la conduite de sa fille. Quoi ! monsieur, vous ferez à M. de Rosambert une mauvaise querelle?

— Madame! madame! Rosambert savait ce qui en était; il était jaloux de moi comme un tigre.

— De vous ! monsieur. — Oui, madame, de moi, parce que la petite avait l'air de me préférer... Elle me faisait même des avances, et c'est en cela qu'elle m'a joué, elle! car elle avait alors ce M. de Fî^ublas. Je saurai ce cjue c'est que çç

byGoogk

M. de Faublas, et je verrai M. du Portaii. — ^ ''Ç'y.:/^^

Quoi! monsieur, vous pourriez aller dire à un ■''■'M'^f

père?... — Oui, madame, c'est un service à lui 'ï^^

rendre; je le verrai, je l'instruirai de tout. — .■'^S*M

J'espère, monsieur, que vous nen ferez rien. — ' ." j Je le ferai, madame. — Monsieur, si vous avez

quelque considération pour moi, vous laisserez '^"^^î

tout cela tomber de soi-même. — Point! point! ^ '')0^

je saurai... — Monsieur, je vous le demande en ':> -^ï

grâce. — Non, non, madame. — Vous m*e'clai- y^r? rez, monsieur, je vois le motif de l'intérêt si près- ' ^ ,^ '^%^!

sant que vous prenez à ce qui regarde mademoi- \ ^^^

selle du Portail. Je vous connais trop bien pour r /-^

être la dupe de cette austérité de mœurs dont ?■ V'i^^

vous vous parez aujourd'hui ; vous êtes fâché, non / ■ :^^;

pas de ce que mademoiselle du Portail a été dans . 'î

un lieu suspect, mais de ce qu'elle y a été avec un iv^^^^l

autre que vous. — Oh! madame. — Et quand >

j'accueillais chez moi une demoiselle que je -"

croyais honnête, vous aviez des desseins sur elle ! '*? — Madame ! — Et vous osez venir vous plaindre à moi-même d'avoir été joué! c'était moi, c'était moi seule qu'on jouait!

Elle se laissa tomber sur l'ottomane. Son mari

jeta un cri, et puis il embrassa la marquise, |

çn lui disant : Si vou3 saviez comme je vous I

Goo

iir

aime! — Si vous m'aimiez, monsieur, vous auriez plus de considération pour moi, plus de respect pour vous-même, plus de ménagement pour un enfant, peut-être moins à blâmer qu'à plaindre... Que faites- vous donc, monsieur? laissez moi. Si vous m aimiez, vous n'iriez pas apprendre à un père malheureux les égarements de sa rîlle ; vous n'iriez pas conter cette aventure ^ à M. de Rosambert, qui en rira, qui se moquera de vous, et qui dira partout que j'ai reçu chez

moi une fille à intrigue I Mais, monsieur,

finissez donc; ce que vous faites là ne ressemble à rien. — Madame, je vous aime. — Il suffit bien de le dire! il faut le prouver. — Mais, depuis trois ou quatre jours, mon cœur, vous ne voulez jamais que je vous le prouve. — Ce ne sont pas de ces preuves-là que je vous demande, monsieur... Mais, monsieur, finissez donc. — Allons, madame, allons, mon cœur. — En vérité, monsieur, cela est d'un ridicule I — Nous sommes seuls. — Il vaudrait mieux qu'il y eût du monde, cela serait décent! Mais, finissez donc, n'avons-nous pas toujours le temps de faire ces choses-là?.... finissez donc... quoi! des gens mariés!... à votre âge!... dans un boudoir!... sur une ottomane!... comme deux amants!... et

byGoogk

DU CHEVALIER DE FAUBLAS. 20l ,

quand j'ai lieu de vous en vouloir! encore. — Hé bien I mon ange, je ne dirai rien à Rosambert, rien à M. du Portail. — Vous me le promettez bien? — Je vous en donne ma parole...

— Hé bien! un moment; rendez-moi le portefeuille ; laissez -le-moi. — De tout mon cœur, le voilà. (Il y eut un moment de silence.) En vérité, monsieur, dit la marquise, d'une voix presque éteinte, vous lavez voulu ; mais cela est bien ridicule.

Je les entendis bégayer, soupirer, se pâmer tous deux. On ne peut se figurer ce que je souffrais sous l'ottomane pendant cette étrange scène; j'aurais étranglé les acteurs de mes mains; et, dans l'excès de mon dépit, j'aurais tenté de me découvrir, de reprocher à la marquise cette infidélité d'un nouveau genre, et de rendre au marquis l'amère mystification qu'il me faisait essuyer sans le savoir. Justine vint terminer mes irrésolutions; elle ouvrit tout à coup la porte de l'escalier dérobé. La marquise jeta un cri. Le marquis se sauva dans la chambre à coucher, pour y réparer son désordre. Justine, apercevant un mari au lieu d'un amant, demeura stupéfaite, et la marquise ne fut pas moins étonnée qu'elle en me voyant sortir de dessous lottomane. Je

a02 . UNE ANNÉE DE LA VlE^

remerciai tout bas la femme de chambre. Grand merci^ Justine, tu m'as rendu service; j'étais fort mal dessous, tandis que madame était* dessus, très à son aise. La marquise, interdite et trem< blante, n'osa me répondre, ni me retenir; son mari était si près de là ! probablement il . allait rentrer dès qu'il serait plus décemment vêtu. Justine se rangea pour me laisser passer. Je descendis l'escalier dérobé sans lumière^ au risque de me rompre vingt fois le cou. Je traversai la cour rapidement, et je sortis de l'hôtel, en maudissant ses maîtres.

Le lendemain, j'étais encore au Ut quand Jasmin m'annonça Justine, et se retira discrètement. Mon enfant, je songeais à toi! — Ahl monsieur, laissez-moi ; cette fois-ci vous ne my prendrez pas. Je veux commencer par ma commission.

Savez- vous que j'ai été encore bien grondée hier? vous nous avez fait une belle peur ! Vous n'étiez pas encore au bas de l'escalier quand le marquis est rentré dans le boudoir. Voyez cette sotte, a-t-il dit, il entre ici comme un coup de pistolet ! Dès qu'il nous a quittées, madame, désolée de l'aventure, m'a dit quelle ne concevait*pas pourquoi vous vous étiez caché sous l'ottomane. J'ai été .forcée de lui avouer, que j'avais, sans y songer,

byGoogk

Page 1