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III. — Les réformes nécessaires

Le but. — Les aveugles, malgré leur infirmité, qui doit être considérée comme une gêne plutôt que comme un obstacle définitif, étant susceptibles, dans des conditions données, de cultiver leur esprit et leurs sens et d'apprendre un mélier, tous les efforts doivent tendre à réaliser ces conditions, afin qu'ils bénéficient d’une culture générale convenable et d’un apprentissage tels que, sortis de l'établissement où ils auront fait leurs études, ils gagnent honnêtement et facilement leur vie ou soient le moins possible à la charge de la société. Si l’école a pour le clairvoyant une incontestable importance, elle est « essentielle » pour l’aveugle. Sans elle et l’appui qu'elle ne devra pas cesser de lui donner, même après l’avoir quittée, il ne pourra rien ni ne sera rien, puisqu outre l’enseignement intellectuel elle donne l’enseignement professionnel, pour l'examen des principes duquel nous renvoyons le lecteur au chapitre institulé : « Les aveugles au travail. » Il ne faut pas oublier non plus que l’enfant privé de la vue reçoit aussi à l’école spéciale des leçons de bonne tenue et de savoirvivre que seuls des parents bien éduqués pourraient lui donner et qui contribueront à sa réussite dans la vie.

Le but des écoles d’aveugles étant défini, la nécessité de leur existence ne faisant aucun doute, d’une part, et les vices d’orgauisation de ces établissements ayant

été fortement esquissés d'autre part, nous en concluons

que des réformes sont nécessaires : le rattachement des écoles d'aveugles au ministère de l’Instruction publique et la création d'écoles régionales.

Le rattachement de l'enseignement des aveugles au ministère de l'Instruction publique. — Avant 1910 fut plusieurs fois question de provoquer l'application aux aveugles de la loi sur l'instruction gratuite et obligatoire. Mais toujours l'inertie ou le doute avait empêché que la réforme aboutit. On peut dire que les articles 7 et 8 de la loi du 28 mars 1882 sont restés lettre morte pour les aveugles, malgré leur indéniable importance. Ces articles sont ainsi conçus:

Art. 7. — Le père, la mère, le tuteur, la personne qui a la garde de l'enfant, doit, quinze jours avant la rentrée des classes, faire savoir au maire de la commune s’il entend faire donner à l'enfant l'instruction dans la famille, dans une école publique ou privée ; dans ces deux derniers cas, il indique l’école choisie.

ART. 8. — Chaque année le maire dresse la liste des enfants d'âge scolaire et avise les personnes qui ont charge de ces enfants de l’époque de la rentrée des classes. En cas de non-déclaration, quinze jours avant l'époque de la rentrée, de la part des parents et autres personnes responsables, il inscrit d'office l'enfant à l'une des écoles publiques et en avertit la personne responsable.

Bien des tentatives, il est vrai, furent faites en vue

d'améliorer le sort des écoliers aveugles ou même d'as-

surer à tout enfant privé de la vue la facilité de s'instruire. Ainsi fut voté l’article 37 de la loi du 27 juillet 1893 ainsi conçu :

« Les instituteurs et institutrices exerçant da ns les écoles primaires, annexées aux établissements de bienfaisance et d'assistance publique, fondées et entretenues par l'Etat, les départements et les communes, pourvu qu'ils remplissent les conditions de capacité déterminées par les lois scolaires, sont au nombre des instituteurs et institutrices publics. »

Malheureusement, ce texte est resté presque inopérant par la force des choses. Seules quelques écoles, comme celles d'Asnières pour les sourds-muets et de Lyon-Villeurbanne pour les aveugles, en bénéficient.

Puis ce fut la proposition Emile Rey-Bayral dont le but était de compléter la loi du 14 juillet 1905 sur l'assistance aux infirmes et aux incurables, lors de sa discussion au Sénat, par les dispositions suivantes, rédigées en deux articles :

« 4° L'article 1% de la loi du 14 juillet 1905 s'applique aux mineurs âgés de moins de seize ans, atteints d'une infirmité ou d’une maladie incurable, indigents ou dont les parents sont indigents.

20 Un règlement d'administration publique déterminera les conditions d'application de la loi aux mineurs, désignés en l’article 1°", notamment en ce qui concerne leur instruction spéciale et professionnelle. »

En 1905 fut instituée au ministère de l’Instruction

publique une commission qui, sous la présidence de M. Léon Bourgeois, fut chargée d'étudier les moyens propres à assurer l'instruction primaire à tous les anormaux, sourds-muels et aveugles. Les travaux de cette commission furent consacrés par la loi du 15 avril 1909 qui créa des classes de perfectionnement sur plusieurs points du territoire. MM. Buisson et Tournade demandèrent à la Chambre vainement qu’à l’article 82 de la loi de finances du 17 avril 1906 fut ajouté le paragraphe suivant :

« Les écoles d’aveugles et leurs professeurs dépendront uniquement du ministère de l’Instruction publique, le ministère de l'Intérieur n’intervenant qu'au point de vue assistance pour fournir aux aveugles des bourses d’internat dans les écoles spéciales. »

Enfin le 23 mars 1910,la Chambre des députés votait à l'unanimité la proposition Chautard, dont le sens large et la nécessité échappèrent, sans doute, à la majorité des membres de la Commission sénatoriale, chargée de l'examiner, puisqu'elle ne fut pas discutée par la Haute

assemblée.

Proposition de loi Chautard (séance de la Chambre des députés du 28 mars 1910) ayant pour objet la création et le fonctionnement d’établissements d'enseignement publics pour les aveugles et les sourdsmuels,

ART. 1%. — Les établissements nationaux des aveugles et des sourds-muets sont rattachés au ministère de l'Instruction publique,

ART. 2. — Des écoles pour les aveugles et les sourdsmuets peuvent être créées par voie de décrets sur la demande des départements et des communes. Ces écoles, qui donnent à la fois l'instruction générale et l’instruction professionnelle, peuvent continuer la scolarité jusqu’à l’âge de 18 ans. Elles comportent nécessairement le régime de l’internat, mais peuvent recevoir des élèves externes. Elles sont mises au nombre des établissements publics,

ART. 3. — La subvention accordée par l'Etat pour les dépenses de première installation, d’appropriation et d’agrandissement sera fixée dans des proportions déterminées par l’article 7 de la loi du 20 juin 1885. Les travaux devront être exécutés conformément au plan approuvé par le ministre de l'Instruction publique, régulièrement reçu.

ART. #. — Les dépenses ordinaires des écoles d’aveugles et de sourds-muets sont supportées par les départements et communes fondateurs. Les dépenses de l’enseignement sont à la charge de l'État, dans les conditions prévues pour les écoles primaires et supérieures.

Arr. 5. — Les directeurs et directrices, maîtres el maîlresses appelés à exercer dans les écoles de sourdsmuets et d’aveugles jouissent des mêmes droits et avantages que les fonctionnaires des écoles publiques du méme ordre. Les directeurs et directrices sont

nommés par le ministre. Les instituteurs et institutrices

sont proposés par l'inspecteur d'Académie et nommés par le préfet.

Les surveillants et surveillantes sont proposés par le chef d'établissement et nommés par le préfet.

ART. 6. -- En sus des émoluments légaux, le personne] des écoles d'aveugles et de sourds-muets reçoit des indemnités ou des avantages en nature, à raison du service particulier qui lui est imparti.

ART. 7. — Les conditions d’exéculion de l’article 1°" seront réglées par voie de demandes avant le 1° janvier 1911. Des décrets et arrêtés rendus après avis du Conseil supérieur de l'instruction publique détermineront les conditions générales de recrutement, de traitement et d'avancement du personnel enseignant des diverses écoles, ainsi que les programmes d'enseignement général et professionnel.

ART. 8. — Il sera statué par des règlements d’administration publique sur les conditions dans lesquelles :

1° Seront rétribués les maîtres auxiliaires, chefs de travaux et maîtres-ouvriers, employés dans les écoles ;

2° Les employés ou agents inférieurs permanents ou temporaires seront astreints à la possession d’un livret de la caisse nationale de la vieillesse et à des versements réguliers.

ART. 9. — Un conseil de perfectionnement et de patronage sera constitué auprès de chaque école. Les membres seront nommés par le ministre de l'Instruction

publique après avis du préfet, et, si l'établissement est

communal, d’après l’avis du maire. Des dames en feront nécessairement partie.

Un conseil d'administration, nommé par le conseil municipal, si l'établissement est communal, par le conseil général, si l'établissement est départemental, sera institué auprès de chaque école, Il comprendra toujours un représentant du ministère de l'Instruction publique, un représentant du préfet du département dans lequel est situé l'établissement et au moins un médecin.

ART, 10. — Le décret portant création de chaque école déterminera les conditions spéciales de son organisalion et de son fonctionnement.

Arr. 11. — Les internats et demi-pensionnats des écoles d'aveugles et de sourds-muets peuvent être adninistrés en régie directe au compte du département ou de la commune. Ils peuvent être administrés au compte du directeur ou de la directrice en vertu d’un traité par lequel la gestion est remise au chef de l’établissement, qui s'en charge à ses risques et périls. Les traités ne sont exécutoires qu'après avoir été approuvés par le ministre de l'Instruction publique, sur avis favorable des préfets.

Il en est de même des modifications des traités.

Les tarifs minima exigibles des familles et des fondations de bourses pour frais de pensions ou demipensions, dans chaque établissément, sont fixés par le

ministre de l'Instruction publique, sur la proposition

du conseil général ou du conseil municipal, après avis du préfet.

La loi Chautard corrige dans ses dispositions la plupart des vices administratifs de l’organisation scolaire. Elle prévoit la création d'écoles nouvelles soutenues par l'Etat, le département et la commune, limite un temps de scolarité suffisant, institue auprès des établissements un conseil d'administration, de perfectionnement et de patronage dont la composition même est réglée avec soin et qui attirerait l'attention des pouvoirs publics sur les modifications ou réformes utiles. Le statut des instituteurs, enseignant dans les écoles spéciales, est enfin établi nettement, leur situation devant correspondre, ce qui est logique, à celle des instituteurs des écoles ordinaires. En sus des émoluments légaux, le personnel des écoles d’aveugles reçoit des indemnités ou des avantages en nature à raison du service particulier qui lui est imparti. C’est là une mesure juste et naturelle. Les directeurs devenus fonctionnaires n’ont plus, grâce à l'intervention des personnes administratives, à être préoccupés par les mille soucis surtout financiers que comporte le régime qui, hélas! subsiste, régime qui entraîne parfois d’inextricables situations que seuls des expédients peuvent permettre d'éclaircir momentanément et apparemment.Justice est rendue aux aveugles qui ont à la fois l'obligation et la possibilité de cultiver leur esprit et d'apprendre un métier.

Mais quel sera le nombre des écoles d’aveugles le

jour où la proposition Chautard deviendra loi et quelle sera leur constitution intérieure? C’est ce que nous allons examiner à grands traits mainlenant.

Les écoles régionales. — Les écoles d'aveugles,au lieu d’être soutenues après avoir été créées soit par une commune, soit par un département, ainsi que l’indique la proposition de loi que nous avons examinée, pourraient l'être soit par plusieurs communes, soit par plusieurs départements, soit même par l'Etat seulement, afin qu'elles puissent recevoir les enfants aveugles d’une région tout entière. Leur nombre est heureusement trop faible pour nécessiter la création de nombreux établissements. Au contraire, le mérite d’une législation nouvelle, relative à l’enseignement des aveugles, consisterait notamment à réduire le trop grand nombre des établissements existant actuellement, établissements où règne souvent le désordre, où l'action est paralysée par la pauvreté, où les moyens d'éducation et d’instruction des aveugles (c’est-à-dire leurs futurs moyens de vie) sont d’une navrante faiblesse.

En conséquence, nous exprimons le vœu que les écoles régionales, organisées par la proposition Chautard au point de vue administratif, soient peu nombreuses, mais organisées et outillées rationnellement,. Nous ajoulons qu'il serait désirable qu'elles aient la personnalité civile comme nos universités, ce qui leur permettrait, le cas échéant, de profiter des dons

et legs qui leur seraient faits. à NEA

Division des écoles régionales, — Elles seraient composées de quatre parties distinctes :

1° Une école maternelle, dont l'importance nous apparaît si grande que nous ne craignons pas d'affirmer que le développement ultérieur de l'intelligence et des moyens des aveugles est en fonction des leçons qu'ils y reçoivent. Former l’homme extérieur, développer les organes des sens, enseigner la manière de marcher, de se présenter, de se tenir, corriger les habitudes désagréables ou ridicules, donner à l’aveugle l'aspect extérieur du clairvoyant, fortifier son tempérament, lel est, d’après l'abbé Rousseau, l'objet de l'éducation physique pour l'enfant aveugle, éducation qui sera le fondement de l'enseignement qu'il recevra à l’école maternelle. N’hésitons pas à lui faire faire de la gymnastique et à imiler à cel égard les Anglais et les Américains qui ont ainsi obtenu de remarquables résultats.

Tous les enfants privés de la vue auraient intérêt à fréquenter l’école maternelle où seront observées scrupuleusement les sages prescriptions condensées et publiées par l'Association Valentin Haüy et que nous avons reproduites ci-avant (1).

2° Une école primaire pour les enfants normaux de 7 à 13 ans et pour les mineurs devenus aveugles et ayant dépassé l’âge de scolarité. Ces derniers ne seront que réadaptés, c’est-à-dire que, outre le métier dont ils

(1) Voir p. 67 et Suivantes : Instruction pour la première éducation des enfants aveugles.

feront l'apprentissage, on leur enseignera l'écriture et la lecture Braille. Le cas échéant, selon l'expression de Mile Extrait, un cours primaire supérieur permettrait aux élèves qui se destinent à l’enseignement de poutsuivre leurs études jusqu'à l'obtention du brevet élémentaire.

3° Une section d'arriérés pour les enfants du même âge, dont le développement physique ou intellectuel a été retardé, et qui, mêlés aux autres aveugles, entravent l'instruction de ces derniers. N'y seraient admis que les anormaux pédagogiques, c’est-à-dire les enfants qui semblent susceptibles d'acquérir avee le {emps et des procédés particuliers un certain développement intellectuel. Après un certain délai, les enfants reconnus arriérés profonds ou gâteux seront envoyés dans un asile spécial.

4° Un atelier d'apprentissage pour les jeunes gens et jeunes filles de 13 à 18 ans. Nous examinerons longuement dans le chapitre « Les aveugles au travail » les principes dont l'application est nécessaire si l’on veut atteindre le but, — en même temps que les professions à préconiser et enseigner. Aussi nous contentons-nous de renvoyer le lecteur à cette partie de notre exposé.

Quelques remarques. — L'école primaire régionale serait mixte. Les classes y seraient homogènes, comprenant de dix à quinze élèves. La section d’arriérés serait mixle et confiée à une maîtresse clairvoyante,

spécialisée. L'atelier serait divisé en deux groupements,

celui des garçons el celui des filles, dirigés respeclivement par des contremaîtres et des contremaîtresses. Il n’est point indispensable d'insister sur l'intérêt qu'il y a à respecter cette division. Des expériences ont été faites el toutes ont amené les typhlophiles à la même conclusion.

Le programme des études, tout en s’approchant le plus possible des programmes ordinaires, devra être plus souple. Il ne faut pas oublier, en effet, que chaque enfant aveugle est un cas particulier. Outre les exercices physiques qu'il ne cessera de faire, il y auraavantage à lui donner le goût du dessin et du modelage. L'enseignement des sciences exactes, les leçons de choses rationnellement données sont de nature à favoriser l’épanouissement de son intelligence et lui permettront de concevoir ce qu'il ne peut percevoir.

Quant à la section d’arriérés, son programme consistera essentiellement à initier les élèves à la vie normale et à l’école ordinaire. Ainsi que l'écrit Mile Extrait, l’instilutrice à qui incombera la responsabilité et l'honneur de les diriger et de les éduquer devra posséder de grandes qualités d'esprit et de cœur.

Les métiers classiques des aveugles seront enseignés à l’école régionale. Chaque école se spécialisera en outre pour un autre mélier. Il n’y aura abandon de la musique que s'il y a inapüitude reconnue à en tirer parti. À treize ans, s'ils réunissent les conditions du

« bon musicien », un cerlain nombre d'élèves seront

envoyés à l'Institution nationale, devenue, en même temps qu'école normale d'enseignement, école supérieure de musique. Mais la sélection devra être faite soigneusement. Il ne faut gaspiller ni le temps, ni l’argent, et s'il ne faut demander aux individus que ce qu'ils peuvent donner, il faut en exiger le maximum.

Les maitres et l'école normale d'enseignement. — Pour les raisons que nous avons données dans ce chapitre sous le titre « les Maîtres » (1), les instituteurs employés dans les écoles régionales seront aveugles et clairvoyants. Les maîtres privés de la vue subiront une préparation sinon identique, du moins équivalente à celle des clairvoyants. Ces derniers cultiveront leurs sens et apprendront à connaître la psychologie et les moyens spéciaux des aveugles.

Préparation à l'enseignement des aveugles. — L’Institution nationale étant devenue école normale (une école primaire pourrait sans inconvénients lui être annexée): 1° les instituteurs aveugles, recrutés dans les écoles régionales,entreraient à l’école normale spéciale munis du brevet élémentaire et y feraient un séjour de trois ans.

2° Les instituteurs clairvoyants, recrutés parmi les élèves ayant terminé leur deuxième année d'école normale ordinaire, y seraient admis pour un an, après un stage d'une année dans une école régionale d’aveugles

comme répétiteurs-surveillants.

(x) Se reporter à la page 82.

3° Les élèves postulant aux fonctions de maîtres apprendraient, sous la direction de professeurs d'élite (aveugles ou clairvoyants), la pédagogie spéciale et pratique pour l’enseignement aux aveugles et se familiariseraient avec le maniement des appareils ed nécessaires à leur éducation. ï

4° Aveugles et clairvoyants devraient obtenir à teur sortie de l’école normale spéciale le « certificat d'aptitude à l’enseignement des aveugles ».

Les aspirants-professeurs ne pourraient entrer à l'école normale spéciale qu'après approbation du directeur de l’école régionale, dont le rôle sera délicat et qui, par conséquent, devra lui-même êlre choisi avec soin,

Utilité de ces réformes. — Le rattachement de l’enseignement des aveugles au ministère de l'Instruction publique et l'institution d'écoles régionales spécialisées nous paraissent si nécessaires que, sans ces réformes, nous croyons qu'il serait vain d’espérer quelque amélioration du sort des aveugles. D'autres typhlophiles, et parmi eux les plus compétents, ont exprimé à maintes reprises le vœu de voir réorganiser l'enseignement des aveugles. Après le regretté Freyssinier qui. pendant plusieurs années fut l'apôtre ardent des idées exposées en ce modeste ouvrage, après M. Ernest Vaughan, éminent directeur de l'hospice national des Quinze- Vingts, el plusieurs des spécialistes les plus distingués comme Mile Extrait, soue-directrice de l’école municipale de Lyon-Villeurbanne, et M. Boyer, directeur de

l'école de Dijon, M. Pierre Villey, aveugle et professéur à la Faculté des lettres de Caen, écrivait dans le Matin du 13 mai 1910 :

« L'enseignement des aveugles est dans un terrible état d'anarchie. Il importe de le réorganiser au plus vite. Il faut que les pouvoirs publics le fassent sans retard... » |

Ainsi l’on peut dire que la plupart des aveugles et des typhlophiles qui ont examiné d’un peu près la question sont convaincus de la nécessité et de l'urgence de réformes qui, si elles sont de nature à élargir singulièrement le champ d'activité de ceux dont nous plaidons la cause et si elles sont profondes, puisqu'elles doivent transformer les conditions actuelles des écoles spéciales, ne seront pas néanmoins l'occasion de considérables dépenses et de travaux difficiles et ingrats.

Les inconvénients nombreux du régime actuel de l’enseignement des aveugles constituent, à notre avis, les arguments décisifs qui militent en faveur de l’adoption des mesures que nous préconisons soit par le Parlement, soit par le gouvernement. Cependant tous les typhlophiles n'en sont point partisans. Un certain nombre d’entre eux, parmi lesquels se trouvent des hommes notoires, estiment en effet que :

1° Seules l’excessive parcimonie des conseils généraux d’une part, la stupide vanité, la cupidité ou la dangereuse Lendresse des parents, d'autre part, expliquent ce fait que sur plus de 2.500 mineurs, 900 seule-

ment sont élèves d'établissements d'éducation.

2° Les résultats obtenus prouvent que les maîtres sont bons, et, si des réformes sont utiles dans les méthodes, les programmes et l'administration de l’enseignement, les typhlophiles et l'Association Valentin Haüy — dont la composition et les moyens matériels et moraux sont universellement connus et appréciés — modifieront ce qu'il y a à modifier avec la sagesse et la délicatesse voulues.

3° L'instruction des aveugles est sans utilité si les élèves, à la sortie de l'école, ne sont pas patronés. Or, seule l'initiative privée peut organiser un patronage efficace grâce à l'adhésion implicite du ministère de l'Intérieur.

4° L'Etat introduirait l'esprit laïque dans les 1nstitutions d’aveugles et risquerait de porter un grave préjudice à leurs élèves pour qui la religion est une source féconde de force, d'espérance et de joie.

5° La liberté dans les méthodes et les programmes provoque une saine émulation qu'on ne saurait trop encourager, parce qu'elle est l’origine du progrès. L'uniformité dans l’enseignement, conséquence inévilable de la mainmise de l'Etat, engendre au contraire l'état de stagnation, la routine qui est une réaction.

En conclusion, les parlisans du sfa{u quo dénient à l'Etat tout pouvoir d’éducateur en ce qui concerne les aveugles et ne lui reconnaissent que le devoir de s’efforcer d’alléger le budget des établissements destinés à

l'instruction des aveugles, c’est-à-dire de leur allouer

des crédits. Si les méthodes sont quelque peu désuètes,

elles seront adaptées aux besoins des aveugles, mais

pour obtenir ces résultats point n’est besoin de l’intervention du pouvoir officiel. « Ferme disciple de Le

Play, écrit quelque part M. de la Sizeranne, il me

semble que le véritable rôle de l'Etat est d'aider, de

compléter l'initiative privée, de la subventionner et non de s’y substituer. » En somme, modifier le régime. actuel des écoles spéciales, ce serait, pour les adversaires du rattachement de l’enseignement des aveugles au ministère de l'Instruction publique, porter atteinte au patrimoine moral et à l'intérêt matériel de ceux dont nous voulons le bien.

Les développements de la première partie de ce chapitre répondent à notre sens à la plupart de ces arguments. Cependant, nous ajoutons, à ce que nous avons longuement exposé, que le rattachement de l'enseignement des aveugles au ministère de l’Instruction publique et l'institution des écoles régionales impliquent de nombreux et sérieux avantages, notamment en ce qui touche les méthodes, programmes et moyens, la situation et le recrutement des maîtres, le recrutement des élèves et les possibilités financières. Ces réformes n'entraînent pas comme inconvénients, et la suppression du patronage, et la pression sur les consciences. La société de placement en faveur des anciens élèves de l'Inslitution nationale des jeunes aveugles ne fonctionne-t-elle

pas à côté de l'administration centrale, avec et par elle?

Le ministre de l'Intérieur n’y faisail-1l pas une allusion favorable en une circulaire du 31 juillet 1906? De plus, MM. les Directeurs de l’Assistance et de l'hygiène publiques, Mirman et Brisac, on! toujours pensé que le patronage seul pouvait permettre le plein effet des Hbéralités matérielles et morales (placement, conseils) des amis des aveugles. Quant à la liberté de conscience, elle serail pleine comme elle l'a été, peut-on dire, toujours dans nos écoles officielles.

Les aveugles surtout se sont opposés au vote de la loi Chautard qui consacrait en 1910 la réforme qu’aujourd’hui encore nous préconisons. Ils craignaient en effet de perdre l'espèce de privilège d'enseigner qu'ils ont acquis et voir se substituer à eux des maîtres clairvoyants. Or, nous sommes persuadés que dans la mesure de leur compétence, les maîtres aveugles conserveront leurs places et continueront à avoir accès aux fonctions qu'ils convoitent le plus, et que même leur situation matérielle sera considérablement améliorée.

Deux dernières considérations pratiques viennent corroborer notre opinion. La première est tirée de l'examen de la situation à l'étranger au point de vue qui nous préoccupe. La dernière provient des constatations pénibles relatives au fonctionnement des écoles d’aveugles, constatations que nous avons pu faire depuis le début de la guerre actuelle.

Le statut des écoles d'aveugles dans quelques pays étrangers. — En Belgique, la loi communale du 30 mars 1836, article 131, n° 17, met à la charge de la

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commune les frais d'instruction et d'entretien des avéugles et des sourds-muets sans préjudice des subsides fournis par les provinces et par l'Etat « lorsqu'il sera reconnu que la commune n’a pas les moyens d'y pours voir sur ses ressources ordinaires ». La loi du 27 décembre 1891 déchargeant les communes fait supporter les frais par les provinces ou l'Etat. Que les établissements soient privés ou officiels (il n’y a qu’une école officielle), tous sont soumis à l’inspection de l'Etat.

En Amérique, l’enseignement des aveugles dépend du ministère de l’Instruction publique. Quelques brèves indicalions donneront une idée de la généreuse activité américaine en faveur de ceux qui sont privés de la vue, La section 4869 des statuts réservés des Etats-Unis stipule que : « Toutes les fois qu'une personne aveugle d'âge éducable ne peut avoir à sa disposition les moyens d'assurer son éducation, il sera ordonné que ladite personne soit inslruite dans quelque établissement d'éducation d’aveugles, à Maryland ou autre Etat, aux frais de cet Etat et du trésor des Etats-Unis. » L'Etat de New-York pourvoit à l'instruction et aux besoins des aveugles et paye pour chaque élève envoyé dans un établissement public ou privé une pension annuelle de 4.500 francs. Une loi a rendu en 1891 l'instruction pour les aveugles obligatoire dans l’état de Connecticut.

De même en Italie, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Angleterre, l'instruction des aveugles dépend dela seule administration dont elle doit logi-

quement relever. ;

Les écoles d'aveugles pendant la querre. — Ja guerre a montré une fois de plus, et de façon vraiment saisissante, que les aveugles n'avaient pas, dans l'état actuel du problème, droit à l'instruction. En effet, la plupart des établissements spéciaux ayant été transformés en ambulances, au début des hostilités, ils ont été fermés à leurs élèves pendant plusieurs mois, parfois même plus longtemps encore. C’est ainsi que l’Institution nationale n’a rouvert ses portes à quelques dizaines d’aveugles qu’au cours de l’année 1917. Imagine-ton assez le préjudice causé à des centaines d'enfants qui, pauvres, le plus souvent, ne peuvent se livrer chez eux, faute du matériel indispensable, aux exercices ou travaux qui devaient assurer leur avenir ?

Demain parce qu’elles n’ont plus de ressources, le taux fixé pour les bourses d’internat étant devenu notoirement insuffisant, plusieurs écoles devront refuser d'accomplir leur mission. N'y a-t-il pas là de tristes mais décisifs arguments à l'appui de notre thèse ?

Le rattachement de l’enseignement des aveugles au ministère de l’Instruction publique et l'institution des écoles régionales s'imposent donc. Ne devons-nous pas être surpris et navrés qu'en France, pays où lout principe est sacrifié à la civilisation, ce soient des infirmes qu'on laisse ignorants, quand ce sont ceux-là même auxquels l'instruction fournit, avec un modus vivendi, le réconfort moral et intellectuel nécessaire. Il y a là mieux que des intérêts à défendre, il y a une œuvre sociale et de justice à accomplir.

L'oisiveté avilit l’homme et fait de lui un « parasite ». Le travail le libère et l'honore en en faisant un être social. Qu'est-ce qu'un être social ? C'est celui qui vit conformément aux lois d'un État policé, comme aux lois morales, qui, par conséquent, n’est pas à la charge de la sociélé et travaille; c’est un être qui produit et est susceptible d'entretenir la famille dont il est ou sera le chef. Or les aveugles, si grands que puissent être les inconvénients qui résultent de leur infirmité, peuvent travailler, produire, et donc constituer des forces sociales peut-être amoindries, mais nullement négligeables. Mais pour travailler ils devront, s'ils sont aveugles de naissance ou ont perdu la vue en bas-âge, recevoir une éducation professionnelle pratique et, s’ils sont accidentels ou tardifs, s’efforcer de conserver leur métier ou être rééduqués convenablement.

Nous étudierons successivement dans ce chapitre d’abord quelles sont les professions qui peuvent être le plus facilement et le plus avantageusement exercées par les aveugles ; ensuite, l'organisation, le programme

et le but des écoles d'éducation et de rééducation. Nous

, RSS à Le dégagerons enfin, des développements antérieurs, d’uti-

les conclusions.

Les professions.

Pour en rendre l'exposé plus clair,nous avons adopté la distinction suivante dont les termes devront être envisagés d’une façon large.

Les professions convenant aux aveugles sont divisées en :

1° Professions manuelles ;

2° Professions non manuelles ou non exclusivement manuelles.

Professions manuelles.

Considérations générales. — Un principe « essentiel » devra guider les aveugles — ou ceux à qui incombent le devoir et la responsabilité de les guider — dans le choix de leur profession. Elle devra en effet correspondre à leurs aptitudes et à leurs moyens. Plus loin, lorsque nous parlerons des écoles d'éducation ou de rééducation, nous reviendrons sur ces points importants. La profession choisie, ils devront s’efforcer de devenir de « bons ouvriers », c’est-à-dire arriver à produire vite et bien. Leur production, si elle est rapide, leur permettra de s'assurer un salaire convenable. Mais en aucun Cas la rapidité de leur travail ne devra porter préjudice à sa qualité. S'ils produisent bien, en effet,

ils s’attacheront leur clientèle et même l’augmenteront

et contenteront leurs employeurs qui seront ainsi amenés à améliorer leur sort. De plus — et il ne faut pas l'oublier — s'ils mettent dans le commerce des objets dont la façon est imparfaile et qui ne remplissent pas les conditions auxquelles ils doivent répondre (besoins ou désirs de la clientèle), non seulement ils se feront du tort, tort dont le signe sera la diminution de leur gain, mais encore, et c'est plus grave, ils porteront préjudice à leurs frères aveugles que les clairvoyants estimeront désormais incapables de les satisfaire. Il est malheureusement exact qu'un grand nombre de travailleurs aveugles, qui n'ont pas pu ou voulu compléter leur apprentissage, végèlent dans la vie, luttant péniblement contre la misère. Bien qu'ils soient aidés par les pouvoirs publics (assistance aux infirmes) ou les œuvres d'assistance privées, parfois hélas ! irrités par la souffrance et les rancœurs ou dominés par le vice, ils sont amenés à demander l'aumône, ce quiavilit, mais ce qui rapporte. Ïl serait souhaitable qu'après la guerre actuelle on interdise formellement la mendicité sous de sévères sanctions. Il ne faut pas que nos mutilés amputés, aveugles ou paralysés, exploitent la compassion des passants et privent le pays de bras dont il a un besoin si impérieux. Il semble que de tout temps on ait craint de mécontenter les mendiants et les parasites. Il convient au contraire de faire disparaître en eux l'envie d’exister aux dépens de ceux qui « travaillent », S'il est juste et sage d’assister les faibles et les malheureux, il est dange-

reux et criminel d'encourager le vice. Le public, par exemple, a trop devant les yeux le misérable tableau de l'aveugle qui implore la charité et est trop privé du noble et réconfortant spectacle de l'aveuglequi travaille. En conséquence, dans le problème qui nous préoccupe, les éducateurs et rééducateurs professionnels devront veiller à ce que:

1° Leurs élèves arrêtent leur choix sur la profession répondant le mieux à leurs aptitudes et dont l'exercice leur permettra de réaliser le profit maximum ;

2° Ils comprennent que leur intérêt en même temps que l'intérêt de tous les aveugles travailleurs exige une conscience professionnelle absolue, partant un apprentissage soigneux et complet. Cela posé, quelles sont les qualités fondamentales qui caractérisent les professions convenant aux aveugles, en général, placés dans une situation non spéciale ? Elles doivent ne nécessiter qu’une adresse et une force musculaire moyennes, un apprentissage court, un outillage simple et peu coûteux el aboutir à l’écoulement facile et certain des produits fabriqués. 11 convient de souligner l'importance de ces caractéristiques qui semblent avoir échappé à plus d’un à une époque où, mû par l’âpre désir de bien faire ou même simplement de « faire quelque chose », chacun avec sa philosophie, sa manière,préconise « son métier » pour nos glorieux mutilés. Mais elles sont si évidentes que point n’est besoin d’insister pour en faire apparattre la réalité.

Classification des professions manuelles. — Nous avons classé les professions exercées par les aveugles — ou dont l'exercice leur est possible — en deux groupes dont le premier se subdivise en plusieurs catégories,

sa voIr :

1° Métiers divers qui peuvent être exercés individuellement par des aveugles ;

2° Métiers pour groupements d’aveugles ;

3° Les métiers qui peuvent être exercés individuellement par des aveugles peuvent être désignés sous les trois rubriques suivantes :

À) Métiers qui ont fait leurs preuves ;

B) Métiers actuellement à l'épreuve ou insuffisamment éprouvés ;

C) Métiers d'agrément.

Nous ne pouvons pas prétendre donner une liste complète de ces métiers. Nous nous excusons donc auprès du lecteur d’omissions d'autant plus faciles à faire que, depuis la guerre, l'immense mouvement de sympathie qu'ont provoqué les blessés aux yeux a amené leurs si nombreux amis à faire des expériences aussi multiples que variées en vue d'élargir le champ possible de leur activité. Nous ferons suivre la désignation de chacun des métiers énumérés de quelques explications utiles en définissant brièvement ses avantages et ses inconvénients.

La-brosserie, la chaiserie, la vannerie sont couran-

ment enseignés dans les établissements d'aveugles. Ce pe

sont les « métiers types ou ordinaires » des aveugles, répondant — ou étant réputés tels — aux aptitudes les plus fréquentes de la grande majorité d’entre eux. S'ils sont, en effet, préférés à tous autres par la plupart des éducateurs et rééducateurs, c’est que ces derniers savent avec certitude ce qu'ils valent, puisqu'ils sont depuis fort longtemps enseignés et préconisés. Peut-être seraitil aisé de trouver de meilleurs et plus lucratifs métiers. C’est ce que l’on a enfin compris depuis 1915 environ, mais avant cette époque les conditions de travail des aveugles semblaient « immuables », et ces trois métiers les seuls qu’ils pussent exercer avec des avantages relatifs, que nous ne nions pas. Ils peuvent évidemment s'exercer, les deux premiers surtout, avec un outillage très simple et dans un espace restreint. Ils permettent notamment de compléter les ressources de ceux qui ne s'y livrent pas d’une façon permanente et exclusive en leur procurant un bon « salaire d'appoint » (1). C’est ainsi que des cultivateurs, frappés de cécité soit sur les champs de bataille, soit au cours normal de leur exis-

tence, continuent à s'occuper d’agricullure (2), sans

(x) Nos soldats aveugles touchant une pension de 975 francs par an, pension qui sera élevée, d’après le projel actuellement déposé sur les bureaux de la Chambre et qui a toutes chances d’être voté, au taux de 1.200 francs par an, le gain produit par leur travail est souvent considéré, et est le plus généralement en fait, comme salaire d'appoint, c’est-à-dire destiné à couvrir le déficit du budget « nécessaire » à leur subsistance et à celle des leurs, étant envisagée la somme, montant de leur pension.

(2) Voir Les aveugles et l'agriculture, p. 126.

pouvoir, comme avant qu'ils fussent plongés dans la nuit, y consacrer tout leur temps et toutes leurs forces. Tout cela est appréciable. Mais, comme l'écrivait Mlle Extrait, ce n'est pas assez pour absorber un homme dans la force de l’âge, c'est trop peu surtout, pour qu'il puisse, s’il a une famille, produire les ressources habituellement apportées par le chef.

Un an suffit en moyenne pour l'apprentissage simultané de la brosserie et de la chaiserie. Quinze à dixhuit mois deviennent nécessaires si l’on y ajoute la vannerie. Ces trois professions exercées de pair par le même ouvrier (ce à quoi nous invitons instamment tous les aveugles qui ont choisi au moins l’une d'entre elles) lui évitent les chômages presque forcés. L'ouvrier aveugle brossier, chaisier ou vannier, arrive à un gain moyen (d’après les typhlophiles qui se sont occupés de la question) de 2 ou 3 francs par jour, soit environ la moilié du gain du clairvoyant travaillant dans les mèêmes conditions. C’est du reste la constatation pénible, mais évidente que l’on fait toujours lorsqu'on met en parallèle le clairvoyant et l’aveugle. Le travail de ce dernier peut être aussi bien, si ce n’est mieux, mais 1l s’accomplit plus lentement. Mais le plus triste (il faut dire Ja vérité, si pénible qu'elle puisse paraître), c'est que le maigre salaire de 2 ou 3 francs dont nous parlions ci-avant est rarement atteint. Il le serait plus souvent $i, comme on le fait dans plusieurs écoles d’éduca-

tion ou de rééducation, on enseignait aux élèves au

moins deux des trois métiers dils « ordinaires » des aveugles, sinon les trois. En admettant que ce salaire soit atteint (il est suffisant seulement comme salaire d'appoint), en tout cas, l’ouvrier dévra travailler dans les meilleures conditions possibles, c’est-à-dire avoir des matières premières et pouvoir écouler ses produits. Or, il est incontestable (et les typhlophiles ne nous désapprouveraient pas) que trop de fois il lui manque soit du chiendent, des bois ou des soies, soit une suffisante clientèle. Et cetle situation s’est aggravée depuis qu'un nouveau et important contingent, formé des soldats blessés aux yeux, est venu s'ajouter à ceux qui seraient en bien des cas morts de faim à faire de la brosse ou de la chaise ou du panier, si quelqu'intervention opporlune des pouvoirs publics ou surtout des associalions charitables ou d'assistance ne s'était produite. En ce qui concerne la brosse surtout, il ne faut pas hésiter à crier le danger, d'autant plus qu'il faut bien tenir compte de la concurrence des usines qui la fabriquent mécaniquement par quantités el en avilissent le prix.

Nous estlimons, en somme, que si la brosserie, la chaïserie, la vannerie ont donné et donnent des résultats appréciables, ne nécessitant qu'un apprentissage court et facile el un oulillage réduit, ces métiers sont peu rémunérateurs. Or, 1l est incontestable que le « profit maximum » conslitue dans le problème professionnel le bul poursuivi. Nous üirerons donc des faits les conclu-

sions que voici :

CN

1° Puisque, d’une part, les aveugles sont soumis à l’'universelle et bienfaisante loi du travail et que, d'autre part, des métiers simples leur sont accessibles, nous ne pouvons admettre que par ignorance ou par vice ils s’y soustraient ; Fe

2° Dans l’état actuel des choses, la brosserie, la chaiserie et la vannerie peuvent encore constituer la base de l'enseignement professionnel des aveugles, mais, étant considérées les conditions et la rémunération de leurs efforts, toute notre énergie doit tendre à faire adopter de nouveaux et plus lucratifs méliers.

L'accord des pianos (ou autres instruments) est l’une des meilleures professions accessibles aux aveugles. Elle leur permet, s'ils arrivent à se créer une clientèle, de gagner en moyenne de 2.500 à 3.000 francs par an. De plus, elle est souvent exercée par des professeurs de musique ou des organistes qui arrondissent ainsi leur gain. Mais |” « accord » nécessite certaines aptitudes sans lesquelles le succès ne saurait être possible. Ces conditions essentielles de réussite sont notamment une certaine délicatesse de l’ouïe et une adresse de main que tous sont loin de posséder. En outre, cette profession exige un sérieux apprentissage de trois ans en moyenne. Il peut être fait dans plusieurs écoles, en France, mais il est désirable que toutes soient en mesure de le donner rationnellement et pratiquement. Les accordeurs doivent être des ouvriers d'élite.

La masséthorapie. — Au congrès des typhlophiles,

réuni à Paris, en 1910, il a été reconnu que le massage pouvait assurer 20 francs par jour à l’aveugle et que pour être susceptible d'exercer cette profession, deux années de studieux apprentissage sont, en moyenne, nécessaires. Mais il est ülile d’insister sur les aptitudes et qualités qu’en exige l'exercice. Le sujet qui désire être masseur doit posséder une instruction générale assez développée, avoir une santé solide, car c'est un métier dur, être d'une moralité certaine et jouir d'un physique convenable. Au Japon, celte profession est réservée aux seuls individus privés de la vue. En France, de nombreuses expériences ont été faites et plusieurs ont donné d’heureux résultats. Nous espérons que les médecins et les administrations d'hôpilaux, de sanatoria et d'établissements thermaux n’hésiteront plus (comme ils l’ont trop souvent fait et ont encore aujourd'hui tendance à le faire au détriment de nos soldats aveugles), à faire appel aux aveugles masseurs. Nous pensons aussi que le massage est l’une des meilleures professions pour la femme aveugle que l'on arrachera ainsi bien souvent soit à la misère,soit au refuge, où s'écoule en général sa pauvre et monotone existence.

La cordonnerie à pris une grande importance à l'Institut royal de Copenhague. Elle est enseignée en Angleterre et en Amérique où elle est vivement conseillée. M. Boyer, directeur de l'Ecole des aveugles de

Dijon, l’a introduite en France où elle a, comme tout ce

qui commence,ses adeptes et ses détracteurs. Cependant dès maintenant des résultats intéressants sont obtenus. L'annexe des Quinze-Vingts, Maison de Reuilly, à Paris, préconise ce mélier el aussi le simple ressemelage d'apprentissage et d'exécution faciles qui, dit-on, procurerait aux travailleurs privés de la vue un salaire supérieur à celui qu'ils pourraient obtenir en confectionnant des brosses, même en assez grand nombre. Ce qui est cerlain, c’est que les cordonniers frappés de cécilé peuvent aisément continuer leur métier.

La bourrellerie, la corderie et la confection des sangles adoptées en Angleterre et en Amérique surtout ne semblent pâs présenter de difficultés sérieuses et doivent permettre d'obtenir des résultats sensiblement les mêmes que ceux de la cordonnerie.

La tonnellerie. — Ce métier n’était guère exercé avant la guerre que par deux ou trois individus. Il est actuellement enseigné à Paris, à la Maison de Reuilly, où les meilleurs ouvriers parviennent à faire un tonneau en leur journée. Les tonneliers aveugles trouveront, si on les aide un peu, à se placer ou à écouler leurs produits.

Les aveugles et la téléphonie. — C'est là une profession agréable dont l'apprentissage ne demande que quelques heures d'attention. Plusieurs dispositifs (1) permettent au léléphoniste qui ne voit pas clair de

relier soit les divers services d’une maison de commerce

(1) L'un de ces dispositifs est dû à un aveugle, M. Marius Léger, de Toulouse,

ou d’une admimistration (1), soit l’un de ces services avec le réseau central. Nous sommes sûrs qu’'industriels, commerçants et pouvoirs publics confieront désormais de préférence ce poste à des aveugles qui, grâce à de légères modifications des appareils et à la faculté qu’ils ont de prendre des notes soit en Braille, soit à la machine à écrire, s’acquitteront de leur tâche à la satisfaction entière de leurs employeurs.

B) Métiers qui peuvent étre intéressants, actuellement à l'épreuve. — Cette catégorie comporte une liste déjà longue de métiers divers, liste qui est loin d’être close. Les événements actuels notamment ont provoqué un mouvement de sympathie si vif en faveur des viclimes de la guerre que les initiatives de toute sorte,notammenten ce qui touche-la rééducation professionnelle, ont été prises, initiatives qui n'ont pas loujours obtenu ou n'obtiendront pas le succès escompté par leurs auteurs. Nos soldats aveugles, plus que les autres mutilés, ont amené les philanthropes et les inventeurs à employer toute leur ingéniosité à trouver de nouveaux et lucratifs méliers ou à adapter des métiers anciens à leur situation particulière. Nous ne pouvons les noter tous, mais nous renvoyons le lecteur que ces recherches, par-

fois bien décevantes, intéresseront aux publications

(1) Des téléphonistes aveugles sont employés dès aujourd'hui par plusieurs administrations, notamment la mairie, la préfecture et le polygone de Toulouse. |

destinées aux soldats aveugles où il en est Loujours plus ou moins question (1).

La dactylographie et la sténo-dactylographie.— Rien de plus simple que d'apprendre la dactylographie à un aveugle. Une ou deux leçons, quelques heures suffisent pour qu'il connaisse le maniement de la machine, pour lequel il n’a besoin d'aucun appareil spécial. Beaucoup d’aveugles l'utilisent dans le but de correspondre plus facilement. Mais, nous plaçant au point de vue professionnel, nous sommes obligés de conslater que peu d'aveugles, en France moins encore qu’en Angleterre et en Amérique, ont tiré parti de la machine à écrire. Tout-en connaissant fort bien les objections souvent fondées (2) que l'on peut faire à leur emploi, nous pensons que le nombre des dactylographes privés de la vue pourrait augmenter. Une bonne instruction primaire, un style et une orthographe corrects sont indispensables à l'exercice de cette profession. De plus, il est

désirable que les postulants à cette profession appren-

(1) Les principales de ces publications sont : les appels et compte rendus des œuvres poursuivant un but de rééducation, le Journal des soldats blessés aux yeux, créé par M. Brieux, de l’Académie française ; le Journal des soldats aveugles, le Louis Braille, le rapport du Congrès interallié pour l’étude des questions intéressant les mutilés, réuni à Paris du 8 au 12 mai 1917, etc... © (2) La plus importante de ces objections consiste en ce que, employé dans quelque bureau que ce soit, si le dactylographe aveugle fait une erreur ou si au dernier moment des modifications sont apportées, soit à la forme d’une phrase, soit à la valeur de chiffres, il ne peut, sans l’aide d'autrui, se relire, repérer avec certitude la place où doit être faite la correction ou la modification.

nent la plus pratique des sténographies préconisées pour les aveugles, dues l’une à M. Pierre Villey, professeuradjoint à la Faculté des lettres de Caen, l'autre au lieutenant Georges Muller,ingénieur des artset méliers, aveugle de guerre (1). |

La menuiserie. — Des expériences encourageantes ont été faites, notamment en Italie eten France, en vue de permettre à des aveugles d'exercer le métier de menuisier. Il n’y a guère, à notre connaissance, que deux ou trois soldats blessés aux yeux qui aient tenté cet essai (2). Nous sommes persuadés de l'intérêt qu'il y a à poursuivre ces expériences ; que des sujets particulièrement adroits uliliseront avec profit le rabot ou la varlope, surtout s'ils se contentent de fabriquer des objets simples.

Ajustage, montage de roues d'aéroplanes et d'automobiles, taillerie de bouchons, etc. — Ces métiers ne pourront être exercés que dans des usines, car ils exigent une spécialisation de la main-d'œuvre.

On peut envisager cependant la possibilité de grouper un certain nombre d’aveugles sous la direction d'un contremaître habile, comme cela se fait à la Maison de

(x) Consulter en ce qui concerne ces procédés, les mémoires et brochures publiés par MM. Muller et Villey.

(2) Les deux premiers aveugles menuisiers français ont fait leur apprentissage l'un à l « Atelier », école de mutilés que dirige Mme David Veil, à Paris, l’autre sous la direction de M. Démonet, aveugle, à Vichy.

Reuilly, groupement qui recevrait d’une ou plusieurs usines soil les commandes, soit les objets qu'il retournerait une fois façonnés. Des ouvriers ajusteurs, monteurs de roues et tailleurs de bouchons ont été formés en nombre suffisant et des résultats matériels sont assez connus maintenant pour qu’on puisse affirmer que ces métiers sont très rémunérateurs, à condition toutefois qu'un apprentissage très sérieux ait été fait au préalable.

Les tricoteurs. — S'ils sont mariés, autrement dit, s'ils peuvent compter sur l'assistance constante d’un clairvoyant, les aveugles peuvent utiliser la machine à tricoter dont le maniement est relativement simple et qui leur permettra de réaliser un salaire sensiblement supérieur à celui qu'ils obtiendraient en faisant des brosses ou des balais, à condition qu’ils aient du travail assuré. Un aveugle, M. Carey, mort en 1913, a organisé avec des aveugles et quelques clairvoyants une véritable usine à Lausanne (Suisse), obtenant des résultats très satisfaisants. Cette petite usine fonctionne aujourd'hui sous la direction d'un autre aveugle, ancien ingénieur.

Autres métiers. — Plusieurs sont préconisés depuis quelques années, mais jusqu'à ce jour aucun fait n’est venu solidement corroborer les espérances qu’en ont conçues de généreux typhlophiles. Ce sont, par exemple, la fabrication des bouchons de liège que M. Boyer, directeur de l’Institution des jeunes aveugles de Dijon,

ne put entreprendre, faute d'argent ; celle des paillons pour l'emballage des bouteilles, etc...

C) Métiers d'agrément. — Pour un certain nombre d'aveugles, notamment pour des soldats aveugles qui veulent apporter un léger appoint à leur pension, il s’agit surtout d'éviter l’inaction et l'ennui qui en découlent, lorsque par exemple le métier ne rend pas (morte-saison, chômage). Citons à leur intention : la fabrication des sacs en papier, moins productive qu’autrefois (1), celle des paquets de bois pour allumage, la fileterie, le tournage sur bois, le macramé, etc.

2° Métiers pour groupements d'aveugles. — L'ajustage, la taillerie de bouchons, le montage de roues d'automobiles et d’aéroplanes et le tricot mécanique pourraient évidemment figurer sous cette dernière rubrique. Si nous les avons placés dans la première catégorie (2° subdivision), malgré qu'ils s’exercent habituellement en atelier (groupements d'aveugles, ou d'aveugles et de clairvoyants), c’est parce qu'ils sont aujourd'hui à l'épreuve et que les raisons de la réunion des travailleurs ne sont pas celles qui conduisent généralement les aveugles à travailler en commun, en vue de l'exercice des métiers suivants : la brosserie, la vannerie, la fabri-

(1) L'industrie des sacs en papier ne fut guère intéressante qu’au temps où les marchands de quatre saisons employaient des sacs faits en vieux papiers imprimés. Elle est aujourd’hui de rapport insignifiant. Consulter sur la question : Maurice de la Sizeranne, 30 ans de propagande en faveur des aveugles.

calion des couronnes mortuaires en perles, celle des lapis-brosses. Il a déjà été question de la plupart de ces métiers. Quelques détails seulement doivent être donnés sur l'industrie des couronnes mortuaires en perles. « Les couronnes de perles », écrit M. Ernest Vaughan, en son livre La rééducation professionnelle des soldats aveugles, conseils pratiques, Paris, Imprimerie Levé, 1915, « offriraient aussi un débouché sérieux, surtout si les femmes des aveugles (les célibataires ne seraient pas exclus de l'atelier pour cela) leur étaient associées.

«A l’école de Saint-Mandé, M. J. Genty est parvenu à faire exéculer par ses élèves toules les fleurs et feuilles imaginables : orchidées de toutes variétés et de toutes nuances, pavols, pivoines, roses, violeltes, bruyères, etc... Chaque ouvrier se consacrant uniquement à la confection d'un modèle acquiert, on le conçoit, une suprenante habileté. Nolez que rien n’est plus facile que de lui faire assortir et varier les couleurs, soil en se servant de perles de dimensions différentes, soit, plus simplement, en les répartissant, par couleur, dans une série, une sorle de clavier de sébilles ou de boîtes systématiquement disposés. L'aveugle y puisera, sans la moindre hésitation, les perles convenant aux teintes de la fleur ou de la feuille qu'il doit reproduire... Les bourrelets de toute dimension sont, comme les fleurs, confectionnés par des spécialistes. C’esl alors qu'intervient le voyant ou la voyante qui combine les dessins,

assortit les coloris, forme les gerbes, les bouquets les

plus variés avec les fleurs et feuilles détachées, mises à sa disposition, etc... »

Les intérêts qu'ont les aveugles à travailler en ateliers peuvent être ramenés aux suivants: d'abord, la division du travail et la spécialisation de l’ouvrier permettent une exécution plus rapide et plus parfaite, partant plus rémunératrice ; ensuite, l'administration, se chargeant de l'achat des matières premières et de la vente des produits fabriqués, l’ouvrier n’a que le souci de produire le plus possible, étant le plus souvent payé aux pièces.

L'inconvénient (en ce qui concerne l'exécution du travail) qu'il y a pour l’ouvrier aveugle à accomplir toujours le même labeur à l'atelier réside justement dans l’excessive spécialisation qui fait, certes, la force de l'atelier et la sienne même, s'il y reste, mais qui fera sa faiblesse si, pour une raison quelconque, il le quitte. Il sera en quelque sorte un ouvrier incomplet. Il est vrai qu'un apprentissage sérieux de plusieurs métiers peut pallier à cetinconvénient.

Agriculture. — Sauf s'il possède une exploitation agricole assez considérable pour qu'il n'ait qu’à la diriger, à l’administrer (et encore dans les travaux des champs surtout l'œil du maître est peut-être indispensable), un aveugle ne peut s'occuper avec fruit d'agriculture.

Nous le savons, M. Eugène Brieux a souvent conseillé

aux victimes glorieuses de la guerre blessées aux yeux

de regagner leur village ou leur hameau et de travailler la terre. Mais l’éminent écrivain et typhlophile a-t-il voulu signifier par là qu'il était persuadé qu'en dépit de la perte de ses yeux, un homme pouvait tirer un profit suffisant de la glèbe ? Non. Ce qu'il a toujours voulu faire admettre, c’est l'intérêt réel qu'ont nos aveugles accidentels rééduqués dans les grandes villes à retourner chez eux, parmi les leurs et leurs habitudes leur existence s'écoulera plus heureuse et leur pain sera plus facile à gagner, le prix de la vie étant à la campagne infiniment moins élevé qu’en ville. Ils peuvent, de plus, rendre chez eux infiniment plus de services qu'on ne le croit généralement : soigner les bestiaux, la basse-cour, arroser, bêcher, voire même, paraît-il, aider à labourer. Tel aveugle s’est fait un renom pour la taille de la vigne, tel autre est devenu un apiculteur émérite (1). En Angleterre, l'élevage des poules et des lapins est méthodiquement pratiqué. En France, l'idée fait des progrès et il se pourrait que des initiatives sérieuses prennent corps en vue de faciliter en même temps que le retour aux champs des cultivateurs, aveugles accidentels, leur spécialisation dans telle ou telle culture (apicullure,

élevage des volailles et lapins, etc.)

(1) Voir « Un agriculteur aveugle », par M. P. Villey, dans le Journal des blessés aux yeux, mai 1917. Ce cas n'est du reste pas unique. Plusieurs soldats aveugles sont devenus depuis leur infirmité ou ont l'intention de devenir apiculteurs.

Professions non manuelles ou qui ne sont pas exclusivement manuelles.

Nous avons divisé cette seclion en six paragraphes placés sous les titres suivants : 1° musique ; 2° enseignement ; 3° barreau ; 4° commerce ; 5° industrie ; 6° autres professions.

1° Musique. — La musique constitue pour les aveugles intelligents une profession intéressante en soi et rémunératrice. Il y aurait, sans doute, de longs chapitres à écrire sur cette question dont l'intérêt est considérable. Nous laissons ce soin à plus compétents que nous-même, nous contentant, conformément à notre plan général, de la définir et de la délimiter en quelques lignes simples et nettes.

La musique permet aux aveugles d’être : A) professeurs ; B) exécutants ; C) accordeurs.

A) Les musiciens-professeurs. — Ils sont nombreux, disséminés sur l’ensemble du territoire, les uns réussissant, les autres végélant, établis assez souvent dans de petites villes où ils peuvent plus facilement se créer une clientèle et la conserver. Pour être bon professeur de musique, il faut avoir de l'oreille, savoir le solfège et l'harmonie, savoir se présenter, avoir du goût.

B) Les musiciens-exécutants. — Peu de pianistes ou violonistes aveugles ont réussi à se faire un nom, en France du moins. En revanche, les organistes sont nombreux et parmi eux se sont distingués d’admirables talents, tels ceux des Albert Mahaut et Louis Vierne.

La loi de Séparation de l'Eglise et de l'Etat affecta les aveugles, beaucoup d'entre eux, et parmi les plus instruits, tenant l’orgue d'une église, cathédrale célèbre ou sanctuaire de village perdu. Ils considèrent en effet avec raison que les sommes, montant de leur appointement d'organistes, si elles sont le plus souvent notoirement insuffisantes, constituent néanmoins le fond de leurs ressources, d'autant plus que leur siluation les mettant de suite en vedelte leur permet de s'assurer des leçons particulières ou des cours dans quelque élablissement scolaire du voisinage.

C) Musiciens-accordeurs. — Tenant un orgue, donnant des leçons, un musicien aveugle peut en outre accorder les instruments de musique, ce qui est d’un rapport excellent. Il trouvera plus aisément sa clientèle, aura plus de chances d’être remarqué et apprécié, élant un véritable artiste, que celui qui, comme nous l'avons précédemment étudié, exerce la même profession, ayant les aptitudes essentielles des accordeurs, c'est-à-dire une ouïe délicate et une certaine adresse de main.

Mais tous, professeurs, organisles, pour que là musique constitue pour eux une profession lucralive, doivent avoir été préparés à leur carrière par un enseignement hors ligne. Si beaucoup ne réussissent pas, ce n’est pas que l'encombrement de la carrière soit tel que les nouveaux venus n’y peuvent creuser leur sillon, ce

n’est pas qu’elle offre, en principe, à ceux dont les yeux B 9

sont clos des obstacles presque insurmontables. Non, au contraire. Depuis 1830 ou 1840 que l’on forme des musiciens en France, bien des centaines ont vécu honnêtement grâce à leur profession. Mais il est dangereux que par doctrine on fasse des musiciens de la plupart des aveugles.

L'important n’est pas d’adhérer à une doctrine inévitablement fausse, si elle est absolue, c’est de faire des hommes gagnant leur vie. Il faut en conséquence tenir compte des aptitudes des enfants que l’on doit former et ne les diriger vers l’art qui nous préoccupe que s'ils en sont capables. Il est utile d'exiger d'eux une relative perfection, cela pour eux, sans doute, mais aussi pour leurs frères d’infortune, auxquels leur incapacité fait du tort. Ils doivent être au moins égaux à leurs concurrentsclairvoyants sans cesse plusnombreux et plus forts. Ils doivent non seulement posséder parfaitement leur art, mais encore bénéficier d’une culture générale et d’une éducation convenable.

51 dans toutes les écoles on doit enseigner la musique, ceux qui peuvent et veulent en faire leur modus vivendi doivent suivre les cours d’une école spéciale de musique comme l'Institution nationale des jeunes aveugles, disposant de l'outillage et des maîtres nécessaires, appliquant les méthodes, susceptibles de leur permettre d'être formés solidement et soigneusement. De plus, quand ils seront sortis de l’école, il faut qu’un patronage

sérieux soit organisé pour les encourager et les soute-

nir, les placer et les aider à constituer leur clientèle et se faire connaître, patronage utile du reste pour tous les aveugles, ainsi que nous le verrons au cours des développements qui vont suivre.

Il est indéniable enfin que la musique peut permettre à la femme aveugle de gagner sa vie. Après avoir obtenu le certificat d'aptitude pédagogique, elle pourra enseigner soit dans les écoles de l'Etat, soit dans les établissements d'éducation libres. Sa situation est le plus souvent précaire et nous estimons que seuls le massage et la musique lui assureront le pain de tous les jours et lui donneront la possibilité de s'évader du refuge où toute son existence risque de s'écouler sans indépendance et sans joie.

2° L'enseignement. — Les aveugles peuvent recevoir une instruction solide et connaître les règles de la pédagogie. Certains d’entre eux peuvent donc « enseigner », Nous l’avons vu, la plupart des professeurs de nos écoles spéciales sont privés de la vue et remplissent leurs fonctions avec intelligence et conscience. Leur situation est en général précaire, inférieure en tout cas à ce qu'elle devrait être.Quelle qu'elle soit, elle est le but vers lequel tendent les aveugles les plus intelligents. Ils considèrent l’enseignement des aveugles comme leur monopole et luttent contre l’utile collaboration des maîtres clairvoyants, non que le plus souvent ils en contestent la valeur, mais parce qu'ils craignent de se voir arra-

cher ainsi le plus sûr et le plus recherché de leurs

moyens de vie. Nous avons éludié cette question dans: le chapitre consacré à l'instruction, aussi n'y reviendrons-nous pas. Nous espérons toulefois que l’enseignement des aveugles sera bienlôt ratlaché au minis-, tère de l'Instruction publique, dontil dépend naturelle ment, afin que les maîtres auxquels est confiée la mission d'instruire nos enfants aveugles bénéficient d’un traitement identique à celui des maîtres voyants. La tâche qui leur incombe est sans doute plus lourde et la rémunération de leurs services plus faible. Il y a. là incontestablement une injustice qu'il convient de réparer au plus tôt.

Mais les aveugles, possesseurs des grades nécessaires, sont-ils susceptibles de diriger des classes de clairvoyants ? Une distinction s'impose: 1ls peuvent toujours être professeurs dans l’enseignement supérieur. Is peuvent l'être dans l'enseignement secondaire ou primaire lorsque (les élèves élant suffisamment âgés pour comprendre leur double devoir de travailler et de respecter la personnalité de leur professeur, ou qu'un surveillant leur est adjoint) ils n'ont pas le souci d’élablir la discipline. Dans ce dernier cas, il est par conséquent impossible d'établir une règle absolue. I] va là, en effet,une question d'espèces, autrement dit, ils peuvent être admis à donner l’enseignement primaire ou secondaire si cerlaines conditions sont remplies. Nous ne saurions laisser passer l'occasion de ciler quelques-

uns des noms d'aveugles qui ont montré tout ce que

peuvent l’énergie,la confiance, l'intelligence et le travail contre l'infirmité qui inspire à la fois le plus de crainte et le plus de pitié. A l'Université : Saunderson enseigua les mathématiques à Cambridge ,au xvinsiècle,etsesleçons, d'après les témoignages des contemporains, élaient les plus suivies de l’Angleterre. M. Pierre Villey, dont le, travail sur les Essais de Montaigne est un monument, est professeur-adjoint à la Faculté des lettres de Caen. Dans l’enseignement secondaire : M. Albert Léon enseigne la philosophie au Lycée de Bayonne, obtenant de remarquables résultats. C’est lui qui, il y a quelques années, en un article instructif au premier chef paru dans la Revue philomatique de Bordeaux, nous rappelait la brillante carrière de Pengeon qui, malgré que ses yeux fussent clos à la lumière, int la classe de mathématiques au Lycée d'Angers, au commencement du xix° siècle, à une époque où les aveugles étaient loin de posséder lous les moyens dontils sont dotés aujourd’hui. A l'étranger de même, de remarquables résultats ont été obtenus par M. J.-J. Monnier, au Lycée de jeunes filles de Genève ; MM. Landriani et Romagnol, en Italie, etc... Dans l’enseignement primaire enfin, dont l'accès semblait devoir être interdit aux aveugles, les questions de discipline, passant au premier plan quand il s’agit de diriger et d'instruire de jeunes enfants,se dislinguent déjà plusieurs instituteurs, qui ont été réintégrés dans leurs fonctions après avoir été frappés de cécité sur les champs de bataille. Ce sont là des exem-

ples qui seront suivis et encouragés, nous en sommes sûrs, quoique nous n’oubliions pas que les difficultés qui s'opposent à l'exercice de leur profession ne peuvent être surmontées que si certaines conditions sont remplies (1). Certes, leur mission d’éducateur peut être alors admirablement remplie puisque, ainsi que l’écrivait le sous-lieutenant Dallet, un homme digne et de noble conduite qui, les veux morts, a repris ses fonctions d’instituteur : « Nous avons sur un point une supériorité sur les clairvoyants.. je veux parler de notre action morale... Je crois avoir exercé en deux mois plus d'influence que pendant dix années de sermons et de remontrances | »

L’'Administration, revenant sur de regrettables préjugés, a enfin consenti à ouvrir larges aux aveugles les portes de l’école primaire, du Lycée et de l'Université. Souhaitons qu'elle continue à les bien accueillir pour que les futurs candidats à l’enseignement des clairvoyants, s'ils sont capables, n’aient pas à vaincre les obstacles auxquels s’est parfois heurtée l'énergie de leurs devanciers.

3° Barreau (2).

4° Industrie. — Un aveugle a-t-il la possibilité d’être

(1) Voir notamment les lettres du sous-lieutenant Dallet, instituteur à Brévin (Loire-Inférieure), dans le Louis Braille et le Journal des blessés aux yeux, années 1916 et 1917.

(2) Pour l’examen des aptitudes des aveugles, voir plus loin l’exer-

cice de la profession d'avocat, au chapitre : « La situation juridique des aveugles ».

industriel ? Sans hésiter, nous répondons négativement. La fabrication exige une telle minutie, une telle attention soutenue, comporte des phases si diverses et des facteurs si différenciés, implique un si grand nombre de détails que seuls de bons yeux bien exercés peuvent permettre de l’entreprendre. Si la partie industrielle ne joue qu’un rôle secondaire ou complémentaire, la partie commerciale étant essentielle dans une affaire donnée, il pourrait en être autrement, ainsi que nous pourrons nous en convaincre dans le paragraphe suivant.

9° Commerce. — Le commerce est chose si complexe, ses formes sont si nombreuses et d'une telle variété qu'il conviendrait, pour être exact, d'examiner chaque cas particulier. De plus, la situation présente des caractères différents pour chaque individu, puisqu'il faut tenir compte ae son instruction, de sa fortune, du milieu dans lequel il vit ou agit. Dans le commerce, distinguons la vente et la direction d’affaires. À moins de circonstances exceptionnelles, il sera difficile, sinon impossible, d'employer un aveugle à la vente au public dans une boutique, sauf dans une épicerie ou mercerie de village où il peut rendre d’appréciables services.

Cependant il peut sans grand’peine s'occuper de représentation commerciale quand les objets à vendre ont des qualités et caractéristiques fixes et qu'il n'a pas à se prononcer sur certains points comme le coloris. Les articles de choix seront donc les vins, la parfumerie, la

métallurgie, l'épicerie, les produits alimentaires.

Il pourra voyager accompagné d’un guide (qui pourrail être sa femme) et qui ne le quittera pas. Ses frais généraux seront évidemment accrus dans la proportion des gages ou dépenses dont ce guide sera l’occasion, fait à considérer, mais dont il sied de ne pas exagérer l'importance.

Un aveugle peut incontestablement participer à la direction d'une affaire de quelque envergure, il se trouvera moins désavantagé, car alors la besogne matétérielle compte pour bien peu. Tout se passe, nous écrit M. Guérin, un homme remarquable, que la privation de la vue n'empêche pas d'exercer une activité intéressante, par correspondance ou en discussions où 1l s’agit de bien peser les intérêts en jeu. Ce n’est plus qu'une question de réflexion et de jugement, et l’aveugle, s'il est intelligent, peut s’en tirer aussi bien qu'un autre. Quant aux moyens matériels, ajoute-t-1l, ils consistent essentiellement en une machine à écrire et une machine à hire, celte dernière étant humaine et par suite assez délicate, sujette à des pannes, dont les conséquences pourraient être graves. Il faut donc en surveiller avec soin le fonctionnement et la bien choisir. Ces conditions étant remplies, l'aveugle pourra, fout comme un autre, prendre les décisions nécessaires, rédiger une publicité, étudier les clauses d'un contrat, mettre sur pied un rapport ou un bilan, Uirer de ce dernier d'utiles indicaüons, etc. Ilest préférable, ainsi que nous avons eu déjà

l'occasion de le faire remarquer, que la partie indus-

trielle soit aussi réduite que possible, car, sauf dans quelques rares cas, elle échappera à celui qui ne voit pas, surtout dans ses détails.

Le commerce de choix sera donc le commerce d'argent. Cela est incontestable ; des faits le prouvent. Nous connaissons des banquiers aveugles en Amérique et même en France. Des représentants de commerce et qui ont repris récemment l'exercice de leur profession se montrent salsfaits de leur acüivité. Dans le même ordre d'idées, nous croyons que les assurances peuvent offrir aux aveugles intelligents et instruits sur les questions spéciales — le fret par exemple en ce qui concerne les assurances maritimes — un large champ d'activité si toutefois ils possèdent, outre la documentation technique indispensable, un cercle assez étendu de bonnes relations. À l’heure même où nous écrivons ces lignes, des initiatives de celte espèce sont prises par plusieurs officiers ou soldats aveugles guidés dans cette voie avec fermeté et compétence par M. Oscar Bloch, professeur à l'Ecole des hautes études commerciales.

6° Autres professions. — Nous plaçons sous celle rubrique toutes les professions que des aveugles exercent ou peuvent exercer, professions qui n'ont pas fixé notre attention ou sur lesquelles nous n'avons pas cru devoir insister, cela pour montrer que la liste que nous avons établie n’est ni définitive ni complète. Nous connaissons de très nombreux cas particuliers, des ingénieurs,

des interprètes, des médecins, des sculpteurs, des hom-

mes d'Etat et même des poètes, tous aveugles. Mais ce qu'il est essentiel de comprendre, c'est qu'il s’agit là moins de cécité que d'intelligence, d'adresse, d'énergie, en un mot de conditions de fortune èt de famille vrai-

ment propices.

La situation des aveugles travailleurs.

Nous avons examiné brièvement au cours de l'exposé qui précède, avec les avantages et les inconvénients de chaque profession, les services qu'elle rend ou pourrait rendre à ceux qui l’exercent. Nous ne reviendrons pas sur ces points, mais, nous appuyant sur les déductions faites, soit dans les considérations générales du début. du chapitre, soit au fur et à mesure des développements, nous concluons, qu'en général, la situation des aveugles travailleurs est mauvaise. Nous estimons que, si elle est mauvaise, ce n'est pas parce qu’elle ne peut être meilleure, mais c'est d’abord dû à l'inobservation de principes essentiels d'éducation et de rééducation des: aveugles ; ensuite, à l'inorganisation du patronage postscolaire nécessaire.

Nous avons déjà énuméré plusieurs des conditions grâce auxquelles seulement, aussi bien dans le choix de la profession que dans son exercice, les travailleurs qui nous intéressent peuvent obtenir de bons résultats. Nous allons maintenant préciser la fonction des écoles d'éducation et de rééducation,

Quelques principes essentiels d'éducation et de rééducation. — L'éducation et la rééducation des aveugles doivent être rationnelles, c’est-à-dire correspondre au but à atteindre. Ce but est simple. Il consiste à mettre les élèves, dans le temps le plus court possible, en état de gagner leur vie ou de compléter les ressources dont ils peuvent disposer. Le programme de l’enseignement professionnel des écoles doit être « essentiellement » pratique. Sa base sera constituée par l'apprentissage des métiers qui ont fait leurs preuves. Cependant, d’autres professions pourront être enseignées. Il doit être en effet souple, c'est-à-dire susceptible de toutes les modifications reconnues nécessaires. Lorsque l'« expérience » ou « l'enquête minutieuse » aura démontré qu’une profession nouvelle présente les caractères de la profession d'aveugle, le devoir des éducateurs et rééducateurs consistera à se mettre en mesure de l’enseigner. Mais si un individu peul, grâce à des facultés exceptionnelles, arriver à un résultat remarquable, il serait dangereux, et en tout cas téméraire de conclure que tous sont capables de suivre son exemple et d'aboutir au même résultat remarquable. Quant à la méthode à employer, elle devra être fondée sur cette idée « unique » que de l’apprentissage des aveugles dépend leur avenir. La tâche du personnel des écoles est délicate. Son action doit toujours être provoquée par deux forces : l'intérêt des énfantset des adultes qui lui sont confiés, et le

progrès. Sa responsabilité et son initiative — celles

surtout des directeurs — sont grandes. Ces derniers doivent guider les élèves dans le choix de leur profession, leur en indique r les avantages et les inconvénients.

Ils doivent sonder les aptitudes et tenir compte des possibilités matérielles. Ils ne doivent pas leur conseiller d'adopter une profession d'apprentissage facile, mais de production nulle, ou tout au moins très discutée. Il faut qu'ils envisagent sérieusement le parti qu'on peut en tirer, selon les conditions dans lesquelles elle sera exercée, la catégorie sociale, la famille à laquelle le sujet

appartient, la région qu’il habite. En résumé, le but à poursuivre est utilitaire, l'école d'éducation ou de rééducation devant s’efforcer à ce que les élèves reçoivent la meilleure préparation possible au genre de vie qu'ils mèneront plus tard, en un mot pour qu'ils puissent vraiment tirer parti de ce qu'il ont appris.

L'outillage. — Les écoles doivent être dotées des moyens les plus perfectionnés, susceplibles de permettre un apprentissage ralionnel. Un fait regrettable et dont nous signalons l'importance, c'est la pauvreté du matériel dont disposent la plupart des établissements.

Patronage. — Sortis de l’école d'éducation ou de rééducation, munis même du métier le plus lucratif, que deviendraient les travailleurs aveugles s'ils n'étaient aidés et soutenus ? Isolés, perdus dans quelque grande ville ou retirés dans un petit village, ils attendraient vainement les commandes. Et même seraient-ils assez

heureux pour se faire promptement une clientèle, ils

n'auraient pas loujours les matières premières ou l’ouüllage indispensables ou les obtiendraient dans des conditions nettement désavantageuses. Telle est, en vérité, la siluation. Les aveugles si bien armés qu'ils soient, c'est-à-dire possédant bien leur métier, végèlent ou restent oisifs, se désespèrent, prennent parfois l’effrayante détermination de ne plus travailler, de vivre aux dépens de la société organisée ou du public, parce que leur tâche est trop pénible et qu'ils se sentent trop seuls pour lutter. Il ne faut pas compter sur la pitié de gens qui ne comprennent pas. Il convient d'assurer aux aveugles laborieux une clientèle, les moyens nécessalres à l'exercice de leur profession. Ce rôle tulélaire: apparlient soit aux écoles, soil à des sociétés dites de patronage, spécialement constituées auprès des écoles. Il faut imiter l'’admirable exemple que donne la « société de placement des anciens élèves de l’Inslitution nalionale » que préside M. Albert Mahaut qui est non seulement un artiste remarquable, mais encore un. homme de cœur, d’un dévouement rare et d’une féconde activité. Les résultats obtenus par celte société sont si intéressants que nous exprimons le vœu de la voir s'étendre ou de voir se conslituer des groupements analogues. Le patronage, bien compris, consiste à aider matériellement en même temps qu'à soutenir morale-

ment. Ilest l’une des conditions essentielles du succès

des aveugles dans la vie.

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