UN DÉVOUEMENT
L^insurrection Jacobite^ excitée en 1715 par le comte de Marr dans le nord de l'Ecosse^ n^avait pas eue les résultats que ses commencemens semblaient promettre.
Le Prétendant^ qui s^était enfin sauvé de France à travers mille dangers pour aller se mettre à la tête de ses partisans^ trouva^ en débarquant à Petershead ^ sa petite armée affaiblie par la misère, la désertion
et le découragement. Au lieu de ranimer l'énergie des défenseurs de sa cause^ il les refroidit et les dégoûta par des plaintes inopportunes sur les embarras de sa situation qui empirait tcMis les jours. En moins dVn mois^ il eut porté le dernier coup à cette malheureose rébellion quiallait |t>urnir de. nouvelles victimes à la politique . sanglante du gouvernement anglais.
Le Prétendant, jugeant la partie perdue pour lui, Résolut de retourner en France et de reprendre son modeste titre de chevalier de Sami^Georges , sous lequel il a,vai<t vécu obscur et tranquille jusqu'à cette périlleuse et vaine expédition. Il ne.
confia son projet de départ qu'à Kenmurq, ^ frère du brave laird écossais qui, fait prisonnier à la défaite de ScherifFmorr, avait expié son dévouement aux Stuar t en livrant
sa. tête. au bourreau de Londres^ Sir Kem-
mure, n'était pas moins attaché à la royauté de Jacques IJI, pour laquelle il eut versé
avec joie tout son sang sur un échafaud ^ ou plutôt sur un champ de bataille.
Depuis Tenfance, il partageait Texil du Prétendant. Ils étaient tous deux du même âge; ils ge ressemblaient tous deux moins par les traits du visage que par Thabitude de leurs manières et de leur physionomie.
A force de vivre côte à côte dans une intime intelligence^ ils avaient fraternisé d'idées, de sentimens et de mœurs, en sorte <jue cette identité morale s'était étendue insensiblement à des similitudes matérielles et physiques. Ils reflétaient l'un et Tautre, sur leur figure noble et fière^ les éclairs orageux de la fatalité ; on n'aurait su dire lequel des deux était le roi proscrit, lorsque Kenmure, assis auprès dé son maître sombre et rêveur, fixait ses regards d'aigle à rhorizon des montagnes, dans l'espoir de découvrir les étei^dards patriotiques des.
anders.
Mais les montagnards) que le Prétendant attendait comme des libérateurs^ ne quittaient pas leurs cabanes aux sons des cornemuses et des pîbrocs nationaux. LVrmée Jacobite, campée àPerth^ diminuait chaque jour^ et le général Gadogan avait amené un renfort de six mille Hollandais au duc d^^Argyle^qui commaD4^it l'armée anglaise et qui, se trouvant assez fort pour agir contre les rebelles, se disposait à sortir de son camp fortifié de Stirling et à marcher contre Jacques III, dont le parlement d''Angleterre avait mis la tête à prix.
On était alors dans les premiers jours de février 1716.
Le Prétendant, se promenant un soir avec ' Kenmure, dans le camp où les feux avaient été éteints par une pluie furieuse, entendît des soldats qui complotaient entre eux de s'^emparer de lui et de gagner ainsi les mille livres sterling promises à quiconque le livrerait mort ou vif au duc d'Argyle.
Kenmure allait fondre Pépée à la main sur ces traîtres ; mais Jacques l'arrêta et Fentraîna dans la tente royale/ où il n'eut pas de peine à le décider à prévenir par une prompte fuite les mauvais desseins dés conspirateurs. Le Prétendant était d'^ailleurs autorisé à se méfier du comte de Marr luimême; qui^ ayant échoué dans sa prise d^armeS; ne manquerait pas de se faire un otage du malheureux prince qu'il avait appelé en Ecosse.
Jacques et son confident se préparèrent sur rheure à s'échapper du camp avant qu'on soupçonnât leurs intentions et qu'on y mit obstacle. Dès qu'ils eurent éloigné tout le monde, en feignant de vouloir écrire des dépêches pendant une partie delà nuit, ils s'enveloppèrent dans leurs plaids aux couleurs bariolées et cachèrent sous ces.
manteaux écossais leur épée française , dont la poignée d'or les eût trahis. Ils s'embrassèrent en pleurant comme *pOur
un dernier adieu , et se glissèrent hors de k tente.
La nuit était sans lune ; pas une lumière ne brrllait dans l'étendue de ce camp en désordre où les soldats dormaient pèleméle sur la terre marécageuse. Al peine st la lueur de quelques claymores annonçait que les sentipelles veillaient à leur poste.
Kenmure s'approcha d'un vieux montagnard qui gardait l'entrée du quartier des.
Mac-Gregor, çtqui murmurait, en caressant
sa barbe blanche , la chanson belliqueuse, de son clan.
— Ami, lui dit Kenmure dans Tancien idiome écossais, si ton prince se présentait a toi ente demandant la vie, que ferais-tu?
-i- Je lui offrirais la mienne à genoux , répondit lé Vieillard en portant la main à sa claymore aVec enthousiasme, et mon corps serait le rempart de son corps.
T— Eh bien! reprit Kentnure en invitant
le Prétendant à se montrer^ voici le roi Ja€(|ues qui est poursuivi par des assassins. Us sont trop nombreux pour quVn leur résiste avec les armes. Laisse-nous passer et con^ijs-nous hors de Tenoeinte du camp; ensuite tu reviendras à cette place te faire tuer plutôt que de livrer passage aux régicides.
Le montagnard s^inclina en silence devant le Prétendant et baisa le bas de son manteau en répandant des larmes de respect et de douleur ; puis , il se releva et marcha rapidement^ sans tourner la tête, jusqu'à la sortie du camp, où les gardes,, avertis de loin par le vieil Écossais qui leur parla dans la langue des montagnes, se prosternèrent et se découvrirent à l'approcha de leur roi.
Le Prétendant, qui nVvait pas encore ouvert la bouche, demanda gracieusement ^ son guide quelle récompense il désirais
— Vous suivre et vous défendre! i;é-
pondit le montagnard qui continua de
marcher en avant sans attendre Passentiment du prince.
Celui-ci à peu de distance du camp, s^arrêta pour tenir conseil avec Kenmure. Us ne restèrent pas long-temps indécis sur le
parti qu'ils devaient prendre; car les momens étaient précieux et le Prétendant risquait de tomber au pouvoir des habits rouges en essayant de se réfugier dans les montagnes^ comme le lui proposait le vieux Mac-Grégor.
Le prince se détermina donc à gagner Tembouchure de la Tay où une barque le conduirait à Dundee au point du jour. Il trouverait dans cette ville un vaisseau qui le ramènerait en France à travers la flotte anglaise. Le montagnard^ qui, malgré son grand âge , avait le pied léger et sûr, fiit envoyé pour chercher un bateau et le tenir
prêt à traverser le fleuve. Le Prétendant et Kenmure devaient^ pour le rejoindre avant le jour, suivre un chemin qu'ail leur indiqua en les quittant.
Mais, dès qu^ils furent engagés dans ce chemin que. Kéniùure ne connaissait pas , ils s'écartèrent de la route qu'on leur avait tracée dans la direction delà mer, et bientôt, sans s'apercevoir de leur erreur, ils s'éloignèrent de plus en plus du but de leur destination et finirent par lui tourner le dos tout à fait.
Ils allèrent ainsi à Paventure pendant toute la nuit, et ils furent bien étonnés, aux premières clartés du matin , de ne voirautour d'eux que des rochers nus «ntre lesquels ils avaient marché en s'imaginant côtoyer les bords de la mer, parce que dans l'obscurité la neige qui revêtait les sofljtmets de ces rochers ressemblait à l'écume des vagues dans le lointain. Le Pré-
voyez que nous avons les habits rouges devant nous et que nous ne pourrions retourner en arrière sans être atteints? Laissez-moi donc arrêter ces chiens qui nous donnent la chasse pendant que vous mettrez quelques lieues de pays entre eux et Vous. Hâtezvous de passer à Dundee où vous serez plus en sûreté qu'ici. ••
— ^ Et toi? interrompit le Prétendant qui ne songeait pas à se séparer de son ami.
-*- Moi ! reprit Kenmure, n'ai-je point assez à faire pour empêqjier qu'on vous poursuive? Adieu, sire; ne regardez pas derrière vous, et que Dieu sauve le roi ! »
Le Prétendant refusait d'abord de consentir à une séparation dont il ne prévoyait pas le terme; ma^s les prières de Kenmure, qui lui embrassait les genoux, le décidèrent autant que les trompettes et les tambours qui éclataient de plus en plus près.
Ils se jetèrent dans les bras l'un de Tau-
tre et le roi Jacques partit en gémissant.
Dès qu'ail fut hors de la vue de Kenmure qui raccompagnait de regards pleins de larmes^ ce fidèle serviteur rabattitson chapeau sur ses yeux^ attacha sur son épaule une écharpe blanche qu^il portait à sa ceinture, et drapa son plaid de manière à grandir sa taille. Il composa aussi son visage et sa contenance pour se préparer à la rencontre de la cavalerie anglaise qui arrivait au grand trot, le général Cadogan et ses officiers en tête de six corps de troupes.
— M ilords, cria Kenmure immobile au milieu de la route, quel est celui de vous qui veut gagner cent mille livres sterling ?
Je suis Jacques Stuart, roi d'Ecosse*
Kenmure fui sur-ie-champ environné par une foule curieuse et intéressée. Chacun voulait avoir part à la prime oflFerte par le
roi d^Aûglëterré, mais le généra! Cadogan se la réserva pour liii*mêmé.
Il ordonna une halte et se consulta loii^gtxeiiient aveé son ééat-ûiajor pour savoir ce' qu^i'l avait à faire. Dans la joie d^une si belle capttire, il voulait rebrousser chemin^ au liéti'd^ poùfsser jusqu^à la ville d'Ahuri liethy oà le duc d'Argyle Pavait envoyé poiir observer les monvemens des rebelles, il oilbliait les devoirs de la discipline et se proposait de ineiïei' à Londres son prisonnier, sans le remettre entre les mains de son chef suprême^ le duc d^Argyle. Enfin il céda aux conseils de ses officiers en adressant au duc un message dont la réponse se fit attendre jusqu'au soir.
Le duc était absent du camp de Stirling et se reposait de la guerre dans un château voisin. Il apprit avec transport la fin de la Campagne et la |)rise du Prétendant qu'ail avait hâté de voir. Cadogan eut ordre de revenir âveic. ses troupes. .
L'escorte de Kenmure, conduite par Ca-^ dogan en personne, défila en silence, vers minuit, au bas du rocher escarpé sur lequel est construite la forteresse de Stirling, ce gothique manoir des rois d'jÊcosse qui Pont habite et eo^belli à l'époque où les reines, selon un usage immémorial, venaient y faire leurs couches comme d^ns un nid de vautour.
Kenmure leva les yeux vers ce donjon royal qui lui rappelait les ancêtres de son maître, et il sentit uq mouvement d^or^ gueil national en songeant que Stirling ap^ partenait encore au dernier des Stuart.
— Général, dit-il à Gadogan qui galop-^r pait à sa droite, je prétends vous faire un plaisir presque égal à celui que vous causera Pargent du roi Georges, Souhaitez-vous être maître de Stirling avant le lever du soleil?
— Gomment cela P reprit le général allé^
clïé par cette question, ces braves gen»
n'ont pas envie de se pendre pour être pendus à leurs erénaux .
— Eh bien ! je vûis vaus faire ouvrir les portes dé la place : tirez un coup de pistolet pour attirer du monde aux murailles; déployez un drapeau blanc en signe de pourparler; et laissez-moi -inviter mes amis de Stirling à mettre bas les armes en demandant la vie sauve.
Cadogan^ enchanté d^une conquête facile qui lui procurerait honneur et profit, s'approcha du rocher avec le faux prince et déchargea un de ses pistolets, qui donna Talarme aux sentinelles du château.
— Messieurs, cria Kenmure aux soldats que les clameurs d'alerte attirèrent sur les remparts, je vous annonce que le roi Jacques est à la tête d'une grosse armée d'Highlanders et qu'il marche à votre se-
cours. Donc, ne cessez pas devons défendre, et mourez, s'il le faut, pour votre religion et votre patrie.
Kenmure fut décapité comme Tavait été son frère, et le chevalier de Saint-Georges repassa en France, où il se consolait de ses disgrâces aux représentation^ de TAcadémie-royale-de-Musique !
LES FIIÉES DU M
t^ar un de ces beaux soirs d^été qui attirent dans les promenades publiques tout ce que Paris renferme encore d^habi tans du monde élégant en • cette saison de voyages et de délasseméns champêtres^ deux jeunes gens à la mode sortaient ensemble du café de Paris^ où ils avaient dîné
aussi bien qu^on peut le faire pendant trois heures consécutives^ en ne ménageant pas plus sa bourse que son estomac.
Leur démarche chancelante^ leur teint animé^ leurs yeuxbrillans^ leur voix rauque^ témoignaient assez que U chère avait été exquise j le vin délicieux et la soif égale à Tappétit. Ils s'étaient cependant arrêtés dans leurs libations de fins gourmets au point imprescHptible où commence l'ivresse; ils avaient emporté de table toute leur raison un moment égarée dans les vignes de la Champagne^ et les fumées de cette tisane mousseuse , que dédaigne un véritable buveur, créaient au gré de leur imagination mille fantômes charmans^ auxquels il ne mahquait que de pouvoir prendre un. corps.
C'était Iç règne de . la digestion, qui semblait aiguiser les langues de ces.aimables libertins et leur inspirer une foule de saillies pu pétillait l'esprit du champ^ne»
Alfred de Mauve ^ le plus âgé des deuil (il approchait de vingt-cinq ans), avait aussi la parole plus haute , le regard plus hardi et le geste plus délibéré. Il mâchait son cure-dent avec autant de majesté qu^unOsage fumant le calumet d^ns l'assejm-* blée des chefs, et il avait Pair de le montrer comme un trophée pour preuve du copieux dîner qu'il sMtait mis sur la conscience. Il passait en revue d'un coup d'œil superbe et distrait les femmes assises de chaque côté de Fallée du boulevart, et à peine si quelques-unes, par leur figure et leur toilette, lui paraissaient dignes d^une attention plu^ sérieuse.
Il y avait pourtant , sur ce boulevart où l'on croit i*espirer le frais sous des arbres poudreux et à deux pas du ruisseau , les plus jolies personnes delà Chaussérd'Ântin; mais Alfred de Mauve critiquait > avec une sévérité qui tenait de Paveuglement, les robes, les tailles et les visages- les mieux
faits pour exciter radmiration d^unconnaisseur; et il déclarait, en élevant le ton au diapason deTimpertinence^que ces dames, si distinguées qu^^elles fussent de tournure et de manières, étaient des grisettes endi-manchées. L^aeeusation prenait du poids dans la bouche d'un homme à bonnes fortunes.
— Des grisettes! Tarrêt est un peu dur !
ft'écria Frédéric Dâllan , qui en rougit comme s'il y fût personnellement intéressé. Ten appelle au moins pour quinze ou vingt qui faisaient Tornement de nos bals cet hiver.
— Bàh ! tu te trompes, mon pauvre Frédéric, reprit Alfred de Mauve en lissant sa petite mouàtache noire ; il y a des ressemblances étonnantes. Ainsi, Tautre jour, je me suis presque jeté dans les bras d'une dame qui se promenait aux Ghamp-Élysées, etque j'avais cru reconnaître pour certaine
Provençale que je serais bien ingrat d'avoir oublié après deux ans d'^absence ...
-^Oui, cette Espagnole que tu as. rencontrée dans une auberge sur la route de Bayonne ?
— En effet> c'était une Espagnole, une Andalouse, une lionne, pour la peii^dre avec un seul mot; des yeux qui me brûlaient jusqu'à la moelle tieç os, une bouche dont le sourire eût ressuscité un mort, des cheveux qui lui auraient fait une mantille très décente, une main telle qu^on n'en voit pas en France, un pied comme on n'en voit plus....;.
— Oui, je sais tout cela; tu m'as raconta rav.enture dans ses plus minutieux détails ; et depuis' cette fameuse nuit d'auberge, pas de nouvelles de la dame?
— î- Si fait ; une dague mauresque ' au manche d'argent ciselé : je te l'ai montrée; un chapelet de bois de rose enrichi d'or et d'émeraudes : je l'ai doïméà une princesse
russe; et quantité de cigarettes^ que je fume tristement en pensant à ma divine campagne de voyage^ que j'irai retrouver quelque jour à* ••
— « A moins que le ciél^ protecteur des amans fidèles^ ne te Penvoie par la diligence?
•^ Ne ris pas^ Frédéric; je ne serais pas surpris de la rencontrer à l'improviste, car ce n^est pas une de ces femmes casanières qui s^enracinent dans leur ménage et se pétrifient à être épouses Tcrtueùses et tendres mères de famille* IHeu merci! les Espagnoles^ les Andalouses surtout^ ne descendent pas à ces misères^ qui sont bonnes dans les arrières-boutiques de la rue Saint-Denis. Fi donc! tu ignores dçnc ce que c^est qu'une Provençale, une Espagnole, veux-je dire, cette adorable créature qui vous aime avec fureur, qui vous décerne un culte, qui v6us poignarderait par jalousie, qui se ferait tuer pour vous.
. — Coimnent; diable ! aâ-tu appris ces dé« taib pendant trois ou quatre heures qu'a duré ta bonne fortune ?
-— N'^ut-elledure que tjois minutes, j'aurais eu lé temps d'ajppjécîçr les qualités incomparables de; mojpi inconn^6^ qui var lait seule ({dar(Li)it$:Fr$moaises^ car en Fran-^ ce Tamour n'est que de la cirême fouetté^ ; <^^est euv £$pagne> eti Andal^usie^ que les femmes aimant comme il £autr Parblêui mon cher rFrédéric, j'ai envie d'ent^epren-^ di*e ub:galalii pèlerinage si^r cett^ terre classique de la volupté* Si tu. veux m'ac^- GOmpatgneri now p<artons dans huit jours^ et i|otl9; ne trQUv0ron& pas une cniel|e dans n^triç cheD^n à trav^s ce paradis terres^tre des amans?
-— Viraimei^t ! Je te croyais plus occupé et plus etîchdtiné à Paris, dit malignefjiient Frédéric Dallan ; po^ur moi^ qui mp pique de jmer k rôle d^un sauvage Hippplyte, je demandé plus de temps pour me décider à
partir. D'ailleurs/ tandis que tu serais à courir Jes rendez-vous en Espagne^ si ton Andalouse arrivait exprès pour te revoir.,.
— Eh bien! elle s'en retournerait, mon ami. Qu'importent deux cents livres de plus pour une femme qui aime à l'espagnole !... Mais qu'ai-je vu? Ah ! Frédéric, c'est elle-même ! elle m'a reconnu !
— * Ton Àndalouse? où donc est-elle?
pourquoi ne Tabord es-tu pas? Est-ce cette brune piquante qui baisse les yeux ?
— Non, plus loin-, de ce coté. Elle m'a fait signe de ne pas l'approcher. Elle est peut-être avec son mari ou son frère. Je t'en prie, Frédéric, regarde-la sans affectation; ne lui laisse pas apercevoir que j'ai été indiscret.
— Je te jure que je ne l'ai pas encore regardée ! dit Frédéric qui fit un signe d'intelligence à une jeune dame d'une rare beauté, placée dans l'endroit même que dé-^ signait Alfred de Mauve avec de vives dé-^
nionstrations de surprise et de joie.
— Eh quoi ! Frédéric, tu n'as pas remarqué le signe qu'acné vient de me faire? reprit Alfred, qui s'attribua de bonne foi le sourire et le regard expressifs qu'on avait adressés à son ami.
— Expliquons-nous? répliqua celui-ci frappé d'un soupçon qui se manifesta au tremblement de sa voix et à la pâleur subite de son visage ; ceci a tout Tair d'une mystification... Je ne vois pas la personne que vous me désignez !
— Tu ne vois pas cette femme qui nous suit des yeux en ce moment, grande, à la physionomie éveillée^ assez brune de peau, avec des dents de perle ? Tiens, près de ce gros homme, en perruque rousse, qui roule dans ses doigts une tabatière d'or?
— Oui, reprit Frédéric agité d'un trouble inexprimable, cette dame qui a une robe de soie verte , une capote blanche , un cachemire à palmes...
T. II. i8
— Justement! c'est ma Provençale^ je veux dire mon Espagnole^ rhéroine de mon aventure d'auberge^ sur la route de Bayonne,,«
-—Adieu, Alfred! interrompit d'une voix sourde Frédéric Dallan, dont les traits s^étaient subitement altérés.
— Où vas-tu? à Tortoni ? Nous ne faisons que sortir de table^ et d^ailleurs jene puis m'exposer à perdre une seconde fois mon Andalouse... Attends-moi làj^ en fumant un cigare, et je te rejoins tout à l'heure, dès que j'aurai glissé nlon adresse à cette ravissante femme. ..
— Adieu, je rentre chez moi ; j^ne me sens pas bien... Es-tu certain que ce soit elle?
— Si j'en suis certain ! s'écria fortement Alfred, qui faisait en sorte que les passans l'entendissent; faut-il te répéter Tanecdote? Cette femme est folle de moi, parole d'honneur ! Au reste, j e tiens beaucoup à ce qu'elle
«n convienne devant toi. Une Espagnole, une Ândalouse, c'est tout dire ; une nature exceptionnelle, volcanique ! . . -
.^Si vous n^étiëz pas si sûr de votre fait, je m'estimerais heureux d^en pouvoir douter! mais les femmes sont incompréhensiblés... elles sont capables de tout, quand elles espèrent ne pas être découvertes!...
Je lui pardonne!... Adieu. Ah! quelle souffrance!
Frédéric Dallan était un jeune homme^ moins bruyant et moins présomptueux que son ami, quoiqu^il fut aussi bien partagé par la nature et par la fortune : il ne se piquait pas d^être le point de mire de tous les regards dans un salon ; il nVvait recours ni à des éclats de voix, ni à des éclats dé rire pour se faire remarquer; sa contenance était modeste et simple à Tinstar de son caractère; et, comme il n'affichait pas les femmes qui le distinguaient et lui donnaient
des preuves irrécusables de leur estime, il n^avait jamais eu la réputation d'^homme à bonnes fortunes; mais il ne mettait nullement sa gloire dans la publicité des galanteries qui avaient signalé son entrée dans le monde.
Il était passionnément amoureux de la icomtesse de Saccède; et le mystère impénétrable dont il entourait son bonheur y ajoutait un charme auquel son âme délicate était fort sensible ; son amour devenait ainsi un sanctuaire où ne pénétraient pas les regards profanes.
Une heure après que Frédéric eut quitté Alfred de Mauve, sous prétexte d'une indisposition qui était toute morale, il avait presque retrouvé le repos et la confiance dans un entretien avec la comtesse de Saccède > qu'il interrogea d'abord avec d'amers reproches au sujet de l'aventure d'auberge, faussement mise sur le compte de cette
dame, qui n'avait jamais rencontré le nar* rateur avant ce soir-là. .
Frédéric doutait encore, par intervalles, de Timpudente effronterie de son ami , et , quoique tranquillisé par les protestations de la comtesse, il cherchait encore des apparences qui servissent du moins à excuser la^calomnie d'Alfred de Mauve; car il ne pouvait se persuader que la route de Bayonne, Tauberge, FEspagnole, et toutes les circonstances romanesques du récit d^Alfred, niaient jamais exisjlé que dans un conte qui sMvanouissait devant les sermens de la femme qu'ail aimait davantage pour expier dHnjustes et ridicules soup*cons.
— Je vous crois, mon amie, et vous demande pardon de vous avoir soupçonnée un moment y disait-il en baisant les mains douées et parfumées quVn ne songeait pas à lui
retirer^ mais il parlait avec une telle assu^ rance!...
— Les menteurs ne seraient pas dangereux s'ils hésitaient ou rougissaient dans leurs mensonges, reprit la comtesse qui ne gardait aucun ressentiment contre Tinventéur de Paventure d'auberge. Il y a même des menteurs d'une espèce plus raffinée qui s'abusent les premiers^ et finissent par
croire eux-mêmes ce qu'ils veulent faire
accroire aux autres.
— Ah! madame^ souhaitons que M. àù Mauve ne 3oit pas un menteur de cette espèce; je consens qu'il mente, mais je ne veux pas qu'il tienne' pour vraie une illusion qui me causerait alors une jalousie très réelle : c'est pourquoi je n'entends pas le laisser se complaire dans son mensonge, et je veux qu'il se rétracte même...
— Y . pensez-vous , Frédéric ? Vous ne m'aimez donc pas, que vous allez exposer VPtre vie pour une pareille bagatelle !
«-«Cependant; je ne puis perniettre ni souffrir que^ devant moi et devant le monde, on se vante des bontés que vous aurïëz eues pour un étranger, dans Une auberge , sur la route de Bayonne !
— Je vais, si vous voulez, mander M. de Mauve en particulier et le faire expliquer là-dessus en votre présence.
— Vos souvenirs sont bien présens? répliqua Frédéric qui avait peine à concevoir que tout fût supposé dans Tépisode du voyage de Bayonne ; il y a deux ans , vous êtes allée aux eaux des Pvrénées ?
— En effet, mon frère m'accompagnait; mais je n'ai pu supporter la route, -s'il vous en souvient, et vous êtes venu me rejoindre à Tours où ma mauvaise santé m'aVait retenue. Mon frère continua seul le voyage.
— Oui , vous avez raison ; ce n'est donc pas vous?... M. de Mauve s'était emparé dé Tunique chambre qu'on pût habiter dans cette affreuse auberge. Il tonnait, il pleuvait
à flots, il faisait un temps affreux, quand la dame espagnole arriva; sa berline se trouvait rompue, et les chemins étaient im-^ praticables...
: — Vous n^êtes pas persuadé , Frédéric ^ lui dit eh riant la comtesse : vous voulez absolument que Taventure de Tauberge me concerne et que je sois responsable de la conduite de cette Espagnole qui nous donnerait assez mauvaise opinion dès mœurs de son pays, si elle n^était pas tout entière dans Pimaginative de M. de Mauve. Je ne m'^offense pas de vos doutes obstinés ; ils seraient plus vite détruits , si vous éti'ez moins empressé d'en extirper la racine:
l'amour, quoiqu^on dise, ne doit pas se priver de Tusage des yeux et des oreilles. On m**accuse : ce n'est pas à vous, mais à moi de me défendre et de convaincre de fausseté mon accusateur; ensuite, cher Frédéric, quand il ne restera plus de nuage défavorable dans votre esprit, vous me
2Si
remercierez d'avoir eu pitié de vos dou-^ leurs et d'y.avoir porté remède, en me justifiant d'une calomnie que je pourrais mépriser et oublier ^ si elle n^eût pas at* teint votre cœur.
— Je n'^ai pas besoin d^autre conviction que celle qui résulte de mon amour; je suis honteux 'de ce qui vous a paru un soupçon; ce n^était que la crainte de vous perdre...
Mais j ''aurai satisfaction de cette indignité!
— Je vous ordonne, avant tout, de ne pas vous faire mon champion , Frédéric; la seule punition que jie veux infliger à mon calomniateur, c'est de le forcer à se rétracter s^r lui-même et à déclarer qu^il a menti.
Le lendemain, Frédéric Dallan, à qui la comtesse de Saccède avait' fait part de ses projets en lui indiquant comment il devait les seconder, alla voir Alfred de Mauve :
il le trouva occupé à préparer ses malles.
Alfred avait tant de hâte d'*açhe ver ces disposition» d^un prochain départ^ ^P^^^ "^ donnait pas à son domestique le temps de ranger les effets dont il avait besoii^ en voyage, et qu'il entassait /pèle-mêle tout ce «qui lui tombait sous la main. Il accourut audevant de Frédéric, en isautant et en chan* tant comme uh insensé.
— Eh bien ! Alfred , lui dit Frédéric, qui ne put sVmpêcher de céder à Tinfluence communicativé de cette gaieté, as*tu été mordu par quelque tarentule? ^
-^Je pars, mon ami, je vais rejoindre mon Espagnole, répondit Alfred : elle m^a écrit; elle se nomme dona Inez de Tabago ; son mari jaloux a pris la mouche, en me voyant hier soir aux Boulevards tourner autour de lui , et cette nuit il a emmené la pauvre vic-^ timefqm me supplie de venir la consoler.
•^ La suite de Taventure n'^est pas moins
étran^ que le commencenient;Voilà un audacieux mari que je te conseille de ne pas ménager ! Mais où donc a-t-*il emmené sa plaintive moitié? En Chine^ peut-être?
— Je Ty suivrais , s'il avait cette barbariel heureusement, il ne va pas plus loin que Bayonne.
•~ Bien , tu auras sans doute une bonne occasion de renouveler l'aventure de Tauberge.
— Oh ! je ne m'en tiendrai pas là^ je t'assure, et je ne reviendrai pas seul à Paris.
— - Adieu, heureux coquin : tu as été créé pour les aventures et les bonnes fortunes.
Je désire que ton voyage ait tous les agréiqens ima^nables : présente mes hommages à dona Inez de Tabago , qui ressemble de nom à la célèbre Dulcinée de Toboso et qui doit être infiniment plus belle.
Alfred de Mauve était, trop joyeux de la lettre qu'il avait reçue pour se blesser
aisément d'aune épigramme qui provenait d'un sentiment d'envie bien najturel, pensait-il en répétant les termes mêmes de la bienheureuse lettre.
Enfin^ il monta en chaise de poste et par-^ tit plus fier cent fois que sUl était allé droit en paradis. Mais au bout de quinze jours, il revint fort soucieux et ne s^expliqua pas sur le succès qu'avait eu son voyage : il dit seulement à Frédéric Dallan que les maris étaient les animaux les plus importuns de la création •
Peu de jours. après, Frédéric se rendit chez Alfred, qui était tout préoccupé et tout irrité, marchant à grands pas dans son appartement , murmurant des menaces entre ses dents , rassemblant ses armes de combat, nettoyant ses pistolets et birandissant ses épées : Alfred ne prit pas garde d'abord à Tarrivée de son ami et continua ce* manège bizarre qui n'annonçait pas des intentions pacifiques.
— ^ C'est toi f Frédéric ! dit-il en s'*apercevant qu'il n'était plus seul ; tu viens à propos pour me servir de témoin.
— De témoin? s'écria Dallan qui feignit d'être aussi chagrin qu'étonné de cette demande : aurais-tu un duel?
— Oui^ mon cher^ un duel à mort avec un individu que je ne connais pas ^ le marquis de Las Maurisbas, le plus terrible duelliste de la Péninsule : il est tellement adroit au pistolet; qu'il coupe un cheveu à trente pas.
— Tu m'effraies, mon cher Alfred; c'est se laisser assassiner que d'accepter une affaire d'honneur avec ce Saint-George espagnol.
— Il n*est pas moins fort sur l'escrime, m'écrit-on: il fait sauter l'épée de son adversaire à la première botte.
— Je ne souffrirai pas que tu ailles à la boucherie, mon cher, et ce duel n'aura pas lieu, je te le promets bien.
— > Bah ! il ne faut jamais désespérer du hasard , et Saint-George a été tué par un maladroit. Ce marquis de Las Maurisbas a beau dire que la balle qui le tuera n^est pas encore fondue» je lui en garde une qui lui fera changer d'avis/
— Vraiment! le sujet de votre querelle est donc bien grave ? Ne sera-t-il pas pos*- Bible d'^arranger Taffaire?
— - Non y mon ami ^ le marquis a insulté dûna Inez de Tabago , et elle me charge de la venger les armeà à la main. .
— Cest le rôle d'un chevalier français^ et je te reconnais bien à ce dévouement pour le service des dames. Mais tu ne mVvais pas dit que dona Inez fût de retour à Paris?
Je gage que tu Tas ramenée de Bayonne en cachette^ et que tu la tiens renfermée dans quelque chambre garnie»., Âh! tu as des secrets pour moi, Alfred! Naguère tu me disais toutes tes aventures les plu^ extraordinaires,
celk de l'auberge sur la route de Bayanne^ par exemple...
— Frédéric, je ne puis t'en dire davantage! répliqua M. de Mauve, qui^embarrassé de ces questions insidieuses , se retrancha dans un silence quMl affectait de rendre discret et mystérieux ; Thonneur me prescrit de me taire.
— Oui , tu voudrais me faire croire que ^ ta séduisante Espagnole est retirée en Espagne avec son tyran de mari...
— Je t'avouerai en confidence qu'elle est ici , puisqu'elle m^a écrit hier soir, puisque je me bats ce matin avec Hnsolent qui Ta offensée : si j'obtiens l'avantage dans ce duel , où j Vi. sa cause à défendre , je ne doute pas que je la verrai., et tu comprends que je serai au comble de mes vœux. Ne m'interroge plus, et souvieps-toi que l'amour d^une Espagjnole est autrement trem* pé que celui d'une Française.
Frédéric Dallan et Alfred de Mauve allèrent tous deux au rendez-vaus indiqué et n^y trouvèrent personne : ils attendirent trois heures à la même place, et ne la quittèrent qu'après s'être bien convaincus que le marquis de Las Maurisbas ne paraîtrait pas ce jour-là.
Alfred, qui s'était fait une indignation toute prête à soutenir rudement Phonneur de dona Inez, comme si PofFense lui fut devenue personnelle, ne renonça pas sans regret à cette occasion d'^acquérir des droits à la reconnaissance de l'inconnue ; il ne supposa point que le marquis avait reculé devant les chances de ce duel, mais il con*dut, de l'absence de son adversaire, que la belle Espagnole s'était peut-être vengée de sa propre main, à la manière de son pays, où les femmes ont des poignards attachés à la jarretière. Frédéric eut l'air d'approuver cette comique conjecture.
La semaine suivante , pendant que 1^
deux amis déjeûnaient ensemble, Alfred de Mauve fort triste de rie plus entendre parler de son Espagnole , une lettre à son adressiî lui fut remise: il tressaillit d'espérance en reconnaissant récriture et le cachet. Cette kttre, qu'il présenta d'un air de triompheà son ami en le priant de Touvriret de la lire, était conçue en ces termes:
« A la si^îte de notre aventure de Pauberge, j'ai fait un vœu en expiation des faiblesses que vous savez; je me suis engagée solennellement à donner vingt mille francs à l'hospice des Enfans-Trouyés : comme vous avez partagé le péché, j'ai compta ^ae vous partagerez Ja pénitence.
<v DoiNA Inez. »
Alfred de Mauve, que là lecture de cette lettre, faite à haute voix par Frédéric, avait atterré, la saisit avec rage,- la froissa et la
déchira ^ eB frappant du pied et en <errai)t les poings.
— Vous êtes taxé à diK mille francs p Alfred^ dit Frédéric avec soo flegme b^biliiel ; ce n'^est pas cher pour une aventure qu^on paierait au poids d/e Tor 1
. ««^ Quelle aveu tore? demandsi brusquement Alfred qui fixa un regard menaçant sur son ami. '
— ^^Eh! Taventure de Fauberge sur la route de Bayonne , la Provençale ^ TEÂpagnole , TAndalousè...
— Au diable toutes ces soi^ettes! il n'y a jamais eu d'Espagnole, ni d'auberge^ ni d'aventure; c'est un conte que je t'ai ikit pour égayer le repas ; mais ce qui n'est pas un conte^ c'est que quelqu'un s'est moqué de moi.
— Quoi ! cette divine Ândaloùse pour qui tu projetais de faire le voyage d'Espagne... .
--^Elle nV jamais existé, te dis-je, et cette donalnez deTabago nVxiste pas davantage, non plus que le marquis de Las Maurisbas ; mais le cartel qu^on m'avait envoyé au nom de ce prétendu personnage ne sera pas une mystification, Frédéric, et j'espère que vous remplacerez le marquis, dont la force àTépée et au pistolet fait tant de merveilles ; car c'est vous qui avez dirigé le complot, très plaisant d'ailleurs, dont je suis victime. Parbleu f vous me rendrez compte de mon voyage de Bayonne.
— On ne peut vous refuser votre revanche, Alfred, mais je vous laisse juge de ce qu'on aurait à vous reprocher, ^e ne suis pas l'auteur des tours, bien innocens, qu'on vous a joués , et je vous ofiFre de vous le faire connaître.
— Soit, vous me servirez de témoin, comme pour le duel du marquis de Las Maurisbas; mais ce nouveau duel aura un autre résultat, je vous jure.
— Je vous mènerai ce^oir dans une ipai- ;son où vous rencontrerez votre mystificateur face à face.
Le soir venu, Frédéric vint chercher Alfred pour le conduire chez la personne qui l'avait offensé; ils ne se parlèrent pas pen^ dant le trajet, et Frédéric eut peine à retenir le rire errant sur ses lèvres.
Ils arrivèrent ensemble chez la comtesse de Saccède, qui les attendait; ils furent introduits dans le salon faiblement éclairé ; Alfred de Mauve craignit une nouvelle mystification en voyant une femme, au lieu de Fadversaire qu'il croyait trouver : il ne la reconnut pas en la saluant. *
— Madame la comtesse, dit Frédéric, je vous présente un de mes meilleurs amis, .M. Alfred de Mauve, qui est très impatient de faire votre connaissance...
— Il me semble que j'ai déjà eu le plaisir
de voir monsieur? répondit la comtesse avec afiFabilité ; c^était sur la route de Bayonne... non^ un soir de cet été^ sur le bourevàrd^ vis-à-vis Tortoni. •