‹ Les aveux; poésiesChapitre 11 sur 56 · UNE ANCIENNE AMIE · texte numérisé non relu

UNE ANCIENNE AMIE

A une ancienne amie

Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ? Toujours vois-tu mon âme en rêve? — Non,

Paul Verlainis.

JE ne VOUS aiinc plus. Mensonger ou sincère, Le sentiment sans nom- qui nie venait de vous Ne ronge plus mon cœur de son fatal ulcère. Les temps sont bien passés des chagrins noirs et fous /

Étes-vous belle ou laide, attristée ou contente ? fe m'en soucie autant que d'un cigare éteint. Les secrets de vos nuits n'ont plus rien qui me tente, Ce cœur est bien vidé du poison qu'il cofitint.

fe n'en suis pas plus fier. Se moquer de soi-même. Et, quand on Va perdue, insulter à sa foi. C'est une triste histoire, et le seul grand blasphème Consiste à s'en aller sans avoir dit pourquoi.

Adieu donc, je m'en vais où veut ma destinée. Indifférent à tout, et plus vieux que les vieux. Mon âme était si riche ! elle est bien ruinée, Et je n'ai rien gardé que la gaîté des yeux.

De la frivolité je me suis fait un masque. Plus commode après tout que l'air froid des Anglais, Et chacun à me voir si jeune et si fantasque Sourit et ne croit pas que j'aie aimé jamais.

Regarde ton ouvrage, ô femme, es-tu ravie? Va, ne fais pas mentir et s'attendrir tes yeux. C'est toi qui m'as appris à vouloir de la vie Ce quelle peut donner, — et tout est pour le mieux.

Page 1