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Mm réallié.
C'était la Cardonne qui me tapait sûr l'épaule.
Je me réveillai.
J/imaginatioQ encore remplie de mon rêve, je me levai en chancelant, les bras engourdis, les yeux brillants, et je fis quelques pas«au hasard.
Tout à coup je reculai.
J'avais en face de moi un personnage étrange, repoussant, flétri. C'était un homme âgé, mais dont les rides paraissaient être plutôt l'ouvrage du vice qu 3 l'ouvrage du temps ; ses paupières étaient rougies, ses lèvres étaient p&lies. Il était couvert de vieilles dentelles ; un pauvre habit de taffetas sq collait encore désespérément sur ses épaules ; et sa cravate, semblable à une dernière affection, semblait prévoir avec regret le moment prochain où il allait falloir se séparer de lui...
A ce spectacle, je ne pus retenir un geste de dégoût et de pitié, — que le personnage répéta.
Etonné, je me frottai les yeux ; j'aperçus alors une glace placée à quelque distance devant moi, et dans cette glace ma propre image, devant laquelle je venais de reculer !
Sur ces entrefaites, la Cardonne s'avança de nouveau pour m'entraîner à une table de jeu; mais, étant revenu tout à fait à moi, je la repoussai en murmurant quelques vagues paroles; et, le souvenir de Denise s'étant représenté à mon esprit, je quittai précipitamment l'académie de la rue du Chaume.
Un soupçon funeste m'oppressait.
Je marchais, — ou plutôt je courais, — en parlant à voix haute.
Mais, quelque diligence que je fisse, j'arrivai trop tard à la chambre de la rue du Plat-d'Etain. Denise venait d'expirer; elle était encore étendue dans sa bergère, comme je l'avais laissée, les bras abandonnés sur sa robe brune.
Dénoûmeni
Croiriez-vous , monsieur, que je vécus encore treize ans après cette perte irréparable ? La vie s'était enlacée à moi comme un châtiment.
Je m'étais retiré dans un coin de Tlle Saint-Louis. Depuis la mort de Denise, j'avais renoncé au théâtre, au café, au monde, à tout. Je n'eus pas de peine à me faire oublier ; — mais je n'oubliai jamais, moi.
Enfin, à l'heure où j'achevais ma quatre-vingttroisième année, une maladie de langueur m'atteignit ; elle dura deux ans entiers, à la fin desquels je m'éteignis dans les premiers jours du mois de février 1785.
Je mourus comme j'avais vécu. N'ayant jamais donné, ainsi que je l'ai déjà dit, aucune preuve de philosophie ni de religion, je tournai le dos au prêtre qui vint pour m'assister à mes' derniers moments.
— Mon fils, rcpe:itez-vous, me dit-il.
— Je ne fais que cela depuis vingt ans.
— Priez Dieu !
— - Hein ? murmurai-je.
— Sa miséricorde est infinie, ajouta-t-il.
— Je ne l'ai prié que deux fois, répondis-je ; la première, pour quMl envoyât la Clairon au diable ; la seconde, pour qu'il me conservât ma chère Denise ; il n'a exaucé ni l'une ni l'autre de mes prières. Je n'ai rien à lui demander pour moi.
— Cependant...
— Voyons, monsieur le prêtre, soyez de bonne composition et laissez-moi tranquille. Ne recommençons pas la comédie de Voltaire. Vous voyez bien que je n'ai pas la force de vous mettre à la porte.
Il sortit. Une heure après, je rendis le dernier soupir.
C'est tout, monsieur.
J'étais tellement décrié qu'aucun journal n'osa annoncer ma mort.
Relisez quelquefois A ngola.
FIN DBS AVEUX D'UN PAMPHLÉTAïaE,